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Inventaire - Cotes :

Archives de la Secrétairerie d'État impériale : administration de la Guerre (1800-1814)

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Cotes
AF/IV/1590-AF/IV/1670
Date
1800-1814
Nom du producteur
Duroc, Géraud Christophe Michel (1772-1813)
Localisation physique
Pierrefitte-sur-Seine

Description

Présentation du contenu

AVANT-PROPOS

Au coeur d'un Gouvernement dont le caractère personnel et l'extrême centralisation impliquent une forte organisation interne, la Secrétairerie d'État apparaît dans tous les domaines comme la plaque tournante de la gestion des affaires. C'est dire l'extrême intérêt de ces archives, où toute la vie de l'Empire se reflète en des synthèses utiles aujourd'hui à l'historien comme elles le furent en son temps à l'Empereur, où se juxtaposent les informations essentielles portées par la correspondance, et où se suivent de jour en jour ces moyens du suivi des affaires qui se traduisent pour l'historien dans la cohérence de son analyse.

Autant dire que tout passe par la Secrétairerie d'État, et que l'on trouve de tout - sinon tout - dans la sous-série AF/IV. Le lien logique qui conduit le chercheur parmi les fonds d'archives perd ici ses droits, devant l'afflux quotidien. L'archiviste en tire les conséquences et se doit de privilégier ici la méthode traditionnelle de l'inventaire analytique sans lequel nul ne saurait ce qu'il peut espérer d'un dépouillement. Encore faut-il nuancer ce recours à l'analyse systématique, qui ne saurait embarrasser l'instrument de recherche de l'incessante répétition des préoccupations permanentes et des questions périodiques.

Dans cet ensemble, les articles relatifs à la guerre présentent un intérêt particulier. On sait que dans le bref temps du Consulat et de l'Empire, la vie de l'État et la vie de la Nation ont profondément porté la marque de l'état de guerre. La guerre touche l'organisation politique et administrative de la France et des pays qui constituent le Grand Empire. Elle affecte toutes les couches de la société et les milieux professionnels. Elle bouleverse les données de l'économie, met au premier plan les nécessaires adaptations de l'industrie, fait des approvisionnements une affaire d'État. Elle est présente dans l'opinion publique, elle en sous-tend les mouvements, elle justifie le besoin éprouvé par les gouvernants d'agir sur cette opinion. Les affaires de personnes et les affaires d'État se mêlent à travers les problèmes de commandement.

Alors que la masse des archives de notre temps incite les archivistes à traiter les fonds par grandes masses, l'inventaire que voici s'inscrit dans la longue tradition des oeuvres d'érudits née voici plus d'un siècle pour le traitement de nos archives médiévales. Aussi est-ce une oeuvre de longue haleine que vient de nous donner avec ce volume Mme Nicole Gotteri. Je ne peux oublier l'importance qu'attachait à ces archives de la Secrétairerie d'État mon prédécesseur, Charles Braibant quand, voici trente ans, il me confiait le soin d'inventorier les feuilles de travail du Conseil des ministres. En saluant la continuité de l'effort, je ne souhaite que rendre hommage aux archivistes d'aujourd'hui, à la fois capables d'une vue prospective sur les méthodes qu'appellent les nouvelles archives et d'une oeuvre respectueuse des objectifs et des méthodes éprouvés dans le traitement de ces archives anciennes qu'il ne suffit pas de conserver.

Un inventaire comme celui-ci ouvre la voie à bien des recherches. Elles seront la récompense de son auteur.

Jean FAVIER, membre de l'Institut, directeur général des Archives de France.

INTRODUCTION

Les archives de la Secrétairerie d'État impériale concernant l'administration de la Guerre constituent en l'état présent du fonds une suite de cent cartons. La simple lecture de la notice de l'État général des fonds [Les Archives nationales. État général des fonds..., t. II, Paris, 1978, p. 484] fait apparaître immédiatement le caractère le plus visible et, pourrait-on dire, le plus insolite de cet ensemble documentaire, son déséquilibre provoqué par la juxtaposition de parties complètes (affaires d'Espagne, campagne de Russie, par exemple) et de fragments (armée de l'Ouest), avec des lacunes considérables touchant des campagnes très importantes (guerres des troisième et quatrième coalitions, opérations en Italie). Ce déséquilibre, propre à décevoir un chercheur ou à l'induire en erreur quant au rôle et au fonctionnement de la Secrétairerie d'État, est le résultat d'une série de décisions administratives tout à fait aberrantes qui ont entraîné une véritable mutilation du fonds [non seulement pour la partie "Guerre", mais aussi pour le fonds des "Relations extérieures". Voir également l'introduction de Philippe Du Verdier dans Inventaire général de la série AF, sous-série AF/IV (Secrétairerie d'État impériale), t. I, fasc. 1 (AF/IV/1 à 1089/B), par Philippe Du Verdier, Jean Favier et Rémi Mathieu, Paris, 1968, p. IV], et ce, sans qu'on ait tenu compte de l'évidente nécessité de ne pas dissocier une partie des archives de l'ensemble d'un fonds appartenant à une administration déterminée, même si cette administration n'existe plus et si les papiers qu'on serait tenté de soustraire à ce fonds semblent, par leur nature, devoir être attribués à une autre administration. Un tel démembrement, contraire à toutes les règles de l'archivistique, engendre une très regrettable dispersion de documents dans divers fonds étrangers à l'institution originelle qui s'en trouve, par là même, dénaturée. Ce fut pourtant dans cette voie funeste qu'on s'engagea, dès le début de la Restauration, pour la suivre délibérément jusqu'à la monarchie de Juillet.

Une ordonnance royale du 21 mai 1817 avait placé les archives de l'ancienne Secrétairerie d'État dans les attributions du garde des Sceaux, ministre et secrétaire d'État de la Justice [Arch. nat., AB/Vd/2] . Or, une précédente ordonnance royale du 1er août 1814 avait donné une nouvelle organisation au dépôt de la Guerre [Arch. nat., AF/V/2, dossier 4] dans le but de recueillir tous les matériaux relatifs à l'histoire et à l'art militaire "pour les besoins futurs du Gouvernement et pour ceux des historiens" [Arch. nat., AB/Vd/3]. Aussi, dans une lettre du 13 mars 1819, le ministre de la Guerre, Gouvion-Saint-Cyr, demandait-il au ministre de la Justice "d'autoriser la remise au ministre de la Guerre de tous les documents militaires qui se trouvent dans les archives du Gouvernement, notamment dans celles de l'ex-Secrétairerie d'État, devenue la deuxième section des archives du ministère de la Justice" [Arch. nat., AB/Vd/3]. Louis-François Bary, ancien archiviste du Cabinet de l'Empereur et chef de la deuxième section du bureau des Archives au ministère de la Justice, sans manifester la moindre réserve quant au bien-fondé de cette mesure, organisa le premier transfert le 31 mars 1819. Il s'agissait d'archives militaires du Comité de Salut public et des papiers de Desaix et Moreau. Un second et un troisième transferts eurent lieu le 28 février et le 13 juillet 1820 pour des documents couvrant une période allant jusqu'à l'an V. Un quatrième versement, effectué le 6 juin 1823 [Arch. nat., AB/Vd/3 et AB/XII/5], comprenait, entre autres dossiers, les correspondances militaires de l'armée d'Italie pour les années 1800 à 1805, concernant notamment les commandements des généraux Championnet, Masséna, Berthier, Brune, Moncey, Murat et Jourdan, faisant donc partie chronologiquement de l'époque consulaire puis impériale, premier démembrement de la future sous-série AF/IV, que poursuivront les transferts suivants. Un cinquième versement, toujours organisé par Bary, fit entrer au dépôt de la Guerre, le 5 octobre 1830, toutes les correspondances relatives à l'Italie et aux armées d'Allemagne (jusqu'en 1806), réparties de la façon qui suit :

* Italie, Dalmatie et Îles Ioniennes :

- Lettres du prince Borghèse, de la princesse Elisa, des généraux Miollis et Le Marois.

- Gouvernement au-delà des Alpes, 1808-1814.

- Gênes, 1795-1806.

- Parme et Plaisance, 1806.

- Toscane (Lucques et Piombino), 1805-1814.

- Rome et Ancône, 1806-1814.

- Armée et royaume d'Italie, lettres du vice-roi, 1805-1814.

- Armée de Dalmatie et Provinces Illyriennes, lettres du vice-roi et du général Marmont, 1806-1814.

- Armée et royaume de Naples, lettres du roi Joseph et du roi Joachim, 1804-1814.

- Îles Ioniennes (Corfou), lettres du roi de Naples, du général Donzelot, 1800-1814.

* Armées d'Allemagne :

- Armées du Rhin, de réserve, des Grisons. Correspondance des généraux Moreau, Brune, Macdonald et autres, an VIII-an IX.

- Guerre d'Autriche. Correspondance du major général, des maréchaux, généraux et de l'intendant général, 1805.

- Séjour en Allemagne. Correspondance du major général et des maréchaux commandant les corps d'armée, 1806.

Devenu ministre de la Guerre, le maréchal Soult réclama, par une lettre du 22 octobre 1833 au ministre de la Justice, la poursuite des transferts d'archives. Le 13 mars 1834 et le 12 mai 1836, eurent lieu les sixième et septième versements dont voici l'état sommaire, toujours d'après les archives de la série AB :

- Correspondances militaires des campagnes de Prusse et de Pologne, 1806 et 1807.

- Correspondances militaires de la campagne d'Autriche, 1809 [démembrées d'un ensemble concernant toute la campagne de 1809, dont il ne reste que les articles AF/IV/1637-1641 qui faillirent également partir pour le dépôt de la Guerre] : corps d'observation en Allemagne et en Pologne, 1808-1809 ; quartier-général impérial, major général et divers, janvier-octobre 1809 ; 2e, 3e, 4e corps d'armée et réserves de cavalerie, avril-octobre 1809 ; 7e corps (Bavarois), 8e corps (Wurtembergeois), 9e corps (Saxons), avril-octobre 1809 ; armées de réserve, affaires de Westphalie, de Bayreuth, de Saxe, armée polonaise.

Un projet de huitième versement n'eut, fort heureusement, aucune suite. Il aurait regroupé la seconde partie des archives de la campagne d'Autriche de 1809 avec notamment, la documentation concernant l'évacuation du territoire autrichien, le gouvernement et la police de Vienne et toute la correspondance du maréchal Davout, commandant en chef l'armée d'Allemagne de 1810 à 1812 [articles AF/IV/1653-1657].

Ces pratiques contestables suivies à la lettre auraient entraîné la redistribution dans chaque ministère de tous les papiers, rapports et dossiers qui avaient abouti à la Secrétairerie d'État, pour les nécessités de l'information et du travail de l'Empereur avec son ministre secrétaire d'État. L'entrée de ce qui subsistait de ce fonds aux Archives nationales en 1849, en application d'un décret du 10 août 1848 [Arch. nat., AB/V/2], mit un terme aux démembrements et permit à l'archiviste Prost de commencer l'inventaire des cartons qu'il était obligé de dépouiller pour rechercher "les documents de nature à être communiqués à la commission instituée pour la publication de la correspondance de l'Empereur" [Arch. nat., AB/XII/5].

Dès 1807, d'ailleurs, les archives de la Secrétairerie d'État impériale concernant la Guerre en général étaient réparties en trois groupes qui furent maintenus dans le classement actuel : la Guerre avec les mémoires généraux, la correspondance, les mouvements de troupes forment les Rapports du ministre de la Guerre (AF/IV/1090 à 1173) ; l'Administration de la Guerre forme les Rapports du ministre de l'Administration de la Guerre (AF/IV/1174 à 1186) ; les Armées sont devenues la Guerre (AF/IV/1590 à 1670) [AB/Vd/4]. Pour ce qui subsistait de cette dernière partie, Prost avait compté 82 cartons numérotés de 1295 à 1376, dont il fit un répertoire dans l'inventaire manuscrit n° 766.

Les dossiers des affaires militaires ont échappé aux destructions que Bary dut opérer sur l'ordre de l'impératrice Marie-Louise avant l'entrée des forces coalisées à Paris en 1814 et qui firent disparaître des archives de la Maison de l'Empereur et de la Police secrète ainsi que des correspondances également secrètes [Arch.nat., AB/V/2]. Par contre, lors de la retraite de Russie, après la prise de Vitebsk en novembre 1812 par les troupes russes, Napoléon ordonna de brûler les archives que l'on transportait, notamment celles de la Secrétairerie d'État et une partie de la correspondance du maréchal Davout, commandant en chef l'armée d'Allemagne. Ce fut le "grand brûlement d'Orcha" dont parle Daru [Bernard Bergerot, Daru en son temps (1767-1829), Lille, s.d., p. 448]. On retrouve nettement les traces de ces destructions dans de nombreuses plaquettes en tête desquelles une note ainsi rédigée éclaire le lecteur : "les pièces qui manquent à ce dossier ont été brûlées par ordre de Sa Majesté pendant la campagne ". Ont été supprimés de cette façon des rapports du major général [Arch.nat., AF/IV/1643, plaquette1/I à 1/VI] et des correspondances diverses [Arch. nat., AF/IV/1643, plaquette 2/I], des rapports des maréchaux Oudinot [Arch. nat., AF/IV/1644, plaquettes 2/I et 2/II] et Ney [Arch. nat., AF/IV/1644, plaquette 3/I], du prince Eugène [Arch. nat., AF/IV/1644, plaquette 4/I et 4/II], du prince Poniatowski et du maréchal Gouvion-Saint-Cyr [Arch. nat., AF/IV/1644, plaquette 5], du roi de Naples [Arch. nat., AF/IV/1645/A, plaquettes 1 à 5], du général Reynier [AF/IV/1645/B, plaquette 1], du général Lariboisière [AF/IV/1646, plaquette 1], des intendants Daru et Dumas [AF/IV/ 1646, plaquette 3 ; des correspondances interceptées et pièces contenant des renseignements divers [AF/IV/1646, plaquette 4]. Les lacunes s'étendent de la fin du mois d'août aux mois de novembre-décembre. Parfois, aucune note ne les signale, comme pour les rapports du major général [AF/IV/1643, plaquettes 1/IV et 1/V], de l'amiral Baste [AF/IV/1643, plaquette 2/III], des maréchaux Lefebvre [AF/IV/1643, plaquette 3] et Macdonald [AF/IV/1645/B, plaquette 3], du prince de Schwarzenberg [AF/IV/1645/B, plaquette 4], et la correspondance adressée à Maret par l'auditeur Le Lorgne d'Ideville et le comte Morsky [AF/ IV/1650, plaquettes 3/I et 3/II]. Heureusement, l'importante correspondance de Maret, formée des minutes de ses propres lettres à l'Empereur et des dépêches apostillées annexées aux minutes que l'Empereur lui retourna et qui lui parvinrent à une époque où les communications étaient encore possibles, les autres ayant disparu lors du "brûlement" d'Orcha [Alfred-Auguste Ernouf, Maret, duc de Bassano, Paris, 1878, p. 416, note 1], auxquelles il faut ajouter les lettres que lui adressèrent notamment le prince de Schwarzenberg, le général de Wrede et le maréchal Macdonald, a échappé aux destructions volontaires.

A côté de ces disparitions, il faut mentionner celles qui survinrent à cause des vicissitudes des opérations militaires et de l'insécurité qui en résultait pour les communications. Durant les campagnes d'Espagne et de Russie surtout, les rapports mentionnent couramment les nombreuses pertes de courriers. Outre les correspondances de caractère privé pour l'essentiel, perdues durant la campagne de Russie et déjà publiées [Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812 publiées d'après les pièces communiquées par S.E. M. Gorianow..., La Sabretache, Paris, 1913, in-8°, XVI-440 p.], citons la perte signalée dans un rapport envoyé par Daru à l'Empereur, depuis Koenigsberg, le 24 décembre 1812 : " Quoiqu'il soit pénible d'avoir de pareils comptes à rendre à Votre Majesté, il faut bien que j'ajoute que deux porte-manteaux adressés par M. le ministre de la Police générale à M. le duc de Bassano et confiés à M. l'auditeur de Launay, ont été abandonnés par celui-ci avec sa voiture au défilé de Vilna " [AF/IV/1646, plaquette 3, p. 84]. Autre perte avouée par le major général à Napoléon, depuis Wirballen, le 16 décembre 1812 : " J'ai dans ce moment de très vives inquiétudes ; j'avais tout perdu, excepté une calèche qui portait tous les états de situation de l'armée, vos ordres originaux, mes livres d'ordres et le grand tableau du mouvement. Cette voiture, conduite par des gens sûrs et escortée, a disparu en sortant de Kovno... Je suis consterné de la perte de mes papiers si importants " [AF/IV/1643, plaquette 1/V, p. 276]. D'autres disparitions sont signalées par le major général dans sa correspondance. Le 21 juillet, devant Dresde, il propose à l'Empereur de confirmer la nomination du colonel Rolland, commandant le 2e régiment de cuirassiers, au grade d'officier de la Légion d'honneur, faite par un décret rendu à Moscou, le 10 octobre 1812 : " Tous les papiers relatifs à cette nomination ont été perdus dans la retraite. Il paraît que le décret est un de ceux qui ont été enlevés par l'ennemi avec l'estafette partie de Moscou le 11 octobre" [AF/IV/1660/A, plaquette 3, p. 141-142. Décret du 12 août 1813 dans AF/IV/795, plaquette 6389, n° 21]. Il en fut de même pour des décrets concernant des grâces accordées pendant la même période. Le major général le signale à l'Empereur, depuis Dresde, le 11 août 1813 : " Je sais en effet que les expéditions de ces décrets qui ont été portées par l'estafette ont été prises et que M. le comte Daru n'a pu réparer cette perte puisqu'il a perdu lui-même ses portefeuilles pendant la campagne" [AF/IV/1660/A, plaquette 6, p. 294].

Malgré les démembrements abusifs, les destructions volontaires et les pertes subies du fait des campagnes diverses, on peut cependant considérer l'actuel fonds de l'administration de la Guerre de l'ancienne Secrétairerie d'État impériale comme un ensemble d'un exceptionnel intérêt. Il serait vain d'y rechercher des informations inédites sur les opérations militaires, du moins en ce qui concerne leur déroulement et leurs résultats, déjà bien connus. La documentation conservée dans ce fonds touche à des sujets plus vastes et, par sa qualité, appartient au domaine de la politique générale. Ces archives sont celles du pouvoir exécutif, on ne saurait l'oublier, elles émanent d'une situation bien déterminée dont le caractère original ne permet pas de l'assimiler à un simple ministère, celui de la Guerre notamment, erreur qui a été commise lorsqu'on s'est contenté de considérer en gros la nature des documents.

Le baron Fain a bien décrit le fonctionnement de la Secrétairerie d'État que Lagarde avait organisée avec beaucoup de soin et d'habileté dès la période directoriale [Mémoires du baron Fain, premier secrétaire du Cabinet de l'Empereur..., publiées par P. Fain..., Paris, 1908, p. 166 et suivantes]. Cette institution, véritable centre de tous les ministères, ne pouvait que plaire à l'Empereur auquel elle permettait même, par l'ampleur de la documentation qui s'y trouvait rassemblée, de se passer de ses ministres pour l'élaboration de certains projets. C'est dire l'importance du rôle du ministre secrétaire d'État, véritable Premier ministre, inséparable de la personne même du souverain, qu'il suivait dans tous ses déplacements. Ce travail de Premier ministre fut d'abord confié à Maret dès l'époque du Consulat, le 19 brumaire an VIII, et ce, jusqu'en avril 1811 [Ernouf, op. cit., p. 213-283].

Notre propos n'est pas de décrire en détail les activités du ministre secrétaire d'État (titre officiellement attribué à Maret en 1804 ; ainsi était constitué " un vrai ministère central auquel venaient aboutir et d'où se distribuaient toutes les affaires des différents départements " [Ernouf, op. cit., p. 219]), qui s'étendaient à l'ensemble des départements ministériels. Mais comme la guerre fut, de manière évidente, la grande affaire du règne, avec ses conséquences quant aux Relations extérieures, il n'est pas inutile de rappeler que Maret, qui avait déjà accompli une intéressante carrière dans la diplomatie (formé par Vergennes sous l'Ancien Régime et, après plusieurs missions accomplies au début de l'époque révolutionnaire, nommé chef de division aux Relations extérieures et prit part à de nombreuses négociations jusqu'à l'époque consulaire [Ernouf, op. cit., p. 9 et p. 71 et suivantes]), participa de nouveau à plusieurs négociations, notamment à Bayonne en 1808, puis en Autriche après la campagne de 1809, empiétant ainsi sur le rôle du ministre des Relations extérieures, fonction qui lui fut attribuée en avril 1811. Ce fut Daru qui le remplaça à la tête de la Secrétairerie d'État, participant ainsi, à la veille de la campagne de Russie, à l'" universalité de l'action gouvernementale " [Bergerot, op. cit., p. 399], tout en contribuant à accroître l'importance de l'institution dont il était le chef par sa parfaite connaissance de l'Administration de la guerre et de l'intendance, département qu'il dirigera à partir du 20 novembre 1813, Maret retrouvant la Secrétairerie d'État.

Les événements de la campagne de Russie ont révélé la tendance de l'Empereur, - peut-on parler à ce propos d'un " flou " rappelant les habitudes administratives de l'Ancien Régime ? - à ne pas attribuer aux hommes qui le servent des tâches trop catégoriquement déterminées. Le rôle joué par Maret à Vilna en 1812 est à ce sujet profondément révélateur. Du mois de juin au mois de décembre 1812, le ministre des Relations extérieures envoie à peu près quotidiennement à l'Empereur des lettres dont les minutes, heureusement conservées, montrent l'importance des activités du duc de Bassano [AF/IV/1647-1648, plaquette 1] : rapports avec les différents chefs de corps, recherche et transmission systématique des renseignements, organisation des approvisionnements, passation des marchés, liaisons avec les cours d'Europe. Maret, correspondant avec des chefs de corps et des gouverneurs de places [AF/IV, plaquettes 2 à 7], leur transmet, avec les ordres de l'Empereur, des renseignements sur les opérations de la Grande Armée et sur les positions des armées russes. Ajoutons que, régulièrement, le major général et l'intendant général, les chefs de corps, des commissaires des guerres, des intendants, des notables de Pologne et de Lithuanie, le gouverneur de Minsk, des espions et agents divers, l'auditeur Le Lorgne d'Ideville, le baron Bignon, le comte Daru, lui adressent des dépêches [AF/IV/1649-1650]. On comprend aisément que le champ des activités normales d'un ministre des Relations extérieures se trouvait de la sorte singulièrement élargi, au point de toucher à presque tous les domaines de l'action gouvernementale, se substituant en fait au ministre-secrétaire d'État, confiné, en raison des circonstances (la maladie du général Dumas), dans la charge officieuse d'intendant général de la Grande Armée [Bergerot, op. cit., p. 444].

Aux côtés du ministre secrétaire d'État en titre, directement concerné par les questions militaires, se trouvait placé le major général. Sa très haute fonction assimilée à celle d'un secrétaire d'État pour l'armée [Fain, op. cit., p. 444], en faisait également un intime de l'Empereur. Cette position se trouvait plus fermement établie en raison de l'attachement qu'éprouvait Napoléon pour le maréchal Berthier. Celui-ci, qui, dès brumaire an VIII, avait été ministre de la Guerre, devint major général de la Grande Armée en 1805. Dans ce rôle de chef d'état-major de l'Empereur, Berthier, dépositaire des pensées du chef suprême des armées [Ibid.], représentait l'intermédiaire obligé et unique entre le maître et ses lieutenants. En 1807, le ministère de la Guerre fut confié au général Clarke et Berthier, devenu vice-connétable, conserva ses fonctions de major général jusqu'à la fin de l'Empire, fonctions dont les documents du fonds de la Guerre révèlent toute l'importance, dans une période où les campagnes se succédaient de façon ininterrompue avec, pour théâtres d'opérations, des pays bien différents, comme ce fut le cas à partir de la guerre d'Espagne.

Nature de la documentation.

Les archives de la Guerre sont constituées par un ensemble de dossiers formés de correspondances (lettres, rapports, dépêches) et de documents divers (états, mémoires, notes, libelles, correspondances interceptées, dépositions de prisonniers, rapports d'observateurs ou d'espions, journaux et gazettes, bulletins et brochures), concernant une campagne militaire ou une affaire déterminée. La mise en plaquettes des pièces ne permet malheureusement pas toujours de distinguer nettement les dossiers, une seule plaquette pouvant contenir plusieurs dossiers et un seul dossier pouvant être réparti entre plusieurs plaquettes. Nous avons donc adopté l'unité matérielle de la plaquette comme point de référence de cet inventaire en vue de faciliter la recherche des documents, d'autant plus malaisée qu'à ce premier inconvénient s'ajoute celui d'un assemblage des pièces effectué, au cours de la reliure, dans un certain désordre [ainsi dans AF/IV/1660/B, plaquette 1/I et 1/II ; /1661/A, plaquette 1 ; /1661/B, plaquette 5 ; /1667, plaquette 1].

La correspondance arrivant à la Secrétairerie d'État est, bien évidemment, destinée à informer l'Empereur. Elle émane essentiellement du major général, du ministre de la Guerre, des chefs de corps, des intendants, des aides de camp et officiers d'ordonnance, d'auditeurs au Conseil d'État en mission, d'agents divers. A cela, il convient d'ajouter les lettres du roi Joseph, souverain d'Espagne, et celles de Maret, déjà mentionnées.

Les rapports du Major général constituent la partie la plus importante de la correspondance adressée à l'Empereur. Bien souvent, Berthier écrivait plusieurs fois par jour : ainsi, on dénombre cinq lettres à la date du 4 janvier 1813 [AF/IV/1651/A, plaquette 3/I] ; dix seront expédiées le 2 juin et 11 le 3 juin [AF/IV/1659/A, plaquette 4], douze le 15 juin [AF/IV/1659/A, plaquette 5], treize le 14 juin de la même année [AF/IV/1659/A, plaquette 4]. Ces dépêches si nombreuses sont d'un intérêt inégal. Beaucoup concernent les innombrables demandes de grâces et de faveurs présentées notamment au lendemain d'une victoire, la transmission d'un état, d'une note ou d'un projet de décret. La plupart toutefois sont rédigées d'après les rapports réguliers que les chefs de corps adressaient au major général et se composent des analyses de ces différents rapports, dictées par Berthier pour informer rapidement l'Empereur sur les mouvements des troupes, l'emplacement des unités, le détail des opérations militaires. Cette pratique, qui fut constante jusqu'à la campagne de France en 1814, offrait l'avantage d'éviter à Napoléon de longs et fastidieux dépouillements. Elle prouve en outre la confiance totale qui régnait entre les deux hommes, car les rapports des chefs de corps ne sont pas toujours, suivant la formule, " mis sous les yeux " de l'Empereur. Dans ce cas, d'ailleurs, on ne les retrouve qu'exceptionnellement joints à la lettre d'envoi.

Les rapports du ministre de la Guerre forment un ensemble moins volumineux. Cependant leur importance augmente en certaines périodes et devient essentielle quand les rapports du major général sont inexistants. Ainsi, pendant la campagne d'Espagne, nous avons, à partir de 1810, la répartition suivante :

* Rapports du major général :

AF/IV/1623/B et /1624, /1810 : 13 plaq.

AF/IV/1626, /1627, /1628, /1629, /1630 et /1631, /1811 : 43 plaq.

AF/IV/1632 et /1633, 1812 : 12 plaq.

* Rapports du ministre de la Guerre :

AF/IV/1625, /1810 : 8 plaq.

AF/IV/1629, 1811 : 5 plaq.

AF/IV/1632 et /1633, /1812 : 6 plaq.

AF/IV/1634 et /1635, /1813-1814 : 15 plaq.

A partir de 1813, les rapports de Berthier n'existent plus. Il faut dire que la major général de la Grande Armée, à peine rétabli des souffrances physiques endurées pendant la retraite de Russie, s'occupe de la campagne d'Allemagne. Remarquons d'ailleurs que, pour les années 1810-1811, alors que le major général rendait compte de l'ensemble des affaires d'Espagne, les rapports du ministre de la Guerre ne concernaient que les affaires de Catalogne.

Pour les campagnes d'Allemagne et de France, nous n'avons que des rapports du major général, qui se répartissent comme suit :

AF/IV/1659/A, 1er mai-30 juin 1813 : 7 plaq.

AF/IV/1659/B, mars-avril 1813 : 3 plaq.

AF/IV/1660/A, 1er juillet-31 août 1813 : 8 plaq.

AF/IV/1662/A, 1er septembre-30 octobre 1813 : 4 plaq.

AF/IV/1664, 1er-30 novembre 1813 : 8 plaq.

AF/IV/1667, 1er janvier-4 avril 1814 : 7 plaq.

Ainsi, comme nous le faisions remarquer ci-dessus, le secteur dévolu au ministre de la Guerre paraît, à ce moment-là, être limité à l'Espagne.

Les rapports des principaux chefs de corps sont adressés le plus souvent à l'Empereur, mais parfois au major général et au ministre de la Guerre. Rappelons que, pendant la campagne de Russie, c'est à Maret qu'étaient envoyées les dépêches de certains chefs de corps [AF IV 1649 et 1650]. Dans cette abondante correspondance, signalons les lettres du roi de Naples pendant les campagnes de Russie et d'Allemagne, dont certaines, autographes, font apparaître une écriture désordonnée et inélégante [AF/IV/1643, plaquette 2/I ; 1645/A, plaquettes 1 à 5 ; /1651/A, plaquette 1 ; /1661/A, plaquette 3 et 1662/B, plaquette 1/I]. Relevons au passage que la pensée de son royaume ne quitte pas Murat. Le 4 juillet 1812, il écrit : " Je suis inquiet de la santé de la reine et la privation de ses lettres me rend très malheureux " [AF/IV/1645/A, plaquette 1, p. 47]. Le 11 juillet, il recommence, s'adressant à l'Empereur depuis Vidzouï : " Je suis depuis deux mois sans la moindre nouvelle de Naples et je ne suis pas sans inquiétude sur la santé de la reine " [AF/IV/1645/A, plaquette 2, p. 124]. Pendant la retraite, il exercera le commandement en chef de la Grande Armée [Berthier lui reconnaît une incapacité totale à commander [AF/IV/1643, plaquette 1/V, p. 280)], charge qu'il abandonnera à la mi-janvier 1813 pour des raisons de santé et d'intérêt politique [" J'ai la fièvre et un commencement de jaunisse bien prononcé " [AF/IV/1651/A, plaquette 1, p. 15, lettre à l'Empereur, 15 janvier 1813]. Voir l'ouvrage de J. Tulard, Murat ou l'éveil des nations, Paris, 1983, p. 179 et suivantes]. Du prince Eugène, qui lui succéda à la tête de la Grande Armée, la correspondance forme un ensemble digne d'être signalé [AF/IV/1644, plaquettes 4/I et 4/II ; /1651/B, plaquettes 1 à 8 ; /1652, plaquettes 2 et 3 ], d'autant plus qu'il comprend 105 lettres qui ne figurent pas dans l'édition de Du Casse [Mémoires et correspondance politique et militaire du prince Eugène, éd. A. Du Casse..., t. 7 à 9, Paris, 1859 et 1860]. Parmi celles-ci, mentionnons la lettre autographe adressée à l'Empereur, par laquelle le vice-roi demande à être relevé de son commandement [Napoléon avait désapprouvé les mesures prises par le prince dans sa marche sur l'Elbe (AF/IV/1651/B, plaquette 3, p. 132)] ; le rapport sur les combats dans la région de Vitebsk les 25-27 juillet 1812 comportant des annotations marginales de la main de Napoléon et qui servit à la rédaction du 10e bulletin [AF/IV/1644, plaquette 4/II, p. 46] ; les lettres envoyées au prince de Schwarzenberg en janvier-février 1813 dont on n'a évidemment que les copies [AF/IV/1652, plaquette 3, p. 5 et suivantes].

Parmi les dépêches des chefs de corps qu'il est impossible de citer de façon exhaustive, il faut retenir, cependant, celles du maréchal Davout alors qu'il commandait l'armée d'Allemagne de janvier 1810 à avril 1812. Elles constituent à elles seules un véritable petit fonds pour l'étude des affaires allemandes dont nous parlerons plus loin [AF/IV/1653, plaquettes 1 à 4, 7 à 10 ; 1654/A, plaquettes 1 à 5 ; /1654/B, plaquettes 1 à 6 ; /1655/A, plaquettes 1 à 5 ; /1655/B, plaquettes 1/I à 1/III, 2/I et 2/II ; /1656/A, plaquettes 1/I à 1/III, 2/I à 2/IV ; /1656/B, plaquettes 1 à 4].

L'Empereur était également informé des questions importantes touchant l'Administration de la guerre et l'intendance. Outre les rapports du ministre-directeur [voir, par exemple, AF/IV/1612, 1/V ; /1614, 3/I et 3/II ; /1615, 1/IV], mentionnons ceux de Daru qui forment un ensemble remarquable pour la fin de la campagne d'Autriche en 1809 et pour la campagne d'Allemagne [AF/IV/1641/A, plaquettes 3 à 7 ; /1641/B , plaquettes 1 à 6 ; /1663/B, plaquettes 1 à 7], de l'intendant Denniée, des ordonnateurs en chef Mathieu-Faviers et Michaux pour la campagne d'Espagne [AF/IV/1614, plaquette 3/I et 3/II ; /1615, plaquette 1/IV ; /1622, plaquette 1/I], ou ceux du commissaire général Petiet pour l'armée de Saint-Omer [AF/IV/1600/B, plaquette 3 ; /1602, plaquette 1/II].

Des informations de toute nature, non seulement sur les opérations militaires, mais aussi sur les problèmes économiques ou l'esprit public dans une région déterminée, forment la matière des dépêches d'une catégorie de personnel fréquemment chargée de diverses missions, les aides de camp et officiers d'ordonnance de l'Empereur, d'une part, les auditeurs au Conseil d'État, de l'autre. Parmi les premiers, citons les noms de Lebrun, Atthalin, Gourgaud, Flahaut, Hautpoul, Lamezan, Laplace, Drouot, Dejean pour la campagne de Russie [AF/IV/1643, plaquette 2/IV ; /1651/A, plaquettes 2/I et 2/II] ; Atthalin, Gourgaud, Laplace, Flahaut, Lamezan, Lauriston, Hautpoul, Lebrun, Mouton, Pretet, Corbineau, Paillhou pour la campagne d'Allemagne [AF/IV/1659/B, plaquettes 2/I et 2/III ; /1660/B, plaquettes 1/I et 1/II ; /1661/A, plaquette 1 ; /1663/A, plaquettes 1/I et 1/II] ; Mortemart, Lamezan et Dejean pour la campagne de France [AF/IV/1669/B, plaquettes 7 et 8 ; /1670, plaquettes 1/I à 1/V et 2]. Parmi les seconds, qui forment un corps de hauts fonctionnaires dont l'institution représentait une création originale du Consulat et de l'Empire [Charles Durand, Les auditeurs au Conseil d'État sous le Consulat et le Premier Empire..., Aix-en-Provence, 1937], il convient de mentionner surtout Le Lorgne d'Ideville, secrétaire-interprète de l'Empereur, auquel il adressa une remarquable série de dépêches et de notes depuis janvier 1813 jusqu'au mois de mars 1814, c'est-à-dire essentiellement pendant les campagnes d'Allemagne et de France [AF/IV/1652, plaquettes 5/I à 5/III ; /1665/A, plaquettes 1 à 5 ; /1665/B, plaquettes 1 à 7 ; /1668, plaquettes 1/I à 1/III].

Mentionnons enfin les rapports que reçut l'Empereur de son chambellan, le comte de Tournon, sur la situation en Espagne en 1808 et 1809 [AF/IV/1611, plaquette 3/I ; /1612, plaquettes 3/I et 3/II ; /1614, plaquette 2 ; /1617, plaquette 5].

A cet ensemble de dépêches et de rapports émanant d'importants serviteurs du régime impérial et de fonctionnaires dévoués, il faut ajouter la collection des lettres de Joseph, roi d'Espagne. Nous avons dénombré 319 lettres que le souverain écrivit entre juillet 1808 et août 1813 [AF/IV/1611, plaquette 1/I à 2/I ; /1615/A, plaquettes 1/I et 1/III ; /1623/B, plaquette 1 ; /1627, plaquette 1/I à 1/III ; /1629, plaquette 1/I ; /1630, plaquette 2/IV ; /1633, plaquette 2 ; /1634, plaquettes 1, 3, 4 ; /1635, plaquette 2. Dans le fonds des archives de Joseph Bonaparte, se trouvent, d'après nos calculs, 48 lettres, sous forme de minutes ou de copies, pour une période allant du 8 janvier au 11 juin 1813 (381AP/30, dossier 4 ; /31, dossier 4 ; /32, dossier 9) ; 14 de ces lettres se retrouvent dans le fonds de laSecrétairerie d'État (AF/IV/1635, plaquette 2 ; /1634, plaquette 1, 3, 4) et 11 dans l'ouvrage de Du Casse, cité ci-dessous]. Parmi celles-ci, 57 ne figurent pas dans la publication de Du Casse [Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph publiés par A. Du Casse..., t. 4 à 9, Paris, 1854], 38 ont été dictées ou copiées, 8 sont chiffrées, une, adressée à la reine Julie et interceptée, a été recopiée après sa parution dans la "Gazette de Riga" du 30 juillet 1812 [AF/IV/1633, plaquette 2, p. 11 et éd. Du Casse, t. 8, p. 333]. Toutes les autres sont entièrement autographes. Certaines missives comportent des différences de détail avec le texte publié par Du Casse. Ainsi, à la suite de la lettre adressée à l'Empereur à Burgos, le 9 août 1808, le roi a ajouté de sa main ces quelques lignes : "J'ai dicté cette lettre de mon lit, étant un peu fatigué quoique très bien portant ; je répète à Votre Majesté qu'elle ne sçaurait assez réfléchir sur ce qu'elle contient et prendre un parti. Des insurrections s'organisent sur mes derrières, mais nous les réprimerons..." [AF/IV/1611, plaquette 1/I, p. 44]. De même, dans une lettre, également dictée, le 8 janvier 1809, se trouvent ces quelques lignes que le roi a ajoutées : "Les bonnes nouvelles qui ont été imprimées dans la Gazette de Madrid et annoncées par le canon ont produit un bon effet" [AF/IV/1611, plaquette 2/I, p. 5]. On a des exemples semblables avec les lettres des 17 août, 10 septembre et 25 octobre 1808 [AF/IV/1611, plaquette 1/I, p. 52 ; plaquette 1/II, p. 74 et 108].

La plus grande partie de ces lettres - 280 selon nos calculs -, a pour destinataire l'Empereur lui-même dont le roi se déclare "l'affectionné serviteur et frère" dans la formule qui précède la signature. Les autres sont adressés au major général (22 lettres), au ministre de la Guerre (5 lettres), au maréchal Victor (3 lettres). Le reste est réparti entre les maréchaux Ney, Soult et Suchet, les généraux Clauzel et Reille. Signalons au passage l'existence, sous forme de copies certifiées par le secrétaire général Fririon, des lettres envoyées au roi Joseph par le général Clarke, ministre de la Guerre, du 9 avril au 9 juillet 1913 [AF/IV/1634, plaquette 4, p. 190 à 205 et Du Casse, op. cit., t. 9, p. 245-395].

Les missives adressées par le roi aux chefs de corps ne sont conservées dans les archives de la Secrétairerie d'État que sous forme de copies et cela paraît normal. Il n'en est pas ainsi pour celles, même chiffrées, que reçut le ministre de la Guerre, comme ce fut fréquemment le cas, et celles que le roi écrivit, le plus souvent lui-même, au major général. Elles parvenaient à la Secrétairerie d'État où l'Empereur en prenait connaissance sans que le destinataire fût parfois averti, comme cela se produisit pour une lettre envoyée à Berthier et datée de Madrid, le 26 janvier 1811. Une note jointe à cette pièce nous apprend que "l'Empereur a mis la lettre du roi d'Espagne dans sa poche et ne l'a point remise au prince de Neuchâtel qui n'a jamais eu connaissance de son contenu..." [AF/IV/1627, plaquette 1/I, p. 23bis et 24].

La correspondance arrivant à la Secrétairerie d'État et mise sous les yeux de l'Empereur était fréquemment annotée par ce dernier. Nous trouvons ainsi des comptes griffonnés dans les marges des rapports du maréchal Davout en janvier 1812, qui surprennent un lecteur très moyennement doué en calcul mental, tant les opérations posées apparaissent élémentaires [AF IV 1657, plaq. 2/I, p. 15 et plaq. 2/II, p. 108]. Le plus souvent, il s'agit d'ordres ou de remarques tracés très rapidement dans les marges de rapports ou de dépêches. Ainsi, sur un rapport du prince Eugène qui servit à la rédaction du 10e bulletin de la Grande Armée, l'Empereur, d'une écriture à peine lisible, ajouta quelques mots sur la mort du général Roussel [AF IV 1644, plaq. 4/II, p. 46]. De même, les rares dépêches originales de Maret sont apostillées. Celle du 9 septembre 1812 comporte l'ordre suivant : "Que le général les fasse marcher à Kovno" [AF IV 1647, plaq. 3/I, p. 39], pour arrêter la destination de certaines unités. Une autre dépêche, du 9 septembre, évoquant le projet formé par Madame de Hogendorp de rejoindre son mari à Vilna, contient dans la marge la réponse suivante : "Point de femmes à l'armée. La commission a eu tort. Ne rien recevoir du gouvernement de Lithuanie " [ Ibidem, p. 40 et Ernouf, op. cit., p. 416]. Sur une autre dépêche, toujours datée du 9 septembre, et à propos des consuls russes, l'Empereur ordonne : "Les faire chasser de partout" [AF IV 1647, plaq. 3/I, p. 41]. Enfin, sur une dépêche du 1er décembre 1812, il note, à propos de la levée de la petite noblesse de Lithuanie dont lui parle le duc de Bassano : " Il est ridicule de me demander mon approbation sur cette mesure. Les gens du pays devaient la prendre dès le premier jour. Mieux vaut tard que jamais" [AF IV 1647, plaq. 5/II, p. 14]. Les rapports du major général, notamment ceux contenant des propositions de grâces, sont parfois annotés soit de la main même de l'Empereur, comme la demande de congé du général Arrighi ainsi commentée : "Refusé, cette demande est inconvenante" [AF IV 1644, plaq. 3, p. 118] ; soit de la main d'un secrétaire, avec le N. de la signature, comme les propositions de récompenses faites pendant la campagne de Saxe, en marge desquelles on peut lire : "Je ne sais ce que cela veut dire. Cela a déjà été fait...", et : " On peut toujours préparer les décrets. On ne le enverra au Moniteur qu'après le déblocus des places, afin que, s'ils sont prisonniers, ils ne le soient qu'avec leur ancien grade ... [AF IV 1659/A, plaq. 7, p. 429 et 430]. Enfin, il nous faut signaler la traduction d'une relation en allemand de la bataille de Leipzig, dont l'Empereur a commenté certains passages d'une plume souvent très nerveuse [AF IV 1666, plaq. 4, p. 164].

Intérêt du fonds.

Par sa nature et sa destination, la documentation contenue dans les dossiers du fonds de la Guerre constitue une source importante pour l'étude des guerres napoléoniennes. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'intérêt de ces archives réside moins dans les éléments concernant le détail des opérations et leurs résultats, que dans ceux qui contribuent à éclairer certains aspects politiques, diplomatiques, économiques et sociaux de ces guerres qui conduisirent les armées impériales dans toute l'Europe continentale. Nous illustrerons cette assertion en prenant comme exemples la campagne d'Espagne, l'occupation du Nord de l'Allemagne, la campagne de Russie, nous bornant, dans le cadre restreint d'une introduction, à attirer l'attention du chercheur sur des points bien déterminés.

La guerre d'Espagne.

L'intervention en Espagne, considérée comme une erreur mortelle, entrait pourtant dans l'implacable logique du système impérial qui consistait à réduire l'Angleterre par tous les moyens. On devrait d'ailleurs parler des guerres de la péninsule ibérique car les campagnes d'Espagne et de Portugal sont étroitement liées. Le Portugal, véritable colonie commerciale de l'Angleterre, demeura la base la plus ferme et la plus sûre pour les armées anglaises dans leur lutte contre les corps impériaux qui occupaient l'Espagne. Pour s'assurer de ce petit pays, trois expéditions furent organisées. En 1807, Junot réussit à s'installer à Lisbonne dans un calme relatif. Mais il ne put se maintenir et l'entreprise se solda par un échec, comme ce fut également le cas en 1809 et 1810-1811 avec Soult et Masséna. Sur le plan militaire, le projet de conquête du Portugal se justifiait, mais il est douteux que sa réussite pût détourner les Anglais des affaires de la péninsule.

En réalité, les armées impériales affrontèrent leurs ennemis dans des opérations de trois types : la guerre classique conduite contre des armées régulièrement organisées, la guérilla contre des partisans, et la guerre de terre-mer où la flotte anglaise joua un rôle décisif. Précisons que, indépendamment des opérations isolées qui furent innombrables, les campagnes et les expéditions plus vastes eurent toujours au moins deux des aspects mentionnés ci-dessus. L'hostilité totale des populations espagnole et portugaise, le caractère extrêmement accidenté du relief, la dureté du climat créèrent des difficultés dont témoignent unanimement les rapports des chefs de corps, désemparés devant des réactions ou des situations souvent inattendues. Les caractères particuliers de la guerre d'Espagne sont décrits de façon très détaillée dans une multitude de dépêches dont voici quelques exemples. "Nos colonnes mobiles ne peuvent pas atteindre ces brigands qui sont très bien servis par les habitants et qui se retirent à l'approche de nos troupes par des chemins et dans des montagnes impraticables" (Jourdan au ministre de la Guerre, 3 juin 1809) [AF IV 1619 plaq. 2, p. 15] ; " ce nouveau genre de guerre, qui paraît avoir beaucoup d'analogie avec celui de la Vendée, est plus à redouter que les armées organisées" (Jourdan au ministre de la Guerre, 16 juin 1809) [Ibidem, p. 20. Autre allusion aux guerres de Vendée dans une lettre adressée par Bessières au major général, le 14 février 1811 : "Nous sommes ici dans une fière galère, mon cher prince... Le système de guerre qu'ont adopté les insurgés est pis que la Vendée... Ceci est une guerre de patience" (AF IV 1631 plaq. 1/I, p. 45). La lettre autographe du maréchal se veut confidentielle. On pourra comparer ces réflexions aux déclarations de deux généraux de l'armée de l'Ouest en l'an VIII : "Il ne s'agit pas de conquérir le pays ; nos colonnes n'éprouveront de résistance nulle part. Les Chouans seront invisibles partout où nous les chercherons... Tous les militaires qui n'ont fait la guerre qu'aux armées ne peuvent se faire aucune idée de celle-ci" (Hédouville au ministre de la Guerre, 11 nivôse an VIII, AF IV 1590 plaq. 2, p. 11). "Ce genre de guerre ne peut ressembler aux autres ; on n'a pas son ennemi devant soi, il est partout, il n'a ni magasin, ni communication à protéger, ni escortes à donner... Quand il se rassemblera en masse, il sera moins dangereux qu'en détail " (La Barolière au Premier consul, 6 pluviôse an VIII, AF IV 1590 plaq. 3/I, p. 35)] ; "aucun mouvement ne peut être fait sans que l'ennemie en soit aussitôt prévenu " (Soult à Jourdan, 17 juillet 1809) [AF IV 1619, plaq. 3/III, p. 120]. Les bandes sont formées d'"espèces de cosaques qui cherchent à nous faire le plus de mal possible... et sont d'autant plus dangereux qu'on ne peut les joindre, quoiqu'ils soient partout " (Marchand à Jourdan, 25 septembre 1809) [AF IV 1619, plaq. 4/II, p. 90]. " Ce n'est point une affaire ordinaire que la guerre d'Espagne. C'est en vain qu'on abat d'un côté les têtes de l'hydre, elles renaissent de l'autre ; et sans une révolution dans les esprits, vous ne parviendrez de longtemps à soumettre cette vaste péninsule ; elle absorbera la population et les trésors de la France... (Les insurgés) par leur mobilité et surtout la faveur des habitants, échappent à toutes les poursuites et reviennent derrière vous un quart d'heure après votre passage. C'est le système de chicane qui paraît avoir été adopté... " (Kellermann au major général, 9 juin 1810) [AF IV 1623, plaq. 7, p. 392].

Les insurgés " vivent partout, connaissent le pays et savent parfaitement nos mouvements en envoyant aux renseignements les jeunes gens de tous les villages dans lesquels ils ont par ce moyen des intelligences. Quand on marche à eux en force, ils se divisent, se retirent dans les pays difficiles et ne se battent que lorsqu'ils le veulent puisqu'ils font douze lieues quand nos troupes en font six. Ils sont réellement les maîtres du pays, nous ne le sommes que des points que nous occupons... Nos colonnes mobiles... ne peuvent presque rien... Elles ne font, comme disent les Espagnols, que des sillons dans l'eau qui se referment de suite " (Reille au major général, 6 août 1810) [AF IV 1626, plaq. 3/I, p. 6]. Enfin, en 1810, l'adjudant-commandant Carrion de Nisas, dans un long mémoire rédigé après une mission en Catalogne, parlant du général Saint-Cyr, fait cette constatation très intéressante : " Il paraît même avoir assez habilement jugé dès l'abord quel genre de guerre il fallait faire en Espagne. En effet, cette guerre étant toute morale, c'est-à-dire, sa durée et son intensité devant dépendre de la manière dont le moral des peuples demeure plus ou moins affecté, il importe bien moins d'avoir des succès que de n'avoir pas de revers... " [AF IV 1625, plaq. 2/II, p. 85].

Sur la tactique des troupes insurgées, les renseignements sont également impressionnants par leur abondance. Qu'il suffise d'évoquer les deux attaques de convois dans la région de Salinas, conduites en 1811 et 1812 par le célèbre chef de bandes Mina, telles que les a rapportées le commissaire général Devilliers dans deux longues lettres adressées au ministre de la Police générale [AF IV 1631, plaq. 1/III, p. 116 et 1633, plaq. 3, p. 68].

Pour réussir dans leurs entreprises, les chefs de l'insurrection devaient pouvoir compter sur l'entière collaboration d'une population qu'ils sollicitaient de différentes façons et dont ils réclamaient l'engagement en ne se servant pas toujours des arguments de la religion, de la fidélité au roi Bourbon, du nationalisme. Ainsi, en Catalogne, le marquis de Campoverde " a établi des clubs révolutionnaires à l'instar de ceux de 1793 " (le ministre de la Guerre à l'Empereur, 22 mars 1811) [AF IV 1629, plaq. 1/III, p. 107]. Lorsque le peuple se montre réticent, on n'hésite pas à user de représailles, en se référant toujours à l'exemple français. A Tarragone, " le congrès insurrectionnel... et O'Donnel règnent par la terreur, quelques soldats espagnols font trembler une population de dix mille habitants. Les prisons d'Urgel, Cardone, Barga [Cardona et Berga sont en Catalogne], et surtout de Tarragone regorgent et sont encombrées de malheureux de toutes classes arrêtés sur le plus léger indice. Et les insurgés disent hautement que nous leur avons donné cet exemple dans notre révolution et que c'est par cette conduite que la France a triomphé de tous ses ennemis " (Macdonald au ministre de la Guerre, 30 octobre 1810) [AF IV 1625, plaq. 2/III, p. 107]. De même dans les papiers saisis du général Blake, se trouve une lettre d'un certain Stanislas le Lutin, qui a des soucis avec la ville de Valence : " Il faut, écrit-il au général, que Votre Excellence use du pouvoir qui lui a été confié ; qu'elle livre au feu et à la destruction Valence et toutes les villes qui oseraient comme elle se refuser à l'accomplissement de leurs devoirs ; et si les Républicains, après avoir abymé la ville de Lyon, purent en imposer aux provinces, nous, par le châtiment de Valence, nous ferons connaître aux autres villes ce qu'elles doivent craindre ou espérer " [AF IV 1629, plaq. 2/IV, p. 222].

La guerre d'Espagne, la plus longue du règne et la plus meurtrière, donna lieu à un impitoyable déchaînement de cruautés de la part des insurgés espagnols et portugais et des armées françaises et anglaises. Les quelques exemples que nous citerons n'ont d'autre but que d'attirer l'attention sur des comportements que les guerres dites classiques de l'époque, malgré les innombrables maux qu'elles engendrèrent, ne suscitèrent que de façon exceptionnelle. Un conflit mettait normalement aux prises des armées dont les soldats étaient en uniforme, les populations civiles étant théoriquement exclues des opérations. Le partisan ou l'insurgé, sans uniforme, se plaçait hors des lois de la guerre. C'est pourquoi les textes des dépêches lui appliquent unanimement le qualificatif de " brigand ". Lui-même et ceux qui le soutenaient n'avaient droit à aucune espèce de protection. Les exécutions sommaires et les prises d'otages faisaient donc partie des moyens de lutte contre les bandes d'insurgés. Ainsi en est-il d'" un prêtre qui servait d'aumônier à une de ces bandes, ... pris et fusillé " (le major général à l'Empereur, 9 octobre 1810) [AF IV 1626, plaq. 3/II, p. 69]. Ordre est donné au maréchal Suchet de " prendre des otages... et... faire passer par les armes les individus qui ont égorgé les Français et inspirer dans cette ville (Valence) une salutaire terreur (21 novembre 1811) [AF IV 1629, plaq. 2/III, p. 138]. " On emploie les mesures de police les plus sévères ; le curé et cinq individus d'Eybar [ou Eibar, dans le Guipuzcoa], partisans des brigands ou espions, ont été fusillés ; d'autres exécutions ont eu lieu à Sanguessa [Sangüesa, dans la Navarre] ; les chefs de gendarmerie attachés aux colonnes mobiles ont ordre de juger prévôtalement tout individu reconnu comme ayant favorisé les brigands... cinq à six cents parents de brigands sont arrêtés, le général Reille va en faire fusiller quelques-uns des plus mauvais et brûler leurs maisons si leurs enfants ne rentrent pas... (le major général à l'Empereur, 10 octobre 1811) [AF IV 1631, plaq. 1/V, p. 288]. On trouvera bien d'autres cas de prises d'otages, comme celles effectuées dans les provinces occupées par l'armée du Nord, par les généraux Thouvenot Dorsenne et Abbé [AF IV 1631, plaq. 1/V, p. 289, plaq. 1/VI, p. 330, plaq. 1/VII, p. 398]. Ce dernier fit procéder à Pampelune à des exécutions de parents d'insurgés qui entraînèrent la mise à mort d'officiers et soldats français prisonniers de la bande de Gregorio Cruchaga [AF IV 1633, plaq. 3, p. 3].

De leur côté, les populations comme les troupes de partisans d'Espagne et de Portugal ne montrèrent pas moins d'ardeur à se livrer à des actes d'une étonnante sauvagerie, dans un même déchaînement de haine. Lors de son entrée à Braga et à Porto, le maréchal Soult a décrit l'hallucinant spectacle qui s'offrit à sa vue [notamment avec l'assassinat du corregidor de Braga, du général Louis d'Oliveira, des prisonniers français, victimes auxquelles on avait fait subir toutes sortes de cruelles mutilations (rapport général du duc de Dalmatie, Lugo, 31 mai 1809, AF IV 1616, plaq. 3, p. 9, repris dans les Mémoires du maréchal Soult. Espagne et Portugal, texte établi et présenté par Louis et Antoinette de Saint-Pierre, Paris, 1955, p. 70 et 78)]. Son témoignage s'accorde avec le contennu de certaines dépêches très significatives concernant le massacre d'individus isolés ou sans défense. " Plusieurs voltigeurs avaient été dans un village voisin pour y acheter des provisions. Quatre d'entre eux y ont été assassinés à coups de hache et de fourche. Les habitants ont poussé la cruauté jusques à leur couper leurs parties honteuses et à les leur mettre dans la bouche. J'ai fait mettre le feu au village... " (Ducos à Bessières, 23 juin 1808) [AF IV 1606/B, plaq. 3/II, p. 125]. Les habitants, " lorsqu'ils peuvent impunément donner la mort à des soldats, à des officiers, à des employés, se portent à toutes sortes d'excès et inventent à l'égard de leurs victimes les tourments les plus douloureux... " (Denniée à Dejean, 25 août 1809) [AF IV 1619, plaq. 3/II, p. 63]. On ne recule devant aucun procédé pour semer la mort. Le maréchal Macdonald dénonce dans un ordre du jour le guet-apens tendu par les habitants de Bellpuig, en Catalogne : " ... Les assassins employant la plus infâme trahison attiraient leurs malheureuses victimes en leur offrant des rafraîchissements et les invitant à se reposer. Vos frères d'armes trouvèrent la mort là où il comptaient sur les lois sacrées de l'hospitalité... " [AF IV 1625, plaq. 2/II, p. 46]. Quant aux blessés, on n'hésite pas à les massacrer, comme le firent des paysans après la bataille d'Almonacid [AF IV 1619, plaq. 3/II, p. 65].

Dans ces conditions, on s'explique la dureté de certains combats, notamment lors de l'investissement des villes. Les sièges de Saragosse en représentent l'exemple le plus célèbre, mais il y eut bien d'autres cas, comme celui de la prise de Bilbao, au début de la campagne : " Je viens d'entrer à Bilbao après quatre heures d'un combat très vif... Enfin le dernier point vient d'être forcé. C'était un couvent où tout a été passé par les armes, moines, capucins et soldats. Malgré cette résistance dans la ville, je suis parvenu à arrêter le pillage... " (Merlin au roi Joseph, 16 août 1808) [AF IV 1611, plaq. 1/IV, p. 179]. Mentionnons également les horreurs de la prise de Badajoz en avril 1812, durant laquelle les troupes anglaises se livrèrent aux pires excès [Mémoires du maréchal Soult... op. cit., p. 300].

L'exaspération d'une population manifestant une " obstination inouïe " et une opiniâtreté " inconcevable " [Dedon au major général et le colonel Rogniat au ministre de la Guerre (AF IV 1622, plaq. 2/I, p. 17 et 20)] dans sa résistance aux Français, n'a pas été absolument générale. S'installant à Lisbonne en 1807, Junot remarquait : " J'avais reçu dans la journée beaucoup de monde, dont la plupart francs-maçons m'ont beaucoup servi pour faire rentrer le peuple dans la tranquillité " (A l'Empereur, 30 novembre 1807) [AF IV 1604, plaq. 1/I, p. 16]. Les accommodements avec l'envahisseur et la nouvelle dynastie ne furent pas rares, surtout parmi les personnes dites " éclairées ", notables, bourgeois, gens d'Église. Mais, à l'exception des collaborateurs du roi Joseph et des membres de sa cour, il est difficile de parler de ralliement à propos de l'attitude d'un archevêque de Santander [Raphael Menendez de Luarca. Après l'émeute de Santander, en avril 1808, le maréchal Bessières avait multiplié les démarches auprès de l'archevêque et de " personnes considérables " de la région (Bessières à l'Empereur, 30 avril 1808, AF IV 1605/A, plaq. 2/I, p. 66] ou d'un évêque de Zamora [Joachim Carrillo Mayoral. Le général Darricau " a fait chanter une grand-messe par l'évêque... Ce prélat a fait un sermon dont le but est de faire sentir au peuple la nécessité où il est d'implorer la clémence de Votre Majesté et les avantages dont il jouira sous le roi Joseph ; il a prêté serment d'obéissance et de fidélité au roi ; le clergé, les magistrats et le peuple ont imité son exemple " (le major général à l'Empereur, 17 janvier 1809, AF IV 1617, plaq. 1, p. 15)], soumis aux pressions du maréchal Bessières et du général Darricau, ou même d'un évêque de Palencia [François-Xavier Almonacid. " ...l'évêque... est parvenu à calmer le peuple et à le faire rentrer dans le devoir. Il est venu avec les principaux de la ville au-devant de moi. C'est à ce prélat que l'on doit la tranquillité de Palencia... " (Lassalle à Bessières, 7 juin 1808, AF IV 1606/B, plaq. 3/II)], intervenant pour arrêter les soulèvements populaires. On sait pourtant que l'insurrection, puissament aidée d'ailleurs par les finances et les armées de l'Angleterre, se généralisa, pour des raisons que l'on trouvera énoncées ou analysées, avec l'insistance propre à tous ceux qui craignent de ne pas être compris, dans un très grand nombre de documents.

Les motifs religieux, incontestables, avivés par le conflit avec le Saint-Siège, sont présentés comme le résultat de l'influence du clergé. " Les moines... ont surtout l'art de donner à la populace la direction qu'elle est susceptible de prendre... Les prêtres, les moines et le caprice de la canaille règlent tout " (Bessières à l'Empereur, 30 mars 1808) [AF IV 1605/A, plaq. 2/I, p. 35]. " Les prêtres paraissent prendre une part très active dans toutes les réunions bourgeoises et même on les rencontre parmi la plus vile canaille. Dans une de ces réunions, quelqu'un a dit qu'il n'y aurait pas grand mal qu'on réformât une partie des prêtres. Un moine qui se trouvait là répondit... que si l'on s'avisait de toucher à l'un d'eux, le présent roi d'Espagne ne règnerait pas dix jours " (l'aide-de-camp Charroy au maréchal Bessières, 13 avril 1808) [Ibidem, p. 52]. Très rapidement, on accusa les Français de ne pas être des chrétiens. C'est ce que les prêtres et les moines déclaraient tout haut, dès février 1808, à Barcelone où les correspondances saisies en provenance de Rome attribuaient aux Français l'intention de détruire la religion qu'ils avaient feint de respecter jusque là pour tranquilliser les ignorants [AF IV 1605/B, plaq. 2/II, p. 95]. La lutte des insurgés allait, dans certains cas, devenir une nouvelle croisade. Ils mirent un scapulaire à leurs chapeaux [AF IV 1606/B, plaq. 3/II, p. 91 (Merle à Bessières, 5 juin 1808)] pour aller combattre des armées, qui, d'après une instruction de la junte de Séville " ne pratiquent aucun acte de religion " [AF IV 1619, plaq. 4/II, p. 142-143. Parlant du texte de ces instructions qu'il envoie au ministre de la Guerre, le maréchal Soult déclare : " Cette pièce pourra un jour servir à l'histoire de la guerre et elle prouvera que les moyens les plus barbares de destruction ont été employés pour nous nuire et que pour s'en préserver, les sentiments des devoirs envers S.M. que nous devons remplir ont dû suggérer d'autres moyens " ( Ibidem, p. 141, 30 septembre 1809)].

Les ecclésiastiques qui ne furent généralement pas ménagés lorsqu'ils étaient pris les armes à la main, jouissaient d'une influence quasi universelle qu'on eut l'idée de combattre en dressant le peuple contre eux sur des questions d'intérêt. C'est ce que proposait Dudon, l'intendant général de l'armée du Nord : " La fermentation qui règne dans tous les esprits est excitée par le clergé, tous les rapports, tous les avis sont d'accord sur ce point... Pour détruire l'influence des prêtres, il faut armer le peuple contre eux, c'est-à-dire les diviser d'intérêts. Un des moyens les plus efficaces serait d'abolir les dîmes perçues par les curés et chapitres, en les remplaçant par un traitement fixe inférieur à ces produits... " [AF IV 1628, plaq. 3, p. 143 (Dudon au major général, 4 juin 1811)]. Mais que pouvaient valoir ces propositions en face de l'engagement de prêtres et de religieux dans l'insurrection, souvent au péril de leur vie, sacrifices qui fortifiaient encore les énergies ?

Aux motifs religieux, on doit ajouter l'attachement à la dynastie des Bourbons, surtout en la personne du prince des Asturies, disposition singulièrement renforcée par une exaspération du sentiment national créée par l'invasion étrangère, la crainte d'un démembrement territorial et la hantise de voir le code Napoléon imposé à tout le pays [AF IV 1605/A, plaq. 2/II, p. 95]. A cet égard, un texte comme la déclaration de l'évêque d'Orense, Pedro Quevedo y Quintano, ne doit pas être considéré comme une réaction isolée, mais bien comme la manifestation éclatante du refus d'accepter l'usurpation que constituait la mise à l'écart des Bourbons : " Cette famille infortunée est conduite au sein de l'empire français, dans une terre qui l'avait bannie pour toujours. Rendue à son berceau primitif, elle y trouve la tombe où le glaive civil a fait descendre son chef. Elle voit les lieux où son premier rameau a été cruellement coupé par la fureur d'une révolution insensée et sanguinaire. Que peut espérer l'Espagne d'un pareil événement ?... Les renonciations des rois dans Bayonne et des infants à Bordeaux, où l'on croit qu'ils pouvaient être libres étant au contraire environnés de la force et de l'artifice... enfin suspectes à toute la nation... ont besoin pour devenir valables... d'être ratifiées par les rois et les infants libres de toute violence et de toute crainte" [AF IV 1607, plaq. 2/IV, p. 239-242].

On ne saurait omettre les difficultés économiques considérables que devait entraîner pour les deux royaumes de la péninsule ibérique l'occupation française, comme cela se produisit d'ailleurs en Hollande et en Allemagne du Nord, notamment. A l'appauvrissement que la guerre elle-même engendrait par suite de la présence de plusieurs armées vivant bien souvent sur le pays et des contributions énormes qui frappèrent certaines villes, à la détresse du Trésor de l'Espagne [sur la situation financière de l'Espagne, la dette publique et notamment l'emprunt de Hollande, voir AF IV 1608/B, plaq. 2/I à 2/V et 1611, plaq. 2/I], il faut ajouter la baisse de l'activité commerciale dont une grande partie dépendait des bonnes relations avec l'Angleterre. A Barcelone, les ateliers de textiles qui avaient l'exclusivité du commerce avec les colonies espagnoles d'Amérique, ont dû fermer : "... Tous ces ateliers, toutes ces fabriques qui depuis la guerre avec l'Angleterre souffraient beaucoup, se trouvent entièrement fermés depuis l'entrée des troupes françaises en Catalogne, de manière qu'il existe sur le pavé et sans aucune espèce de ressources une quantité innombrable d'ouvriers qui se trouvent sans pain et sans aucun moyen d'alimenter leur famille, maudissent les Français... Il est plusieurs fabriques d'indiennes dans Barcelone qui, dans tous les autres temps, occupaient depuis quatre cents jusqu'à mille ouvriers chacune et qui aujourd'hui en ont à peine conservé vingt. Les fabriques de toile de coton et de mouchoirs ont éprouvé le même sort, puisque l'on compte plus de dix mille métiers en ce genre, pliés depuis trois semaines dans la seule ville de Barcelone. Il en est de même des ateliers de soieries..." [AF IV 1605/A, plaq. 2/II, p. 96].

Au Portugal, dont la prospérité dépendait étroitement de ses relations avec l'Angleterre, surtout pour l'exportation des vins, et avec le Brésil, la perspective de la fermeture des ports et d'une rupture des liaisons avec le Brésil ne disposait pas les esprits à subir l'occupation française, ainsi que le rapporte dans ses dépêches l'intendant-général de la Police du Portugal, Lagarde [AF IV 1620, plaq. 3/II, p. 54 ; 1630, plaq. 2/I, p. 15 et 37].

Enfin, si l'insurrection put se développer avec une telle ampleur et tenir en échec des corps d'armée, c'est qu'il y avait dans le caractère des Espagnols et des Portugais des traits propres à assurer le succès du soulèvement, traits que de bons observateurs n'ont pas manqué de relever dans leurs rapports, conscients sans aucun doute du danger que de telles dispositions représentaient chez d'éventuels adversaires. Opiniâtreté, courage, sobriété sont des qualités que l'on reconnaît généralement au peuple, tout en soulignant ses penchants à la " superstition " et à la violence. " Ce peuple... éprouve un froid très vif et n'a d'autre feu que celui de sa cuisine qui est très mince ; il est mal vêtu, mal logé, se chauffe au soleil ou dans les étables..., ne quitte pas son manteau, cultive mal... mais en compensation il est d'une sobriété qu'on est forcé d'admirer... " (Mouton à l'Empereur, 3 mars 1808) [AF IV 1605/A, plaq. 2/III, p. 158]. "Le peuple serait dangereux en cas d'hostilités. Il est habituellement armé de poignards dans les villes... et le peuple des campagnes porte non seulement le poignard, mais il est encore armé de fusils. Il est par caractère et par vieille inimitié susceptible de soulèvement " (Dupont au ministre de la Guerre, 15 mars 1808) [AF IV 1605/A, plaq. 2/II, p. 128]. " Le Castillan, surtout, est moins traitable, fier, superstitieux, fanatique et insoumis... " (Bressières à l'Empereur, 30 mars 1808) [AF IV 1605/A, plaq. 2/I, p. 35]. L'Aragonais, qui, rappelle l'adjudant-commandant Lomet a vaincu les rois maures, n'a rien perdu " de son opiniâtreté, de sa sobriété ni de son intrépidité " ; c'est le peuple, ajoute le général Suchet, " le plus courageux, le plus fort au physique et le plus entêté dans les circonstances actuelles" [AF IV 1622, plaq. 1/II, p. 63 et 74]. Quant aux Portugais, voici ce qu'en pense le maréchal Soult : " Les hommes... sont belliqueux, même féroces, ils ne craignent pas la mort ; les femmes partagent leurs dangers... Tout individu est soldat et ceux qui ne sont pas enrégimentés sont les plus dangereux ; chaque contrée a ses milices, ses ordonnances et ses dépôts de munitions... ; le tocsin qui se répète d'un bout de province à l'autre a bientôt rassemblé des masses innombrables. Ce peuple, sentant sa force, a souvent résisté aux armées du gouvernement... " (Soult à l'Empereur, 30 mai 1809) [AF IV 1616, plaq. 3, p. 6].

On imagine aisément, dans ces conditions, l'extrême dureté des combats et le caractère intransigeant d'une résistance qu'exacerbaient encore les pratiques à la fois humiliantes et ruineuses des armées d'occupation. Les pillages, auxquels celles-ci se livrèrent parfois, résultent autant du désir de s'enrichir que de la pénurie chronique de vivres et d'argent qui affecta généralement les différents corps, situation aggravée par le " principe cher au Comité de Salut public " [B. Bergerot, op. cit., p. 557] et implicitement suivi par la suite, établissant que la guerre doit nourrir la guerre. Ainsi, le major général fait-il savoir à l'Empereur qu'il répond au général Dorsenne, commandant en chef l'armée du Nord de l'Espagne, qui se plaignait que le retard de la solde se montât à plus de sept millions de francs : "...d'après un autre ordre de Votre Majesté..., il faut qu'il profite des ressources du pays pour le paiement de la solde, ... Votre Majesté ne peut suffire à des dépenses aussi considérables si le pays n'y aide pas de toutes les manières... " [AF IV 1631, plaq. I/IV, p. 194]. L'application de ce principe contraignait les populations à supporter le poids de réquisitions et de contributions de guerre d'autant plus lourdes que leur levée entraînait souvent des abus criants. On en trouvera des exemples caractéristiques pour la Cata logne en 1810, en particulier dans les rapports de l'adjudant-commandant Carrion de Nisas, chargé d'une mission d'information, et du maréchal Macdonald, sur les pratiques des généraux Lechi et Duhesme, des commissaires des guerres Grobert et Augier et du commissaire général de police Casanova [AF IV 1625, plaq. 1/III, p. 148 ; 1/IV, p. 175, 210, 215, 216. Le mémoire adressé par Carrion de Nisas au ministre de la Guerre (AF IV 1625, plaq. 2/II, p. 85) contient des détails sur les impositions (" on impose, on saisit, la terreur s'organise, l'émigration prend un caractère alarmant "), la saisie des biens des émigrés, les spéculations, l'accaparement par des particuliers de l'argenterie des églises de Barcelone, normalement destinée au gouvernement, les orgies du général Duhesme (" l'intérieur du général Duhesme était crapuleux... des hommes sans moralité et sans lumières, des femmes avilies remplissaient sa maison dont la femme de son cuisinier faisait les honneurs... "), les excès du général Lechi, mais aussi le sérieux du général Saint-Cyr, l'honnêteté du consul Durand qui préserva du pillage des biens d'émigrés]. Signalons également le cas des communes des provinces de Toro et Zamora qui, en 1811, présentèrent des réclamations très détaillées sur les abus commis par les troupes dans la levée des contributions, notamment pour la fourniture des vivres [AF IV 1631, plaq. 2/IV. Pour ses réclamations, la commune de Torrecilla de la Orden, dans l'actuelle province de Valladolid, par exemple, fournit la liste détaillée de tout ce que les troupes ont exigé entre le 24 janvier et le 1er mai 1811, notamment pour la table des officiers ( Ibidem, p. 146)], et des villes de Ledesma et Peñaranda, dans la même région, dont le corrégidor et l'alcade furent soumis à toutes sortes de vexations et de brutalités [AF IV 1631, plaq. 2/III, p. 120-126], procédés que l'on retrouvera dénoncés avec vigueur par l'auditeur au Conseil d'État Gossuin, intendant supérieur de la province de Toro, révélant les excès perpétrés par ceux qu'il nomme " les Verrès de l'Espagne " [AF IV 1631, plaq. 2/I, article où se trouve le dossier concernant la mission de l'auditeur Gossuin] ; au nombre de ces derniers, il cite le général Junot et sa femme, les généraux Roguet, Dumoustier, Arnaud [Mentionnons d'heureuses exceptions : " Les Espagnols... adorent le maréchal Mortier, parce qu'il a toujours été bon, humain et généreux à leur égard. Le comte Dorsenne qui n'est que juste avec eux en est craint et respecté... Tous les habitants de Valladolid conservent le souvenir du général Kellermann qui a su les traiter avec les égrads dus à un peuple civilisé " (rapport de l'auditeur Gossuin à l'Empereur, AF IV 1631, plaq. 2/I, p. 7)].

Des abus commis dans les levées de contributions et de réquisitions nécessaires à l'entretien des troupes, on passe facilement aux pilleries effectuées à titre personnel. Nombreux sont les rapports qui dénoncent cet irrésistible penchant à mettre à profit les circonstances pour s'enrichir. On se reportera aux très intéressantes dépêches de Lagarde, intendant général de la Police du Portugal, qui fut particulièrement attentif à observer les gens. " Les hommes les plus enrichis par les bienfaits de l'Empereur ne songent qu'à accroître leur fortune par tous les moyens, au risque de soulever le Portugal comme l'Espagne. On fait de l'argent à tout prix. Cette dévorante cupidité descend des hauts rangs de l'armée jusqu'aux derniers. On avoue que c'est le seul dédommagement du malheur de servir en Espagne. " (Au ministre de la Police générale, 14 août 1810) [AF IV 1626, plaq. 4/I, p. 30].

Le Portugal, d'ailleurs, avait déjà été une proie singulièrement attrayante pour certains lors de la première invasion. Une note, fort longue, adressée à l'Empereur, avec la mention " pour Sa Majesté seule ", par le ministre de la Guerre, contient des détails très significatifs [AF IV 1616, plaq. 1/III, p. 121 et 122. Voir aussi la publication d'António Ferrão, A I/a invasão francesa (a invasão de Junot vista através dos documentos da intendencia geral da policia, 1807-1808)... Coimbra, 1923, p. CCCVI et CCCXVII] : le beau-frère de Junot, Géouffre, pilla les biens du prince-régent et des personnes qui l'avaient suivi au Brésil, une partie de la vaisselle revenant aux généraux Junot et Loison ; le séquestre des propriétés et des marchandises anglaises appartenant aux Portugais, la vente de passeports aux riches particuliers désirant émigrer au Brésil, la vente à la compagnie de Porto de l'autorisation d'exporter ses vins, la passation de marchés de vivres, les contributions de la ville de Lisbonne aux frais de table du général Junot dont la note relève " l'orgueil presque insensé " constituèrent autant de sources de fructueux profits. Au moment de la capitulation, le général Beresford, faisant fouiller les équipages français fit restituer, d'après la note, 250 caisses d'indigo, 20.000 volumes des bibliothèques de riches particuliers, la fameuse Bible du couvent de Belem qui se trouvait dans les bagages du général Junot, et beaucoup d'autres objets, notamment des meubles et des tableaux appartenant à des seigneurs portugais émigrés dont s'était emparé l'intendant de police Lagarde, deux ans avant de dénoncer à son tour les pilleurs de l'Espagne et de gloser sur la " grande avidité d'argent " du maréchal Soult [AF IV 1623/A, plaq. 2/II, p. 42 (Lagarde à l'Empereur, 9 janvier 1810). Les rapports de Lagarde à Junot (26 mars-12 juillet 1808) sont publiés dans A. Ferrão, op. cit., p. 299 à 440], l'accusant de s'occuper de " spéculations et d'affaires propres à augmenter beaucoup sa fortune " [AF IV 1623/A, plaq. 2 /IV, p. 134 (copie d'un extrait d'une lettre de Lagarde adressée sans doute au ministre de la Police générale, 29 juin 1810)]. Cette accusation pourrait s'appliquer à bien des chefs de corps qui considéraient souvent qu'une partie des profits de la guerre pouvait servir à promouvoir leur carrière ou à accroître leur position [le maréchal Suchet ne demandait-il pas à l'Empereur de lui accorder " une assignation sur les contributions de Valence et d'Aragon, afin que je pusse l'employer à l'achat d'un hôtel où pût loger convenablement un grand officier de votre Empire... " (AF IV 1634, plaq. 3, p. 129, 9 mars 1813)].

Aux pilleries des particuliers, il faut malheureusement ajouter les enlèvements d'objets d'art effectués officiellement. On trouve dans le fonds de la Guerre des indications à ce sujet qui doivent être complétées par la consultation d'autres fonds d'archives. Ainsi, les trésors du couvent Saint-Paul des Dominicains de Valladolid ont retenu l'attention de Denon qui déclare certains objets de cet établissement dignes de figurer dans la bibliothèque et dans la chapelle de l'Empereur [AF IV 1617, plaq. 5, p. 10 (l'ordonnateur Joinville au major général, 11 janvier 1809) et 1620, plaq. 3/II, p. 92 (déclaration de Denon, 23 janvier 1809)], et l'on sait que la plus belle partie des trésors de Notre-Dame del Pilar de Saragosse servit à acquitter une partie de la contribution de quatre millions qui fut exigée de cette ville en 1809 [AF IV 1622, plaq. 2/II, p. 84 et 86]. Quant aux tableaux des couvents, églises ou palais, ils furent considérés avec un intérêt justifié. Dès 1808, on ne sait pour quelle raison, on trouve dans un mémoire anonyme une liste de cent vingt tableaux de l'Escurial [AF IV 1610, p. 205]. Un rapport de l'intendant général de police Lagarde nous apprend que le roi Joseph avait donné au maréchal Soult " six des plus beaux tableaux d'Espagne " et que le surintendant général de sa Maison, le comte de Miot de Melito, était fortement soupçonné " d'avoir fait des gains immenses avec les plus beaux tableaux de la Couronne, d'y avoir substitué des copies et même d'avoir envoyé les originaux en Angleterre " [AF IV 1623/A, plaq. 2/II, p. 42 (Lagarde à l'Empereur, 9 janvier 1810). Notons qu'à deux reprises, en 1809 et en 1813, le roi Joseph offrit des tableaux à son frère, chaque envoi comprenant cinquante pièces. En outre 230 tableaux soustraits à des seigneurs espagnols par le Domaine extraordinaire arrivèrent en France en 1813. À ces prises officielles, il faut ajouter des tableaux qui arrivaient d'Espagne par Bayonne et à propos desquels le préfet des Basses-Pyrénées notait qu' " ils étaient envoyés par des généraux et adressés à leurs familles ou à des particuliers " (renseignements aimablement fournis par Mme Odile Delenda, chargée de mission au département des peintures du musée du Louvre, qui a travaillé d'après les dossiers conservés aux Archives nationales sous les cotes O/2/ 846, F/21/571 et F/17/1058)].

L'occupation du Nord de l'Allemagne.

Un ensemble d'un volume relativement modeste, puisqu'il ne comprend que huit cartons, contient une documentation d'un grand intérêt sur la situation de l'Allemagne de 1810 à avril 1812. Il s'agit tout d'abord des rapports adressés à l'Empereur par le ministre de la Guerre et le maréchal Davout, ce dernier devenant l'unique expéditeur à partir de 1811. En outre, ces rapports sont, dans la plupart des cas, complétés par des pièces de nature et d'origine diverses, qui constituent, suivant l'importance des affaires traitées, des dossiers originaux. Destinés à fournir à l'Empereur tous les renseignements possibles sur une question déterminée, ils font tout l'intérêt de cette correspondance [La Correspondance du maréchal Davout..., 1801-1815..., éd. Ch. de Mazade, t. 3, Paris, 1885, ne contient que cinq lettres adressées par le maréchal à l'Empereur (n° 953, 954, 965, 1012, 1017, p. 223, 233, 243, 311 et 316). Ces lettres, auxquelles aucune pièce n'est jointe, ne se trouvent pas dans les archives de la Secrétairerie d'État].

Après la campagne d'Autriche en 1809, le maréchal Davout, qui avait le commandement de l'armée d'Allemagne, est chargé de suivre l'exécution du traité de Vienne. Ses rapports à l'Empereur partent de Lintz, Passau et Straubing où il se trouve encore en février 1810. Revenu en France à cette époque, il y demeura jusqu'au début de 1811. De mars à juillet 1810, la suite de ses rapports à l'Empereur est interrompue ; elle ne reprendra qu'à la fin du mois d'août de façon irrégulière, ne retrouvant une certaine importance qu'à partir d'octobre-novembre. Depuis janvier 1810, le ministre de la Guerre, de son côté, n'avait pas cessé de tenir l'Empereur régulièrement informé des affaires d'Autriche et d'Allemagne [les rapports du ministre de la Guerre et du maréchal Davout sur les affaires d'Autriche et d'Allemagne se trouvent dans AF IV 1653, plaq. 1 à 10 (la plaq. 6 ne contient aucun rapport du maréchal) et 1654 /A, plaq. 1 à 5. A partir de AF IV 1654/B, plaq. 1, commence la série des rapports du seul Davout].

Jusqu'en septembre-octobre 1810, la situation de l'Autriche demeure un centre d'intérêt important dans les dépêches qui parviennent à l'Empereur. Tandis que le ministre Clarke rend compte des mouvements de troupes et de l'évacuation des unités, du détail des itinéraires suivis et de l'état des principales places d'Allemagne, le maréchal Davout envoie des nouvelles très intéressantes de provenances diverses sur ce qui se fait ou se dit dans cette partie de l'Europe et notamment à Vienne, à un moment d'intense activité diplomatique. Les gazettes et les correspondances saisies constituent toujours une source de renseignements très variés. Citons une note adressée de Ratisbonne par Fahnenberg au comte de Metternich sur les " symptômes d'une prochaine révolution " en Hollande et Brabant [AF IV 1653, plaq. 2, p. 65] ; une lettre du " baillif " de Saint Gilgen en Salzbourg sur la répression d'insurgés tyroliens en décembre 1809 [" A Windische Matterey, il y a eu, le 24 décembre dernier, des scènes terribles. À l'instigation des Tyroliens et de l'aubergiste nommé Aichberger... les habitants y reprirent les armes, mais les insurgés y furent battus. Il y arriva 5.500 Français qui détruisirent la maison de l'aubergiste Aichberger... et arrêtèrent plusieurs chefs d'insurgés qui furent fusillés, ainsi que plusieurs prêtres ; entre autres le curé et le chapelain de Wurzen en Tyrol furent fusillés dans la ville de Lienz... " (AF IV 1653, plaq. 3, p. 117). On trouvera dans la même plaquette d'autres extraits de lettres saisies où il est notamment parlé du mécontentement suscité par la réunion du Tyrol à la Bavière] ; une longue note, toujours adressée par Fahnenberg au comte de Metternich, sur les affaires du prince de Tour et Taxis et la difficile situation du roi de Bavière [" Pour porter la misère de ce pays à un plus haut degré, les alliés de la Bavière, les Français, l'ont occupé presque entièrement. L'entretien de ces bons amis cause des dépenses qui surpassent l'impossible. Celui du maréchal Davout coûte à la petite ville de Straubing 3.000 florins par jour et la malheureuse ville de Passau succombe sous le poids excessif des logements militaires "... (AF IV 1653, plaq. 3, p. 132)] ; des rapports de plusieurs diplomates, comme le chargé d'affaires de Hollande à Vienne, Silliman, ou le chargé d'affaires de la Confédération suisse à Vienne, le baron Ferdinand de Müller [AF IV 1653, plaq. 2, p. 80 ; plaq. 3, p. 133 ; plaq. 4, p. 149 et 150].

A cela, il convient d'ajouter les rapports des divers agents chargés de surveiller les personnes et d'observer l'état de l'opinion. Quelques-uns demeurent anonymes, comme ce négociant vivant à Smyrne ou ce Français " répandu dans la haute société de Vienne " [AF IV 1653, plaq. 1, p. 11, 17 et 18 ; 2, p. 81 ; 3, p. 131 ; 4, p. 147] qui transmet beaucoup de détails sur la Cour, la vie politique, l'armée, la situation administrative et financière de l'Autriche et l'effet produit par le divorce de Napoléon. D'autres agents sont bien connus, notamment le célèbre Romeuf dont le maréchal loua à plusieurs reprises les remarquables qualités auprès de l'Empereur. Il " a une tête froide, écrivait le maréchal, est bon observateur et excellent officier ". " J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'entretenir Votre Majesté de la perspicacité de cet officier. C'est ce qui me fait désirer d'avoir ses idées pour les communiquer à Votre Majesté " [Le 4 décembre 1811 (AF IV 1657, plaq. I/I, p. 19)]. Romeuf, alors adjudant-commandant, note les effets de la nouvelle du divorce de l'Empereur, donne des renseignements sur la cour d'Autriche, les départs d'officiers autrichiens pour l'Espagne, l'état des esprits [AF IV 1653, plaq. 1, p. 19 ; 3 p. 102 ; 4, p. 148 et 165 ; 7, p. 307 ; 9, p. 374]. Il était en relations avec un autre agent, Franoy, employé à la police de Vienne, qui n'inspirait pas une grande confiance au maréchal Davout [Voir AF IV 1637, plaq. 7 et 8. Ernest d'Hauterive, La police secrète du Premier Empire..., 1809-1810, Paris, 1964, p. 317, n° 553]. Ses rapports contiennent des informations sur la situation de l'empire autrichien au point de vue militaire, économique et sur l'état de l'opinion publique [AF IV 1653, plaq. 1, p. 7 ; 2, p. 56 et 59]. Enfin, un certain Marcel de Serres, " envoyé en Allemagne par le ministre de l'Intérieur pour faire dans ce pays des recherches sur les sciences et les arts ", transmet des renseignements sur la Bavière et le Tyrol, concernant surtout les dispositions de ces pays à l'égard de la France [AF IV 1653, plaq. 9, p. 390].

Cependant, dès le mois de mai 1810, des informations régulières sur l'Allemagne du Nord parvenaient au ministre de la Guerre émanant surtout des généraux Molitor, Liebert, Rapp, en poste à Hambourg, Stettin et Dantzig [AF IV 1653, plaq. 6, 7 et 8]. Les questions les plus importantes qui justifieraient l'installation d'une puissante administration militaire dans ces régions étaient déjà soulevées dans cette correspondance : l'attitude de la Russie et de la Prusse, la présence de la flotte anglaise dans la Baltique, la lutte contre la contrebande, les problèmes commerciaux, la situation des places. A partir du mois de septembre, le maréchal Davout transmet, lui aussi, à l'Empereur, des renseignements qu'il reçoit, tout en étant encore en France, de divers points d'Allemagne. Jusqu'au commencement de 1811, Clarke et Davout tiendront ainsi l'Empereur soigneusement informé des affaires allemandes grâce à l'abondante correspondance que leur envoient non seulement les généraux Rapp, Morand, Liebert, Friant, Compans, Fornier d'Albe, mais encore le grand-prévôt Saunier et le commissaire général d'Aubignosc en poste à Hambourg, ainsi que plusieurs agents chargés de missions d'inspection et de surveillance. La lutte contre les importations de marchandises prohibées et ses conséquences sont les sujets les plus fréquemment développés. L'application du décret de Fontainebleau du 14 octobre 1810 entraînait des difficultés considérables car elle contrecarrait l'existence de réseaux commerciaux bien établis. Ainsi en est-il de la ville de Francfort, si prospère, dont le " système commercial... avec les opinions qui y dominent, est des plus favorables à celui de l'Angleterre ", lit-on dans une note [AF IV 1653, plaq. 9, p. 375 et 376. Prévoyant les difficultés que des restrictions ne manqueraient d'entraîner, l'auteur de la note déclare : " L'intérêt, le désir du gain et l'égoïsme forment le caractère principal de toutes les villes de commerce, de même qu'ils étouffent dans l'âme des spéculateurs tout autre sentiment ; de là ce penchant naturel vers un système qui favorise des passions aussi prononcées, cette haine déraisonnable contre tout système prohibitif d'un commerce qui leur est si avantageux " (p. 375)], qui décrit avec force détails les activités d'une place considérée comme " le centre principal du commerce continental " où les principaux négociants et spéculateurs, les Metzler, Goulard, Schmidt, Bethmann, Leonhard, Stadel, Gogel, Brentano, Finguerlin font commerce d'argent, mais aussi de marchandises comme le café, le sucre, l'indigo, les cotons, nankins et percales et " toute espèce d'épiceries et drogueries ".

Aussi une intense surveillance des côtes fut-elle organisée en même temps que la recherche systématique des dépôts de marchandises prohibées que l'on séquestrait et que l'on détruisait après en avoir fait, parfois, l'inventaire [le détail des rapports sur toutes ces questions, pour cette période, est dans AF IV 1653, plaq. 9 à 1654/A, plaq. 5]. Cette politique entraîna le développement de la contrebande, mais surtout la ruine du commerce dans de nombreuses places telles Francfort, Dantzig ou Stettin, et d'innombrables faillites parfois tragiques, comme ce fut le cas pour ce négociant en bois de construction Soenké, qui se suicida [AF IV 1654/A, plaq. 3, p. 154. " Le nommé Soenké, négociant en bois de construction et grains vient de se suicider en se coupant le cou avec un rasoir, ayant été obligé de manquer à ses engagements envers les Polonais en grande partie. Ce négociant avait de grands approvisionnements. Il voulait les exporter sans remplir les formalités, nous prouvant l'impossibilité dans laquelle il était de pouvoir s'y soumettre. M. Soenké était recommandable par son attachement pour la France. Il avait donné sa fille unique en mariage à un officier français de la division Oudinot avec une assez bonne dot, événement remarquable parmi les négociants de ce pays-ci. Les circonstances ont fait changer la manière de penser de M. Soenké, car il a laissé en mourant une lettre pour sa famille dans laquelle il dit des injures contre notre gouvernement. "]. Elle entraîna également une importante émigration vers la Russie, notamment parmi les habitants de Dantzig : " le peuple de Dantzig commence à émigrer vers la Russie quoi qu'on fasse pour l'empêcher. Les premières classes sont accablées du coup qui les frappe. Les Dantzikois avaient beaucoup de denrées à exporter, elles restent maintenant en magasins. Ils ont voulu les envoyer à Elbing, mais le général Rapp a cru devoir s'y opposer pour les obliger à prendre des licences et à exporter par mer. Malheureusement il n'arrive plus de bâtiments dans leur port pour y faire des chargements depuis qu'on a su qu'il devait venir des douaniers, et d'ailleurs, les Anglais ne quittent plus ces parages... " (le ministre de la Guerre à l'Empereur, 28 septembre 1810) [AF IV 1653, plaq. 9, p. 386].

La recherche des dépôts de marchandises, les visites domiciliaires, les saisies, les destructions, les faillites et les ruines suscitèrent chez les populations une violente hostilité à l'égard des Français, directement encouragée par les mouvements d'opinion en Prusse où les incidents avec les autorités françaises étaient fréquents [Voir par exemple AF IV 1654/A, plaq. 3, p. 105], et où des sectes dites " Heiligen " et " Einigkeit ", signalées par Clarke, prêchaient la haine contre la France [AF IV 1653, plaq. 9, p. 386]. La surveillance étroite de l'esprit public allait devenir une nécessité de cette politique.

L'exécution rigoureuse du blocus continental, l'observation de ce qui se passait en Prusse et au-delà, en Russie, pays avec lequel la possibilité d'un conflit n'était pas écartée, aboutirent à la réunion à l'Empire des territoires formant les départements hanséatiques par sénatus-consulte du 13 décembre 1810. Le maréchal Davout, à la tête de l'armée d'Allemagne, chargé principalement du rôle d'" archidouanier ", gagna Hambourg, d'où il expédia sa première dépêche à l'Empereur le 9 février 1811. Jusqu'à la date du 24 avril 1812, le maréchal envoya près de 450 rapports ayant pour objets principaux la surveillance des activités politiques, la lutte contre la contrebande, la transmission des renseignements concernant les pays voisins (Prusse, Pologne, Russie, Suède et Danemark, notamment), l'organisation et le renforcement du dispositif militaire. Dans l'accomplissement de cette vaste mission, le prince d'Eckmühl fut secondé par diverses personnes dont certaines se trouvaient déjà en Allemagne en 1810, comme le grand-prévôt Saunier, le commissaire général d'Aubignosc et les généraux que nous avons précédemment cités, dont le groupe le plus important est constitué par les gouverneurs des places de Stettin, Custrin, Glogau, Modlin, Zamosc, Thorn, Colberg et surtout Dantzig. A ces militaires, il faut ajouter l'amiral Verhuell, le prince Poniatowski et les généraux Zayonchek et Fiszer pour la Pologne, le général Gersdorff pour la Saxe. En outre, le maréchal Davout reçoit des dépêches du comte de Saint-Marsan depuis Berlin et du baron Bignon depuis Varsovie, du chevalier de Rist, conseiller de légation danois à Hambourg et de Henry de Ranchoup, consul général de France à Gothenbourg ; des notes sont également envoyées de Berlin par l'ordonnateur Monnay et des rapports arrivent toujours de Vienne expédiés par le général Romeuf. A cette correspondance déjà importante, il convient d'ajouter l'ensemble des pièces annexes normalement jointes à tout rapport traitant d'une affaire dont l'intérêt pouvait exiger l'envoi de documents précis.

"L'archidouanier" de l'Empire avait d'abord pour tâche de faire respecter les dispositions du blocus continental et de mettre ainsi en oeuvre des mesures de police économique. Les considérations relatives aux intérêts propres des régions occupées et les risques de voir disparaître de nombreuses entreprises commerciales ne semblent pas avoir inspiré au maréchal Davout le dessein d'adopter une politique plus souple dans un domaine où la rigueur entraînerait des conséquences fâcheuses. Partageant peut-être les sentiments de l'auteur d'une note déjà citée [AF IV 1653, plaq. 9, p. 375], développés par un de ses correspondants, le général saxon de Gersdorff [" Leipzig est le seul point qui sert de reproche à la Saxe. J'ose observer cependant que les habitants de cette ville sont tous marchands et par conséquent des hommes d'après lesquels une nation ne peut être jugée. L'opinion de ces individus ne mérite donc aucune considération " (de Gersdorff à Davout, 29 décembre 1811, AF IV 1657, plaq. 2/I, p. 25)], le maréchal, décidé à s'opposer à l'introduction de marchandises prohibées, écrivait à l'Empereur, le 6 février 1812 : " Il faut de la terreur pour anéantir cet esprit de cupidité et, si la guerre éclatait, je proposerais à Votre Majesté de faire de grands exemples, notamment sur les contrebandiers en chef" [AF IV 1657, plaq. 2/IV, p. 194]. Cette lutte contre la contrebande s'effectua de plusieurs manières. La correspondance avec l'Angleterre fut l'objet d'une surveillance constante, les dépêches le rapportent de façon régulière [AF IV 1654/B, plaq. 1, p. 53 ; 1655/B, plaq. 1/III, p. 116-118 ; 1657, plaq. 1/III. Des détails intéressants sont donnés sur le commerce de la soie avec l'Italie]. À la poste de Hambourg principalement, on saisit les lettres qu'on traduit, qu'on copie ou qu'on analyse, en recueillant ainsi tous les renseignements susceptibles d'orienter les poursuites [Voir notamment AF IV 1655/B, plaq. 2/I et 2/II. On remplaça par des Français tous les directeurs de postes des villes maritimes des trois départements réunis (AF IV 1654/B, plaq. 2, p. 79)]. Les correspondances commerciales suspectes se font dans plusieurs directions, notamment avec Helgoland, véritable entrepôt de marchandises prohibées [AF IV 1657, plaq. 2/IV], où l'Angleterre a de nombreux agents, un sieur Nicholas par exemple, comme elle en entretient d'ailleurs sur les côtes de la Frise orientale [AF IV 1655/A, plaq. 3, p. 125] et en de nombreux endroits voisins des départements hanséatiques. Aussi voit-on se développer les recherches sur les relations avec la ville toute proche d'Altona, le Holstein et le Danemark, la Suède et Gothenbourg d'où le consul Henry de Ranchoup envoie des informations, Stralsund et la Poméranie suédoise. De même, se préoccupe-t-on beaucoup de suivre les mouvements de la flotte marchande anglaise dans la Baltique, escortée elle-même par des bâtiments de l'amiral Saumarez, grâce aux renseignements d'origines diverses, entre autres les notes du chevalier de Rist [AF IV 1655/A, plaq. 2, 3 et 5 ; 1657, plaq. 2/I].

L'importation de denrées coloniales en provenance du Holstein entraînait la perception par la douane de Hambourg d'un ensemble de droits dont on peut évaluer l'importance par des états de recettes [AF IV 1654/B, plaq. 2 à 5]. La lourdeur des frais jointe à la raréfaction des cargaisons favorisa la pratique d'une fraude qui, malgré toutes sortes de difficultés, ne disparut pas tout à fait. Les saisies de marchandises s'effectuent toujours [AF IV 1654/B, plaq. 1 ; 1655/B, plaq. 3 ; 1657/B, plaq. 2 ; 1657, plaq. 2/III et 2/V] et des négociants sont poursuivis parfois avec vigueur. Les Lehmann et Lévi sont arrêtés à l'époque de la foire de Leipzig et le maréchal Davout écrit à l'Empereur : " Je pense, Sire, qu'il serait utile de jeter la terreur dans Leipzig par quelques articles sévères de gazettes " [AF IV 1654/B, plaq. 6, p. 303 et 304]. Les deux commerçants arrêtés sont d'ailleurs jetés en prison. On poursuit le dénommé Schroeder-Hausmann [Ibidem, p. 326 à 328 et AF IV 1655/A, plaq. 2, p. 72]. On perquisitionne chez plusieurs négociants, dont Frédéric Meyer [AF IV 1655/B, plaq. 1/I, p. 35]. On arrête le sieur Haase que l'on met au cachot et au secret [AF IV 1657, plaq. 2/III, p. 164, et 2/IV, p. 194].

Ces mesures contribuèrent à aggraver des conséquences que nous avons déjà signalées. La ruine du commerce s'étendit, notamment à Hambourg et à Dantzig. Dans cette dernière place, on interdit tout exportation de blé, ce qui entraîna de sérieuses difficultés économiques et exaspéra les habitants, comme le rapporte le général Rapp, gouverneur de la ville [AF IV 1654/B, plaq. 2, 3 et 5 ; 1655/A, plaq. 1 ; 1656/A, plaq. 1/I et 1/III]. En outre, l'émigration en direction de la Russie continua, grâce à tout un réseau de complicités dont les détails sont contenus dans des rapports de police. Ainsi, la maison de commerce de Francfort Bethmann, le consul de Russie à Rostock Schunemann et les autorités de Memel participaient activement au départ des émigrés. On peut juger, d'après l'interrogatoire du nommé Friedrich Hiller, un fabricant d'indiennes, des moyens adoptés par les candidats à l'émigration : ce négociant s'est rendu à Rostock où il s'est adressé au consul Schunemann qui lui a donné un passeport pour se rendre à Memel, où il devait trouver, poste restante, un passeport pour la Russie ; le consul lui a donné en outre " comme membre des francs-maçons ", cinq louis pour son voyage ; de Rostock, il est parti pour Stralsund où un négociant nommé Meyer lui a également donné une assistance pécuniaire pour continuer son voyage ; de Stralsund, il est parti pour Anclam d'où il ne put continuer son voyage [AF IV 1655/B, plaq. 1/III, p. 83-86].

Le mécontentement général engendré par l'application des dispositions du blocus et par l'extension de l'occupation française en Allemagne du Nord, conduisit le maréchal Davout et ses collaborateurs à adopter une politique d'étroite surveillance policière des individus et des groupements anti-français ainsi que de la presse. Les rapports du baron Saunier, du commissaire général d'Aubignosc et de leurs agents contiennent à cet égard beaucoup d'informations parfois curieuses. Il est d'ailleurs impossible de faire la distinction entre les poursuites concernant des individus, des mouvements politiques ou des auteurs de brochures, car toutes ces activités sont liées. Les gazettes paraissent avoir singulièrement agacé le maréchal Davout. Dès le 30 janvier 1811, alors qu'il n'avait pas encore gagné Hambourg, il écrivait qu'il fallait supprimer la gazette de Gotha [AF IV 1654/B, plaq. 1, p. 42]. Brochures, libelles, pamphlets, journaux, sociétés secrètes contribuent fortement à répandre en Allemagne la haine du joug français et influencent l'opinion en répandant toutes sortes de nouvelles. Le publiciste Becker, rédacteur de la " gazette nationale des Allemands " et du " Moniteur universel des Allemands " publiés à Gotha, est arrêté et emprisonné à la citadelle de Magdebourg [AF IV 1657, plaq. 1/I, 1/II et 2/IV, p. 216-224]. On surveille beaucoup un certain Villiers de Lübeck, " un des écrivains de l'Allemagne dont la plume a été consacrée à nous rendre odieux " [AF IV 1657, plaq. 2/IV, p. 209 (Davout à l'Empereur)], lié à Frederick de Vrede, ancien officier prussien, receveur de l'enregistrement à Münster, auteur d'un ouvrage intitulé " Aurions-nous honte d'être Allemands ? " [AF IV 1657, plaq. 2/V, p. 257]. À propos de la presse, le maréchal Davout manifeste des intentions très claires. Dans une lettre à l'intendant d'Erfurt, De Vismes, il s'en prend au duc de Saxe-Gotha et à " sa ridicule gazette " ; si le duc est sage, ajoute-t-il, " il forcera sa gazette à ne pas faire de la métaphysique obscure, à ne pas parler de politique ou à puiser ses nouvelles dans le Moniteur. Vous ferez, ordonne-t-il à l'intendant, tenir le même langage à ses ministres, si ce ne sont pas des gens sages et qui tiennent à leur existence, ils feront bien d'empêcher les turbulents de faire des sottises... J'ai reçu le petit catalogue d'ouvrages nouveaux qui était joint à votre lettre du 26. Je vous serais obligé de faire faire la recherche de ces ouvrages et de m'en donner un extrait pour que je connaisse l'esprit dans lequel ils sont écrits... " [AF IV 1655/B, plaq. 1/I, p. 35]. Les articles de la " Gazette pour la littérature et les arts " imprimée à Riga incitent le maréchal à demander à l'Empereur, le 13 octobre 1811, l'interdiction de tous les journaux étrangers dans les départements hanséatiques, Garlieb Merkel, principal rédacteur de ce périodique étant un ami du célèbre Kotzebue [AF IV 1656/A, plaq. 2/II, p. 82]. " Quelles que soient les tentatives des écrivailleurs, elles n'auront jamais de résultats dangereux parce qu'au premier coup de canon, une vingtaine d'hommes que l'on ferait pendre calmerait cette grande exaltation ", écrit le maréchal avec détermination à l'Empereur, le 4 novembre suivant [AF IV 1656/B, plaq. 1, p. 20].

À l'influence des gazettes, il faut ajouter les activités de nombreuses associations secrètes qui se développèrent surtout à partir du territoire prussien. Leurs buts, qualifiés d'" intentions horribles " par le maréchal Davout [AF IV 1656/A, plaq. 2/III, p. 143 (Davout à l'Empereur, 23 octobre 1811)] se résumaient en une lutte farouche contre la présence française par différents moyens. Certaines ligues favorisèrent la désertion parmi les unités westphaliennes, ce fut le cas des " Amis de la Vertu " dont le mot de ralliement était " laissez passer le torrent ". " Il existe en Allemagne une société originairement connue sous le nom des Amis de la Vertu qui, ayant été signalée, s'est reproduite dans ces derniers temps sous le nom de Société chrétienne allemande. Le centre de cette société existe à Berlin et doit être présidé par le sieur Arnim. On remarque que depuis quelque temps elle devient active ; des lettres anonymes circulent ; le roi de Danemark en a reçu, où on lui fait connaître que la société est très répandue et que l'on compte sur lui lorsqu'il sera temps " [AF IV 1655/B, plaq. 2/I, p. 64 (Davout à l'Empereur, 15 août 1811)]. D'autres groupes sont soupçonnés de vouloir conduire des actions violentes : " Je redoute l'existence de ces ligues secrètes parce que le but de presque toutes est de mettre le poignard à la main de quelques fanatiques ", écrit le maréchal à l'Empereur le 8 novembre 1811 [AF IV 1656/B, plaq. 2, p. 86]. On repère et on surveille ainsi la "Ligue germanique", l'"Union de la vertu", la "Concorde", la "Société pour le droit et la fidélité germanique".

Signalons que les opérations de police concernant la surveillance des individus et de leurs déplacements prirent l'allure romanesque d'une mystification avec l'affaire Lajolais, ce général qui, condamné à mort puis grâcié pour avoir conspiré avec Pichegru et Cadoudal, était mort dans sa prison du château d'If en 1808. On crut le voir réapparaître à Hambourg en 1811, lors d'une affaire bizarre qui ne fut jamais éclaircie [Le dossier de cette affaire est dans AF IV 1655/B, plaq. I/I, p. 24-33].

Le maréchal Davout eut aussi la tâche très importante et très difficile de réunir, à l'intention de l'Empereur, le plus de renseignements possibles sur les pays voisins des départements hanséatiques. De Vienne, le général Romeuf envoie au maréchal des rapports détaillés sur l'armée autrichienne et l'opinion publique de ce pays [AF IV 1656/A, plaq. 2/I, p. 18 ; 1656/B, plaq. 3, p. 164 ; 1657, plaq. 1/I, p. 18 et 19]. À ce sujet, il donne par exemple des précisions sur les mauvaises dispositions de toutes les catégories de la société viennoise contre la France, l'influence des événements d'Espagne et de Portugal, l'importance de la présence et du rôle des Russes dans la capitale, l'effacement de l'ambassadeur de France, l'activité des femmes de rang élevé dans les milieux anti-français, les bruits d'une guerre entre la France et la Russie.

Ce dernier pays est évidemment l'objet d'une surveillance particulière. Des informations sur ce qui s'y passe sont régulièrement transmises par les gouverneurs des places de la Vistule, comme Dantzig, ou de l'Oder, comme Stettin, Custrin ou Glogau ; " les rapports de Varsovie ", pour reprendre l'expression consacrée par l'usage, envoyés notamment par le baron Bignon, le prince Poniatowski et divers généraux polonais, contiennent également beaucoup de renseignements sur la Russie. Dès 1811, l'attitude des Russes inspire de l'inquiétude au général Rapp qui écrit de Dantzig au maréchal : " Je vous avoue... que je commence à croire que les Russes ne sont pas assez châtiés ; il est certain qu'il y aura quelque chose d'extraordinaire avant un an " [AF IV 1654/B, plaq. 2, p. 100]. Tous les observateurs affirment que les préparatifs militaires (mouvements de troupes, constitution de magasins, travaux de fortifications, manoeuvres diverses), sont importants. Telles sont les conclusions du chef de bataillon d'Héricourt, du capitaine d'Herbigny ou d'un voyageur nommé Cadaire, se disant le chef des Indiens de l'Ile de France, de retour de Géorgie [AF IV 1654/B, plaq. 3, p. 168 et plaq. 4, p. 178 ; 1657, plaq. 1/II, p. 54-55 ; 1657, plaq. 1/I, p. 35]. La situation est telle en novembre 1811 que le maréchal expose dans un projet ses idées sur une future campagne au cas où la France prendrait l'initiative de la guerre [AF IV 1656/B, plaq. 4, p. 192].

La Prusse demeure très suspecte. Le mécontentement provoqué par les prétentions de la France et ses interdits économiques est fort grand. Officieusement, le pays qui souffre de la réduction de l'activité commerciale en Prusse orientale, participe aux opérations de contrebande. On tolère que des négociants importent des denrées coloniales et le commissaire d'Aubignosc accuse la cour de Prusse " de favoriser le débit des marchandises anglaises en y apposant le timbre prussien " [AF IV 1654/B, plaq. 6, p. 304]. La police de Memel aide les négociants à émigrer en Russie [AF IV 1655/B, plaq. I/III, p. 83-86] et on laisse les marchands acheter du blé à Dantzig pour le compte de l'Angleterre [AF IV 1657, plaq. 1/II et 1/III]. De Berlin, l'opinion allemande est " travaillée " par les associations secrètes et les pamphlets de Kotzebue [AF IV 1656/B, plaq. 4, p. 199]. Mais surtout la Prusse fait d'importants préparatifs militaires sur lesquels tous les rapports insistent. Saint-Marsan en paraît mal informé et le bruit se répand que le roi ne serait pas obéi, ce qui inspire cette réflexion au maréchal Davout : " Il y a bien de l'obscurité sur ce qui se passe en Prusse " [AF IV 1656/A, plaq. 2/III, p. 134]. Recrutement, mouvements de troupes et manoeuvres, fortifications notamment à Colberg et à Spandau, tous les détails de ces opérations sont donnés dans les dépêches.

La Pologne se trouve dans une situation difficile au point de vue économique et militaire. Les plaintes qui s'élèvent dans le grand-duché exaspèrent l'Empereur, le maréchal Davout et le général Rapp. Le " désordre et le défaut d'intelligence dans l'administration " sont sévèrement critiqués [AF IV 1657, plaq. 1/III, p. 100]. Le maréchal se méfie des Polonais, il redoute leur versatilité et trouve extravagant le contenu des rapports du prince Poniatowski [AF IV 1654/B, plaq. 3, p. 162, et 1656/A, plaq. 2/II, p. 71]. Quant au général Rapp, il a défendu " de parler politique surtout aux officiers polonais qui sont des éternels bavards " [AF IV 1654/B, plaq. 3, p. 168].

Le Danemark paraît d'abord collaborer avec les autorités françaises, pour exercer une étroite surveillance sur les voyageurs, les relations commerciales et les mouvements de la flotte anglaise dans le Kattegat. Mais les Danois manifestèrent bientôt de la mauvaise volonté, les liaisons commerciales reprirent avec Londres et dans le Jutland furent introduites des marchandises prohibées [voir AF IV 1657, plaq. 2/III]. On se méfiait beaucoup à Hambourg du ministre danois des Affaires étrangères Rosenkranz qui avait été ambassadeur à Saint-Petersbourg et avait épousé la soeur du général russe Tolstoï [AF IV 1657, plaq. 2/V, p. 262].

Les affaires de Suède étaient suivies depuis Hambourg avec une attention toute particulière, notamment pour des raisons de politique économique. Aussi, les renseignements sur ce pays sont-ils abondants. Henry de Ranchoup, consul général de France à Gothenbourg fut un bon observateur qui transmit régulièrement de nombreuses informations. La Suède, qui avait accepté de respecter le blocus, manifesta rapidement une attitude équivoque et viola constamment ses engagements. La contrebande devint très active et les agents anglais avaient toute liberté d'action dans le port de Gothen-bourg. À la cour de Stockholm, le baron d'Engestrom, " homme colossal et aussi épais d'esprit que de matière ", n'inspirait aucune confiance au maréchal Davout [AF IV 1655/A, plaq. 4, p. 180]. La situation d'Henry de Ranchoup devenait difficile [AF IV 1656/A, plaq. 1/II, p. 74]. En Poméranie suédoise et à Stralsund en particulier, la contrebande était importante et des incidents éclataient [Voir en particulier AF IV 1655/B, plaq. 2/I]. On forma le projet d'une expédition [AF IV 1657, plaq. 2 /II, p. 69], envisagée d'autant plus sérieusement que le vice-consul français de Stralsund, Mahélin, était soupçonné de coupables complaisances ; après sa destitution en février 1812, il réussit à s'échapper [AF IV 1657, plaq. 2/V, p. 268-270]. À la même époque, les troupes françaises envahissaient le pays et l'embargo était mis sur les bâtiments suédois [AF IV 1657, plaq. 2/III, p. 142 et 2/IV, p. 197].

La campagne de Russie.

La partie du fonds concernant la campagne de Russie comprend 13 cartons. Il faut cependant noter qu'à partir de AF IV 1650, plaq. 4/I, les limites chronologiques du conflit franco-russe sont dépassées et que la documentation est relative aux affaires de Pologne, aux affaires allemandes et à la campagne de Saxe (janvier-octobre 1813). Malheureusement, ce qui concerne la Russie comporte des lacunes, dues à des destructions ordonnées par l'Empereur pendant la retraite, ainsi que nous l'avons déjà signalé. Cet ensemble est néanmoins d'un intérêt non négligeable par l'étonnante variété des dossiers qu'il contient. Aux rapports du major général, des maréchaux et généraux chefs de corps, intendants et gouverneurs de places, aides-de-camp et officiers d'ordonnance adressés à l'Empereur et au duc de Bassano à Vilna, il faut ajouter les innombrables rapports d'agents, les gazettes, les brochures et les correspondances saisies, provenant des armées russes, de différents diplomates ou de particuliers [Voir AF IV 1646, plaq. 4, 5, 6 et 7].

Nous ne parlerons pas des opérations militaires de cette campagne célèbre qui a inspiré de nombreuses études [voir l'ouvrage de Gabriel Fabry, Campagne de Russie (1812)... Paris, 1900-1903, 5 vol. in-8° et suppl.]. Nous nous contenterons de signaler quelques détails sur certains aspects de la campagne, les divers auxiliaires des armées impériales, l'attitude du prince de Schwarzenberg, commandant le corps autrichien, les manifestations de l'esprit public notamment en Allemagne.

Quelques aspects de la campagne.

Le conflit avec la Russie qui s'annonce, comme nous l'avons vu, dès la période de l'occupation du Nord de l'Allemagne, entraîna d'abord des mesures plus ou moins violentes à l'encontre des personnes qui assuraient à des titres divers les liens entre les deux puissances. Maret, ancien secrétaire d'État, ministre des Relations extérieures, dont il ne faut jamais perdre de vue le rôle très important qu'il joua lors de son séjour à Vilna, dut résoudre un certain nombre de difficultés de cet ordre. Ainsi, quatre ingénieurs français autorisés à servir en Russie et un agent du ministre de la Police générale, le sieur Hurter, furent internés à la forteresse, de Schlüsselburg [AF IV 1647, plaq. 2/II, p. 79. Ces renseignements sont contenus dans les précieuses minutes des lettres de Maret à l'Empereur, dont Ernouf s'est beaucoup servi, en citant fréquemment ses sources de façon inexacte et incomplète], située à l'est de Saint-Petersbourg ; le secrétaire d'ambassade de Rayneval eut ses papiers saisis [AF IV, plaq. 2,/I, p. 16] . Quant au prince Kourakine, ambassadeur du Tsar à Paris, il devait recevoir des passeports pour s'embarquer à Lübeck afin de regagner son pays. Mais il refusa de voyager par mer et se plaignit qu'on retînt les personnes de sa chapelle à Strasbourg. L'Empereur se laissa fléchir et le 8 octobre, Maret put écrire au maréchal Augereau à Berlin : " S.M. voulant donner à M. le prince Kourakine un témoignage de son estime, l'a laissé le maître de prendre la route qui lui conviendra pour retourner en Russie avec les personnes qui l'accompagnent... " ; puis le même jour à l'archichancelier : " S.M. vient de m'autoriser à écrire au prince Kourakine que des considérations personnelles à cet ambassadeur sont très puissantes sur elle et qu'elle veut lui donner une nouvelle preuve de son estime en le laissant maître de prendre la route qui lui conviendra " [AF IV 1647, plaq. 3/II, p. 78 ; 4/II, p. 88 ; 1648, plaq. 2, p. 25, 31 et 36, 1648, plaq. 4, p. 4]. Sans paraître se hâter, le prince prit la route de Vienne, déclarant qu'il s'arrêterait quelques jours à Weimar pour faire sa cour à la grande-duchesse.

A cette époque, la Grande Armée occupait Moscou. La traversée du pays jusqu'à la ville sainte des Russes, puis la retraite, peuvent être évoquées de manière très vivante grâce aux trente-et-une dépêches adressées à Maret par l'auditeur Le Lorgne d'Ideville, dont l'écriture très caractéristique n'est pas toujours d'une lecture aisée. Les extraits que nous citons sont empreints d'un ton tour à tour enjoué et grave et témoignent notamment d'un goût pour le détail pittoresque [Les 31 lettres de l'auditeur sont conservées en AF IV 1650, plaq. 3/I]. A Gloubokoé, dont le chevalier Christin écrivait que c'était une " petite ville dont la population juive occupe deux cents maisons de bois et qui a de plus un grand couvent et quelques maisons en pierre " [AF IV 1643, plaq. 2/IV, p. 152], l'Empereur est logé au couvent des Carmes. Plus loin l'auditeur secrétaire-interprète signale le " très beau château appartenant au comte Tysenhaus. On a dévasté sottement le parc et dérangé les appartements, mais les meubles et les vitres ne sont pas brisés... " ; Kamen est " un vilain petit amas de mauvaises baraques ". Le 9 août, il conseille au duc de Bassano qui devait, semble-t-il, rejoindre l'Empereur, de faire " de bonnes provisions " car " il n'y aura pas moyen de se ravitailler entre Vilna et Vitebsk " où l'on ne trouve rien. Après avoir annoncé la mort du général Koulnieff qu'on appelait " le Lassalle des Russes ", Le Lorgne s'abandonne brièvement au rêve à Vitebsk, le 11 août : " C'est aujourd'hui mardi. Je suis en idée au milieu de votre salon et assis près de quelqu'un à qui je pense beaucoup trop. C'est vous, Monseigneur, qui me corrigerez de cette habitude, si je dois la prendre... " A Smolensk, le 18 août, on trouve la ville en flammes : " La sottise coupable du général en chef russe a perdu une des plus belles villes d'Europe. L'Empereur a été à cheval depuis ce matin 9 heures et je l'ai, comme de coutume, suivi partout " [AF IV 1650, plaq. 3/I, p. 12]. Les assauts ont été rudes et " le champ de bataille est horrible... Je vois depuis 5 ou 6 jours bien des choses dont je n'avais pas d'idée. Je suis placé on ne peut mieux pour recueillir des souvenirs et j'en conserverai de cette campagne. Ce que je vois faire à l'Empereur et ce que je lui entends dire ne sortira jamais de ma mémoire... " [AF IV 1650, plaq. 3/I, p. 13]. Dans la longue dépêche du 24 août, toujours de Smolensk, il écrit : " Chaque fois que vous me parlez de ce qui m'intéresse tant, vous augmentez la reconnaissance que je vous dois... Smolensk est une ville bien chère aux vrais boyards russes. Sa perte leur aura coûté des larmes, à part le malheur des pauvres habitants. C'est pour l'empire une blessure au coeur... " Puis, évoquant l'hetman des cosaques, Platow, il note : " Savez-vous que ce sauvage-là a promis sa fille unique à celui qui lui amènerait l'empereur Napoléon ? " [Ibidem, p. 17]. En se retirant devant la Grande Armée, les Russes brûlent tout. " La pauvre ville de Dorogougie a été presque entièrement consummée hier. L'Empereur a envoyé à deux reprises des bataillons entiers pour arrêter l'incendie, mais le vent était plus fort que les secours. Le feu a pris dans deux quartiers différents par l'imprudence des soldats qui font du pain dans toutes les maisons... " [Ibidem, p. 20].. Le 1er septembre, Le Lorgne décrit une scène amusante : " On n'a pas trouvé une âme dans le village [Velitschevo]. Les hommes sont emmenés par les Russes, les femmes et les enfants ont fui dans les bois. On a pris un cosaque du Don, qui a fort amusé l'Empereur avec ses réparties spirituelles. S.M. l'a fait mettre à cheval entre elle et moi et nous avons fait ainsi plus de 6 verstes. André, (c'est le nom du cosaque) prétend que si les Français livrent bataille d'ici à trois jours, ils la gagneront, mais que plus tard, Dieu seul le sait, parce que les Russes pourront avoir reçu des renforts qu'il ne connaît pas. Il dit que Platow était mal avec Barclay de Tolly depuis les affaires de Smolensk. Il assure que, sans les cosaques, l'armée française serait déjà à Moscou. Il a beaucoup entendu parler de Bonaparte qui a été en Égypte et qui bat tous ses ennemis. L'Empereur m'a dit de dire au cosaque qu'il était à côté de ce Bonaparte. Vous jugez la surprise d'André. Il ne pouvait plus détacher les yeux de dessus l'Empereur... Je vous raconte des niaiseries " Ibidem, p. 21]. Le ton change au passage de la Moskowa : " On a trouvé à Mojaisk un grand nombre de morts et de mourants russes. On n'a pas eu le temps d'enterrer les premiers ni de soigner les blessés. Ce spectacle fait horreur " Ibidem, p. 27]. La série des lettres comporte une lacune pour la période allant du 11 septembre au 18 décembre. De Gumbinnen, à cette date, Le Lorgne évoque l'abandon de Vilna par Murat, et les désordres de cette évacuation Ibidem, p. 31], l'arrivée à Koenigsberg où le roi de Naples a trouvé " plus de 300 officiers généraux qui y étaient sans permission plutôt que de se rendre dans les grands dépôts de leurs corps respectifs. La présence de tant de chefs arrivant sans troupes a fait dire dans le pays que l'armée n'existait plus et beaucop d'entre eux ont eu la lâcheté de laisser croire ce que l'on voulait à cet égard... " [AF IV 1650, plaq. 3/I, p. 33]. Le 27 décembre, Murat est toujours à Koenigsberg, mais " les cosaques sont répandus partout sur la grande route de Courlande... Les officiers russes n'ignorent pas la mésintelligence qui règne entre le duc de Tarente et le général d'York... Le roi ne parle pas encore de quitter Koenigsberg... Sa présence fait un bon effet ici. Je tremble qu'il n'en parte comme il a fait de Vilna... " [Ibidem, p. 34]. Triste fin d'année que ce 31 décembre à Koenigsberg : " La Grande Armée est arrivée ici, si différente de ce qu'on l'a vue il y a six mois qu'il eût peut-être mieux valu ne pas la montrer cette fois... Il règne ici une vilaine fièvre nerveuse qui enlève bien du monde... " [Ibidem, p. 36]. En terminant sa lettre, l'auditeur offre, de façon touchante, ses voeux au duc de Bassano, sans songer que le lendemain, il lui faudra quitter brusquement la ville. D'Elbing, le 6 janvier 1813, il fait part de ses préoccupations concernant les Prussiens et les 7.000 hommes qu'on a laissés dans les hôpitaux de Koenigsberg [Ibidem, p. 37].

Maret, de son côté, s'était employé avec ténacité à minimiser les désastres de la retraite pour en limiter les effets, particulièrement en France et auprès des cours étrangères. Ses lettres à l'Empereur, au ministre de la Police générale, auquel il écrit " confidentiellement " après le passage de la Bérézina, en témoignent abondamment [voir AF IV 1647, plaq. 4/II, 5/II ; 1648, plaq. 2, p. 43, 46, 47, 49]. L'étendue de la catastrophe était bien connue. Sur les pertes en vies humaines, toujours difficiles à évaluer avec exactitude, le major général cite l'exemple terrible des troupes westphaliennes : 5 régiments de cavalerie réduits à moins de 200 hommes et 3 bataillons de gardes employées au 8e corps réduits à 50 hommes ! [AF IV 1651/A, plaq. 3/I, p. 21 (le major général à l'Empereur, Elbing, 7 janvier 1813). Un rapport d'agent du 27 mars 1813 indique que " dans les gouvernements de Moscou, Witebsk et Moghilew, on a déjà brûlé 253,000 cadavres ennemis et 53,000 dans Wilna et les environs. Les cadavres des soldats russes que l'on reconnaît aux croix qu'ils portent suivant l'usage de l'église grecque ont été enterrés " (AF IV 1652, plaq. 5/III, p. 203)].

Parmi les innombrables témoignages que l'on trouvera dans la correspondance des chefs de corps et des agents au service de la Grande Armée sur les désordres meurtriers de la retraite, nous citerons des extraits de la très longue lettre que le maréchal Davout adressa de Custrin, le 3 février 1813, au général Duroc [AF IV 1652, plaq. 1/I, p. 51]. Sur les " terreurs de Koenigsberg et d'Elbing ", le maréchal déclare qu'elles " font pitié... Aucune mesure n'a été prise pour évacuer ni détruire les magasins. Quant à ceux des subsistances, on a annoncé qu'ils sont laissés aux autorités prussiennes, sauf à les porter en déduction de ce qu'on leur devait ; mais pour ceux d'habillement, il n'y a point de prétexte à alléguer ; 60 ou 80.000 hommes ont traversé Elbing, manquant presque de souliers et de capotes, et on en a laissé la plus grande partie à l'ennemi, sans faire la moindre distribution aux troupes ". Il ajoute que le major général donnait des ordres inconcevables au nom du roi de Naples [il faut préciser que Berthier était malade. D'Elbing, le 9 janvier, Daru écrivait à l'Empereur : " Son corps est jeaune comme celui d'un homme qui a la jeaunisse " (AF IV 1652, plaq. 4/II, p. 5)], et affirme qu'il a " lieu de croire que les Russes ont, à l'état-major général, quelques personnes qui leur donnent connaissance des ordres". Murat ne lui inspire aucune confiance et il rapporte les propos tenus par ce dernier lors d'une scène qui eut lieu à Gumbinnen le 17 décembre, à laquelle Berthier était présent : "J'ai trouvé le roi avec le prince de Neuchâtel, sortant de table ; presque sans motif et sans aucun préambule, Sa Majesté m'a dit que personne en Europe n'avait confiance dans la parole et dans les traités de notre souverain ; qu'il aurait pu, lui, faire sa paix avec les Anglais. Cette idée était rendue de manière à faire croire qu'il regrettait de ne l'avoir pas faite. Il a cité avec éloge le prince de Pontecorvo et a fait d'assez mauvaises réflexions sur les procédés de l'Empereur envers le roi de Hollande. Voyant que le prince de Neuchâtel ne disait rien, j'ai observé au roi,... que mon devoir me forçait de lui représenter qu'il était roi par la grâce de l'Empereur et le sang français ; qu'il était encore prince français et que son devoir lui prescrivait de ne point faire la paix avec les ennemis de l'Empereur, qu'avec son agrément. Le roi a mis beaucoup d'humeur dans ses réponses..., il a toujours persisté dans ses mêmes idées... Autant que je puis m'en rappeler, le duc d'Elchingen était présent et a appuyé ce que je disais... " En outre, le général russe Czaplitz, ajoutait le maréchal, avait parlé " d'une déclaration d'officier de santé qui ferait connaître dans le plus grand détail les malversations de nos administrations, particulièrement à Vilna. Pour cet objet, on ne peut calomnier. Dans aucune époque, il n'y en a eu de plus révoltantes et de plus meurtrières pour les soldats de l'Empereur ; si le général Dumas ne fait une demande pour qu'on fasse une enquête et des exemples, son nom sera à jamais en horreur. "

Si les difficultés constantes de l'expédition s'accompagnèrent de pillages et brutalités, excès commis et par la Grande Armée et par les troupes russes, il convient de signaler certains faits particulièrement intéressants. A Vilna, on transforma systématiquement en hôpitaux et casernes plusieurs couvents et établissements d'enseignement et maisons privées dont les locaux furent dévastés, le Gymnase, l'Université, le couvent Saint-Basile, les Cordeliers notamment, au désespoir du recteur de l'université, Jean Sniadechi [Voir sa requête du 7 août 1812 dans AF IV 1650, plaq. 2/I, p. 24]. D'ailleurs, Maret n'hésitait pas à dire au gouverneur Hogendorp " qu'un pays occupé doit être traité comme un pays conquis, que, s'il n'y a pas d'argent pour le service, il faut le prendre où il est, que tel juif a 50.000 ducats et qu'il faut le forcer à les donner, que les églises ont de l'argenterie et qu'il faut s'en emparer... " [AF IV 1647, plaq. 2/I, p. 51].

Précisément, à Moscou, où " l'armée avait trouvé dans les débris de cette grande ville des approvisionnements en munitions et en vivres de tous genres pour six mois " [Maret à Macdonald, 1er octobre 1812 (AF IV 1648, plaq. 5, p. 7). Voir aussi B. Bergerot, op. cit., p. 439], il ne semble pas qu'on ait profité de ces immenses réserves. Au contraire, dans la précipitation du départ, on abandonna au Kremlin, d'après les affirmations d'un aide-de-camp du général Koutousov, 42 pièces d'artillerie de différents calibres, 237 caissons de poudre, 54 équipages avec pontons, 35 voitures d'approvisionnements, 9 charrettes avec des instruments de chirurgie et 9 avec des forges de campagne [AF IV 1646, plaq. 4, p. 8 et plaq. 5, p. 71]. Après la bataille de la Bérézina, le général Wittgenstein dans un rapport au Tsar signale parmi les prises de guerre un certain nombre de voitures " dont la plupart appartenaient à des familles de Moscou " sur lesquelles " on a trouvé, outre une grande quantité de butin pour les troupes, une quantité de vases d'église et d'autres effets que l'ennemi avait volés à Moscou " [AF IV 1646, plaq. 4, p. 19]. Mais le plus intéressant concerne ce qu'on a appelé " les trophées de Moscou ". Un rapport adressé à Daru par le commissaire des guerres Duverger le 21 décembre 1812 et une lettre de Daru à l'Empereur du 24 décembre suivant nous renseignent à ce sujet [AF IV 1646, plaq. 3, p. 81, 84 et 85]. " En vertu des ordres secrets de S.A.S. le prince major général, déclare le commissaire, les 4 fauteuils des derniers empereurs, les drapeaux et les ornements d'église ont été brûlés à Orza en présence de M. le général comte de Claparède ; ... le lustre de la cathédrale a été dans le même endroit brisé et jeté dans le Dniepr ; ... à Oszmiana, le prince de Neuchâtel a encore ordonné de briser et de brûler deux madones et un autel grec, ce qui a été fait en mon absence, mais en présence d'un général attaché à l'état-major général et délégué à cet effet... Il ne restait plus et d'après les ordres du prince on ne devait conserver que la main de saint André et une madonne couronnée de perles à l'occasion d'une victoire remportée par les Russes auprès de Dantzig... " Or ces derniers objets, comme le précise Daru dans sa lettre " ont été pris par l'ennemi à l'entrée du fauxbourg de Wilna... " En outre, le comte de Cathcart, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, affirma dans une lettre publiée par la " Gazette extraordinaire de Londres " que " les Français selon leur usage et férocité barbare, avant de quitter Smolensk ont fait sauter la cathédrale de cette ville. " La tentative aurait échoué parce que la mèche s'éteignit avant de gagner la mine [AF IV 1646, plaq. 4, p. 21 et 22]. Quoi qu'il en soit, la ville souffrit beaucoup des engagements dont elle fut le théâtre puisqu'elle fut partiellement détruite.

Il convient de signaler que, lors de l'entrée des troupes napoléoniennes sur le territoire russe, se produisit une série d'insurrections paysannes. Dès le 26 juillet 1812, le maréchal Oudinot informait le major général que dans la région de Polotsk, les paysans soulevés pillaient les biens des seigneurs laïcs et ecclésiastiques : " les religieux et les seigneurs de cette contrée réclament contre tous leurs paysans qui s'insurgent et se livrent au pillage. Je voudrais savoir quelle conduite il conviendrait de tenir à cet égard sur la rive droite de la Duina. " [AF IV 1644, plaq. 2/I, p. 32]. La présence des Français semble être un espoir pour certaines catégories d'habitants, comme l'écrit le général Bordessoule de la région de Biekhov, le 27 juillet : " Les habitants juifs et autres paraissent très portés pour les Français ; les paysans se révoltent contre leurs seigneurs en disant que les Français étaient là et qu'ils n'étaient plus esclaves ; plusieurs propriétaires sont déjà venus me demander du secours. Je l'ai donné en faisant dire aux paysans que l'Empereur venait les tirer de l'esclavage mais non les rendre indépendants de leurs seigneurs auxquels ils devaient toujours obéir. C'est cette classe qui se montre la plus zélée pour nous et qui s'armerait si on voulait l'insurger " [AF IV 1644, plaq. I/IV, p. 253]. Le général Caulaincourt, commandant le quartier-général impérial, signale des violences dans la région de Vitebsk le 5 août : " Les plaintes des propriétaires contre les paysans se multiplient extraordinairement. Les principaux propriétaires de Witepsk, chefs actuels de l'administration de cette ville, le président du tribunal criminel et plusieurs autres notables sont venus réclamer l'envoi de la force armée dans leurs propriétés contre le brigandage des paysans, réunis aux maraudeurs de l'armée. Les paysans cassent et brisent les meubles et annoncent l'intention de mettre le feu aux bâtiments. Les familles de Bik, Potoski, M. Zaba, Zubaski, Madame de Raba et M. Olginski ont été obligés de fuir dans les bois pour se dérober à la fureur de leurs paysans " [|AF IV 1643, plaq. 2/II, p. 64]. Le même jour, c'est le prince Eugène qui informe l'Empereur de plusieurs soulèvements dans la région de Velii [AF IV 1644, plaq. 4/II, p. 60. Cette lettre ne figure pas dans l'édition de Du Casse, Mémoires et correspondance... du prince Eugène, op. cit] : " Tout le pays est en grande fermentation. Les paysans se révoltent contre leurs seigneurs, les dépouillent, et plusieurs ont été amenés par eux, pieds et poings liés, jusqu'à nos postes... On m'a parlé d'un décret du 1er mai que l'empereur Alexandre a rendu, dans la vue de ménager les paysans. Ce décret défendait aux seigneurs de conduire à l'avenir leurs paysans aux marchés pour les vendre... " Le lendemain, le vice-roi envoie à l'Empereur le témoignage pittoresque d'un baron Kestowicz que ses paysans, après avoir pillé sa maison, arrêtèrent et garrotèrent ; " mais s'étant tous soulés et ensuite battus entre eux, il profita du trouble pour leur échapper... " Le baron ajoutait que les paysans sont " dans l'opinion qu'aujourd'hui que les Français sont entrés sur leur territoire, la liberté leur est rendue et qu'en conséquence, tout leur est permis Ibidem, p. 62 et 63]. " L'Empereur répondit qu'il fallait profiter de ces événements pour essayer de rallier les paysans [Du Casse, Mémoires et correspondance... du prince Eugène, op. cit., t. 7, p. 144].

Les auxiliaires des armées impériales.

Conduire une expédition à travers des contrées pratiquement inconnues dont on avait peu de cartes [Davout à l'Empereur, 7 juillet 1812 (AF IV 1644, plaq. 1/I, p. 89 et 90)] et où il était impossible de s'informer sans se faire immédiatement repérer, si l'on n'avait pas de la langue et des usages une connaissance suffisante, mettait les chefs des armées impériales dans l'absolue nécessité d'utiliser, de différentes manières, les services d'individus connaissant parfaitement le pays. Parmi ces agents, il faut distinguer ceux dont on se sert occasionnellement et ceux auxquels on a recours de façon systématique plus souvent, mais sans règle strictement déterminée. Au nombre des premiers, signalons le comte Grabowski, " Polonais fort distingué... qui avait été enlevé par le prince de Bagration, au quartier-général duquel il est resté... Il s'est échappé... Il donne des détails sur l'armée russe " [Maret à l'Empereur, 20 août 1812 (AF IV 1647, plaq. 2/II, p. 82-84)] ; M. de Lambert, établi en Galicie, donne des renseignements sur l'armée russe qu'il tient de son frère, général au service du Tsar [Henri de Lambert avait épousé une Polonaise et passait pour être très attaché à la France. Son frère, le comte Marie-Charles de Lambert commandait le corps de cavalerie de l'armée de réserve de Tormansov. L'un et l'autre étaient les fils du marquis Henri-Joseph de Lambert et avaient émigré avec leur père en 1790] et dénonce l'attitude des Autrichiens [Maret à l'Empereur, 13 octobre 1812 (AF IV 1647, plaq. 4/II, p. 51)] ; le capitaine Konopka qui connaît bien le pays, le capitaine Vandernoot en rapport avec l'auditeur Le Lorgne d'Ideville, et ce capitaine tartare dont se servait le général Bronikowski, gouverneur de Minsk [AF IV 1647, plaq. 5/I, p. 34 ; 1652, plaq. 5/I, passim ; 1649, plaq. 6/II, p. 45. Les services du capitaine tartare ont été payés 1.200 florins d'après le tarif se trouvant dans AF IV 1649, plaq. 6/I, p. 17]. Mentionnons les deux hommes sûrs dont Maret disposait à Moscou : Patau d'Orfland, un Français établi depuis longtemps en Russie et un professeur allemand nommé Reynard, attaché à l'université de Moscou depuis 1803 [AF IV 1647, plaq. 3/I, p. 26].

Au nombre des auxiliaires constants, il faut évidemment compter les Polonais sur lesquels le maréchal Davout persiste à observer les réserves qu'il formulait quelques mois auparavant en Allemagne [" Les rapports des nobles polonais sont très exagérés, il faut toujours en rabattre deux tiers, même en les supposant de bonne foi " (Davout au roi Jérôme, 15 juillet 1812, AF IV 1644, plaq. 1/III, p. 182)]. Pour acheter les chevaux dont on avait besoin à tout prix, Maret entra en contact avec des familles terriennes fortunées dévouées à la France, les Kownacski, Antoine et Joseph, les Prek et les Staszynski, qui de surcroît avaient dans leur dépendance " les Juifs les plus adroits " [AF IV 1647, plaq. 5/I, p. 58 et 59]. Mentionnons également la mission confiée au comte Morski en Wolhynie [Ernouf, op. cit., p. 403-405 et AF IV 1648, plaq. 7, p. 1 à 6 et 1650, plaq. 3/II]. Les Polonais se firent interprètes, comme ce gentilhomme, Justin Patzkowski, attaché au général de Wrede [AF IV 1649, plaq. 1, p. 1], ou se chargèrent de missions parfois périlleuses comme le comte Nicolas Abramovicz, un noble lithuanien " fort riche, ... chef d'une famille distinguée ", que l'empereur Alexandre avait nommé malgré lui gentilhomme de sa chambre ; ou M. Stiponowski, " officier plein de dévouement et de zèle " [AF IV 1647, plaq. 5/II, p. 65 et 75. Ernouf, op. cit., p. 455]. Il faut d'ailleurs remarquer que le gouvernement russe avait cherché à gagner une partie de la noblesse polonaise en la gratifiant de bien faits divers, ainsi que l'expose le comte Morski a propos des familles de Wolhynie, Podolie et Ukraine [AF IV 1650, plaq. 3/II, p. 80. Les Polonais n'hésitaient pas à solliciter des grâces de la part de l'Empereur, suivant la règle générale. Pour ne citer qu'un exemple, le général Bronikowski, gouverneur de Minsk, demandait, le 21 août 1812, qu'on lui accordât une dotation en Pologne et, le 19 septembre suivant écrivait à Maret : " La mort de M. de Colincourt n'offrirait-elle pas une place pour le gouverneur de Minsk ? " (AF IV 1649, plaq. 6/I, p. 3 et 12)]. Notons qu'à partir de 1813, le gouvernement français accorda à la Pologne une aide substantielle notamment pour réorganiser son armée et que des secours furent attribués aux familles lithuaniennes réfugiées par l'intermédiaire du baron Bignon dont la correspondance contient des listes de personnes secourues, parmi lesquelles se trouvent le comte Abramovicz, le comte Horain, maire de Vilna, des militaires et des propriétaires terriens [Voir AF IV 1650, plaq. 4/I, 4/II et 4/III] .

D'autres auxiliaires collaborèrent, du moins pendant un certain temps, avec les armées napoléoniennes. Ce furent des membres des nombreuses communautés juives installées en Pologne, Lithuanie et Biélorussie, qui furent sollicités pour la fourniture de vivres et la passation de marchés importants, mais aussi pour accomplir diverses missions comme agents de liaisons et de renseignements. Dès le mois de juillet 1812, la commission provisoire de gouvernement lithuanienne avait préconisé " d'ordonner aux synagogues des Juifs de donner incessamment par écrit sous leur responsabilité, le dénombrement réel de 1811 " [AF IV 1650, plaq. 2 /I, p. 9], sans doute dans le souci de connaître l'implantation de ces communautés, dont certains membres intervinrent pour la fourniture de subsistances ; c'était le cas de Juifs d'Ostrovno ou d'un certain Levin Masis qui vendait du café à Vitebsk [AF IV 1643, plaq. 2/IV, p. 160 ; 1646, plaq. 3, p. 57]. A l'occasion, on imposait systématiquement les intéressés : " Les Juifs de Chklow ayant été en partie les auteurs de l'échauffourée... et s'étant mal conduits envers nous à l'entrée des cosaques, je les ai condamnés à fournir au 5e corps du prince Poniatowski qui se trouve dans le plus grand dénuement quelques milliers de paires de souliers et d'aulnes de drap " écrit le maréchal Davout à l'Empereur le 30 juillet [AF IV 1644, plaq. 1/IV, p. 258 et 259. Chklow est au nord de Mohilew]. Quant aux passations de marchés, elles concernent les moyens de transport, comme l'atteste cette transaction qui reçut les cautions du sieur Worms, négociant à Paris, des sieurs Abraham, Simon, Salomon et Seyman, riches banquiers et propriétaires de Vilna, et qui, selon l'aveu de Maret, " coûtera sans doute fort cher à l'administration " [Maret à l'Empereur, 24 août 1812 [AF IV 1647, plaq. 2/II, p. 91, dossier Bourcier)] ; ou les achats de chevaux de remonte projetés avec des Juifs de Mohilew, avec le sieur Jacob Eissing, correspondant à Varsovie de Louis Bidon, négociant à Boulogne-sur-Mer ; ou le transport du sel en Lithuanie [AF IV 1648, plaq. 7, p. 16 ; 1649, plaq. 4, p. 9 ; 1650, plaq. 2/II, p. 57 et 60].

Les Juifs furent en outre utilisés pour accomplir différentes missions de liaisons ou de renseignements. Nous avons relevé une vingtaine d'exemples de ces activités dangereuses à plus d'un titre, auxquelles les Juifs s'adonnèrent surtout au moment de la marche des armées impériales sur Moscou. Des chefs de corps comme le maréchal Davout, le prince Eugène, le prince de Schwarzenberg s'offrirent leurs services [le prince de Schwarzenberg confiait à Maret le 10 novembre : " J'éprouve les plus grandes difficultés à me procurer des nouvelles. Personne n'ose pénétrer la ligne des cosaques. En prodiguant l'or journellement, je ne parviens pas à être instruit. L'unique ressource, c'est les Juifs, et comme ils sont tous malintentionnés, on ne peut s'en servir qu'avec bien des précautions " (AF IV 1649, plaq. 7/II, p. 95)] ; le roi de Naples confia des missions à un Moshe Itrhowici et à trois de ses corréligionnaires de Szmilany ; le général Reynier fit de même avec Notke Rosenberg, négociant de Dubno, le général Sokolnicki avec Chaim Mortewiez de Kovno [AF IV 1645/A, plaq. 4, p. 374 ; 1645/B, plaq. 1, p. 3 ; 1646, plaq. 5, p. 9. Szmilany ou Smolany se trouve au nord-ouest d'Orcha ; Dubno est en Wolhynie]. Quant au duc de Bassano, il engagea plusieurs Juifs pour faire parvenir des dépêches en différentes directions, et la " Kahal " ou assemblée des représentants de la communauté répondait pour eux [AF IV 1647, plaq. 5/II, p. 73]. Le coût de ces missions variait sans doute beaucoup si l'on en juge par l'état des dépenses du général Bronikowski qui remit à sept Juifs des sommes allant de 50 à 400 florins [AF IV 1649, plaq. 6/I, p. 17].

Il faut remarquer d'ailleurs que les Juifs, dans le même temps, servaient leurs maîtres du moment, ou anciens maîtres, les Russes. " Les Juifs de Varsovie leur fournissent des rapports sur tout ce qui se passe " lit-on dans une dépêche d'agent [AF IV 1649, plaq. 7/I, p. 37]. Le gouverneur de Vidzouï, le général Coutard, signale à Maret que les Juifs Niszko et Markiel de Disna sont des émissaires de Wittgenstein ; selon un informateur, les généraux russes en emploient beaucoup comme espions, ajoutant qu'ils " font des jeûnes, des dévotions pour la prospérité des armes russes jusqu'au point qu'ils ont inspiré la méfiance des Russes qui ont fini par les chasser ". On en signale beaucoup au service du général Tormansov [AF IV 1649, plaq. 7/I, p. 37 ; 1650, plaq. 1, p. 7 ; plaq. 2/I, p. 43 ; plaq. 2/II, p. 63]. Il semble que cet espionnage ait été particulièrement florissant en Pologne si l'on s'en réfère aux informations que le comte Morski mandait à Maret le 17 août : " Les espions russes établis à Varsovie, Posen, Lublin et Zamosc ne cessent d'envoyer par des émissaires, surtout Juifs, tous les renseignements possibles... C'est ce qui a causé la mort de plusieurs de nos émissaires trahis... La trop grande facilité de voyageur... facilite les courses vagabondes des Juifs et autres émissaires ennemis... " [AF IV 1650, plaq. 3/II, p. 71]. Bien plus explicite à ce sujet est le rapport d'un agent placé à Tykoczyn qui signale deux centres d'espionnage à Varsovie, la maison Ossolinski, où un certain Tysenhausen emploie des Juifs comme émissaires et la maison d'un nommé Salomon, distillateur de métier, qui rassemble tous les espions avant de les conduire à Tysenhausen, l'informateur précisant que trois marchands juifs de Tykoczyn venaient de prêter serment aux Russes en qualité d'espions [AF IV 1651/B, plaq. 1, p. 32. Tykocin est une ville de Pologne située au N.-N.-E. de Mazowiec sur la rive gauche du Naref, affluent de la rive droite du Boug occidental].

Remarquons en outre que la communauté de Vilna manifesta de diverses façons son hostilité envers les troupes napoléoniennes, au moment de la retraite, selon plusieurs témoins qui affirment avoir entendu parler de ces manifestations ou qui y ont eux-mêmes assisté. Ainsi Daru écrit-il à l'Empereur, le 13 décembre : " le passage de Vilna a coûté beaucoup de monde à l'armée. Un grand nombre de soldats et même d'officiers malades, ayant des membres gelés ou accablés de fatigue sont restés... On dit que les Juifs ont battu des soldats aussitôt après l'évacuation de la place " [AF IV 1646, plaq. 3, p. 70]. Les témoignages du capitaine Terlicki, du 12e lancier polonais, de Mathieu Kurlovi, sous-brigadier dans les équipages de cheveux de selle de l'Empereur et de deux officiers du 15e de ligne polonais recueillis par le capitaine Vandernoot, concordent. Le premier, prisonnier à Vilna, affirme que " les Juifs ont des remords de leur conduite pendant la retraite des Français ". Le second, resté malade à Vilna, déclare dans sa déposition : " Les prisonniers laissés par les Français à Vilna et les Juifs sont ceux qui ont le plus maltraité les prisonniers français. Ils les ont dépouillés et chassés des maisons où ils étaient réfugiés... Il en résulte qu'un grand nombre de Français sont morts de froid et que l'on en voyait un grand nombre étendus tout nus dans les rues de la ville. Ce désordre a cessé à l'arrivée du grand-duc Constantin... " [AF IV 1652, plaq. 1/I, p. 14]. Quant aux derniers, faits prisonniers de guerre et ayant réussi à s'évader, ils rapportent que les " Juifs de Vilna se sont conduit cruellement avec les prisonniers français et alliés " ; que le général Koutousov en aurait témoigné beaucoup d'indignation et les aurait obligés, par punition, à livrer 5 000 habillements complets pour les prisonniers français devant être transportés à l'extrémité de la Russie. Ces deux officiers affirmaient encore qu'à Vilna, l'empereur Alexandre visitait les hôpitaux et distribuait des aumônes [AF IV 1652, plaq. 5/II, p. 77].

Le prince de Schwarzenberg et le corps auxiliaire autrichien.

On a âprement critiqué, du côté français, le corps auxiliaire autrichien et son chef, le prince de Schwarzenberg. S'agissant d'une entreprise comme la campagne de Russie, il serait simpliste de faire retomber la responsabilité du désastre sur les fautes volontaires ou non d'un seul corps. On trouvera dans la correspondance - en français - du prince autrichien et dans divers rapports que nous signalerons, quelques informations concernant ce sujet. En considérant le point de vue plus nuancé de l'engagement du gouvernement autrichien dans cette affaire, on peut remarquer que cette campagne diplomatico-militaire fut conduite par le prince en accord avec le cabinet de Vienne, d'une manière assez remarquable pour éviter toute rupture immédiate avec la France, qu'il fallait ménager, et épargner de graves déboires au corps auxiliaire.

En dévoilant la teneur de la correspondance de son frère, général au service du Tsar, Lambert avait confirmé les soupçons de Maret sur l'immobilisme observé par le corps autrichien, affirmant : " Beaucoup d'officiers de cette nation, mécontents de la guerre actuelle, ont quitté le service pour passer à celui de la Russie. Il y en a même de l'armée de Schwarzenberg. Les Russes se vantent de la bonne harmonie qui existe entre eux et l'Autriche... " [AF IV 1647, plaq. 4/II, p. 51]. Les missions d'observation confiées au mois d'octobre à l'auditeur Panat et à l'aide-de-camp du duc de Reggio, M. de La Chaise [Ernouf, op. cit., p. 437 et suivantes, ne parle pas de la mission de cet aide-de-camp. Les instructions de l'auditeur étaient précises. " Je désire, Monsieur, que vous restiez au quartier-général de M. le comte Reynier, que vous m'écriviez de là tout ce qui sera à votre connaissance et que vous observiez avec un soin particulier tout ce qui regarde l'armée autrichienne... Les observations que vous avez à faire sont délicates... Je ne pense pas avoir besoin de vous en dire d'avantage " (Maret à Panat, AF IV 1648, plaq. 3, p. 23)] auprès du général Reynier eurent pour résultat d'attester la loyauté du prince et de certains de ses généraux ; il n'en était pas de même pour les officiers inférieurs qui faisaient la guerre à contre-coeur ; quant au prince, les deux observateurs affirmaient qu'il " agirait vigoureusement s'il était assez fort pour se croire sûr de vaincre... " [AF IV 1647, plaq. 4/II, p. 101]. La droiture de sa conduite est reconnue à plusieurs reprises dans les rapports du général Reynier qui n'hésite pas à déclarer que " la franchise et la droiture sont les traits principaux de son beau caractère " [AF IV 1648, plaq. 3, p. 17. Le général Reynier paraît avoir éprouvé pour le prince un réel attachement (voir AF IV 1652, plaq. 3, p. 14 et ses autres rapports en AF IV 1649, plaq. 7/I, p. 20, plaq. 7/II, p. 66, 78 ; 1651/B, plaq. 2, p. 62 et 1652, plaq. 2, p. 1)]. La même remarque est faite par l'auditeur Panat [AF IV 1649, plaq. 1, p. 45 ; plaq. 7/II, p. 76, 77, 85 , 87 et 88]. Même le capitaine Vandernoot, agent de l'auditeur Le Lorgne d'Ideville, écrit en janvier 1813 qu'il n'y a que le prince " sur la loyauté duquel on puisse se fier " [AF IV 1652, plaq. 5/I, p. 22]. Mais les réticences ne s'effacèrent pas. Maret trouvait suspect les succès militaires en novembre et s'en ouvrait au ministre de la Police générale [Le duc de Bassano terminait ainsi sa lettre : " Du reste, nous sommes ici assez en force, nous jouons, nous dansons, nous mangeons mieux que vous ne faites à Paris... " (AF IV 1648, plaq. 2, p. 43)] ; l'intendant Chassenon l'accusait, le 25 décembre, d'avoir permis l'évacuation du département de Ghrodno [AF IV 1649, plaq. 5, p. 9]. Il est vrai que le corps autrichien ne se trouvait pas dans de bonnes dispositions. Les rapport que nous avons cités contiennent des raisons précises : les pressions du cabinet de Vienne pour conserver le corps d'armée et éviter les pertes, la non intervention des troupes de Galicie, l'influence de l'état-major autrichien, notamment du lieutenant-colonel Baillet de Latour, un Brabançon hostile à la France, les souvenirs des défaites récentes, l'opposition au projet d'une expédition en Lithuanie, les égards des Russes envers les prisonniers autrichiens, les bons rapports entre officiers des deux pays aux avant-postes, le retard de la solde, le choix du prince de Liechtenstein, violemment anti-français, pour se rendre à Vienne solliciter des secours, les sentiments unanimement anti-polonais de l'ensemble du corps.

Le prince de Schwarzenberg était bien conscient de ces difficultés, comme en témoigne sa correspondance. Il proteste auprès de Maret de la sincérité de ses intentions et justifie ses mouvements et son refus d'une expédition en Lithuanie le 5 décembre [AF IV 1649, plaq. 1, p. 36 et surtout plaq. 7/II]. Quand il apprit que l'Empereur se trouvait à Varsovie, il manifesta son mécontentement de n'avoir été informé que par " des bulletins faits pour le public de Paris " [Lettre au général Reynier, 12 décembre 1812 (AF IV 1649, plaq. 7/II, p. 117)]. Au début de 1813, il refusera d'installer son quartier-général dans la capitale du duché par animosité contre les Polonais, au sujet desquels il écrit au prince Eugène : " Je ne saurais leur pardonner le jugement téméraire qu'ils se permettent sur ma personne ", flétrissant au passage " la versatilité de leur caractère qui les porte à juger les autres d'après eux-mêmes " [AF IV 1652, plaq. 3, p. 6]. La haine des Polonais envers les Autrichiens était tout aussi entière [Si l'on en croit le général Van Dedem affirmant qu'à Varsovie " ce sont toujours les femmes qui ont le plus d'influence... Leur acharnement contre les Autrichiens est exprimé sans ménagement " (AF IV 1652, plaq. 1/I, p. 4)].

Les manifestations de l'esprit public principalement en Allemagne.

Les désastres de la retraite, les échecs en Espagne et la lassitude de la France elle-même encouragèrent dès le début de 1813 défections et soulèvements sur lesquels on possède des informations nombreuses dans les correspondances. Celles-ci font partie d'un ensemble qui ne concerne plus chronologiquement la campagne de Russie proprement dite, ainsi que nous l'avons signalé, mais qui en illustre, d'une certaine manière, les conséquences en Allemagne notamment.

La signature de la convention de Tauroggen [On trouvera une copie du texte de la convention dans AF IV 1651/A, plaq. 3 /I, p. 36] vint confirmer les inquiétudes dont le maréchal Macdonald s'ouvrait au major général dès le début de décembre 1812 [voir la correspondance du maréchal dans AF IV 1645/B, plaq. 3]. Le retrait de la Prusse ne pouvait que satisfaire les populations de ce pays " yvres de haine contre les Français " comme le rapporte le général Dufresse, commandant à Stettin [AF IV 1651/B, plaq. 2, p. 59]. À Koenigsberg déjà, au début de janvier 1813, l'exaspération des habitants faillit dégénérer et l'on vit de nouveau de malheureux blessés malmenés [AF IV 1652, plaq. 2, p. 416 et 423]. Mais l'effervescence prussienne, dont l'auditeur Le Lorgne d'Ideville rend compte à l'Empereur dans ses notes accompagnées d'extraits traduits de gazettes et de rapports d'agents auxquels est jointe une importance correspondance saisie [AF IV 1652, plaq. 5/II et 5/III. Parmi les extraits " du contenu de quelques gazettes de Berlin " Le Lorgne signale la " création d'un nouvel ordre de la Croix de fer institué pour cette guerre " (AF IV 1652, plaq. 5/II, p. 108)], gagna toute l'Allemagne. Signalons les mouvements insurrectionnels des départements hanséatiques, notamment à Brême et à Hambourg où s'activaient des agents de Tettenborn [AF IV 1651/B, plaq. 4, 5, 7, 8 ; 1652, plaq. 4/II, p. 87] et la sévère répression conduite par les généraux Carra-Saint-Cyr et Vandamme [" J'espère par la terreur et par des exemples sévères faire dresser l'insurrection et rétablir l'ordre (lettre de Carra-Saint-Cyr, AF IV 1652, plaq. 4/I, p. 18). Colonnes mobiles et commissions militaires s'activèrent en ce sens. Sur la révolte des deux mille paysans de l'arrondissement de Brême et sa répression, voir AF IV 1651/B, plaq. 5, p. 241 à 243]. L'agitation gagna même la Hollande où il y eut en particulier des soulèvements contre la conscription, ainsi que le rapportait le directeur général de la police au général Le Marois, alors à Wesel, ce dernier se vantant de calmer un peuple " toujours prompt à remuer et qu'il serait peut-être bon de tenir sous la verge de fer ", en répandant les nouvelles de la marche des armées impériales [AF IV 1652, plaq. 4/II, p. 88 et 89. AF IV 1651/B, plaq. 3, p. 118].

Les exigences de la guerre et du blocus avaient provoqué un épuisement général et suscité un mécontentement qui faisait dire au roi de Westphalie, dans une lettre au prince Eugène qu'il y avait des " bornes à l'obéissance des sujets " [AF IV 1651/B, plaq. 3, p. 118]. Dans le royaume de Saxe, l'hostilité à l'encontre des Français ne cessait de se développer. Le roi Frédéric-Auguste s'opposa personnellement à un certain nombre de mesures, en particulier à la destruction du pont de Dresde par le maréchal Davout qui reconnaissait que cela " affecte profondément le roi et les habitants " [AF IV 1651/B, plaq. 4, p. 156 (Davout au prince Eugène, 18 mars 1813) et 1652, plaq. 1/II, p. 100 (le roi Frédéric-Auguste à Davout, 12 mars 1813)]. Des lettres saisies et des rapports d'agents font connaître qu'à Stettin, les habitants manifestèrent leur désapprobation de voir un des faubourgs de leur ville rasé et vécurent une " semaine de martyre " lorsque le Vendredi Saint les Français incendièrent Unterwick [ancien nom d'un faubourg de Stettin].

Conclusion.

Au moyen des exemples que nous avons choisis, la guerre d'Espagne, l'occupation du Nord de l'Allemagne et la campagne de Russie, nous avons essayé de montrer l'intérêt du fonds de la Secrétairerie d'État impériale formé des papiers de la Guerre. Nous aurions pu développer nos analyses à partir des documents concernant les affaires de l'Escaut, la campagne d'Allemagne et surtout la campagne de France. À cause de la nature même du fonds, le résultat eût été le même. Les affaires traitées dans les dossiers dépassent singulièrement le cadre des opérations militaires. Elles concernent des questions de police générale, de stratégie politique, de diplomatie, d'économie, notamment. Grâce aux correspondances saisies, qu'elles soient de caractère officiel ou privé, grâce aux gazettes européennes que l'on a soit en original, soit sous la forme d'extraits traduits, grâce aux mémoires d'observateurs, aux rapports d'agents connus ou secrets, aux notes de chargés de mission, et de façon plus générale à toutes les pièces qui se trouvent jointes aux rapports officiels du major général, des ministres et des chefs de corps, nous disposons d'un fonds dont le contenu, destiné essentiellement à l'information de l'Empereur, rassemble par là même tous les éléments susceptibles d'entrer en ligne de compte pour l'élaboration et l'adoption des grandes décisions.

La guerre a été, avec la diplomatie, la grande affaire du règne. On ne saurait en retracer les épisodes d'une manière approfondie, on ne pourrait éclairer l'action des personnages qui jouèrent un rôle dans cet incessant conflit, sans ouvrir les dossiers de ce qui constitue pour l'Empire une sorte d' Archivio segreto et sans recourir à un fonds qui, malgré de regrettables démembrements, constitue une source essentielle pour l'étude de l'histoire européenne du début du XIXe siècle.

La mise au point de cet inventaire a exigé de nombreuses identifications, vérifications et recherches complémentaires. Ce travail délicat et parfois ingrat a pu être réalisé, en partie, grâce à l'aimable concours de Mlle Sabine Graumann, attachée à l'université de Düsseldorf, Mlle Kristen Nielsen de l'ambassade royale de Danemark à Paris (Service Presse et Culture), M. André Kourovsky, consultant de la société Thomson pour les relations avec les pays de l'Est ; de nos confrères : Mme Charon-Bordas, Mme Felkay, M. Henrat, Mlle Hildesheimer, M. Labat des Archives nationales ; de Mme Morin, documentaliste, Mme Mayeur, commis et M. Coindeau, magasinier spécialisé. Que toutes ces personnes soient vivement remerciées d'une aide qu'elles nous ont toujours très libéralement accordée.

Sources et références

Sources complémentaires

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

Archives nationales

Série F. Versements des ministères et des administrations qui en dépendent.

Certaines des sous-séries qui composent ce vaste ensemble possèdent une documentation susceptible de compléter les différents objets traités dans les dossiers de la Guerre.

F. Enregistrement de la correspondance.

F//3131 à 3142. Affaires militaires : gardes d'honneur, offres de cavaliers faites par les cantons, correspondance relative aux événements de guerre (ordre alphabétique des départements). 1813-1814.

F/1 . Ministère de l'Intérieur. Administration générale.

F 1a. Objets généraux.

F 1a 333 à 342 2. Relations du ministère de l'Intérieur avec le ministère de la Guerre. 1790-1854.

F 1a 557. Mises en état de sièges. An IV-1816.

F 1a 581 à 589. Événements de 1814-1815 dans les départements.

F 1c . Esprit public et élections.

Classement départemental de Ain à Zuyderzée.

F 1e . Pays annexés ou dépendants.

Cette sous-série contient des documents sur tous les aspects de la vie politique des pays ou régions rattachés à la France sous la Révolution et le Premier Empire. Sont à consulter plus particulièrement :

F 1e 1. Départements de Hollande. 1810.

F 1e 2 à 39. Belgique. 1791-an XIII.

F 1e 40 à 47. Rive gauche du Rhin. 1793-1813.

F 1e 48 à 55. Hollande. An III-1813.

F 1e 56 à 60. Départements hanséatiques. 1809-1814.

F 1e 71 à 73. Espagne. 1810-1814.

F 1e 205. Province d'Erfurt, 1814. Royaume de Westphalie, 1811.

F 2I. Ministère de l'Intérieur. Administration départementale.

F 2I 121 10 à 121 16. Affaires militaires : conscription, recrutement, désertion, gardes d'honneur, gendarmerie, garde nationale, commissaires des guerres, prisonniers, remontes, fortifications, réquisitions. An II-1836.

F 3II. Ministère de l'Intérieur. Administration communale.

Il sera intéressant de consulter la grande série départementale qui concerne les affaires locales de toute nature.

F 3II Ain 1 à F 3II Yssel-supérieur et Zuyderzée. 1790-1848.

F 5II. Ministère de l'Intérieur. Comptabilité départementale.

Pour chaque département, existe un certain nombre de dossiers relatifs aux affaires militaires, généralement pour la période 1806-1815. Il sera donc utile de se reporter à cette grande série :

F 5II Ain 1 à F 5II Zuyderzée 1.

F 6. Ministère de l'Intérieur. Comptabilité communale.

F 6 I 21 à 23. Affaires militaires. An XIV-1832.

La grande série départementale où les documents concernant les diverses communes sont, pour chaque département, classés dans l'ordre alphabétique de celles-ci, devra être également consultée.

F 6II Ain 1 à F 6 II Zuyderzée 21.

F 7. Police générale.

La très riche documentation de cette sous-série, particulièrement pour le Premier Empire, complète de façon directe les dossiers de la Guerre dans de nombreux domaines.

F 7 3050 et 3051. Police militaire. An II-1816.

F 7 3054. Troubles dans le grand-duché de Berg et en Hollande. 1813.

F 7 3059 à 3064. Rapports du commissaire général de police d'Aubignosc de Hambourg (1811-1813), du directeur général de la police de Hollande Devilliers du Terrage (1811-1813), renseignements sur Helgoland et lettres interceptées en provenant (1811).

F 7 3224, 1 et 3225. Correspondance et comptabilité de Devilliers du Terrage, directeur général de la police en Hollande. 1811-1812.

F 7 3226. Correspondance et comptabilité de Bellemare, commissaire général de police à Anvers (1808-1813), Beaumont de Brivezac et Fournier, commissaires généraux de police à Barcelone (1812-1813), Devilliers, commissaire général de police à Bayonne (1809-1813).

F 7 3228. Correspondance et comptabilité de Roland de Bussy, commissaire général à Bréda (1810-1811), de Trumeau, commissaire spécial à Bremerlehe (1812-1813), de Haw, commissaire spécial à Brême (1811-1813).

F 7 3230. Correspondance et comptabilité de Paulze d'Ivoy, commissaire spécial de police à Cologne (1811-1812), Becq de Fouquières, commissaire spécial à Cuxhaven (1812-1813), Courtivron, commissaire spécial à Dokkum (1812-1813), de Moras, commissaire spécial à Emden (1811-1814), Roland Bussy, commissaire général à Flessingue (1811-1813).

F 7 3231. Correspondance et comptabilité de Fournier, commissaire général à Gérone (1811-1813), et Le Franc de Pompignan, commissaire spécial à Harbourg (1812-1813).

F 7 3232, 1. Correspondance et rapports de d'Aubignosc, directeur général de la police à Hambourg et des commissaires spéciaux placés sous ses ordres (1812-1814). Lettres de Le Lorgne d'Ideville (1813).

F 7 3232, 2 à 5. Correspondance de Fournier, commissaire général de police à Hardenberg (1811), Babut, commissaire spécial au Helder (1812-1814), Hermans, commissaire spécial à Hellevoetsluis (1812-1814).

F 7 3233, 2. Correspondance de Marcandier, commissaire général de l'île de Gorée (1811-1814) et de Beaumont, commissaire de police à Jever (1812-1814).

F 7 3234. Correspondance de Lecoq, commissaire spécial à Lübeck (1811-1814).

F 7 3235. Correspondance de Berckheim et Eymard, commissaires généraux de police à Mayence (1811-1814).

F 7 3236. Correspondance de Lemosy et Duval, commissaires généraux à Munster (1811-1814).

F 7 3238. Correspondance de Marivault, commissaire général à Rotterdam (1811-1814) et de Popp, commissaire général à Strasbourg (an XIV-1814).

F 7 3240. Correspondance de Garnier et Boula de Coulombières, commissaires généraux à Wesel (1809-1813).

F 7 3276. A signaler un dossier concernant les enfants du général espagnol O'Donnel, placés au lycée d'Orléans (1812-1814).

F 7 3309. Prisonniers de guerre français et étrangers. An VIII-1814.

F 7 3310 et 3311. Prisonniers de guerre anglais dans le département de la Meuse. An IX-1814.

F 7 3312 et 3313. Prisonniers de guerre, otages et civils espagnols. 1806-1814.

F 7 3452 à 3463. Police des journaux de Paris et des départements. An VIII-1815.

F 7 3488 et 3489. Police des livres imprimés. Classement départemental. 1810-1814.

F 7 3581 à 3615. Conscription. Objets généraux et affaires classées par départements. An XII-1815.

F 7 3643 1 à 3643 21. Mouvements des ports et surveillance des côtes. Objets généraux et affaires classées par départements. An VIII-1814.

F 7 3810 à 3817. Bulletins de police. Classement alphabétique (villes hanséatiques à Zwolle). An XII-1812.

F 7 3819. Bulletins particuliers de police : insurrections en Belgique et en Hollande. 1813-1814.

F 7 4216 à 4385 2. Série dite " Archives ". 1782-1839.

Cette collection est riche d'une grande diversité de dossiers, en particulier de correspondances interceptées, dont il est impossible de donner le détail. Il faut signaler cependant F 7 4289 et 4290 : correspondance des préfets et des commissaires généraux sur les mouvements des armées alliées (1813-1814) ; correspondance sur la campagne de 1814.

F 7 6127 à 6135. Français au service de puissances étrangères. 1809-1813.

F 7 6139 à 6605. Affaires politiques.

Parmi les très nombreux dossiers de cette partie du fonds, il convient de signaler :

F 7 6200. Chouannerie. An VIII-1806.

F 7 6228 à 6236. Chouannerie. An VIII-an X.

F 7 6342 à 6353. Rapports des commissaires généraux et principaux de police. An XIII-1814. Classement par villes.

F 7 6466. Conscription. An XIV-1812.

F 7 6491 à 6495. Lettres interceptées adressées à des prisonniers de guerre. 1807-1813.

F 7 6513 à 6519. Affaires d'Espagne. 1808-1813.

F 7 6597. Gardes d'honneur. 1813.

F 7 7014 à 7018. Directeurs et commissaires généraux de police. Correspondance provenant d'Espagne et des principales villes frontières de l'Empire. 1810-1813.

F 7 7019 à 7026. Missions extraordinaires d'auditeurs dans les divisions militaires. 1813-1814.

F 7 7031 à 7068, Invasion de 1814. Rapports sur les dévastations commises. Classement départemental.

F 7 7514 à 8007. Affaires diverses. An VII-an XI.

Parmi les dossiers de ce groupe d'articles il faut signaler ceux qui concernent la chouannerie.

F 7 8008 à 8969. Arrondissements de police. An XI-1814.

À signaler notamment les dossiers suivants :

F 7 8008 à 8030. Marchandises importées en fraude, en particulier de Belgique. An XII-1813.

F 7 8044 à 8057 2. Mouvements des ports. Séquestre des cargaisons, lettres saisies, rapports des commissaires des différentes villes maritimes du Ier arrondissement. An XII-1814.

F 7 8363. Conscription.

F 7 8370 à 8372. Prisonniers espagnols.

F 7 8373 a-b. Français au service de puissances étrangères.

F 7 8375 à 8395. Situation des départements du Ier arrondissement.

F 7 8396. Prisonniers espagnols.

F 7 8724, 8734, 8743 et 8751. Conscription.

F 7 8750. Prisonniers de guerre.

F 7 8765 à 8771. Espagnols prisonniers de guerre.

F 7 8772 à 8776 b. Otages espagnols et prisonniers civils.

F 7 8788 et 8789. Espagnols réfugiés.

F 8 Police sanitaire.

Il sera intéressant de se reporter à un certain nombre d'articles de cette sous-série pour avoir des renseignements sur les problèmes d'hygiène et de santé en rapport avec des événements militaires déterminés.

F 8 5 à 8. Maladies apportées en France par les prisonniers espagnols (rapports des docteurs Ruette, Nysten, Guersent et Savary). Épidémie de fièvre jaune en Espagne (notamment à Malaga, Gibraltar, Santender, Cadix). Maladies contagieuses occasionnées par l'évacuation des malades militaires. 1809-1814.

F 8 17 à 89. Hygiène publique. Classement départemental.

F 8 17 III. Allier. Soins aux prisonniers espagnols et autrichiens. Maladie apportée par les Espagnols. 1809-1812.

F 8 22 IV et 23 II. Bouches-du-Rhône. Quarantaines des Français réfugiés ou expulsés d'Espagne, de militaires, marins et civils français rapatriés notamment de Tarragone. 1809-1811.

F 8 38 V et VI. Charente et Charente-Inférieure. Maladie apportée par les prisonniers espagnols. Précautions contre les épidémies d'Espagne. 1809-1810.

F 8 39 I et II. Cher et Corrèze. Quinquina pour les prisonniers espagnols soignés à Bourges.

Maladie apportée à Tulle et à Brive par les prisonniers de guerre espagnols. 1809.

F 8 42 I et III. Côte-d'Or et Creuse. Maladies apportées par les prisonniers espagnols. 1806-1813.

F 8 43 II. Dordogne. Maladies apportées par les prisonniers espagnols et russes. 1809-1814.

F 8 47 I. Finistère. Retour des prisonniers de guerre d'Angleterre. 1813-1814.

F 8 51 I et II. Gers et Gironde. Maladies apportées par les prisonniers espagnols. Soins aux malades et blessés d'Espagne. 1810-1814.

F 8 53 III et 55 I et V. Indre, Landes et Loire. Maladies apportées par les prisonniers espagnols. Situation sanitaire du dépôt de prisonniers espagnols établi à Montbrison. 1809-1810.

F 8 58 I, II et III. Loiret, Lot et Lot-et-Garonne. Décès des militaires de l'hôpital Saint-Charles, dans la commune de Saint-Jean-le-Blanc, près d'Orléans, 1814.

Conséquences du passage des prisonniers espagnols. 1809-1812.

F 8 63 II et III. Marne et Haute-Marne. Maladies des officiers espagnols prisonniers à Châlons, 1811. Logement et traitement des militaires malades et blessés évacués de la 3 e division militaire, 1814. Maladies apportées par les prisonniers de guerre et les militaires de la Grande Armée, 1806-1814.

F 8 67 VI. Mont-Tonnerre. Maladies apportées dans l'arrondissement de Spire par les militaires évacués de la Grande Armée, 1813.

F 8 68 I. Moselle. Épidémie de typhus causée par les passages de troupes. 1814.

F 8 69 I. Nord. Maladie des prisonniers espagnols du dépôt d'Avesnes. 1811.

F 8 70 III. Ourthe. Logement à Liège de prisonniers espagnols. 1812.

F 8 72 III, 73 I et II, 74 1 I et 74 2. Pyrénées (Basses), Pyrénées (Hautes), Pyrénées-Orientales.

Maladies apportées par les prisonniers espagnols. Épidémies. Retour en France des garnisons d'Espagne. 1809-1814.

F 8 75 I et III. Rhin (Bas-) et Rhin-et-Moselle. Maladies provoquées par les évacuations de militaires. 1813-1814.

F 8 76 II et III. Saône (Haute-) et Saône-et-Loire. Épidémies de typhus causées par les passages de troupes. Maladies apportées par les prisonniers espagnols. 1812-1814.

F 8 77 Seine II. Hospitalisation des militaires français et ennemis. 1814-1815.

F 8 78 Seine-Inférieure IV. État des militaires malades et blessés évacués sur le département. 1814.

F 8 79 Seine-et-Marne. 2. Maladies consécutives aux événements de guerre, éloge du docteur Houzelot, médecin à Meaux. 1814.

F 8 82 II et III. Tarn et Tarn-et-Garonne. Maladies apportées par les prisonniers espagnols. 1812.

F 8 86 III, IV et VI. Vienne, Vienne (Haute-) et Yonne. Maladies chez les prisonniers de guerre. 1809-1815.

F 8 119 II. Pas-de-Calais. Vaccination des troupes du camp de Boulogne. 1807.

F 9 . Affaires militaires.

F 9 49 et 50. Dossiers concernant notamment la situation militaire sur les côtes de la mer du Nord, de la Manche et de l'Océan et la lutte contre l'Angleterre, an VII-1809 ; les événements d'Espagne, 1812 et l'ensemble des campagnes, 1812-1815.

Sauf indications contraires, il conviendra de se reporter aux articles suivants en ne retenant que ce qui concerne la période du Premier Empire.

F 9 53 et 54. Personnel.

F 9 55. Justice militaire.

F 9 56 et 57. Service de santé.

F 9 58 à 61. Armement, habillement et équipement.

F 9 88 à 128. Offres de chevaux, de cavalliers et d'argent en 1813. Classement départemental.

F 9 150 à 296. Recrutement : conscription, engagements volontaires, fraudes, exemptions, remplacements.

F 9 297 à 319. Désertion. Classement départemental.

F 9 340 et 424 à 740. Gardes nationales. Classement départemental.

F 9 746 à 889. Compagnies de réserve. Classement départemental. An XIII-1814.

F 9 890 à 1031. Gardes d'honneur. Classement départemental. An XIV-1812.

F 12 . Commerce et industrie.

Pour les questions concernant l'application du blocus continental, la lutte contre la contrebande et les affaires d'Espagne, certains dossiers de cette sous-série sont à consulter.

F 12 527 à 532. Armée d'Espagne : séquestre des laines et des marchandises coloniales. 1808-1813.

F 12 630. Conseil spécial de Hambourg. 1810-1813.

F 12 1831 et 1832. Indemnités aux négociants éprouvés en Espagne. Laines saisies à Burgos en 1808. Commerce avec l'Espagne. 1808-1815.

F 12 1833. Denrées coloniales : régime douanier. 1810-1812.

F 12 1945 à 1952. Douanes : saisies de marchandises anglaises, saisies de navires, transactions. 1793-1815.

La sous-série F 12 possède aussi de très nombreux dossiers sur les opérations de douane proprement dites où les affaires sont classées par matières (F 12 1955 à 1966 u), ainsi que d'importantes suites d'articles sur la délivrance des licences et permis (notamment F 12 2026 à 2113 b et 2115 à 2165) dont il est impossible de donner ici le détail.

F 17 . Instruction publique.

F 17 1058, dossier 13. Oeuvres d'art acquises par l'État ou offertes à l'État. An VIII-1813.

F 21 . Beaux-Arts.

F 21 571, dossier 2. Musée du Louvre. Dépenses. An IX-1823.

F 21 574. Restitution d'objets d'art enlevés à divers pays, en particulier à l'Autriche, la Bavière, le Brunswick, l'Espagne, le Hanovre, la Hesse, les Pays-Bas, la Prusse. 1814-1830.

O 2 . Maison de l'Empereur (Premier Empire)

O 2 846. Musée Napoléon. Tableaux envoyés d'Espagne. 1813.

AF IV. Secrétairerie d'État impériale (an VIII-1815)

D'importantes parties du fonds de la Secrétairerie d'État impériale complètent la documentation de la Guerre. Il ne faut pas oublier cependant qu'elles ont subi des démembrements et des destructions volontaires, comme ce fut le cas durant la campagne de Russie.

AF IV 1 à 1089 B.

Cet ensemble qui comprend les arrêtés des consuls et les décrets impériaux ; les journaux du Cabinet et les dictées de l'Empereur ; les feuilles de travail des ministres avec le Premier Consul puis l'Empereur ; les missions des conseillers d'État dans les divisions militaires et les rapports ministériels a fait l'objet d'un inventaire imprimé : Inventaire général de la sous-série AF IV (secrétairerie d'État impériale), t. I, fasc. 1..., par Philippe du Verdier, Jean Favier et Rémi Mathieu, Paris, 1968, V-150 p., in-8°. Il faudra donc se reporter à cet ouvrage notamment pour les quatre premiers groupes de documents indiqués ci-dessus et pour connaître le détail des dossiers que nous signalons dans le groupe des rapports ministériels (AF IV 1042 à 1089/B).

AF IV 1042. Secrétairerie d'État. Conseil d'État. Grand Juge. An II-1814.

Dossier 3. Pièces concernant la procédure contre les généraux Dupont, Marescot, Chabert et Vedel, la procédure contre le général Lechi et l'application de la législation française en Catalogne. 1808-1812.

Dossier 4. Extraits des rapports des procureurs généraux pendant la campagne de France. 1814.

AF IV 1043. Rapports du ministre de la Police générale. An VIII-1814.

Les dossiers 1 à 4 et 6 à 9 concernent la chouannerie, les opérations aux frontières de l'Espagne et la campagne de France.

AF IV 1060 à 1062. Rapports du ministre de l'Intérieur sur le commerce et les manufactures. An VIII-1814.

AF IV 1060, dossier 2. Laines d'Espagne. 1809.

AF IV 1061, dossier 1. Laines d'Espagne, situation à Hambourg, foire de Leipzig et Francfort, marchandises coloniales, licences, renseignements sur Helgoland. 1810.

AF IV 1062, dossier 3. Marchandises coloniales vendues à Francfort ; ligne des douanes sur la Baltique. 1812.

AF IV 1062, I dossier 4. Marchandises coloniales du Holstein, des villes hanséatiques et du grand-duché de Berg ; ligne des douanes sur la Baltique. 1813.

AF IV 1064. Rapports du ministre de l'Intérieur sur les levées de la garde nationale et des gardes d'honneur. 1813-1814.

AF IV 1065 à 1068. Rapports du ministre de l'Intérieur sur l'administration générale de la France et de l'Empire français. An VIII-1814.

AF IV 1066, dossiers 3 et 5. Situation en Espagne. Incursions de miquelets dans les départements de l'Ariège et des Pyrénées-Orientales. Croisière anglaise à Lisbonne. Institutions françaises dans les départements hanséatiques. 1808-1810.

AF IV 1067, dossier 1. Situation en Catalogne. Incursions de miquelets dans le département de l'Ariège. 1812.

AF IV 1068. La presque totalité des pièces de cet article serait à citer pour illustrer la situation en différents points de l'Empire en 1813. Elles concernent principalement l'Allemagne du Nord et la région de Hambourg, les départements de la rive gauche du Rhin, la Hollande et la Belgique (insurrections et opérations de défense) ainsi que l'Espagne et les départements frontaliers.

AF IV 1069. Rapports du ministre des Finances. Pays étrangers réunis à la France.

Dossier 2. Espagne française (Catalogne). 1811-1812.

Dossier 3. Hollande et départements hanséatiques. 1810-1813.

AF IV 1090 à 1173. Rapports du ministre de la Guerre.

Les rapports du ministre de la Guerre complètent de façon évidente le fonds de la Guerre. Malheureusement, les recherches ne peuvent y être faites que grâce à l'inventaire manuscrit n° 766 dont les analyses sont extrêmement sommaires. Les articles relatifs aux correspondances et aux rapports des chefs de corps, signalés sans aucune précision, devront être dépouillés systématiquement en vue de recherches déterminées. Il en est ainsi notamment pour AF IV 1090 à 1099 (extraits de la correspondance du ministre). On peut mentionner cependant des groupes d'articles intéressants de façon plus explicite :

AF IV 1101. Correspondance des officiers d'ordonnance en mission. 1811-1812.

Il s'agit notamment des rapports du général Hogendorp à Wesel ; des officiers d'ordonnance Lauriston à Walcheren et en Hanovre, Atthalin à Boulogne, sur l'Escaut et en Hollande, Gourgaud à Boulogne et Munster ; des généraux Loison à Wesel et Hogendorp à Amsterdam.

AF IV 1102 à 1114. Mouvements des troupes. An VIII-1814.

De ce groupe, il faudra essentiellement retenir :

AF IV 1107. Affaires d'Allemagne et défense des côtes. 1809.

AF IV 1108, dossiers 2 et 3. Armées d'Espagne et de Portugal. 1809-1810.

AF IV 1109 et 1110. Opérations en Allemagne et dans le Nord de l'Empire. 1810-1811.

AF IV 1111, dossier 1. Opérations en Espagne. 1811.

AF IV 1112, dossier 3. Opérations effectuées en 1812 (avec une lacune de juillet à octobre 1812 en raison de la destruction des pièces ordonnée par l'Empereur pendant la campagne de Russie).

AF IV 1113 et 1114. Opérations effectuées en 1813 et 1814.

AF IV 1115 à 1120. Organisation de l'armée. Inspections et revues. Garde nationale.

Répartition des dossiers par années :

AF IV 1115. An VIII-an XIII.

AF IV 1116. An XII-1806.

AF IV 1117. 1806-1809.

AF IV 1118. 1810 et 1811.

AF IV 1119. 1812 et 1813.

AF IV 1120. 1813 et 1814.

AF IV 1121 à 1147. Conscription. An VIII-1814.

Répartition des dossiers par années :

AF IV 1121. Régime consulaire.

AF IV 1122. An XII-1806.

AF IV 1123. 1807 et 1808.

AF IV 1124. 1809-1811 (1 er trimestre).

AF IV 1125. 1811.

AF IV 1126 à 1146. 1811-1812.

AF IV 1147. 1813 et 1814.

AF IV 1148 A à 1152. Personnel des armées. États de services, notes et renseignements divers.

An VIII-1814.

Répartition des dossiers par années :

AF IV 1148 A. An VIII-an XII (officiers).

AF IV 1148 B. An XII-1809 (officiers).

AF IV 1149. 1810 et 1811.

AF IV 1150. 1812.

AF IV 1151. 1813.

AF IV 1152. 1813 et 1814 (avec des documents se rapportant aux gardes d'honneur).

AF IV 1154 à 1158. Gendarmerie. Police militaire. Prisonniers de guerre. Déserteurs.

An VIII-1814.

Répartition des dossiers par années :

AF IV 1154, dossier 1. Gendarmerie. An VIII-an XII.

AF IV 1154, dossier 2. Police militaire. Jugements rendus par des commissions militaires (an VIII-an XII).

AF IV 1155, dossiers 1 à 3. Gendarmerie. An XII-an XIV.

AF IV 1155, dossier 4. Police militaire, prisonniers de guerre, déserteurs. An XII-an XIV.

AF IV 1155, dossier 5. Gendarmerie d'élite. An XII-an XIV.

AF IV 1156, dossiers 1 et 2, 5 à 7. Gendarmerie et gendarmerie d'élite. 1806-1808.

AF IV 1156, dossiers 3 et 8. Gouvernement de Paris. 1806-1808.

AF IV 1156, dossiers 4, 6 et 9. Prisonniers de guerre et déserteurs. 1806-1808.

AF IV 1157 et 1158. Gendarmerie, prisonniers de guerre, déserteurs. 1809-1814.

AF IV 1159 et 1160. Solde, indemnités, comptabilité de la guerre. An VIII-1814.

AF IV 1161 à 1165. Artillerie. Personnel et matériel. Approvisionnements. An VIII-1814.

AF IV 1166 à 1169. Génie. An VIII-1814.

A signaler notamment :

AF IV 1166, dossier 1. Places de la frontière du Nord, des bords du Rhin, d'Allemagne et de Pologne. Places de Stralsund, Magdebourg, Wesel, Mayence, Cassel et fort de Kehl.

An XII-1809.

AF IV 1166, dossier 2. Places des côtes de l'Océan. Plans divers en particulier de Cadzand, de Brest, du Havre et du canal de jonction de la Meuse au Rhin. An XI-1810.

AF IV 1167. Travaux et service du corps du génie. An VIII-1810.

AF IV 1168. Idem. Carte de Halfweg-Haarlem et croquis du fort Lassalle au Helder. 1811-1812.

AF IV 1169, dossiers 1 et 2. Travaux et service du corps du génie. Plan de Minden. Croquis des environs de Wesel. 1813-1814.

AF IV 1169, dossier 3. Extraits des délibérations du comité de défense. 1813-1814.

AF IV 1170 à 1173. Garde consulaire et impériale. An VIII-1814.

AF IV 1170, dossier 4. Situation des différents corps de la Garde impériale. An XII-1808.

AF IV 1171. Service des différents corps de la Garde impériale. 1809-1811.

AF IV 1172. Idem. 1811, 1812 et 1814.

AF IV 1173. Idem. 1813.

AF IV 1174 à 1186. Rapports du ministre de l'Administration de la Guerre.

Ces rapports doivent nécessairement être consultés pour toute recherche sur une campagne déterminée et répondent, en quelque sorte, aux dépêches des chefs de corps traitant des besoins de leurs troupes. L'inventaire manuscrit de Michèle Tilloy permet de signaler les dossiers suivants :

AF IV 1174 à 1176. Approvisionnements. An VIII-1814.

A signaler notamment : AF IV 1174, dossier 2 : armée des Côtes, camp de Boulogne (an VIII-an XII) ; dossier 4 : divisions de l'Intérieur, camp de Boulogne, places du Rhin (1806) ; dossier 5 : Boulogne, places du Rhin (1807) ; dossier 6 : Bayonne, Gironde, Flessingue, Barcelone, Perpignan (1808) ; dossier 7 : Gand, Anvers, Mayence, armée d'Espagne (1809).

AF IV 1175, dossier 1 : armées d'Espagne, d'Allemagne, du Nord, campagne d'Autriche (1810) ; dossier 2 : armées d'Allemagne, d'Espagne, places de l'Oder et de la Vistule (1811) ; dossier 3 : places de l'Oder et de la Vistule, Varsovie, Koenigsberg, Magdebourg, Dresde, Francfort, Mayence, Munster, armées d'Espagne et de Portugal, corps d'observation de l'Elbe (1812).

AF IV 1176, dossier 1 : places de la Vistule et de l'Oder, Hambourg, Magdebourg, Mayence, Erfurt, Wesel, Francfort, Cassel, places de Hollande et de Belgique, Strasbourg, Selestat, Kehl, armées d'Espagne, Grande Armée (1813) ; dossier 2 : Torgau, Erfurt, places du Nord et de l'Est, Genève, forts du Dauphiné, Lyon et Dijon, Bayonne, départements du Léman et du Mont-Blanc (1814).

AF IV 1177 à 1179. Habillement et équipement. An VIII-1814.

AF IV 1178, dossier 1 : armée d'Espagne, corps d'observation de l'Océan, garnison de Pampelune, magasin de Bordeaux, corps d'infanterie formé à Bayonne (1808) ; dossier 2 : armées d'Espagne, magasins de la Grande Armée, magasins de Bayonne (1809) ; dossier 3 : armées d'Espagne et de Portugal, magasin de Bayonne, armée du Nord, magasins de l'armée d'Allemagne (1810) ; dossier 4 ; magasins de Bordeaux et de Bayonne pour l'armée de Portugal, magasins de l'armée d'Espagne, situation de l'armée d'Espagne, armée d'Allemagne, magasins et dépôts de Wesel et Strasbourg, équipement du régiment polonais de Dantzig (1811).

AF IV 1179, dossier 1 : envois d'habillement à la Grande Armée (1812) ; dossier 2 : situation des régiments d'Espagne rentrant en France, harnachements pour les dépôts de la Grande Armée et de l'armée d'Espagne, effets envoyés à l'armée du Midi en Espagne, état du harnachement pour la France et l'Allemagne, équipement des chevaux pour l'Allemagne et l'Intérieur, approvisionnement de Mayence, habillement de la Grande Armée, situation de la cavalerie de Magdebourg, entretien des armées d'Espagne (1813) ; dossier 3 : concerne notamment la fabrication du bois à Paris, l'équipement des gardes nationales, les magasins de Paris, les expéditions et convois (1814).

AF IV 1180 à 1182. Fourrages et remontes. An VIII-1814.

AF IV 1180. Les dossiers contenus dans cet article traitant de façon beaucoup trop générale la question de l'entretien de la cavalerie, nous nous bornerons à les citer dans l'ordre chronologique : dossier 1 : an VIII ; dossier 2 : an VIII-an XI ; dossier 3 : an XIII-1808.

AF IV 1181. Ces dossiers concernent toutes les divisions militaires, mais aussi les armées d'Espagne et d'Allemagne (dossier 1, 1809) ; Dantzig, la Westphalie et les armées d'Espagne, (dossier 2, 1810) ; les armées d'Espagne, de Portugal, d'Allemagne, le corps d'observation de l'Elbe, Hambourg, Brême et Lübeck (dossier 3, 1811) ; la Grande Armée et l'armée d'Espagne (dossier 4, 1812).

AF IV 1182. 1813-1814. Dossier 1 : rapports du ministre de l'Administration de la guerre et du général Bourcier, concernant notamment la Grande Armée, les armées d'Espagne, les corps d'observation de l'Elbe et du Rhin, des dépôts de Pologne et d'Allemagne, la 32e division militaire. 1813.

Dossier 2 : remontes. 1814.

AF IV 1183. Étapes, convois, transports et équipages militaires.

Dossier 6 : concerne notamment les équipages de l'armée d'Espagne. 1809.

Dossier 7 : équipages des armées d'Espagne. 1810.

Dossier 8 : concerne notamment les équipages et transports des armées d'Espagne, de Portugal, d'Allemagne, des corps d'observation de l'Elbe et du Rhin, le parc de Dantzig, la Grande Armée. 1811.

Dossier 9 : concerne notamment les équipages et transports des armées d'Espagne, de la Grande Armée, du corps d'observation de l'Elbe, des régiments de la Vistule, des parcs de Dantzig, Anvers, Berlin, Nuremberg. 1812.

Dossier 10 : concerne notamment les équipages et transports de la Grande Armée, des armées d'Espagne, des corps d'armée d'Allemagne. 1813.

Dossier 11 : mesures générales. 1814.

AF IV 1184 et 1185. Les dossiers contenus dans ces articles sont relatifs à des objets différents. Les rapports, classés par années, concernent l'ensemble des corps et unités militaires. Ils seront donc cités dans l'ordre chronologique.

AF IV 1184, dossier 1 : états de situation dressés par quinzaines des bataillons du train des équipages militaires (officiers, sous-officiers, emplacements, effectifs présents et absents, effectifs par bataillons). 1808-1811.

AF IV 1184, dossier 2 : casernement, lits militaires, chauffage, éclairage. An VIII-1814.

AF IV 1184, dossier 3 : hôpitaux militaires et service de santé. An VIII-1814.

AF IV 1185, dossier 1 : intendants, commissaires ordonnateurs et commissaires des guerres (pièces concernant notamment Denniée, Lambert, Villemanzy, Grobert, Marchant, Mathieu-Faviers). An VIII-1814.

AF IV 1185, dossier 2 : fonds et comptabilité. An VIII-1814.

AF IV 1186. Correspondance et pièces diverses. An VIII-1814.

Il est impossible de citer des dossiers de cet article à cause de l'extrême diversité des affaires traitées, dont certaines doivent retenir l'attention.

AF IV 1187 à 1219. Rapports du ministre de la Marine.

Les références à relever dans ce fonds sont si nombreuses qu'il est impossible de les citer. Un dépouillement minutieux est indispensable car les dossiers, sauf exception, ne sont pas formés de pièces concernant une affaire déterminée, mais renferment des rapports ou des états se succédant chronologiquement. L'inventaire manuscrit d'Alexandre Labat doit être consulté pour des références plus détaillées.

Suivant les années, la correspondance générale (AF IV 1187 à 1194) se répartit ainsi :

AF IV 1187, dossier 2. An VIII.

AF IV 1188. An IX.

AF IV 1189, dossiers 1 et 2. An IX-an X.

AF IV 1191, dossiers 1, 2 et 3. An XII-an XIV.

AF IV 1192, dossiers 1 à 5. 1806-1810.

AF IV 1193, dossiers 1 et 2. 1811-1812.

AF IV 1194, dossiers 1 et 3. 1813-1814.

Dans les parties suivantes, des dossiers relatifs à des affaires déterminées apparaissent, parmi lesquels il faut mentionner : AF IV 1195, dossier 5. Correspondance de l'amiral Bruix concernant la flotte de Boulogne. An XI-an XIII.

AF IV 1198, dossier 2. Expédition de Walcheren. 1809.

AF IV 1201, Flottille nationale (puis impériale) et flottille batave. An XI-1804.

AF IV 1202, p. 276-294. Correspondance de l'amiral Bruix, commandant la flottille nationale. An XI-an XII.

AF IV 1203, dossiers 1 et 2. Flottille de Boulogne et flottille batave.

AF IV 1205. Dossier 1 : ports et côtes de la Manche. Dossier 2 : ports et côtes du Pas-de-Calais. Dossier 3 : mission du général Bertrand sur les côtes de la Manche et du Pas-de-Calais, 1808. Dossier 4 : ports et côtes de la Flandre, an X-1808.

Parmi les cartes, nous signalerons :

AF IV 1218. Dossier 2 : côtes de Boulogne et du Pas-de-Calais. An XI-1806. Dossier 6 : carte de l'Europe (1809) et carte représentant " le théâtre de la guerre... comprenant la Prusse, le grand-duché de Varsovie, l'Autriche, la Turquie et la Russie d'Europe... " (1812).

AF IV 1287 à 1589. Rapports, projets, mémoires et pièces diverses des différents ministères.

Ce fonds est à la fois d'une grande variété et d'une extrême richesse. Sa consultation permet de compléter les dossiers de la Guerre car la documentation touche ici à la politique générale. L'inventaire de cet ensemble, auquel ont travaillé Geneviève Le Moël-Malavialle, Monique Sarotte-Pouliquen et Ségolène de Dainville-Barbiche est repris par cette dernière en vue de la publication.

L'objet des seuls dossiers intéressants est mentionné à la suite des références.

AF IV 1292 à 1294. Rapports du ministre des Manufactures et du Commerce et du ministre des Finances : contributions du Hanovre et de la province de Bayreuth, 1810 ; blocus à la frontière du Danemark et à Hambourg, 1807 ; biens nationaux en Espagne, 1812.

AF IV 1296. Rapports du ministre du Trésor : prêts et avances faits à l'Espagne, 1810 ; fonds accordés à la Grande Armée, 1812 ; finances des armées d'Aragon et de Valence, 1812 ; fonds à fournir à la Grande Armée, 1813 ; fonds déposés à Dantzig, 1813 ; caisse centrale indépendante du Trésor créée dans la 32e division militaire par le maréchal Davout, 1813.

AF IV 1297 et 1298. Rapports du ministre de la Guerre : tableau des places de guerre de l'Empire, 1810 ; renseignements sur l'intendant de Barcelone Alphonse de Luppé et l'organisation administrative de la Catalogne, 1811 ; nouvelles de l'Andalousie, 1812 ; affaire du général Lechi, 1812.

AF IV 1299 et 1300 A. Rapports du ministre de l'Administration de la guerre : hôpitaux français dans les états de Bavière, de Wurzbourg et la province de Bayreuth, 1810 ; vivres de campagne pour les troupes stationnées dans l'île de Walcheren, 1810 ; difficultés avec le gouvernement autrichien sur l'application d'un article du traité de paix relatif à la nourriture des troupes françaises, 1810 ; cargaisons saisies sur des vaisseaux danois dans le port de Koenigsberg et réclamation du roi de Danemark, 1810 ; achats de grains pour Barcelone, 1812 ; remonte la Grande Armée, 1812 ; administration des armées d'Espagne, 1812-1813 ; approvisionnement des places du nord de l'Espagne et des places du nord et de l'est de l'Empire, 1813.

AF IV 1300 B. Rapports du ministre de la Guerre et du Bureau militaire, pièces diverses concernant le personnel des armées. An VIII-an IX.

AF IV 1304. Conseil d'État, affaires diverses : exécution du blocus à Hambourg, 1808.

AF IV 1306, dossier 2. Minutes de lettres de l'Empereur au major général et au ministre de l'Administration de la guerre concernant la préparation de la campagne de Russie, et dépêches télégraphiques concernant le même objet, 1812.

AF IV 1306, dossier 3. Minutes de lettres, notes, projets de décrets dictés par l'Empereur à Daru concernant notamment le budget de la Grande Armée, la préparation de la campagne de Russie, l'Espagne, 1811-1812.

AF IV 1310, dossier 1. Pièces diverses relatives notamment à la réunion à l'Empire des villes hanséatiques, 1810.

AF IV 1318. Pièces diverses concernant le commerce, en particulier les séquestres de cargaisons, les saisies de marchandises, l'exportation de grains, les Douanes en Allemagne du nord (notamment à Lübeck, dans l'Oldenbourg et à Dantzig) et en Hollande, 1810-1812.

AF IV 1321. Rapports du ministre du Trésor : caisse de la Grande Armée, contributions levées en Allemagne, dépenses de l'armée d'Espagne, administration de l'armée d'Allemagne, 1809.

AF IV 1322 à 1324. Rapports du ministre de la Guerre.

Les pièces diverses jointes à ces rapports doivent être consultées pour tout ce qui est relatif aux pensions, nominations et gratifications ; aux prisonniers ; à la situation de la Grande Armée ; aux places de guerre et aux fortifications. Il faut signaler cependant : AF IV 1323. P. 144-151 : états des militaires de l'armée d'Espagne qui se sont distingués aux batailles d'Ocaña et de Vich, 1810. P. 195-339 : concussions et abus en Espagne (affaire du général Kellermann et de l'adjudant-commandant Berthélémy, affaire du général Avril), 1812.

AF IV 1324. P. 12-26 : récompenses pour l'armée d'Aragon, 1811. P. 149-160 : levées de conscrits dans le Midi de la France pour l'Espagne, 1813. P. 165-230 : lettres de Maret au major général, à Murat, aux maréchaux Victor et Gouvion-Saint-Cyr pendant la campagne d'Allemagne, 19 août-13 octobre 1813.

AF IV 1326 A, dossier 1. Administration de la guerre : entretien de casernes des places de guerre, 1808 ; habillement de l'armée d'Allemagne, 1809 ; administration militaire dans l'île de Walcheren, 1811 ; habillement des troupes en 1810 et 1811 ; blés réquisitionnés en Espagne, 1812 ; approvisionnement des places (Magdebourg, Erfurt, Barcelone, Santoña), 1812-1813 ; subsistances de l'armée d'Espagne, 1813.

AF IV 1336. Frais de mission des auditeurs au Conseil d'État : itinéraires de plusieurs routes d'Allemagne, de Prusse et de Russie, 1813 ; paiement des frais de route pour les missions de 1809 et les campagnes de 1812, 1813 et 1814.

AF IV 1348, dossier 4. Renseignements sur le commerce des divers pays d'Europe fournis par les consuls de France établis notamment à Altona, Brême, Copenhague, Dantzig, Darmstadt, Dresde, Elbing, Francfort, Gothenbourg, Hambourg, Koenigsberg, Leipzig, Lübeck, Memel, Riga, Saint-Petersbourg, Stettin, Stockholm, Stralsund, Varsovie. 1811.

AF IV 1349, dossiers 1 et 2. Navigation commerciale dans les ports de l'Empire. 1810-1811.

AF IV 1368 à 1380. Rapports du ministre de la Guerre et pièces diverses : mouvements des ports (saisies en Allemagne et en Hollande, commission de Francfort, ports d'Allemagne, de Hollande et d'Espagne, relations commerciales de la Hollande et de l'Allemagne avec l'Angleterre, douanes, commerce en Poméranie prussienne), 1810-1811 ; situation des armées d'Angleterre, de l'Ouest et de Batavie, an VIII-an XII ; inspections aux armées, an X-an XIII ; effectifs et réorganisation des différents corps, an VIII-anXII ; conscription, an XIV-1808 ; déserteurs et réfractaires, 1807-1813 ; brevets d'officiers et pensions, an VIII-1807 ; artillerie (effectifs et armements) ; an IX-1811 ; soldes et dépenses diverses, an XIII-1813.

AF IV 1383. Rapports du ministre de l'Administration de la guerre et états de situation relatifs aux approvisionnements de siège des places des différentes divisions militaires. 1813-1814.

AF IV 1387 A. Budgets du ministère de l'Administration de la guerre : projets de budgets particuliers pour l'armée d'Allemagne et l'armée d'Espagne, 1809.

AF IV 1469. Extraits de journaux non datés et de lettres relatives aux événements militaires en Espagne et au Portugal.

AF IV 1490 à 1534. Bulletins de police. An XII-1814.

Cette collection a été utilisée par E. d'Hauterive pour sa publication La police secrète du Premier Empire..., qui ne va pas au-delà de 1810.

AF IV 1565 à 1588. Traduction de journaux étrangers, surtout anglais. 1810-1814.

AF IV 1671 à 1706 F . Relations extérieures.

Les correspondances diplomatiques, généralement accompagnées de pièces diverses (mémoires, notes, journaux, correspondances interceptées), complètent de façon évidente les dossiers relatifs aux campagnes militaires. Pour un pays déterminé, les pièces sont classées dans l'ordre chronologique, elles sont rarement groupées en dossiers pour une affaire précise.

AF IV 1675 à 1677. Autriche.

AF IV 1675. Plaq. 3, correspondance du général Andréossy, ambassadeur de France à Vienne, 1806-1810. Plaq. 4 I, correspondance du prince Eugène sur les affaires d'Autriche, notamment pour 1809. Plaq. 5 I et 5 II, négociations de Vienne et d'Altenbourg, paix de Vienne, 1809. Plaq. 6 I et 6 II, négociations concernant le mariage de l'archiduchesse Marie-Louise et de l'Empereur, 1810. Plaq. 7 I à 7 III : correspondance diplomatique des années 1809 à 1812, concernant notamment l'exécution du traité de Vienne, le problème des Français au service de l'Autriche, le traité d'alliance de 1812.

AF IV 1676. Correspondance diplomatique des années 1808 à 1814, concernant principalement les préparatifs militaires de l'Autriche en 1809, la campagne et les négociations qui suivirent ; les pourparlers de 1813, la campagne d'Allemagne et les négociations de Châtillon.

AF IV 1677. Mémoires et documents divers sur la situation de l'Autriche en 1809 et 1810 ; correspondance diplomatique, lettres, notes, adresses, discours, gazettes, 1809-1813 ; lettres interceptées pendant la campagne de 1809.

AF IV 1678. Danemark.

Lettres interceptées par le bureau de revision de Hambourg et correspondance diplomatique relative au blocus et à la campagne de Russie, 1810-1813.

AF IV 1680. Espagne.

Dossiers 1 à 6. Bourbons d'Espagne restés en France, 1810-1814.

Dossiers 8, 9 et 10. L'Espagne de 1807 à 1814. Notes d'Izquierdo, rapports de Philippe de Tournon, du général Mouton, de François de Beauharnais, du général Monthion ; de Molin, consul à Barcelone ; de Gossuin, intendant des provinces de Toro et Zamora ; extraits de la correspondance de La Forest ; notes de Talleyrand et Champagny ; journaux ; dossier relatif aux laines séquestrées.

AF IV 1682 et 1683. Hollande.

Correspondance du gouvernement de la Batavie, mémoires, notes, traités, an VIII-1806.

Correspondance du roi Louis, 1806-1810.

AF IV 1687. Pologne.

Quelques documents sont à retenir dans le dossier 1 pour la période 1810-1813.

AF IV 1689. Portugal.

Dossier 2. Documents intéressant l'époque consulaire. Lettre du prince-régent et du général Lannes, ambassadeur de France. An X-an XII.

C'est principalement à partir de 1810, au moment de l'occupation du nord de l'Allemagne que la documentation concernant la Prusse et la Russie doit retenir l'attention. Il convient donc de signaler :

AF IV 1690. Prusse.

Dossiers 2 à 4. Extraits de journaux, lettres interceptées, correspondances diplomatiques, notamment extraits des dépêches de Saint-Marsan, rapports de Narbonne sur sa mission en Allemagne, notes de Champagny, 1810-1814.

AF IV 1696 à 1699. Russie.

AF IV 1696, dossier 6. Notes sur l'armée russe, extraits de journaux, nouvelles de la guerre russo-turque, correspondances, 1810-1814.

AF IV 1698, dossier 1. Lettres du tsar à Caulaincourt (copies), 1809.

AF IV 1698, dossiers 2 et 3. Correspondance de Caulaincourt et rapports de ce dernier à l'Empereur, 1809.

AF IV 1699, dossiers 1 à 8. Pièces diverses, dépêches de Caulaincourt, billets de Champagny, 1810-1812.

À signaler : dépêches de l'ambassadeur de Russie à Madrid et documents interceptés provenant d'agents de la Russie en Espagne.

AF IV 1700. Suède.

Dossier 2. Correspondances et pièces diverses, 1808-1813.

AF IV 1702 à 1706 B. Traités avec les diverses puissances.

AF IV 1703, dossiers 1, 4, 5 et 8. Traités et conventions avec la Suède (1810), la Saxe et le grand-duché de Varsovie (1808 à 1813), la Westphalie et le grand-duché de Wurzbourg (1810 et 1813), le Danemark (de 1807 à 1813), l'Espagne (1807 et 1808), la Hollande (jusqu'en 1810).

AF IV 1705, dossier 3. Traités et conventions avec la Prusse, notamment à partir de 1810.

AF IV 1706 A, dossiers 1 et 3. Traités avec la Russie (1810) et la Suède (1810 et 1811).

AF IV 1706 B, dossier 3. Confédération du Rhin. Pièces diverses, 1807-1814.

AF IV 1706 C. Commission de gouvernement établie à Hambourg. Procès-verbaux des séances, arrêtés et comptes-rendus du maréchal Davout, 1811.

AF IV 1706 D. Hambourg.

Dossier 1. Rapport du bureau des opérations militaires sur les mouvements des navires dans le port de Hambourg, les saisies de denrées coloniales et les destructions de marchandises anglaises, 1810-1811.

Dossier 2. Procès-verbaux du conseil spécial statuant sur la saisie de marchandises prohibées, 1810-1811.

AF IV 1707 à 1718. États dépendants.

AF IV 1714 D. Papiers du roi Joseph.

Dossier 1, p. 1 à 4. Registres des copies de lettres du roi Joseph à l'Empereur, novembre 1807-mars 1812.

Dossiers 2 et 3. Brochures, imprimés et journaux espagnols, 1810-1813.

AF IV 1719 à 1832. Hollande

Les archives du cabinet du roi Louis de Hollande constituent une source importante pour compléter la documentation des dossiers de la Guerre, notamment en ce qui concerne les affaires de l'Escaut, la politique du blocus continental et la campagne d'Espagne.

Nous renvoyons, pour le détail des références, à l'inventaire publié par Ségolène de Dainville-Barbiche, Archives du cabinet de Louis Bonaparte roi de Hollande (1806-1810)..., Paris, Archives nationales, 1984.

AF IV 1833 à 1886 B . Grand-duché de Berg.

Le fonds du grand-duché de Berg est intéressant à consulter car il s'y trouve des dossiers concernant la politique du blocus continental qui eut, dans cette région industrielle et commerciale de l'Allemagne des conséquences graves ; les campagnes d'Espagne et de Russie auxquelles participèrent des unités du grand-duché ; la police politique et l'état de l'opinion en Allemagne dont la manifestation principale fut le soulèvement de février 1813 que dut réprimer le général Le Marois.

Les documents désignés par les cotes ci-dessus, avec ceux classés sous les cotes AF IV 1225 et 1226, 1413 B à 1413 K et AF IV* 444 à 478 ont fait l'objet d'un inventaire, actuellement sous presse, par Jeannine Charon-Bordas.

AF IV* Registres.

AF IV* 180 à 187. Guerre : conseil d'administration (an VIII-1814) ; approvisionnements, solde et pensions (1808) ; artillerie (1808) ; remontes, étapes, transports, casernement, harnachement, fourrages (1808) ; génie (1808) ; habillement, équipement, magasins (1808) ; garde impériale (1808).

AF IV* 189 et 190. Procès-verbaux du conseil de liquidation, an X-1808.

AF IV* 283 à 297. Administration de la guerre : habillement, équipement, subsistances, fourrages, remontes. An VIII-1813.

AF IV* 358 à 365. Copies d'actes impériaux. Guerre. An XII-1810.

AF IV* 435. Grande Armée. Rapport sur l'administration. 1806-1808.

L'importante série des livrets des armées (AF IV* 528 à 1708) contient les états de situation des troupes. Sa consultation est donc indispensable pour l'étude d'une campagne déterminée. Les livrets suivants sont notamment à signaler :

AF IV* 529. Armée de l'Ouest. An VIII-an IX.

AF IV* 536. Corps d'observation de la Gironde. An X.

AF IV* 551 à 571. Armée générale. 1806-1811.

AF IV* 575 à 585. Armée générale. 1807-1811.

AF IV* 586 à 670. Levées extraordinaires. 1812-1814.

AF IV* 671. Armée polonaise. 1812

AF IV* 672. Armée générale. 1812-1813.

AF IV* 674 à 887 et 996 à 1050. Divisions militaires de l'Intérieur, en deçà et au-delà des Alpes. An VIII-1814.

AF IV* 888 à 995. Situation de l'artillerie et du génie. An VIII-1814.

AF IV* 1051 à 1158. Armée générale. Situation et emplacements des forces. An VII-1815.

AF IV* 1161 à 1173. Camps de Bruges, d'Utrecht, de Nimègue, de Brest. An VIII-an XIII.

AF IV* 1176 à 1199. Camps de Montreuil, de Saint-Omer. Camps et armées des côtes.

An XII-an XIII.

AF IV* 1211 à 1218. Armée de Batavie. An VIII-1806.

AF IV* 1219 à 1220. Armée de Hollande. 1806-1807.

AF IV* 1222 à 1224. Armées d'Anvers, de Brabant, corps de la Hollande. 1809-1810.

AF IV* 1229 et 1230. Armée du Nord. 1809-1810.

AF IV* 1256 à 1272. Grande Armée. 1808.

AF IV* 1288 à 1316. Armée d'Allemagne. 1809-1811.

AF IV* 1317 à 1348. Grande Armée. 1812-1814.

AF IV* 1350 à 1352. Corps d'observation de l'Elbe. 1811.

AF IV* 1456. Armées portugaise et de Portugal. 1807-1808.

AF IV* 1458 et 1459. Corps de la Gironde et des côtes de l'Océan. 1807-1808.

AF IV* 1460 à 1580. Armées d'Espagne et de Portugal. 1805-1814.

AF IV* 1685 et 1686. Flottille de Boulogne. An XII-an XIII.

AF IV* 1693 à 1704. Gendarmerie. 1808-1810.

AF IV* 1705. Garde impériale. 1811-1813.

Série BB. Ministère de la Justice

BB 3 . Affaires criminelles.

BB 3 187. Correspondance des procureurs généraux près les cours prévôtales des douanes avec le Grand Juge. Cour de Hambourg. Situation politique en Allemagne. Lutte contre la contrebande et la fraude. 1811-1813.

BB 30 . Versements de 1904, 1905, 1908, 1929, 1933, 1936, 1941, 1943-1944, 1956, 1959, 1961.

BB 30 97 à 101 3. Affaire des généraux Dupont, Vedel, Marescot (capitulation de Baylen).

Pièces transmises au conseil d'enquête institué par l'Empereur en février 1812. Pièces provenant de la Haute Cour impériale. Emprisonnement des accusés à l'Abbaye et à la prison militaire de Montaigu. Pièces saisies chez le général Marescot et chez le général Dupont. Procédure suivie devant la Haute Cour impériale, 1809-1812. Pièces relatives à la capitulation de Baylen extraites en 1814 des archives de la Secrétairerie d'État. Requêtes demandant la révision du procès, 1820-1825. Projet d'ordonnance royale du 5 février 1844 pour la réhabilitation du général Dupont.

BB 30 182, 2. Villes hanséatiques. Administration. Mission du conseiller d'État Faure. Cour impériale de Hambourg et 32 e division militaire. 1811-1813.

Série LH. Grande Chancellerie de la Légion d'honneur

Versé par la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, ce fonds, constitué par les dossiers des légionnaires, peut être consulté pour avoir des renseignements sur tel militaire ou tel fonctionnaire décoré, grâce aux pièces d'état civil et aux états des services contenus dans les dossiers. Il faut préciser, toutefois, qu'ont été éliminés du fonds, de manière générale, les dossiers des individus décédés au cours de l'époque impériale ainsi que les dossiers des légionnaires ayant refusé de prêter serment au régime restauré des Bourbons.

ARCHIVES PRIVÉES

Série AP. Archives personnelles et familiales

De nombreux fonds d'origine privée concernent l'époque impériale. D'importance fort inégale, les uns ne contiennent que des correspondances plus ou moins abondantes sur telle ou telle campagne, les autres possèdent au contraire une documentation très riche sur les hautes fonctions exercées par tel ou tel personnage.

Les fonds jugés dignes de retenir l'attention ont été simplement signalés. Pour une connaissance plus approfondie de leur contenu, nous renvoyons à l' État général des fonds..., t. IV, Fonds divers, Paris, Archives nationales, 1980, p. 145 à 211, et à l'État des inventaires..., t. IV, Fonds divers, Paris, Archives nationales, 1986, p. 113 à 166. Dans ce dernier ouvrage sont mentionnés parmi les inventaires publiés ceux concernant notamment les archives Murat, Ney, Daru, Joseph Bonaparte, Napoléon.

28 AP. Papiers Drouet d'Erlon.

29 AP. Papiers Roederer.

31 AP. Papiers Murat.

32 AP. Papiers Bessières.

36 AP. Papiers Ségur.

95 AP. Papiers Caulaincourt, notamment d'Armand-Augustin-Louis, duc de Vicence (1773-1827) et d'Auguste-Jean-Gabriel (1777-1812).

122 AP. Papiers Paillard.

123 AP. Papiers Ledru des Essarts.

124 AP. Papiers Eymard.

128 AP. Papiers Caffarelli, notamment du général Auguste de Caffarelli (1766-1849).

133 AP. Papiers Davout.

136 AP. Papiers Bignon.

137 AP. Archives Ney.

138 AP. Archives Daru.

139 AP. Papiers Rampon.

141 AP. Papiers Beaumont-Brivazac.

156 AP. Archives Mackau, Watier de Saint-Alphonse et Maison.

169 AP. Papiers Andréossy.

173 AP. Papiers Berthier.

176 AP. Papiers Bonaparte.

181 AP. Papiers Champagny.

182 AP. Papiers Clarke.

183 AP. Papiers Coquebert de Montbret.

191 AP. Papiers Héricourt.

194 AP. Papiers Jourdan.

200 AP. Papiers Lambert.

206 AP. Papiers Oudinot.

251 AP. Papiers Beauharnais.

275 AP. Papiers Marchand.

293 AP. Papiers Michaud.

308 AP. Papiers Boyer.

311 AP. (304 Mi). Archives Masséna.

314 AP. Archives Gourgaud.

340 AP. Papiers Poniatowski (le dossier 2 concerne le maréchal de France).

381 AP. Archives Joseph Bonaparte.

384 AP. Archives Suchet d'Albufera.

400 AP. Archives Napoléon.

402 AP. Papiers Mornay et Soult (lettres du maréchal et pièces diverses concernant l'Espagne de 1800 à 1814).

Série AB XIX. Documents isolés et papiers d'érudits

Certains de ces documents concernent les campagnes militaires de l'époque impériale.

AB XIX 320. Papiers Pagart d'Hermansart.

Domaine extraordinaire en Espagne, séquestres et confiscations de biens.

AB XIX 1751. Collection Émile Brouwet.

Lettres autographes de l'époque napoléonienne. Quelques lettres concernent l'Espagne, l'Autriche, l'Allemagne, la Prusse.

AB XIX 2960. Papiers Nouguier.

Notes d'érudition concernant le Premier Empire. Celles relatives à la guerre d'Espagne résultent du dépouillement des cartons C 21 et suivants des archives du Service historique de l'Armée de Terre.

AB XIX 3373. Collection Dujardin.

Les articles 3373, 14 et 15 concernant la guerre d'Espagne et la campagne de France.

CARTES ET PLANS

Grâce aux inventaires imprimés répertoriés dans l' État des inventaires, t. IV, Fonds divers, Paris, Archives nationales, 1986, p. 200 à 216, la recherche des documents ayant un rapport avec des campagnes du Premier Empire se trouve simplifiée. Parmi ceux-ci il faut citer notamment :

N III Allemagne 13. Plan de Passau et de ses fortifications, 1809.

N III Prusse 5. Levé des environs de Stettin. 1810.

NN 65/8, 9. Carte des circonscriptions des différentes armées en France (Premier Empire).

NN 147/4. "Théâtre géographique des guerres du continent...". 1812.

NN 147/5. "Théâtre de la guerre..." ou carte représentant la Prusse, le grand-duché de Varsovie, l'Autriche, la Turquie, la Russie d'Europe. 1812.

NN 148/41. Carte générale d'Allemagne. 1813.

NN 163/22 b. Plan du blocus de Thorn. Janvier-avril 1814.

Signalons que le service des Cartes et Plans conserve l'ensemble des atlas, plans, cartes et documents figurés faisant partie du fonds Suchet (384 AP 253 à 287), se rapportant notamment aux campagnes d'Espagne, de Russie, d'Allemagne et de France.

FONDS DE LA MARINE

Les références qui suivent ont été groupées en tenant compte de trois théâtres d'opérations particulièrement importants : Boulogne, la péninsule ibérique et les côtes allemandes de la Baltique. De nombreuses indications complémentaires pourront être relevées dans ces fonds, et dans d'autres, comme BB 2, Correspondance au départ, qui n'ont pas été retenus ici. Nous renvoyons au t. III de l' État général des fonds... Marine et Outre-mer, Paris, Archives nationales, 1980, p. 89-255.

Série Marine BB. Service général

BB 3 . Lettres reçues.

BB 3 256 et 257, 275 et 276, 292 et 293, 316, 335 et 336. Flotille impériale de Boulogne. 1806-1810.

BB 3 286 et 304. Marine à Lisbonne. 1807-1808.

BB 3 352, 372 et 388. Marine à Hambourg et Dantzig. 1811-1813.

BB 4 . Campagnes.

BB 4 153, 167 à 178, 188 à 204, 210 à 222, 241, 254, 262, 276, 295, 309 à 311, 338. Flotille nationale puis impériale (Boulogne). An IX-1812.

BB 4 269. Station de Barcelone. 1808.

BB 4 270. Escadre de Cadix. 1808.

BB 4 303. Flotille du siège de Cadix. 1810.

BB 4 322. Flotilles du Guadalquivir, du Tage et de Cadix. 1811.

BB 4 280. Marine à Hambourg. 1809.

BB 4 316. Flotille de l'Ems. 1811.

BB 4 340. Marine à Dantzig, Hambourg, station de l'Ems. 1812.

BB 4 362 et 376. Marine à Hambourg. 1813-1814.

BB 5 . Armements.

BB 5 225 et 226. Correspondance reçue par le contre-amiral Lhermite, commandant la marine à Hambourg. 1812.

Série Marine FF. Invalides et prises

FF 3. Jugements de prises.

FF 3 33 et 34. Prises conduites dans les ports d'Espagne par des bâtiments français. 1810-1812.

FF 3 43 et 43 bis. Prises conduites dans les ports d'Espagne par des bâtiments français : liquidations et pièces justificatives fournies par le consul de France à Malaga. 1810-1813.

FONDS DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

A.E.B III . Consulats, mémoires et documents

A.E. B III 416. Suède. Adhésion au blocus continental. 1810.

A.E. B III 426. Allemagne. Foires de Francfort et de Leipzig. 1807-1812.

A.E. B III 428 et 429. Allemagne. Brême. Certificats d'origine déposés par des négociants. 1810.

A.E. B III 430. Allemagne. Lübeck. Certificats d'origine déposés par des négociants. 1810-1811.

Correspondance des agents diplomatiques français à l'étranger.

A.E. B III 465. Francfort. 1801-1813.

A.E. B III 466. Darmstadt, 1802-1813 ; Dresde, 1802-1813 ; Hambourg, 1796-1810 ; Schwerin, 1811-1813 ; Wurzbourg, 1807-1813.

A.E. B III 467. Cassel. 1803-1814 (mémoire sur le système continental).

A.E. B III 468. Berlin, 1795-1813 ; Varsovie, 1808-1821.

A.E. B III 473. Madrid. 1808-1813.

Correspondance des agents diplomatiques étrangers en France.

A.E. B III 474. Russie. 1801-1812.

A.E. B III 477. Danemark, 1798-1814 ; Suède, 1795-1814.

A.E. B III 481. Francfort, 1812-1813 ; villes hanséatiques, 1804-1813 ; Mecklembourg-Schwerin 1809-1811 ; Westphalie, 1808-1814.

* Archives diplomatiques (ministère des Affaires étrangères)

La documentation contenue dans la Correspondance politique et les Mémoires et Documents ainsi que les renseignements tirés des dossiers du Personnel complètent l'histoire des campagnes militaires qui ne sont que des périodes de rupture dans la suite des relations diplomatiques.

Pour avoir une bonne connaissance des fonds à consulter, il est indispensable de se reporter à l'ouvrage fondamental publié en 1984 et 1985 par le ministère des Relations extérieures, Les Archives du ministère des Relations extérieures depuis les origines, histoire et guide, 2 vol. in-8°. Avec une description détaillée des fonds, le lecteur trouvera une liste des inventaires imprimés et manuscrits ainsi que des fichiers disponibles pour effectuer les recherches.

* Service historique de la Défense

L'instrument de recherche essentiel est l' Inventaire des archives conservées au service historique de l'état-major de l'armée (château de Vincennes) (Archives modernes), 2e éd. par Marc-André Fabre, Jean-Claude Devos, André Cambier et Louis Garros, s.l., 1954, in-4°, 366 p. L'importance matérielle des collections ne permet pas d'entrer dans le détail des références que contient l'ouvrage ci-dessus, auquel il conviendra de se reporter.

Les seules séries dont le contenu est le plus directement en rapport avec les campagnes concernées ont été mentionnées.

De la Révolution à la paix d'Amiens.

B 1 Subdivision Nord.

B 1 93 à 101. Correspondance des armées de Batavie et gallo-batave. 1799-1802.

B 5 et B 5 *. Subdivision Ouest (1792-1802). Correspondance, registres et situations.

41 à 63. Armée d'Angleterre. 1797-1799.

64 à 70. Armée de l'Ouest (2 e du nom). 1799-1802.

87* et 88*. Armée de l'Ouest. Correspondance du général Debelle. 1800.

103*. Armée d'Angleterre. Correspondance du général Caffarelli du Falga. 1798.

114* à 117*. Armée d'Angleterre. Correspondance du général Soult et du chef d'état-major général. 1798-1799.

135 à 137. Armée d'Angleterre. Situations. 1798-1799.

138 à 142. Armée de l'Ouest. Situations. 1799-1802.

B 13 1 à 159. Correspondance militaire générale. 1791-1814.

B 14 Camps des côtes de l'Océan. 1802-1805.

B 14 1* et 2*, 3 à 13. Camps de Saint-Omer, de Montreuil, de Boulogne.

Premier Empire.

C 2 et C 2*. Grande Armée et autres corps, 1803-1814. Correspondance, registres, situations et livrets.

88 à 100. Armée d'Allemagne. 1809.

101 à 106. Armées du Nord, de Brabant, camp de Boulogne, corps d'observation de Hollande. 1809.

107. Armées du Nord et de Brabant, camp de Boulogne. 1810.

108 à 110. Armées d'Allemagne, du Nord et de Brabant. 1810.

111 à 114. Armées d'Allemagne, de Belgique et de Hollande. 1811.

115 à 188. Grande Armée. Correspondance de Maret, campagne d'Allemagne, défense des places, campagne de France. 1812-1814.

189 et 190. Pièces relatives à la Grande Armée. Dossiers relatifs à diverses places. 1813-1814.

191* à 448*. Importante série relative aux opérations, instructions, rapports, missions, mémoires, situations, dont le détail est donné dans l'inventaire mentionné ci-dessus.

449* à 738*. Situations et livrets de situation. À signaler ce qui concerne l'armée d'Allemagne de 1809 à 1810 (C 2* 505 à 521) et la Grande Armée de 1812 à 1814 (C 2 * 522 à 557).

C 3 2 à 7. Correspondance du prince Eugène. 1805-1814.

C 7 1 à 5 et C 7 * 16 à 29. Armée de Portugal, 1806-1814. Correspondance, registres, situations.

C 8 et C 8 * 1 à 487. Armées d'Espagne, 1808-1814. Correspondance, registres, situations.

C 13 1 à 88. Situation des places à l'étranger. 1805-1813.

C 17 et C 17 * 1 à 286. Correspondance de l'Empereur, du major général et autres.

C 18 1 à 86. Justice militaire. 1797-1855.

Cette série contient de très nombreux dossiers concernant le Premier Empire.

C 19 1 à 123. Marchés relatifs aux subsistances.

Des dossiers particuliers concernant le Bureau des vivres, la Grande Armée, les armées d'Espagne et de Portugal, l'armée d'Allemagne, les places de l'Oder et Dantzig.

Enfin, parmi la série dite " Mélanges ", il faut signaler surtout la " Donation Davout " (K/I/1 à 100) qui contient notamment des correspondances, des registres, des mémoires et pièces diverses.

Bien d'autres références seraient à mentionner concernant l'histoire militaire et l'histoire des diverses unités, le personnel, les bataillons et régiments étrangers, les troupes maritimes, les troupes spéciales, les troupes alliées, le matériel, les bâtiments. La consultation de l'inventaire imprimé déjà cité fournira toutes les informations requises.

D'importantes références sont également à signaler dans le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Bibliothèques de la Guerre, Paris, 1911, in-8°, III-553 p. De nombreux manuscrits de la bibliothèque du ministère de la Guerre, de la bibliothèque du comité technique du Génie, de la bibliothèque et des archives de la section technique du Génie contiennent des relations de batailles et de sièges, des correspondances et des mémoires sur des campagnes, ainsi que des cartes et des plans.

Il faut mentionner en outre le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Archives de la Guerre, par Louis Tuetey, Paris, 1912-1920, 3 vol. in-8°, qui contient de nombreuses références à des ouvrages traitant de reconnaissances militaires, travaux topographiques et statistiques, projets d'opérations en France et dans les départements réunis, l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la Russie, la Pologne, l'Allemagne, l'Autriche et la Hongrie.

Bibliographie

ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

Il ne saurait être question de dresser une bibliographie même sommaire concernant les campagnes militaires dont le fonds de l'administration de la Guerre possède les dossiers.

Pour les sources imprimées et la bibliographie proprement dite, nous renvoyons aux ouvrages suivants :

GODECHOT (Jacques), L'Europe et l'Amérique à l'époque napoléonienne (1800-1815)..., Paris, 1967, in-8°, 367 p. (coll. Nouvelle Clio, n° 37).

TULARD (Jean), Bibliographie critique des mémoires sur le Consulat et l'Empire écrits ou traduits en français, Genève, Paris, 1971, in-8°, XIV-183 p. (Hautes études médiévales et modernes).

TULARD (Jean), Napoléon ou le mythe du sauveur, Paris, 1977, in-8°, 496 p.

VILLAT (Louis), La Révolution et l'Empire (1789-1815), II, Napoléon (1799-1815)..., Paris, 1947, in-8°, CVIII-358 p. (coll. Clio, n° 8).

En outre, la Revue de l'Institut Napoléon publie régulièrement une bibliographie napoléonienne.

Seuls ont été mentionnés, dans la liste qui suit, les ouvrages ou publications de textes que nous avons utilisés pour avoir des précisions sur des questions déterminées. Les ouvrages fondamentaux comme le Dictionnaire biographique de Six ou La Police secrète du Premier Empire d'E. d'Hauterive n'ont pas été cités.

AYMES (Jean-René), La guerre d'indépendance espagnole (1808-1814), Paris, 1973, in-8°, 159 p.

BALAGNY (Dominique-Eugène), Campagne de l'empereur Napoléon en Espagne (1808-1809)..., Paris, Nancy, 1902-1907, 5 vol. in-8°, cartes h.-t.

BEAUHARNAIS (Eugène-Rose de), Mémoires et correspondance politique et militaire... publiés par Albert Du Casse..., Paris, 1858-1860, 10 vol. in-8°.

BERGEROT (Bernard), Daru en son temps (1767-1829), Lille, s. d., in-8°, 738 p.

BONAPARTE (Joseph), Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph publiés... par Albert Du Casse..., Paris, 1853-1854, 10 vol. in-8°.

CHARRAS (J.B.A.), Histoire de la guerre de 1813 en Allemagne... avec cartes spéciales, Leipzig, 1866, in-8°, IV-528 p., cartes h.-t.

DAVOUT (Louis-Nicolas), Correspondance..., éd. Charles de Mazade, Paris, 1885, 4 vol. in-8°.

DURAND (Charles), Les auditeurs au Conseil d'État sous le Consulat et le Premier Empire, Aix-en-Provence, 1937, in-8°, 208 p.

ERLANNING (Even), La résistance bretonne à Napoléon Bonaparte, 1799-1815, Paris, 1986, in-8°, 315 p.

ERNOUF (Alfred-Auguste), Maret, duc de Bassano, Paris, 1878, in-8°, III-691 p.

FABRY (Gabriel), Campagne de Russie (1812)..., Paris, 1900-1903, 5 vol. et suppl. in-8°.

FAIN (Agathon-Jean-François), Mémoires du baron Fain, premier secrétaire du Cabinet de l'Empereur..., Paris, 1908, in-8°, XVI-372 p.

FERRÃO (Antonio), A Ia invasão francesa (a invasão de Junot vista através dos documentos da intendencia geral da policia, 1807-1808)..., Coimbra, 1923, in-8°, CCXVII-478 p.

FUGIER (André), Napoléon et l'Espagne, 1799-1808, Paris, 1930, 2 vol. in-8°.

Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812 publiées d'après les pièces communiquées par S.E.M. Goriaïnow..., La Sabretache, 1913, in-8°, XVI-440 p.

MERCADER RIBA (Juan), José Bonaparte, rey de España, 1808-1813, historia externa del reinado..., Madrid, 1971, in-8°, XI-376 p. (Consejo superior de investigaciones cientificas, Instituto Jeronimo Zurita, Escuela de Historia moderna).

Ouvrage important, malheureusement dépourvu d'index.

SOULT (Jean de Dieu), Mémoires du maréchal Soult, Espagne et Portugal..., éd. Louis et Antoinette de Saint-Pierre, Paris, 1955, in-8°, 368 p.

TULARD (Jean), Murat ou l'éveil des nations, Paris, 1983, in-8°, 255 p.

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