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Inventaire - Cotes :

Inventaire des archives de la légation en France du cardinal Caprara (1801-1808)

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Cotes
AF/IV/1887-AF/IV/1923
Date
1801-1808
Localisation physique
Pierrefitte

Description

Présentation du contenu

INTRODUCTION
I. LES ARCHIVES DE LA LÉGATION EN FRANCE DU CARDINAL JEAN-BAPTISTE CAPRARA
1. Le versement.

Les archives de la légation du cardinal Caprara en France sont conservées aux Archives nationales sous les cotes AF IV 1887 à 1932 et F/19/1906 à 1923.

Cette répartition d'un fonds en deux sous-séries différentes s'explique par le versement qui fut opéré en deux fois, en 1808 lorsque la légation prit fin et qu'aux termes d'un arrêté du 18 germinal an X les papiers et registres concernant les actes du cardinal en France furent remis au conseiller d'État chargé des cultes et incorporés à la Secrétairerie d'État ; une seconde fois, en 1810, après la mort du cardinal légat, lorsqu'il revint aux oreilles de l'Empereur que l'abbé Vadorini, secrétaire du cardinal défunt, gardait par devers lui des archives de la légation qui furent saisies et versées à l'administration des cultes.

Cette répartition peut à première vue sembler regrettable mais reste néanmoins conforme à l'organisation même des bureaux de la légation. En effet, d'après les rapports

F/19/1859.

établis par M. Vuillefroy, maître des requêtes, sur les travaux de la commission chargée par arrêté ministériel du 1er juillet 1837 de faire le classement des archives de l'administration des cultes,

" Le cardinal légat Caprara avait deux bureaux : un bureau pour les affaires ecclésiastiques ; un autre pour les affaires politiques. La partie remise en 1808 à la Secrétairerie d'État comprend les archives qui se trouvaient dans le premier bureau. La partie retrouvée dans les archives de l'administration des cultes forme celles du second bureau ".

Et le rapporteur ajoute : " N.B. Ces quatorze cartons paraissent devoir être réunis à ceux qui se trouvent aux Archives de la Secrétairerie d'État dont ils complettent la collection ". Ce qui ne fut jamais réalisé.

Les documents remis en 1808 et incorporés dans le fonds de la Secrétairerie d'État émanent du premier bureau. Un arrêté du 18 germinal an X précisait les règles et usages auxquels devait se soumettre le cardinal Caprara envoyé légat a latere, arrêté dont les articles 4 et 5 stipulaient :

" 4° Il [le cardinal-légat] sera obligé de tenir ou faire tenir registre de tous les actes de la légation.

5° Sa légation finie, il remettra ce registre et le sceau de la légation au conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les cultes qui les déposera aux Archives du Gouvernement ".

Ce qui fut exécuté lorsque la légation prit fin en 1808 ; le cardinal remit les papiers relatifs au règlement des affaires ecclésiastiques

AF IV 1887, dossier 1.

qui constituaient à proprement parler les actes du cardinal légat, mais non la correspondance politique.

Le cardinal légat avait tenu registre de toutes les affaires qu'il avait réglées et de toute la correspondance qu'il avait envoyée ; il se soumit de bonne grâce à la remise de ses archives, du moins de la partie définie par l'arrêté du 18 germinal an X.

Le Pape à Rome avait d'autres idées sur la destination des archives de la légation. Le 25 juillet 1808

F/19/1914, dossier 3.

lorsqu'il parut que le cardinal Caprara différait trop longtemps son retour en Italie, le cardinal secrétaire d'État Gabrielli, prit soin de lui écrire :

" Sebbene Sua Santità sia persuasa, che V. ra Eminenza nel partire da Parigi penserà a far incassare e trasportare tutte le carte della legazione, ciò non ostante mi ha espressamente incaricato di scrivere a V.E., e di trattenerla a cautela su questo oggetto che è non poco interessante.

Sua Santità dunque vuole che siano incassati e trasportati tutti i registri di lettere e grazie di ogni sorte, tutti i carteggi e tutti i documenti che possono interessare massime per quello che risguarda il passato regime, li costituzionali, gli ordini dati dal Governo in materie ecclesiastiche e le providenze prese e tutt' altro che possa meritare di essere conservato. Il resto perché non vada in dispersione potrà darsi alle fiamme. Tutte le anzidette carte, e registri, Ella potrà farli trasportare col suo equipaggio fino a Milano e di lì poi a Roma, ed Ella sarà rimborsata esattamente di ciò che spende... ".

" Bien que Sa Sainteté soit persuadée que V. E. avant de quitter Paris pensera à faire mettre en caisse et transporter toutes les archives de la légation, cependant Eile m'a chargé d'écrire à votre Éminence et de la mettre en garde sur cet objet qui n'est pas à négliger.

Donc Sa Sainteté désire que soient mis en caisse et transportés tous les registres des lettres et grâces de toutes sortes, toute la correspondance et tous les documents qui peuvent intéresser l'Ancien Régime, les constitutionnels, les ordres donnés par le Gouvernement en matière ecclésiastique. Le reste pourra être brûlé. Tous lesdits documents et registres, V. E. pourra les faire transporter jusqu'à Milan puis à Rome, et Elle sera exactement remboursée de ses frais... ".

Ce que le cardinal Gabrielli ignorait, c'est que le légat avait déjà pris ses dispositions pour livrer une partie de ses archives au gouvernement français. Le Pape oubliait-il, volontairement ou involontairement, les termes de l'arrêté auquel son légat était soumis ? Toujours est-il qu'il entendait faire revenir à Rome l'ensemble des archives de la légation, les documents sans intérêt étant brûlés par les soins du légat. Cette lettre de Rome, comme tant d'autres, devait rester sans réponse et sans effet.

Dès le 4 avril 1808, au ministre des Cultes qui s'inquiétait de l'exécution de la clause prévoyant la remise des archives de la légation, le cardinal Caprara qui croyait encore à une possible réconciliation entre le Saint-Siège et la France, écrivait

F/19/1905, dossier 1.

 :

" Je n'oublie pas, Excellence que une fois cessés mes pouvoirs, en qualité de légat du Saint-Siège, je dois remettre au Gouvernement impérial français les sceaux et une copie des actes de la légation. Je suis sans faute prêt à remplir ce devoir et voilà pourquoi je ne m'en acquitte pas dans ce moment.

Premièrement je pense que ne soit pas convenable que par cette démarche je consomme la cessation de ma représentation et de mes pouvoirs que, à mon grand regret, en suite des ordres du Pape, j'ai été obligé d'annoncer à Mr. le ministre des Relations extérieures.

Secondement je ne perds pas tout à fait l'espoir d'une réconciliation entre les deux gouvernements ; et cela en vertu d'une note officielle qui par ordre de Sa Majesté m'a été remise hier soir par Mr. de Champagny, note que je dépêche par l'estaffette et que j'accompagne en réitérant toutes les réflexions et les raisonnements qu'à différentes époques, je m'étais empressé de mettre sous les yeux de Sa Sainteté... ". Cependant la réconciliation souhaitée ne se fit pas et le 30 juin 1808, le cardinal annonçait à Bigot de Préameneu

F/19/1905, dossier 1.

 :

" Excellence,

En réponse à la lettre dont Votre Excellence m'a honoré aujourd'hui, je m'empresse de vous annoncer que j'ai déjà pris les mesures nécessaires pour que vous soyent remis tous les papiers de la légation que je suis prêt à passer à V.E. avec les sceaux, comme je déclare aujourd'hui même à M. Aldini, qui par ordre de Sa Majesté m'en a prévenu.

Si vous restez dans la disposition de m'envoyer une personne, j'ai destiné M. l'abbé Ducci, avec qui elle se concertera pour dresser le procès-verbal, que je signerai, suivant le mode que vous me marquez... ".

Le chef du bureau du personnel du ministre des Cultes, Maurice Giry, se rendit à l'hôtel de Biron le 2 juillet 1808 ; il procéda avec l'abbé Ducci à la vérification du sceau, des registres et documents et déclaration lui fut faite qu'il n'en existait pas d'autres

F/19/1905, dossier 1.

. Les archives primitivement déposées au ministère des Cultes furent ensuite transférées à la Secrétairerie d'État, à la demande même de Bigot de Préameneu

AF IV 1887, dossier 1, p/ce/. 7 (lettre du ministre des Cultes au ministre secrétaire d'État, 6 septembre 1808).

 :

" Conformément à l'article 5 de l'arrêté du 18 germinal an X relatif aux pouvoirs du cardinal légat, et en exécution des ordres de Sa Majesté, M. le cardinal Caprara m'a remis suivant un procès-verbal du 2 juillet dernier, les sceaux, registres et papiers de la légation. Ces objets sont à la disposition de Votre Excellence, je la prie de vouloir bien charger quelqu'un de venir les recevoir au ministère des Cultes... "

Le transfert eut lieu le 17 septembre 1808, comme l'atteste un reçu émané de la Secrétairerie d'État et signé Levallois

F/19/1905, dossier 1.

, chef des archives de la Secrétairerie d'État.

Le cardinal Caprara malade ne put regagner l'Italie malgré les injonctions réitérées du Pape et mourut en France en 1810, sans avoir assuré le transfert en Italie des archives qu'il avait gardées. Son fidèle secrétaire, l'abbé Vadorini, s'en chargea à la mort du cardinal, mais le ministre des Cultes eut connaissance (peut-être par l'abbé Ducci qui avait fait partie de la maison du cardinal ?) de cette affaire et en informa l'Empereur

F/19/1905, dossier 1, lettre du 29 septembre 1810.

 :

" Sire,

Je suis informé qu'outre les papiers qui ont été déposés par le cardinal légat à la Secrétairerie d'État comme papiers de sa légation auprès de V.M., il en existe d'autres concernant sa correspondance personnelle et qui se trouvent dans les mains du sieur Vadorini son secrétaire.

Une grande partie de ces papiers est relative aux affaires ecclésiastiques ou politiques. Sous l'un et l'autre rapport, il peut être intéressant qu'ils ne restent point au pouvoir d'un simple particulier, mais qu'ils soient remis à la personne que V. M. désignerait... "

Le ministre joignit un rapport à sa lettre sur ce sujet et les droits de l'Empereur à se saisir de cette correspondance :

" Après le décès du cardinal Caprara, je me suis occupé sur le droit qu'a Votre Majesté I. et R. de se saisir de tous les papiers de la correspondance que ce cardinal, en sa qualité de légat en France, avait tenue avec la cour de Rome.

Cette correspondance a été relative à des affaires ou politiques ou ecclésiastiques. La souveraineté de V. M. sur Rome et les États romains est le titre du droit qu'Elle a de se saisir de la correspondance politique ; et sur l'usage ancien, et d'après les décrets rendus par V. M. à l'égard des registres des affaires ecclésiastiques, est fondé l'autre droit que ces papiers soient gardés dans nos archives.

Je suis assuré de l'existence de cette duple [sic] correspondance chez l'abbé Vadorini, secrétaire de Son Eminence ; et j'attends les ordres de V. M. à cet égard."

La saisie de ces papiers eut lieu en octobre 1810, ainsi qu'en témoigne le procès-verbal

F/19/1905, dossier 1.

rédigé à cette occasion :

" Aujourd'hui 11 octobre mil huit cent dix,

M. l'abbé François Vadorini, secrétaire de Son Eminence le cardinal Caprara légat en France, invité de se rendre au ministère des Cultes, a reçu l'ordre qui lui a été donné par Son Excellence Monseigneur le ministre des Cultes, conçu en ce terme...

Après cet ordre les susdits Mrs. Vadorini et Ducci se sont portés à l'hôtel de Madame de Breteuil dans la rue de la Sorbonne n° 3 où est logé Mr. Vadorini et, en sa présence, a été cachetée avec le sceau du ministère des Cultes une malle renfermant les cahiers de la correspondance réciproque de Son Eminence et de la cour de Rome, et autres papiers relatifs aux affaires ecclésiastiques et politiques, et cette malle a été de suite conduite et déposée dans le ministère des Cultes, fermée aussi avec sa clef qui a été gardée par Mr. Vadorini.

Aujourd'hui 16 octobre 1810, cette malle a été décachetée par M. Ducci à la [sic] présence de Mr. Vadorini qui l'a à son tour déclouée et il a été procédé à la vérification et description de tous les papiers...

Les papiers ci-dessus ayant été représentés par M. Vadorini et déclaration par lui faite qu'il n'en existe pas d'autres concernant la correspondance réciproque entre la cour de Rome et Son Eminence le cardinal légat et relatifs aux affaires ecclésiastiques et politiques, il a été reconnu par M. Ducci que les dits papiers lui ont été remis..."

2. Les réclamations du Saint-Siège.

Le Saint-Siège ne se résigna pas à la perte des archives de la légation, et dès la première Restauration, son délégué à Paris, Mgr. Marini, garde des archives pontificales, s'inquiéta du sort des papiers du cardinal Caprara, ainsi qu'en témoigne une lettre du 15 mars adressée au directeur général des Cultes

F/19/1915.

.

" M. Marini, garde des Archives pontificales, s'est adressé au ministre pour demander la permission d'examiner les registres et autres papiers qui composaient les archives de la légation pontificale au temps du cardinal Caprara, afin de pouvoir en rendre compte à la cour de Rome... "

Les Cent Jours interrompirent ces démarches, mais la cour de Rome revint à la charge et, à deux reprises, réclama les archives de légation, en 1817 et en 1822 lors des négociations concordataires entre Rome et Paris. Le duc de Richelieu, ministre des Affaires étrangères, demanda au ministre de l'Intérieur de reprendre les recherches interrompues en 1815

F/19/1909, dossier 8.

 :

Paris, le 21 juillet 1817.

" Monsieur, le gouvernement pontifical réclame depuis 1814 la remise des archives de la légation du cardinal Caprara. M. Marini, préfet des archives romaines, a suivi cette réclamation lors du premier voyage qu'il a fait à Paris, et il renouvelle aujourd'hui la même demande par ordre de son gouvernement.

Le 25 février 1815, M. le comte de Jaucourt prévint M. l'abbé de Montesquiou que les archives de l'ancienne légation du Saint-Siège n'avaient pas été déposées au département des Affaires étrangères, et il le pria de faire vérifier si elles n'auraient pas été portées au ministère des Cultes.

Les événements de 1815 ayant interrompu ces recherches, vous jugerez sans doute convenable, Monsieur, de les faires continuer afin que le gouvernement puisse répondre avec certitude aux réclamations du Saint-Siège.

Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me faire connaître le résultat de ces recherches et d'agréer les assurances de ma haute considération. "

L'envoyé du Pape à Paris ne doutait pas du bien fondé de sa réclamation et n'envisageait pas que sa demande pût être repoussée ; Mgr. Marini, commissaire extraordinaire, s'adressait en ces termes au ministre de l'Intérieur

F/19/1908, dossier 8, lettre du 2 août 1817 ; également BB/17A/ 1, dossier 35.

 :

" Monseigneur,

Ayant été chargé par S. S. de la réclamation de tous les papiers qui appartenaient au défunt cardinal Caprara, je supplie V. E. de vouloir bien me faire remettre ceux qui se trouvent maintenant aux bureaux de son ministère, puisqu'ils appartiennent de droit aux archives secrètes du Vatican... "

La mise en garde contre une possible restitution vint des archivistes qui avaient la garde du dépôt ; Bary, chef des archives de la Maison du Roi, écrit à son ministre

AF IV 1887, Notes sur les papiers du cardinal Caprara, pièce 31 (16 août 1817).

 :

" J'ai l'honneur de vous adresser la note que vous m'avez demandée sur les papiers de la légation du cardinal Caprara. J'y ai joint un choix de ces papiers qui vous fera, mieux que ma note encore, juger de leur importance et du prix que la France doit mettre à ne pas s'en dessaisir... "

Les réclamations de 1817 et 1822 restèrent sans effet. Une troisième et dernière démarche fut tentée par la cour de Rome vingt ans plus tard. Une longue lettre du Garde des Sceaux, ministre des Cultes, probablement adressée au ministre des Affaires étrangères, expose les raisons du refus opposé à la requête du nonce

F/19/1905, dossier 1, lettre du 11 janvier 1842.

 :

" Mr. l'archevêque de Nicée, nonce apostolique à Paris, a fait réclamer, il y a quelque tems, au nom du Saint-Siège les documens et les papiers relatifs à la mission remplie par le cardinal Caprara auprès du gouvernement français à l'époque de la négociation du Concordat de 1801. J'ai eu l'honneur de lui répondre le 6 octobre dernier, que ces papiers et documens avaient été dans le temps remis par le cardinal au ministre des Cultes et déposés aux archives de la Secrétairerie d'État impériale en exécution d'un arrêté du gouvernement consulaire portant la date du 18 germinal an X ; que procès-verbal de cette opération avait été dressé, que je m'empresserais de lui en donner copie s'il le désirait, mais qu'il me serait impossible de lui rendre les documents faisant l'objet de sa réclamation. Mr. l'internonce a cru devoir insister et, dans une nouvelle lettre que j'ai dernièrement reçue de lui, il expose que l'arrêté de germinal invoqué par moi ne prescrivait la remise que des registres et du sceau de la légation et nullement celle des autres papiers et documens qui lui appartenaient : que par conséquent les dispositions de cet arrêté ne faisaient point obstacle à ses prétentions... ". Le nonce faisait valoir que, si les papiers Caprara avaient été trouvés à Rome lors des événements de 1809, ils auraient été transportés en France et restitués en 1815 en exécution des traités. Le ministre repousse cette argumentation :

" ... Je n'ai pas cru, M. et cher collègue, devoir admettre sans un plus ample examen l'argumentation du nonce ; parmi les pièces qu'il réclame il en est qui ont une très haute importance et que le gouvernement peut avoir grand intérêt à retenir ; il ne doit pas les livrer, dès lors, si son droit est conforme à son intérêt. Je pense, à raison de l'importance de cette affaire, qu'elle doit devenir l'objet des délibérations du Conseil... ". Le ministre réfutait ensuite les arguments du nonce, plus ou moins fallacieusement, en s'appuyant essentiellement sur l'arrêté de germinal (qui établissait réellement le droit de la France de garder une certaine partie des documents) et en minimisant l'importance des papiers saisis en 1810 :

"...Il paraît quelques papiers avaient été retenus, une malle qui les contenait était demeurée en la possession d'un abbé Vadorini, secrétaire particulier du cardinal Caprara. Le gouvernement français les réclama et ils furent rendus le 11 octobre 1810. Un procès-verbal contradictoire constate cette nouvelle remise..."

Les réclamations du nonce se heurtèrent à l'assez mauvaise foi du gouvernement français qui s'en tenait rigoureusement aux termes de l'arrêté du 18 germinal an X, ignorait la saisie opérée en 1810, et faisait répondre à Mgr. Fornari par le ministre des Cultes

F/19/1905, dossier 1, lettre du 6 octobre 1843.

 :

"Monseigneur,

Vous m'avez fait l'honneur de me demander si l'administration des cultes ne possédait pas quelques papiers et documents relatifs à la mission remplie par le cardinal Caprara auprès du gouvernement français à l'époque de la négociation du Concordat de 1801 et si, en cas d'affirmative, ils pouvaient vous être restitués.

Les papiers et documents dont il s'agit ont été, en effet, lors de la cessation de la mission du cardinal Caprara, remis par ce prélat au ministre des Cultes et déposés aux archives de la Secrétairerie d'État impériale. Mais cette remise n'a été opérée qu'en vertu et en exécution d'un arrêté du gouvernement du 18 germinal an X (8 avril 1802)... portant formellement que le cardinal légat serait obligé de tenir ou faire tenir registre de tous les actes de sa légation...

Vous voyez, Monseigneur, qu'il ne serait pas possible de vous faire rendre les documents mêmes qui faisaient l'objet de votre demande..."

En outre, comme sous la Restauration, les archivistes se montrèrent plus hostiles que les ministres à l'éventualité d'une restitution des archives de la légation ; une note

AF IV 1887, dossier 1, pièce 33.

datée du 17 février 1844, non signée, mais sans doute de la main du chef des archives de la Secrétairerie, témoigne des ruses déployées pour échapper au danger :

"Le nonce apostolique a demandé au Garde des Sceaux que le gouvernement français restitue les papiers qui ont appartenu à la légation du cardinal Caprara. Le ministre des Affaires étrangères ayant appuyé cette réclamation comme naturelle et fondée en justice, le Garde des Sceaux a promis de restituer.

Le chef du bureau des archives des cultes est venu pour se concerter avec vous sur le mode à adopter pour cette remise de papiers. Il avait à la main des états de dossiers où j'ai cru reconnaître l'écriture de M.Mallet ; et quoiqu'il me parût, du reste, bien savoir en quoi consiste le dépôt à rendre, j'ai semblé ignorer où il se trouve, afin qu'il ne me demandât pas de le lui montrer... Le ministre qui, à ce qu'il paraît, a la conscience un peu tendre, est pressé de restituer".

Rome n'obtint pas gain de cause, renonça à ses prétentions, et le gouvernement français, fort de son droit, déclara garder ces archives :

"Les papiers de la légation du cardinal Caprara, légat a latere en France pour l'exécution du Concordat de 1801, sont aux archives de l'ancienne Secrétairerie d'État, galerie du Louvre, où ils ont été déposés en 1808, conformément à l'arrêté du 18 germinal an X (8 avril 1802).

Ces papiers réclamés déjà deux fois par la cour de Rome, en 1817, sous le ministère de M.Pasquier, et en 1822, sous le ministère de M. Peyronnet, sont réclamés de nouveau par M. le Nonce apostolique...

La nouvelle réclamation de l'ambassade de Rome a été communiquée par M. le Garde des Sceaux à M. le ministre des Affaires étrangères qui, par sa réponse du 19 janvier dernier, accueille les prétentions de M. le Nonce et propose d'y faire droit.

Les documens, qui vont être produits, établissent que les actes des légations romaines en France appartiennent à la France et doivent y rester ; il en résultera qu'il n'y a lieu ni d'après le droit conventionnel de 1815, ni en vertu du droit ordinaire de propriété applicable aux légations politiques, ni suivant l'équité, de remettre les actes de la légation du cardinal Caprara à M. le nonce de Sa Sainteté..."

Les archives de la légation du cardinal Caprara restèrent donc à la France et sont actuellement conservées aux Archives nationales ; la partie provenant de l'ancienne Secrétairerie d'État a suivi le sort des archives impériales et a été transférée au Palais Soubise lors du versement de 1848 sous les anciens numéros 3867-3912 (actuellement AF IV 1887 à 1932) ; les archives du bureau des Affaires ecclésiastiques, remises au ministère des Cultes, furent versées aux Archives nationales lors des trois versements opérés en 1912 et 1920, qui constituèrent le "fonds nouveau "de la sous-série F/19/.

3. Les archives du bureau des affaires ecclésiastiques (AF IV 1887 à 1932).

Les papiers conservés dans ces quarante-cinq cartons témoignent de l'activité du premier bureau de la légation. Leur classement laisse quelque peu à désirer, mais on peu néanmoins distinguer :

- une première partie, composée d'un recueil des bulles et brefs de Pie VII concernant l'Église de France, de cahiers d'enregistrement des actes du cardinal légat en France en vertu des pouvoirs spéciaux qui lui avaient été accordés, de registres de lettres échangées entre le cardinal Caprara et des prêtres des diocèses de Cambrai, Dijon, Angoulême et Strasbourg, des informations sur les évêques nommés en 1802 (AF IV 1887 à 1890 B) ;

- une seconde partie renfermant les soixante-trois cahiers d'enregistrement de la correspondance au départ du premier bureau de la légation, 1801-1808 (AF IV 1891 à 1894) ;

- enfin une troisième partie formée des suppliques adressées au légat qui inscrivait, en marge ou sur une petite note séparée, la réponse à donner au pétitionnaire : les articles AF IV 1895 à 1916 contiennent les pétitions émanant d'ecclésiastiques, les articles AF IV 1918 à 1932 des suppliques de laïcs relatives à des affaires de divorce, de dispenses d'empêchement de mariage, et des informations pour annulation de mariages. L'article AF IV 1917, inséré entre ces deux groupes, est relatif aux demandes de facultés extraordinaires concédées aux évêques, administrateurs de diocèses, vicaires généraux et curés.

Ces documents qui sont de nature très différente ont fait l'objet d'un inventaire assez souple : inventaire analytique de la première partie (AF IV 1887 à 1890/B/), répertoire chronologique des cahiers d'enregistrement qui comportent tous une table des correspondants à la fin de chaque cahier (AF IV 1891 à 1894) ; état sommaire des cartons conservant les pétitions adressées au légat. L'analyse de ces cartons se présentera, dans l'ordre alphabétique des pétitionnaires, sous la forme d'une sorte d'index en cours d'achèvement.

Les deux parties les plus intéressantes de cet ensemble de documents sont naturellement l'enregistrement de la correspondance au départ de la légation et les pétitions adressées au légat. Nous allons les examiner plus longuement.

Les cahiers d'enregistrement de la correspondance au départ de la légation (AF IV 1891 à 1894)

Les articles AF IV 1891 à 1894 contiennent les soixante-trois cahiers d'enregistrement de la correspondance expédiée par le bureau des affaires ecclésiastiques de la légation depuis le 11 octobre 1801 jusqu'au 30 mars 1808. Il s'agit donc de la correspondance ayant trait au règlement des affaires religieuses de la République, puis de l'Empire : administration des diocèses, nomination des évêques, réconciliation des constitutionnels, envoi de décrets de réconciliation aux ecclésiastiques mariés, questions de dogme (rappel de la doctrine de l'Église sur telle ou telle matière, condamnation des schismes, celui du moine Achatius à Aix-la-Chapelle, celui de Stevens en Belgique) ; à côté de ces lettres, traitant d'affaires purement religieuses, une masse de documents abordant les sujets les plus variés : réponses à tous les quémandeurs qui écrivaient au cardinal légat, aux demandes d'audience ou aux invitations à dîner en ville, aux plaintes et aux dénonciations de tous les mécontents. Ces cahiers numérotés de un à soixante trois, de quatre-vingt-dix pages chacun, plus une table des noms des correspondants, contiennent des milliers de missives.

A propos de cette correspondance qui paraît présenter un intérêt capital pour les affaires de l'Église de France, il convient de faire deux remarques : à l'exception des pétitions d'ecclésiastiques contenues dans les articles AF IV 1895 à 1916 sur lesquelles nous reviendrons et dont un petit nombre fait l'objet d'une réponse enregistrée dans ces cahiers, nous ne possédons pas les lettres envoyées par les correspondants du cardinal Caprara et nous devons nous contenter des seules réponses de ce dernier. Que sont devenues les lettres des évêques (celles si intéressantes de Bernier, par exemple), des vicaires généraux, des prêtres, qui s'adressaient au cardinal pour éclaircir des points de dogme ou d'administration, et de toutes les personnes privées, des ministres aux simples particuliers ? On comprend qu'elles n'aient pas été livrées en 1808, aux termes de l'arrêté du 18 germinal an X, mais elles ne se trouvent pas non plus dans les papiers saisis en 1810. Le cardinal a-t-il détruit ou fait disparaître cette correspondance, l'abbé Vadorini l'a-t-il cachée en 1810 pour ne pas la livrer, nous n'en savons rien. Détruite ou dispersée, il n'en reste rien en tout cas dans le fonds Caprara aux Archives nationales.

Réduite aux seules réponses du cardinal, cette correspondance perd beaucoup de son intérêt. Le style des lettres trahit le caractère du cardinal légat ; le texte est vague, édulcoré, les problèmes ne sont pas abordés franchement, mais noyés dans une prose dilatoire. De plus le cardinal se méfiait et ne croyait pas pouvoir livrer sa pensée sur des problèmes importants. A plusieurs reprises, il le laisse entendre : " Nous parlerons de tout cela à votre retour " écrit-il à Bernier.

Le cardinal Caprara arrive, le 5 octobre 1801, à Paris et le premier registre de sa correspondance s'ouvre sur l'enregistrement de la réponse adressée par le cardinal légat à partir du 11 octobre 1801 aux évêques constitutionnels qui lui avaient adressé leur " prétendue démission ".

La correspondance n'est pas également répartie année par année. Le cardinal a beaucoup écrit de 1801 à 1804, beaucoup moins par la suite, presque plus du tout à la fin de sa légation dans les années 1807 et 1808.

Il est vrai que dans les premières années, les réponses aux suppliques des prêtres, religieux ou religieuses mariés, ont gonflé le volume de la correspondance ; ceux-ci ont demandé leur réconciliation en grand nombre au cours des années 1802 et 1803, beaucoup encore en 1804 ; leur nombre ira sans cesse décroissant par la suite. En 1807, 1808, il se trouvera encore des prêtres pour solliciter une réconciliation qu'ils auraient pu obtenir six ans plus tôt, mais en tout petit nombre.

Parallèlement, le nombre des correspondants décroîtra pour être réduit à peu de choses pendant les deux dernières années ; il est vrai qu'alors le crédit du cardinal légat est ruiné et qu'il traîne une vie maladive et inactive.

Le tableau chronologique reproduit ci-dessous, fait apparaître, que le cardinal a écrit la moitié de sa correspondance dans les années 1802-1803 :

AF IV 1891.

1er cahier (octobre 1801-26 janvier 1802).

2e cahier (26 janvier 1802-26 mars 1802).

3e cahier (26 mars 1802-23 juin 1802).

4e cahier (10 mars 1802-23 juin 1802).

5e cahier (23 juin-11 août 1802).

6e cahier (11 août-15 septembre 1802).

7e cahier (16 septembre 1802-17 octobre 1802).

8e cahier (17 octobre 1802-4 novembre 1802).

9e cahier (4 novembre 1802-2 décembre 1802).

10e cahier (3 décembre 1802-26 décembre 1802).

11e cahier (27 décembre 1802-16 janvier 1803).

12e cahier (17 janvier 1803-4 février 1803).

13e cahier (5 février 1803-22 février 1803).

14e cahier (23 février 1803-10 mars 1803).

AF IV 1892.

15e cahier (10 mars 1803-30 mars 1803).

16e cahier (30 mars 1803-16 avril 1803).

17e cahier (17 avril 1803-2 mai 1803).

18e cahier (3 mai 1803-19 mai 1803).

19e cahier (21 mai 1803-17 juin 1803).

20e cahier (18 juin 1803-27 juin 1803).

21e cahier (28 juin 1803-19 juillet 1803).

22e cahier (19 juillet 1803-14 août 1803).

23e cahier (15 août 1803-4 septembre 1803).

24e cahier (5 septembre 1803-23 septembre 1803).

25e cahier (24 septembre 1803-17 octobre 1803).

26e cahier (18 octobre 1803-17 novembre 1803).

27e cahier (17 novembre 1803-13 décembre 1803).

28e cahier (13 décembre 1803-31 décembre 1803).

29e cahier (1er janvier 1804-21 janvier 1804).

30e cahier (22 janvier-1804-7 février 1804.

AF IV 1893.

31e cahier (7 février 1804-22 février 1804).

32e cahier (23 février 1804-8 mars 1804).

33e cahier (8 mars 1804-24 mars 1804).

34e cahier (24 mars 1804-10 avril 1804).

35e cahier (11 avril 1804-28 avril 1804).

36e cahier (29 avril 1804-19 mai 1804).

37e cahier (20 mai 1804-9 juin 1804).

38e cahier (9 juin 1804-27 juin 1804).

39e cahier (28 juin 1804-17 juillet 1804).

40e cahier (17 juillet 1804-3 août 1804).

41e cahier (3 août 1804-17 août 1804).

42e cahier (17 août 1804-2 septembre 1804).

43e cahier (3 septembre 1804-22 septembre 1804).

44e cahier (22 septembre 1804-16 octobre 1804).

45e cahier (16 octobre 1804-7 novembre 1804).

46e cahier (8 novembre 1804-28 novembre 1804).

47e cahier (30 novembre 1804-14 décembre 1804).

AF IV 1894.

48e cahier (15 décembre-31 décembre 1804).

49e cahier (1er janvier 1805-17 janvier 1805).

50e cahier (18 janvier 1805-2 février 1805).

51e cahier (3 février 1805-19 février 1805).

52e cahier (20 février 1805-12 mars 1805).

53e cahier (13 mars 1805-12 mai 1805).

54e cahier (12 mai 1805-10 octobre 1805).

55e cahier (10 octobre 1805-27 février 1806).

56e cahier (28 février 1806-9 juin 1806).

57e cahier (10 juin 1806-9 octobre 1806).

58e cahier (9 octobre 1806-19 janvier 1807).

59e cahier (19 janvier 1807-16 avril 1807).

60e cahier (14 avril 1807-13 juillet 1807).

61e cahier (13 juillet 1807-20 novembre 1807).

62e cahier (23 novembre 1807-22 février 1808).

63e cahier (23 février 1808-30 mars 1808).

L'abbé Bernier, promu évêque d'Orléans, a été le principal correspondant du légat ; les lettres que le cardinal lui a adressées constituent sans doute la partie la plus intéressante de la correspondance consignée dans ces registres, en raison de l'importance et de la variété des sujets abordés, en raison également de la confiance dont le cardinal Caprara faisait preuve envers Bernier, confiance qui a été mise en doute, mais qui transparaît dans ces cahiers au cours de six longues années.

" Je tâche de tenir suspendues toutes les affaires pour lesquelles je crois votre intervention nécessaire " écrit le cardinal, le 5 janvier 1803 " mais je ne puis me dispenser de vous observer combien il est essentiel de vous avoir ici au plus tôt. Il s'agit d'objets qui tiennent à l'intérêt général de la religion et vous sentez qu'il est de la plus haute importance d'en traiter avec une personne qui jouit également de la confiance des deux parts... "

Mais, après la disgrâce de Bernier et lors même que le légat saura que l'évêque d'Orléans n'a plus l'oreille de l'Empereur, la collaboration continuera ; sans cesse le cardinal demande conseil pour le règlement des affaires importantes, soumet au jugement de Bernier les lettres des évêques qui lui causent des difficultés, souhaite son retour à Paris, alors que l'intéressé sait bien que sa présence n'est plus désirée par l'Empereur. Le ton des lettres est moins impersonnel qu'avec les autres correspondants : il s'inquiète de sa santé, le félicite chaleureusement pour la gestion de son diocèse. Il correspond en général avec Bernier en italien.

Toutes les lettres n'émanent pas du seul cardinal Caprara. Un certain nombre portent la mention " par Mgr. Sala " ; il faut aussi tenir compte du fait que le cardinal légat, malade, céda à plusieurs reprises la plume.

Le 3 février 1803, Mgr. Sala annonce à Bernier que le cardinal est " dangeureusement malade " et qu'il a reçu le matin le saint viatique. Beaucoup de lettres, les plus importantes en tout cas, portent la mention " par Mgr. Sala " ; les autres, bien que ne portant pas d'indication, sont également de lui, et ce jusqu'au 27 février, date à laquelle pour la première fois Caprara reprendra la plume, pour écrire à Bernier précisément.

Mgr. Sala manifeste la même confiance que le légat en Bernier. Il le consulte sur toutes les affaires, lui donne des nouvelles du cardinal et lui rend compte de toutes les difficultés de la gestion des affaires de la légation.

Le ton de Mgr. Sala est plus vif, plus chaleureux, plus franc que celui du cardinal. Il ne craint pas d'émettre des jugements sur les évêques, et dénonce le clergé constitutionnel avec véhémence : ainsi écrit-il à Bernier le 8 février 1803 :

"... Les évêques de Soissons et de Valence ont manifesté de l'opposition à l'exécution des dispenses en faveur des prêtres et des religieux mariés... ; l'archevêque de Toulouse marche sur la même ligne et vous verrez que celui de Besançon trouve aussi des prétextes et des subtilités pour empêcher l'exécution des dispenses de cette espèce. Ses scrupules ne l'ont pas empêché d'accorder des dispenses de mariage avant d'avoir reçu le dernier indult dont il a accusé réception d'un ton qui certes n'est pas le plus convenable... "

Le 11 février 1803 toujours à l'évêque d'Orléans :

" Que faut-il répondre de la part de Son Éminence [à M. de Malines] ? Est-il possible qu'un évêque cherche de lui-même à exciter des divisions qu'on pourrait éviter et veuille aller au delà de ce qu'il doit exiger même d'après le voeu du gouvernement ? Tâchez, Monseigneur, d'apporter un prompt remède à un tel désordre et d'instruire Mgr. de Malines de la marche qu'il doit suivre pour...ne pas compromettre l'Égilse avec l'État..."

Le 25 février 1803 :

"... Le double langage dont il [Mgr. Le Coz] a usé avec Son Éminence et M. Portalis est une nouvelle preuve de la droiture et du caractère du personage. Je suis parfaitement de votre avis sur son compte..." et plus loin sur l'évêque d'Angers (Mgr. Montault des Isles) : "... Nous avons souvent affaire avec des personnes ou ignorantes ou mal intentionnées. Le mandement de l'évêque d'Angers... est une production de sa stérilité. Il faut avoir bien peu d'amour-propre pour publier une pièce aussi mesquine..."

On pourrait citer cent exemples d'une liberté de ton à laquelle le cardinal Caprara ne nous avait pas habitués.

La correspondance avec les évêques occupe une place énorme dans ces cahiers ; évêques d'Ancien Régime (en général au sujet de leur démission ou de leur radiation de la liste des Émigrés), évêques constitutionnels (source d'autant plus intéressante que les documents sur ces derniers sont rares, et qu'elle apporte à l'occasion quelques éléments nouveaux au Répertoire biographique de l'épiscopat constitutionnel (1791-1803), publié par le chanoine Pisani, notamment quant à la réconciliation d'un certain nombre d'évêque tels Jarente de Senac d'Orgeval, évêque constitutionnel du Loiret, Leblanc de Beaulieu, évêque constitutionnel de Seine-Inférieure, Le Masle, évêque constitutionnel du Morbihan.

Ce sont évidemment les évêques concordataires qui sont les principaux correspondants du cardinal. Déplorons une fois de plus la perte des lettres qu'ils avaient adressées, bien plus intéressantes sans doute que la réponse, souvent de pure forme, du légat.

De nombreuses lettres de Caprara sont adressées à des vicaires généraux, de préférence quelquefois à l'évêque (notamment pour les diocèses de Strasbourg, Dijon, Angoulême, Besançon, lorsque les évêques anciens constitutionnels, en opposition avec le clergé local, lui paraissaient moins dignes de confiance que les vicaires généraux), et aussi en cas de vacance des évêchés. Citons notamment comme correspondants : Paillou, vicaire général de La Rochelle ; Baston, vicaire général de Rouen ; Bessière, vicaire général de Montpellier ; Boug, vicaire général à Roderen (Haut-Rhin) ; Ducasse, vicaire général à Pau ; Du Coudray, vicaire général de Namur ; Fonck, vicaire général d'Aix-la-Chapelle ; Godefroy, vicaire général à Mons ; Jauffret, vicaire général de Lyon ; Maimbourg, vicaire général de Strasbourg ; Marx, vicaire général de Cologne ; Metz, vicaire général de Strasbourg ; Mondion, vicaire général de Poitiers.

Les lettres aux évêques concordataires ne revêtent pas toutes la même importance et beaucoup ne sont que des lettres de remerciements, d'envoi de documents ou au contraire d'accusés de réception. Les plus intéressantes sont sans doute celles adressées aux évêques de Belgique en raison des troubles qui ont surgi dans les diocèses de ce pays : refus des ecclésiastiques d'adhérer au Concordat, schisme de Stevens, refus des religieux de se soumettre à l'autorité de l'ordinaire, protestations contre les nouvelles circonscriptions des diocèses (en particulier pour l'ancien diocèse de Ruremonde), difficultés au sujet du catéchisme impérial, démissions d'évêques (Bexon, évêque de Namur, Bessuejouls de Roquelaure, archevêque de Malines). Également intéressante la correspondance avec les évêques du royaume d'Italie (pour la réorganisation ecclésiastique du Nord de l'Italie), et avec les évêques ou vicaires généraux de diocèses où se produisirent des troubles ; Montpellier, Langres, Mende, l'ancien diocèse de Lombez, etc.

Curés et desservants s'adressaient aussi directement au légat, lui demandant des éclaircissements sur le dogme, le Concordat, les nouvelles formes du culte, les fêtes supprimées, le catéchisme impérial, lui adressant des pétitions pour leurs paroissiens, en matière de mariage surtout, lui exposant leurs problèmes ou leurs cas de conscience. Le cardinal répondait à chacun, quelquefois fort longuement, quelquefois par une réponse passe-partout.

Les cahiers de correspondance sont gonflés d'un nombre considérable de lettres toutes semblables existant dans tous les cahiers, répétant les mêmes termes pour répondre aux mêmes demandes, demandes qui excédaient le cardinal et dont il s'est plaint à maintes reprises. Ce sont : les demandes de pensions ecclésiastiques, les réclamations au sujet de la misère des succursalistes, les demandes d'audience, les demandes de secours, de places ou de recommandation, les demandes d'annulation de mariage ou d'autorisation de divorce

Les pétitions d'ecclésiastiques (AF IV 1895 à 1916)

Les articles AF IV 1895 à 1916 renferment les pétitions adressées par les ecclésiastiques au cardinal légat Caprara en vue d'obtenir leur réconciliation avec l'Église. En effet dès que les négociations du Concordat furent engagées entre Rome et Paris, le Pape se préoccupa du sort du clergé constitutionnel, des prêtres apostats ou mariés, des religieux et religieuses sortis de leur couvent. Condition de l'établissement souhaité de la paix religieuse, cette tâche était l'un des principaux objets de la légation. Le cardinal Caprara fut doté à cet effet de pouvoirs exceptionnels pour accorder les dispenses aux ecclésiastiques désireux d'obtenir l'absolution des censures qu'ils avaient encourues.

Plus de cinq mille pétitions, dont certaines collectives, affluèrent dès 1801 au siège de la légation, et sont renfermées dans les vingt et un cartons cotés AF IV 1895 à 1916. Les fautes avouées par les coupables étaient de nature fort différente, et on peut distinguer le clergé séculier du clergé régulier.

Pour les prêtres séculiers :

- les prêtres assermentés (il s'agit des prêtres ayant prêté serment à la Constitution civile du clergé, mais certains demandèrent l'absolution pour d'autres serments, serment d'Albitte, serment de haine à la royauté). Ils forment ce clergé constitutionnel coupable d'"intrusion" pour avoir occupé les fonctions curiales à la place des pasteurs légitimes chassés par les lois révolutionnaires. Ils demandent l'absolution de leurs fautes, et, s'ils ont abandonné les fonctions sacerdotales, leur sécularisation, c'est-à-dire l'autorisation d'exercer un emploi civil et de vivre dans le siècle, dégagés des obligations du sacerdoce ;

- les prêtres ordonnés par les évêques constitutionnels, souvent inquiets sur la validité de leur ordination et qui formèrent une partie non négligeable du clergé constitutionnel ;

- des laïcs mariés ordonnés par les évêques constitutionnels, notamment Pontard, évêque constitutionnel de la Dordogne ;

- les prêtres ayant livré leurs lettres de prêtrise qui demandent absolution du crime d'"apostasie" ;

- les prêtres ayant pris les armes, souvent coupables d'homicide ;

- les prêtres ayant fait partie d'un jury, ou ayant exercé des professions comme la médecine ou la chirurgie ;

- les prêtres mariés (quelquefois divorcés, veufs ou remariés), ou vivant en concubinage et demandant au légat l'autorisation de contracter mariage. Ils demandent la réhabilitation d'un mariage civil ou contracté devant un prêtre constitutionnel, ou bien, veufs ou divorcés, de se remarier, ou encore l'autorisation de légitimer une union. Un certain nombre de prêtres, séparés de leur femme ou ayant contracté un mariage simulé pour échapper aux rigueurs des lois révolutionnaires, demanderont leur réintégration dans les fonctions sacerdotales ;

- les prêtres ayant permis que leur église devienne temple de la Raison (type de pétition assez rare).

Pour le clergé régulier, le cardinal Caprara n'avait pas reçu tout d'abord le pouvoir de réconcilier les religieux qui devaient s'adresser directement à Rome. Mais devant le nombre des pétitions émanant de ceux-ci, le Pape décida rapidement de s'en remettre à son légat. Sur les cinq mille pétitions dénombrées dans ces articles par le chanoine Pisani

L'Église de Paris et la Révolution par P. PISANI..., Paris, 1908, 3 volumes in-8°.

, ce dernier évalue à douze cents les pétitions des prêtres réguliers, frères lais et religieuses ; mais il convient de signaler qu'un certain nombre de celles-ci sont collectives et concernent une communauté toute entière. De ce fait, le nombre donné par le chanoine Pisani nous semble inférieur à la réalité. Plus encore que les séculiers, il paraît impossible de dénombrer les réguliers. Leur situation est loin d'être uniforme :

- prêtres réguliers demandant leur sécularisation, ce qui a un autre sens que pour les séculiers et signifie qu'ils demandent à être rendus à l'état ecclésiastique simple et à exercer des fonctions curiales ; ceux-ci ont constitué une partie non négligeable du clergé concordataire, notamment dans le diocèse de Metz où ils ont été systématiquement employés par Mgr. Bienaymé ;

- prêtres réguliers ou religieux mariés demandant la réhabilitation de leur mariage (mêmes distinctions que pour les séculiers : veufs, divorcés, remariés ou demandant à légitimer une union) ;

- religieux ordonnés par les évêques constitutionnels (un grand nombre de religieux avaient été ordonnés dans ces conditions à leur sortie du couvent et avaient constitué une partie du clergé constitutionnel) ;

- religieux demandant dispense du voeu de pauvreté pour vivre dans le siècle ; ils demandent en outre très souvent dispense des règles particulières de leur ordre et aussi de récitation de prières incompatibles avec leurs occupations.

Les religieuses constituent une troisième catégorie de pétitionnaires. Certaines se marièrent (souvent avec des prêtres), et mettant en avant la contrainte exercée par leur famille pour les faire entrer au couvent ou simplement les lois révolutionnaires, elles demandent la nullité de leurs voeux et l'autorisation de valider leur union, mais en général leurs pétitions se bornent à demander des dispenses qui leur permettent de vivre dans le siècle, particulièrement dispense du voeu de pauvreté (pour hériter, disposer de leurs biens), dispenses de récitation de prières ou commutation de prières.

Beaucoup de religieuses vivent ensemble par petits groupes et la demande est formulée par l'une d'elles au nom de ses compagnes ; beaucoup de supérieures demandent des dispenses pour les religieuses de toute l'ancienne communauté. Enfin au fur et à mesure que certaines communautés se reconstituent, des religieuses demandent dispense pour passer dans un ordre différent de celui dans lequel elles avaient primitivement prononcé leurs voeux.

Quelques pétitions semblent s'être plutôt égarées dans ces articles et touchent à des objets de nature différente : lettres de desservants sur des questions de doctrine, suppliques de curés en faveur de leurs paroissiens, demandes de dispense d'âge pour ordonner des sous-diacres, demandes d'absolution d'homicide involontaire. Signalons enfin que les articles AF IV 1895 et 1896 renferment, avec les pétitions d'ecclésiastiques, de nombreuses pétitions de personnes privées.

Le chanoine Pisani

L'Église de Paris et la Révolution par P. PISANI..., Paris, 1908, 3 volumes in-8°.

a essayé d'évaluer le nombre d'ecclésiastiques que la tourmente révolutionnaire avait détournés de leur vocation ; d'autres

PIERRE BLIARD. Jureurs et Insermentés..., Paris, 1910.

Histoire des deux Concordats par AUGUSTIN THEINER..., Paris, 1869, 2 vol.

comme lui avaient tenté également de le faire. Une observation s'impose tout d'abord : la mission en France du légat répondait sans doute aux voeux de beaucoup d'ecclésiastiques désireux de se réconcilier avec l'Église, mais il est évident qu'une autre fraction du clergé constitutionnel ne frappa pas à la porte de la légation et persévéra dans ce qui, selon Rome, était l'erreur.

Le dénombrement même des pétitions contenues dans les vingt et un cartons cotés AF IV 1895 à 1916 n'est pas simple. Ces derniers contiennent plus de cinq mille pétitions, chiffre admis par le chanoine Pisani ; certaines suppliques ont dû être égarées puisque le dépouillement de la correspondance au départ de la légation (AF IV 1891 à 1894) a permis de retrouver à peu près deux cent cinquante réponses du légat à des pétitions d'ecclésiastiques dont la supplique ne figure pas dans les articles AF IV 1895 à 1916. De même le dépouillement des cahiers d'enregistrement cotés F/19/1920 et 1921 a permis de repérer une centaine de prêtres ou de religieux dont les suppliques se sont égarées. Enfin il ne faut pas négliger les pétitions anonymes, quelquefois collectives, assez nombreuses : dix neuf dans le seul article AF IV 1898, douze en AF IV 1899, six en AF IV 1901, quarante cinq en AF IV 1902, etc. Soit probablement près de six mille pétitions, chiffre qui doit être corrigé puisqu'on ne peut savoir exactement le nombre des pétitionnaires qu'engagent les suppliques collectives. Il convient d'ajouter que ces dernières ne sont jamais des demandes d'absolution de fautes graves, mais émanent de réguliers qui demandent pour une communauté ou un groupe plus ou moins important une dispense particulière.

Mais sur ce nombre, il faut compter des personnes religieuses dont la situation n'était pas à proprement parler irrégulière : religieux et religieuses qui demandent dispense de telle ou telle règle de leur ordre, de récitation de prières, prêtres qui demandent à réciter leur bréviaire suivant tel ou tel rite, etc. Notons le nombre considérable de pétitions n'ayant trait qu'aux dispenses du voeu de pauvreté, aux demandes d'autorisation de disposer de biens, de tester, d'ester en justice pour réclamer des héritages auxquels les lois nouvelles donnaient droit, de régulariser des rachats ou des aliénations de biens ecclésiastiques.

On ne peut pas ne pas remarquer le nombre assez important d'étrangers qui figurent parmi les pétitionnaires, ce qui semble normal pour ceux originaires de pays où les lois révolutionnaires, du fait des conquêtes de la République, ont été appliquées, mais assez étonnant lorsqu'il s'agit de requêtes de religieux espagnols ou portugais. C'est qu'en fait des ecclésiastiques en rupture de ban (pas du tout du fait de la Terreur ou des lois de la Révolution) ont cru pouvoir profiter de la bienveillance du Saint-Siège pour tenter de se réconcilier avec l'Eglise : ainsi des prêtres français qui avaient abandonné l'état ecclésiastique avant 1789, s'adressèrent au légat pour se mettre en règle avec l'Église.

Les milliers de pétitions du fonds Caprara se subdivisent en tant de cas d'espèces qu'il est difficile de tirer des conclusions trop tranchées. Les chiffres avancés par le chanoine Pisani, un peu plus de cinq mille ecclésiastiques, dont à peine le tiers composé de religieux ou de religieuses, ayant eu recours au légat entre 1801 et 1808 semblent un peu en-dessous de la vérité. Ainsi pour les ecclésiastiques mariés nous avons procédé à un dépouillement qui donne les résultats suivants : prêtres séculiers : 2150, prêtres réguliers et religieux : 1060, religieuses 410, diacres et sous-diacres : 95, soit 3 715 pétitionnaires pour cette seule catégorie de suppliques.

Le classement des pétitions ecclésiastiques n'est pas très rigoureux. L'ensemble des articles se subdivise grosso modo en cartons renfermant les rescrits négatifs et cartons conservant les absolutions. Tantôt les séculiers sont mêlés aux réguliers, tantôt ils sont séparés ; il existe un classement assez flou d'après la nature des fautes : assermentés, mariés, religieux demandant à être relevés de leurs voeux, etc., et un classement chronologique. Le diocèse est toujours indiqué sur les pétitions, mais le classement n'est nullement géographique. Une étude pour une région donnée demande donc des dépouillements dans tous les cartons.

Le cardinal Caprara avait été autorisé à valider les mariages contractés par les prêtres et les religieux avant le 15 août 1801 ; cette date marquait le point d'arrêt fixé par Rome aux désordres nés de la Révolution. Tous les prêtres mariés avant cette date, fut-ce quelques semaines ou quelques jours auparavant, obtinrent la réhabilitation de leur mariage ; les autres (car certains se mariaient civilement ou demandaient encore l'autorisation de se marier en 1806, 1807) essuyèrent un refus.

Parmi les pétitionnaires qui n'obtinrent pas leur réconciliation beaucoup revenaient à la charge une seconde, une troisième fois, quelquefois plus. Leur dossier se retrouve d'année en année dans plusieurs cartons, gonflé de certificats et de pièces annexes qu'ils adressaient au légat, croyant le fléchir.

Les pétitions sont parfois un simple exposé sans détails superflus, parfois une véritable confession avec tout un dossier de pièces à l'appui de la requête. Les pétitionnaires indiquent quelquefois à peine leur identité, ou au contraire fournissent un curriculum vitae, et un récit de leurs aventures pendant les années révolutionnaires. La pétition est présentée tantôt par le requérant lui-même, tantôt par l'intermédiaire d'un prêtre ou même de l'évêque du diocèse, ou encore d'un laïc. Il semble que des modèles de suppliques aient circulé comme l'atteste l'identité des thèmes et du vocabulaire employé dans un grand nombre de suppliques.

Un seul évêque constitutionnel

Duflos, évêque constitutionnel élu du Pas-de-Calais.

figure parmi les pétitionnaires ; la réconciliation de ces évêques se fit par d'autres voies. Le plus célèbre, Talleyrand, fut l'objet d'une correspondance entre le cardinal légat et le Saint-Siège, et les pièces relatives à sa sécularisation se trouvent en F/19/

F/19/1906, dossier 3, pièces 2-4, 5-8 ; F/19/1909, dossier 1 ; F/19/1915, dossier 2, pièce 40 ; F/19/1919, dossier 1, pièces 12-18.

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À défaut d'évêques, on trouve en AF IV un certain nombre de vicaires généraux, grands vicaires, vicaires épiscopaux. Citons entre autres : Jean-Marie Campagne, vicaire épiscopal de Bordeaux en 1791, veuf, remarié, devenu notaire ; Jean-Jacques de Croisilles, ancien vicaire général de l'évêque de Bayeux qui renouvelle sa rétractation des serments qu'il a prêtés ; Marie-Louis-Michel Dubourg, ancien grand vicaire de Mgr. de La Rochefoucauld, devenu secrétaire général de la préfecture de Beauvais, qui sollicite sa sécularisation ; Antoine-Daniel Delacroix, ci-devant prieur du collège des Prémontrés rue Hautefeuille à Paris, marié en 1793, employé au ministère de la Guerre ; Jean-François Revéché-Duperron, ancien grand vicaire de Coutances, marié.

La situation dans le siècle des prêtres et des religieux qui abandonnèrent l'état ecclésiastique ne manque pas d'intérêt. On peut regretter qu'un nombre important d'entre eux ne donnent pas d'indication sur leur situation personnelle ou leur profession. Il reste ceux qui, nombreux, l'ont fait. L'enseignement arrive largement en tête des professions qu'ils ont exercées : professeurs d'écoles centrales ou de collèges privés, maîtres de pension, maîtres de langues étrangères, instituteurs d'écoles primaires ; les religieuses dans la mesure où l'on peut dire que les femmes aient eu réellement une profession à cette époque, se sont toutes consacrées à l'enseignement (mais, en général, les religieuses sécularisées n'exercent pas d'activité ; mariées, elles s'occupent de leur foyer, célibataires, elles sont rentrées dans le sein de leur famille où elles remplissent un rôle traditionnel ; beaucoup se réunissent entre elles, cherchant à reformer une communauté en unissant leurs ressources ; notons cependant quelques ouvrières et quelques domestiques).

Beaucoup de prêtres et de religieux entrèrent au service de l'État et peuplèrent les administrations : Enregistrement, contributions, douanes, octrois, administrations municipales, magistrature, etc. La carrière préfectorale en recueillit un certain nombre : un préfet, Leclerc

Le seul qui figure au nombre des pétitionnaires, bien qu'il y en ait eu d'autres.

, préfet de la Meuse, ancien diacre qui demanda sa réconciliation en 1807 seulement ; plusieurs sous-préfets, parmi lesquels : Jean-Baptiste Bressy, sous-préfet de Saluces, marié après le 15 août 1801 ; Legrand, sous-préfet d'Yvetot, sécularisé en 1805 ; Pierre-Léon Lefebvre, sous-préfet de Romorantin ; Jean-Alexandre Cavoleau, secrétaire général de la préfecture de la Vendée, prêtre marié avec une religieuse ursuline et qui demanda en 1803 la réhabilitation de son mariage ; Authier de Saint-Sauveur, sous-préfet d'Yssingeaux, ancien chanoine de la cathédrale du Puy, prêtre apostat ; Arnoul, sous-préfet de Hasselt.

On retrouve un échantillonnage de toutes les professions : marchands, négociants, employés de commerce ou de banque, commis-voyageurs assez nombreux, quelques chefs d'entreprise, une demi-douzaine de commissaires de police, trois musiciens et même un pompier... Du côté des carrières libérales, le droit et la médecine les attirèrent particulièrement : beaucoup devinrent avocats, hommes de loi, notaires, huissiers ou médecins, chirurgiens, officiers de santé, pharmaciens et apothicaires. Notons au passage que ces ecclésiastiques furent nombreux à occuper des fonctions municipales comme maires ou conseillers municipaux ; quelques-uns briguèrent la députation comme Villers, ancien curé de Saint-Philbert-de-Grandlieu (Loire-Atlantique), membre du Corps législatif, ou Guillaume Van Cutsem diacre, juge à la Cour d'appel de Bruxelles, législateur. Ils ne furent guère attirés par les armes bien qu'ils aient souvent servi aux armées ; relevons cependant plusieurs commissaires des guerres et aussi un général, Guy-Louis-Henry Valory, ci-devant chanoine de l'église Saint-Pierre de Lille, marié en 1792, veuf en l'an VIII et qui sollicita l'autorisation de contracter une seconde union. Peu se disent cultivateurs, mais on peut penser que dans les milieux ruraux beaucoup se retrouvèrent travaillant la terre familiale. Bien d'autres occupèrent de modestes fonctions tout particulièrement les frères lais chassés des couvents qui devinrent ouvriers ou modestes artisans (cordonniers, charpentiers...) ; quelques-uns déclarent se livrer aux " arts mécaniques " sans autre précision. Les prêtres âgés furent les plus à plaindre, incapables de travailler, malades et souvent sans autres ressources que la modeste pension accordée par l'État. Enfin une partie d'entre eux se définit comme " propriétaires ", ou bien sans donner d'indication précise, laissent entendre que les héritages familiaux ou un riche mariage leur permet de vivre à l'abri du besoin ; ceux-là appartiennent à la bourgeoisie rentière du XIXe siècle.

Quelques noms assez connus figurent au fichier des pétitionnaires ecclésiastiques du fonds Caprara : Sébastien Bottin, prêtre marié en 1794 ; Antoine Fantin des Odoards, ci-devant vicaire général d'Embrun, chanoine de l'église cathédrale d'Amiens, marié avec une veuve ; Victor de Musset, dit Musset-Pathay, père du poète, diacre marié le 10 juillet 1801.

Une recherche dans le fichier des pétitions peut être utile pour une biographie, d'abord parce qu'elle peut révéler l'état ecclésiastique (ignoré ou oublié) d'un personnage, mais aussi parce que beaucoup de suppliques sont très détaillées, donnant des renseignements sur la famille des pétitionnaires, leur jeunesse, leurs études, leur entrée dans les ordres ou au couvent (un grand nombre de suppliants se plaignent de la contrainte exercée sur eux par leur famille), les fonctions occupées avant la Révolution, les années de persécution, mais plus encore parce que ces pétitions sont un étonnant témoignage social et psychologique. Les uns se plaignent violemment des lois révolutionnaires et s'abritent derrière la cruauté des temps pour excuser leurs fautes, mais d'autres se réjouissent d'avoir, grâce aux lois promulguées, échappé à un état pour lequel ils n'étaient point faits. Il faut souligner le nombre élevé de plaintes contre les pressions familiales qui ont amené beaucoup d'entre eux à embrasser contre leur gré l'état ecclésiastique, et la résonnance qu'ils donnent au roman de Diderot La Religieuse, bien qu'une mystification fût à l'origine des aventures supposées de la soeur Suzanne Simonin. Les prêtres mariés se partagent en adversaires résolus du mariage aspirant à reprendre l'exercice des fonctions sacerdotales

Les suppliques contenues dans les articles AF IV 1897 à 1900 émanent de prêtres mariés demandant à être réintégrés dans les cadres du clergé.

, et en partisans d'un bonheur simplement humain dont ils vantent les félicités.

Le cardinal légat ne trouvait pas toujours des marques de repentir dans les suppliques et devait rappeler à l'ordre les requérants dont les lettres n'étaient pas d'un ton très convenable. Certains éloges des lois révolutionnaires qui avaient ouvert les couvents et libéré les religieux ne devaient guère plaire au légat.

Les motivations de toutes ces démarches sont diverses. En général le repentir, la crainte des châtiments éternels, le désir d'être absout à l'article de la mort (cas fréquents) sont mis en avant, mais quelquefois aussi des motifs plus terre à terre : le souhait de légitimer des enfants considérés comme bâtards aux yeux de l'Église (raison fréquemment invoquée), le désir lié à la promulgation du Concordat de se soumettre au nouvel ordre des choses et de rentrer dans le sein de l'Église. Peut-être aussi les pressions sociales poussent à effacer, surtout en milieu rural ou provincial, le scandale causé par le prêtre ou la religieuse marié ; au contraire quand ce scandale est ignoré, la demande revient souvent d'être autorisé à faire valider le mariage sans bans à l'église et par un vicaire général ou un prêtre étranger à la paroisse. Dans un article sévère, A. Mathiez

Albert MATHIEZ. Les prêtres révolutionnaires devant Caprara... in Annales historiques de la Révolution française... tome troisième, p. 1-15, 1926.

a étudié plusieurs suppliques choisies, il faut le reconnaître, parmi les pires. Reste le problème évoqué par Mathiez, savoir ce que représentent en nombre les repentis qui ont frappé à la porte de la légation par rapport à l'ensemble du clergé constitutionnel.

4. Les archives du bureau des Affaires politiques (F/19/1906 à 1923).

Il s'agit essentiellement de la correspondance échangée entre le cardinal légal Caprara et les cardinaux secrétaires d'État à Rome, entre 1801 et 1808 ; s'y ajoutent les lettres échangées entre le cardinal légat et Talleyrand ou tel autre ministre, notamment les ministres de la république ou du royaume d'Italie, quelquefois aussi des lettres à des cardinaux ou à des personnalités diverses.

Quelques éléments étrangers à l'activité même du second bureau de la légation figurent dans le groupe d'articles F/19/1906 à 1923. Ce bureau, en effet, semble avoir hérité de la correspondance échangée, avant l'arrivée du légat à Paris, entre le cardinal secrétaire d'État à Rome et les cardinaux chargés de mission pour les négociations concordataires. Ainsi la correspondance adressée par le cardinal Consalvi à Mgr. Spina, archevêque de Corinthe envoyé à Paris, correspondance qui est scindée en deux dossiers : F/19/1913, dossier 10 (29 octobre-27 décembre 1800) et F/19/1915, dossier 1 (3 janvier-14 octobre 1801).

En outre, un gros cahier d'enregistrement de la correspondance adressée par Mgr. Spina au cardinal secrétaire d'État à Rome (12 novembre 1800-31 octobre 1801) est coté F/19/1913, dossier 11. A peu près entièrement édité par Boulay de la Meurthe dans son ouvrage Documents sur la négociation du Concordat, ce registre a fait simplement l'objet d'un renvoi à l'édition des dépêches diplomatiques et n'a pas été analysé dans l'inventaire. Signalons également la correspondance adressée par le cardinal Doria à Mgr. Spina et au cardinal Consalvi lorsque ce dernier se rendit à Paris, en juin 1801, pour faire aboutir les négociations concordataires, correspondance qui figure sous la cote : F/19/1915, dossier 4 (13 juin-8 août 1801).

Un second groupe de dossiers semble figurer par erreur dans les archives issues du second bureau de la légation. Les articles F/19/1920, dossiers 2, 3, 4 et F/19/1921, dossiers 1 à 9, composés de registres des affaires traitées par le bureau des affaires ecclésiastiques, devraient bien plutôt se trouver dans la sous-série AF IV ; non livrés en 1808 pour une raison inconnue, ils ont ensuite suivi le sort des archives politiques.

La liasse F/19/1920 dossier 1 est également tout à fait étranger aux archives de la légation : outre une intervention du cardinal Consalvi auprès de Mgr. Erskine, et deux suppliques d'ecclésiastiques adressées au ministre des Cultes en 1811 et 1813 et intégrées dans ce fonds après la saisie de 1810, ce dossier est composé de pétitions adressées au Pape, prisonnier à Savone en 1809, pièces dont nous ne savons comment elle sont parvenues dans le groupe d'articles F/19/1906 à 1923. Il en va de même pour le dossier coté F/19/1909, dossier 7, relatif au catéchisme italien (1811) et pour un autre dossier, postérieur à la cessation de la légation et sans doute intégré par erreur dans le groupe d'articles cités ci-dessus (F/19/1919, dossier 10), relatif au décret du 28 février 1810 modifiant les lois organiques de l'Empire. Encore un autre dossier postérieur à 1808 coté F/19/1909, dossier 8, relatif à la réclamation par Rome des archives de la légation en 1817 a été réuni à ce groupe d'articles.

Enfin signalons l'article F/19/1905 qui apparaît dans l'État sommaire des versements... comme ne faisant pas partie des archives de la légation, mais qu'il nous a semblé utile d'analyser et d'ajouter à l'inventaire, le dossier n° 1 étant relatif aux diverses réclamations faites par Rome des archives du cardinal Caprara et le dossier n° 3 à des résumés de correspondance entre le cardinal légat et le cardinal secrétaire d'État. Ajoutées à bon droit aux archives de la légation, les traductions des dépêches échangées entre le cardinal Caprara et le cardinal secrétaire d'État, faites par Goschler, archiviste de la Secrétairerie d'État, de 1853 à 1857, et continuées par Sessa de 1866 à 1869, constituent les deux derniers articles F/19/1922 et 1923.

Le classement des archives du bureau des affaires politiques, à la fois méthodique et chronologique, n'est guère satisfaisant. En voici un tableau sommaire :

Affaires diverses

F/19/1906.

1. Évêques constitutionnels (1801-1802).

2. Prêtres constitutionnels (1802).

3. Cardinaux (1802).

4. Voyage du Pape (1804).

5. Mariages civils (s. d.).

6. Divorce (s. d.).

7. Mariages mixtes (1806).

8. Catéchisme (1805-1806).

9. Nomination et préconisation des évêques (1804-1807).

10. Affaires de France : conflit entre le Pape et l'Empereur (1806-1807).

11. Cardinalat : protocole et étiquette (1803).

12. Logement de la légation (1801-1808).

F/19/1907.

1. Italie. Nomination aux évêchés (1802-1803).

2. Diocèses du Piémont (1801-1806).

3. Circonscription ecclésiastique du Piémont (1801-1810).

4. Licences et indults (registre) [1802-1808].

F/19/1908.

1. Correspondance échangée entre Portalis et le cardinal Caprara (1802-1807).

2. Occupation de l'Italie par les troupes françaises [correspondance entre Talleyrand et le cardinal Caprara] (1802-1806).

3. Statues (s. d.).

4. Naples (1804-1806).

5. Papiers personnels de l'abbé Ducci.

F/19/1909.

1. Sécularisation de Talleyrand (1802).

2. Congrès de Lyon (1802).

3. Ordre de Malte (1802-1805).

4. Affaires d'Italie (1805-1808).

5. Cardinal de Bayane (1807).

6. Joseph, roi de Naples (1806).

7. Catéchisme italien (1811).

8. Réclamation des archives de la légation (1817).

F/19/1910.

Enregistrement de la correspondance adressée par le cardinal Caprara au cardinal secrétaire d'État (5 octobre 1801-19 juin 1805).

(10 cahiers numérotés 1 à 10).

F/19/1911.

Enregistrement de la correspondance adressée par le cardinal Caprara au cardinal secrétaire d'État (22 juin 1805-25 novembre 1808).

(7 cahiers numérotés 11, 12, 14, 15, 16, 17, 18).

Huit autres cahiers (dont deux numérotés 13 à 19, et les autres sans indication pour les distinguer), renfermant l'enregistrement de la correspondance adressée par le cardinal légat à diverses personnalités : les cardinaux di Pietro et Spina, les ministres du royaume d'Italie, Talleyrand, Portalis et quelques correspondants divers (1801-1808).

F /19/ 1912.

Correspondance diverse (principal correspondant, Talleyrand, puis Champagny) [1801-1808].

F/19/1913.

1-5. Correspondance adressée par le cardinal Caprara à Marescalchi (1802-1805).

6. Correspondance adressée par les ministres Marescalchi et Aldini au cardinal Caprara (1806).

7. Correspondance adressée par le cardinal Caprara aux ministres Marescalchi et Aldini (1806).

8. Correspondance échangée entre le cardinal Caprara et Marescalchi (1807).

9. Correspondance adressée par Marescalchi au cardinal Caprara (1802-1804).

10. Correspondance adressée par le cardinal Consalvi à Mgr. Spina, archevêque de Corinthe (29 octobre-27 décembre 1800).

11. Enregistrement de la correspondance adressée par Mgr. Spina, en mission à Paris pour la négociation du Concordat, au cardinal secrétaire d'État à Rome.

(17 cahiers, couvrant la période : 12 novembre 1800-31 octobre 1801).

F/19/1914.

Correspondance adressée par le cardinal secrétaire d'État Casoni au cardinal Caprara.

1. 1806.

2. 1807.

3. 1808.

F/19/1915.

1. Correspondance adressée par le cardinal secrétaire d'État Consalvi à Mgr. Spina (3 janvier-14 octobre 1801).

2. Correspondance adressée par le cardinal Consalvi au cardinal Caprara (1802).

3. Correspondance adressée par le cardinal Consalvi au cardinal Caprara 1803-1805).

4. Correspondance adressée par le cardinal Doria au cardinal Consalvi et à Mgr. Spina, à Paris (juin-août 1801).

F/19/1916.

Correspondance adressée par le cardinal Consalvi au cardinal Caprara.

1. (1803).

2 à 13. (1804).

14. Papiers divers (résidus.)

F/19/1917.

Correspondance adressée par le cardinal Consalvi au cardinal Caprara. 12 dossiers (1805).

F/19/1918.

Correspondance adressée par le cardinal Consalvi au cardinal Caprara. 6 dossiers (janvier-juin 1806).

F/19/1919.

Concordats d'Allemagne et d'Italie.

Concordat d'Italie.

1. Correspondance (1802).

2. Instructions au cardinal Caprara (1802).

3. Projets de concordat (s. d.).

4. Correspondance (1803).

5. Protestations contre le décret exécutorial du 26 janvier 1804.

6. Exécution du Concordat italien (1805).

7. Correspondance (1806).

Concordat d'Allemagne.

8. Correspondance (1802-1807).

9. Mémoire sur le projet présenté par Dalberg (1808).

10. Décret du 28 février 1810 modifiant les lois organiques de l'Empire.

F/19/1920.

1. Affaires diverses, dispenses (pétitions adressées au Pape à Savone).

2, 3, 4. Registres de réponses et de rescrits adressés par le cardinal légat à des ecclésiastiques ou à des laïcs, notamment en matière de mariage (1801-1808).

F/19/1921.

Enregistrement des actes du cardinal légat.

9 registres d'induits accordés par le cardinal légat aux ecclésiastiques mariés, de réponses données à des laïcs sur des demandes d'annulation de mariage ou à des ecclésiastiques sur des demandes de nullité d'ordination ou de voeux solennels (1801-1808).

F/19/1922 et 1923.

Traduction de la correspondance échangée entre les cardinaux Consalvi et Caprara.

L'ensemble de ces papiers a fait l'objet d'un inventaire analytique, à l'exception des cahiers d'enregistrement de la correspondance adressée à Rome par Mgr. Spina (1800-1801) et par le cardinal légat (1801-1808), les premiers ayant été édités par Boulay de la Meurthe, les seconds méritant de l'être et au surplus étant difficiles à analyser, même dans leurs grandes lignes, tant sont variés les sujets abordés.

La partie la plus intéressante de ces papiers est sans doute la correspondance adressée par le cardinal secrétaire d'État Consalvi au cardinal légat de 1801 à 1806. On peut distinguer trois sortes de documents : les dépêches officielles accompagnées de pièces jointes (copies de lettres reçues ou adressées par Consalvi et relatives à tel ou tel sujet), dépêches qui forment ainsi un véritable petit dossier sur une question donnée (ces copies ont été signalées dans l'inventaire) ; les lettres chiffrées à peu près toutes entièrement décryptées par les services de la légation, relatives à des sujets importants et à des instructions confidentielles de Rome au légat ; enfin les lettres autographes du cardinal Consalvi, très nombreuses, vives, familières, chaleureuses, parlant volontiers de petits événements qui se déroulent à Rome, des ennuis de santé des deux cardinaux, des soucis de leur charge, de la mort de proches ou d'amis communs. Dans le milieu romain, si hostile au cardinal légat, peu de prélats lui auraient témoigné tant de confiante amitié. D'ailleurs, après juin 1806, quand le cardinal Consalvi se fut retiré de sa charge, le caractère de la correspondance adressée par le nouveau secrétaire d'État, le cardinal Casoni, changea : les lettres autographes disparurent, les lettres chiffrées également, les dépêches officielles se firent plus courtes, plus sèches. Le cardinal légat, suspect, était tenu à l'écart.

Comme toute correspondance diplomatique, ces lettres débordent le cadre français et sont une source importante, en partie utilisée, pour toutes les négociations entre le Saint-Siège et les cours d'Europe de 1801 à 1808.

II. NOTES SUR LA LÉGATION EN FRANCE DU CARDINAL CAPRARA (1801-1808)
1. La désignation comme légat.

La mise en vigueur du Concordat, dont les négociations même avaient été longues et laborieuses, s'annonçait difficile. Afin d'éviter de recourir sans cesse à Rome pour le règlement de toutes les questions que l'application du traité ne manquerait pas de faire surgir, le Premier consul demanda la nomination d'un légat à Paris. Sur les conditions de la nomination du cardinal Caprara comme légat a latere

Les légats sont des prélats envoyés par le Pape pour exercer sa juridiction dans les lieux où il ne peut se trouver en personne. Parmi ceux-ci, les légats a latere tiennent le premier rang. Pris dans l'entourage du Pape, ce sont généralement des cardinaux choisis après avis du Consistoire. Ils sont investis de tous les pouvoirs spirituels du Souverain Pontife, à quelques Consistoire. Ils sont investis de tous les pouvoirs spirituels du Souverain Pontife, à quelques réserves près, ce qui a pu faire dire que Bonaparte aurait un Pape à domicile Les libertés de l'Église Gallicane postulaient des limites concernant l'autorité des légats en France, limites confirmées par le décret du 18 germinal an x.

en France, le cardinal Consalvi rapporte dans ses Mémoires

Mémoires du cardinal Consalvi, Secrétaire d'État du Pape Pie VII, avec une introduction et des notes, par J. CRETINEAU-JOLY..., t. I, p. 404.

 :

" En parlant à Paris de la personne sur laquelle le choix devait tomber, le Premier consul dit qu'il exigeait absolument le cardinal Caprara. Sur les objections que je lui soumis, tirées des motifs de santé et autres qui pouvaient empêcher sa venue, il répéta toujours qu'il désirait Caprara et que, dans le cas d'une impossibilité absolue, il demandait le cardinal Joseph Doria. Le Pape ne pouvant faire autrement, se détermina en faveur du premier ; il le fit partir pour Paris. La suite des faits expliqua et justifia la demande de Bonaparte et notre répugnance... "

Bien des raisons militaient du côté français en faveur du cardinal Caprara. Cacault qui avait noué des liens déjà anciens d'amitié avec lui, écrivait le 8 fructidor an IX (26 août 1801) à Talleyrand

BOULAY DE LA MEURTHE. Documents sur la négociation du Concordat..., t. IV, p. 2.

 :

"...J'avais connu ce cardinal à Florence où il se trouvait lorsque j'y résidais par ordre du Comité de Salut public. Ce cardinal, ami du chevalier Azara, ami du marquis Manfredini, et distingué par ses lumières et par son esprit, voyait dès lors d'une manière sage ce qui concernait la France et ce qui concernait la coalition ; ce qui le faisait appeler en Italie "le cardinal jacobin". Les sentiments favorables que nous montre aujourd'hui ce cardinal sont ceux qu'il professait dans les temps difficiles. Je crois que le Premier consul pourra compter sur de l'affection de sa part et sur son zèle à seconder les vues du gouvernement français...".

Peut-être même ces sentiments favorables dont parle Cacault, étaient-ils allés plus loin, et on

Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. XI, article Caprara.

a pu supposer que le cardinal n'était pas resté étranger aux services que son neveu Carlo Caprara, membre du Sénat de Bologne, rendit aux Français en 1796.

Mais plus encore que sa conduite passée ou sa réputation favorable à la France, la modération de son caractère, pour ne pas dire sa faiblesse, sa santé chancelante même, jouaient en faveur de sa nomination. Tel le dépeint Cacault à Talleyrand (lettre du 22 fructidor an IX, 9 septembre 1801

BOULAY DE LA MEURTHE, Documents sur la négociation du Concordat..., t. IV, p. 29.

 :

" ... le cardinal Caprara a l'esprit éclairé. C'est le légat a latere le plus propre, le plus capable d'éteindre jusqu'aux semences de divisions ecclésiastiques, répandues en France depuis l'époque du Jansénisme. Il est indifférent et froid à l'égard des querelles théologiques, ennemi du fanatisme qui les soutient. Il se prêtera à tout ce que le Premier consul pourra désirer. Il tiendra seulement en homme d'honneur, à conserver au Pape sa considération... "

Le cardinal Caprara, né le 29 mai 1733 à Bologne, était le fils du comte Francesco-Raimondo Montecuccoli, mais, pour des raisons mal connues, il hérita du nom de famille de sa mère.

Il avait, lorsqu'il fut nommé légat en France, en 1801, déjà une longue carrière derrière lui. Nonce à Cologne pendant neuf ans (13 décembre 1766-10 octobre 1775), il eut à lutter contre le febronianisme, et accomplit, au cours de cette nonciature deux importantes missions, en 1772 auprès des catholiques d'Angleterre, ensuite dans le sud de l'Allemagne. Il déploya à cette occasion de réelles qualités et fit preuve d'une grande perspicacité dans les rapports qu'il envoya à Rome. Tant de reproches lui furent adressés par la suite, qu'il n'est pas inutile de le souligner.

Envoyé comme nonce à Lucerne (1775-1785), puis à Vienne (1785-1793), sa conduite fut mal vue à Rome. On lui reprocha son inertie, son effacement, son indécision, la faiblesse de son caractère, sa complaisance envers les détenteurs du pouvoir temporel. Le cardinal Boncompagni, secrétaire d'État de Pie VI, l'accusa de le laisser sans nouvelles ; autant de reproches que plus tard lui adressera inlassablement le cardinal Consalvi, secrétaire d'État de Pie VII, au cours de six années de correspondance, en l'accusant également de ne pas aborder les questions épineuses et de préférer laisser faire le temps.

Pie VI, au dire de son successeur, n'aimait point le cardinal Caprara

La captivité de Pie VII... par le comte MAYOL DE LUPPÉ, t. II, p. 39.

 ; sa faiblesse ne lui avait pas concilié la cour de Vienne, et son rappel à Rome en 1793 prit l'allure d'une disgrâce.

À la mort de Pie VI, une possible élection du cardinal Caprara au pontificat fut écartée d'office par le représentant de l'empereur d'Autriche. Proposé pour l'archevêché de Bologne, l'opposition de l'Autriche rendit impossible cette nomination. En 1800 enfin, il obtint l'évêché de Jesi, où il se retira et qu'il administra avec beaucoup de compétence et de charité. C'est là que sa désignation comme légat a latere en France vint le surprendre. Ayant accepté cette charge, le cardinal Caprara quitta Jesi et arriva à Rome le 20 août 1801. Il fut nommé légat a latere en consistoire, avec beaucoup de solennité.

Cacault dans une lettre à Talleyrand

BOULAY DE LA MEURTHE, Documents sur la négociation du Concordat..., t. IV, p. 2, lettre du 8 fructidor, an IX (26 août 1801).

rendit très exactement compte de la nomination du cardinal Caprara :

"...Un légat a latere peut être nommé et envoyé par bref du Pape sans autre formalité : mais le Saint-Père a voulu que, dans cette occasion, il ne fût rien oublié ni négligé dans le cérémonial et les formes solennelles. Le Pape a assemblé, le 6 de ce mois (24 août), au matin, tous les cardinaux en consistoire ; et dans ce consistoire le cardinal Caprara a été nommé légat a latere en France. Le 9 ou le 10 de ce mois (27 ou 28 août), il y aura un autre consistoire en public, où le légat Caprara sera investi de la croix par le Pape... "

Sur les conditions du voyage, Cacault poursuit :

"...Il voyagera avec deux carrosses à quatre places chaque, et une petite voiture de suite et deux courriers à cheval. Il n'emmène avec lui personne d'assez considérable pour augmenter de cette manière l'éclat extérieur de la légation.

Mgr. Mazio, prélat de mantellone, ira avec lui en qualité de maître de chambre ; Mgr. Sala le suivra en qualité de secrétaire d'ambassade. Il mènera en outre un commis intelligent pour les expéditions.

Le cardinal Caprara a 68 ans et sa santé est faible. Il ne pourra marcher que de jour dans son voyage jusqu'à Paris...

Il partira d'ici un homme de confiance du cardinal Caprara qui sera adressé à Mgr. Spina à Paris et qui aura commission du légat de louer un palais où il puisse descendre et s'établir à Paris. Autrefois une pareille légation donnée à un cardinal neveu du Pape lui coûtait des sommes immenses ; mais il en résultait ensuite à son profit de grands présents, de gros bénéfices. Le cardinal Caprara, qui est vieux, n'est susceptible d'aucune espérance ambitieuse. Il sera nécessaire que vous l'aidiez à soutenir les frais d'une telle commission... ".

Cette légation extraordinaire prit donc d'ailleurs l'allure d'une modeste mission ; les temps étaient changés, et le Pape ne pouvait suffire aux dépenses à prévoir pour faire accompagner le cardinal d'une nombreuse suite de prélats et de gentilshommes, malgré son désir de faire les choses avec grandeur, comme l'écrit Cacault à Talleyrand

BOULAY DE LA MEURTHE. Documents sur la négociation du Concordat..., t. IV, p. 30, lettre du 22 fructidor, an IX.

 :

"...Le Pape, si appauvri et si misérable dans ses dépenses personnelles, fait les choses très noblement en tout ce qui concerne la France. Il ne regarde ni à la dépense des courriers pour Paris, ni à celle des cardinaux qu'il vous envoie. La légation du cardinal Caprara lui coûtera fort cher... "

"...Le cardinal Caprara légat a latere du Saint-Siège arriva à Paris avec plusieurs prêtres italiens dont les principaux étaient Mgr. Sala en qualité de secrétaire de légation... Mgr. Mazio, conseiller de légation... MM. Rubi, théologien, Vadorini secrétaire du cardinal, Ducci casuiste, un majordome, etc. Les cinq premiers formaient le conseil du légat... "

Souvenirs de l'abbé Lesurre.

.

Le Premier consul était prêt de son côté à assurer au légat les honneurs dus à son rang, à lui procurer un hôtel pour s'installer et, pour cela, alloua à l'abbé Bernier une somme de 24 000 francs pris sur des fonds secrets.

Parti le 5 septembre de Rome, le cardinal Caprara arriva à Paris dans la nuit du 4 octobre et descendit à l'hôtel de Rome (41, rue Saint-Dominique). Le Premier consul lui envoya l'abbé Bernier pour lui indiquer qu'il avait loué pour lui et pour sa suite l'hôtel Montmorin

Anciennement ministère de la France d'Outre-mer.

et l'avait pourvu de chevaux, de voitures pour que sa mission fût enveloppée de l'éclat qui lui était dû. Cet hôtel, situé 27, rue Oudinot, était devenu en 1781 propriété du comte de Montmorin Saint-Herem, successeur de Vergennes. Le cardinal l'occupa de 1801 à 1806, date à laquelle l'hôtel fut acheté par le général Rapp. En 1806, le cardinal demanda qu'on lui procurât un autre logement. Ce fut l'hôtel de Biron (actuellement Musée Rodin, 77, rue de Varennes), construit de 1728 à 1731 par Aubert sur les dessins de Jacques Gabriel. Le cardinal l'occupa jusqu'à sa mort en 1810.

2. L'oeuvre accomplie.

Arrivé de nuit à Paris, le cardinal Caprara ne fit point d'entrée publique. Conclu après de laborieuses négociations, le Concordat ne fut pas publié immédiatement. Les débuts de la légation furent donc modestes et même obscurs car, pour aborder les tâches qui lui avaient confiées, le légat dut attendre la publication du traité. Cependant dès le début de la légation, suppliques et pétitions affluèrent et Emery pouvait écrire au cardinal, le 20 novembre 1801

AF IV 1917, dossier 1.

 :

"... rien de plus juste que le désir de Votre Éminence sur l'établissement de quelques personnes qui seroient à Paris chargées de rédiger et de présenter les suppliques dans la forme usitée et de retirer les rescrits. L'embarras ne seroit pas de trouver des personnes honnêtes et intelligentes qui se chargeroient de cet office, ce seroit d'en donner une connaissance sûre et prompte au public. Je prévois que dans les six premiers mois de votre légation, vous aurez peut-être plus d'affaires portées à votre tribunal qu'on n'en portera à Rome de toutes les parties de la chrétienté pendant le même tems... "

Les premiers cahiers d'enregistrement de la correspondance du légat (en AF IV 1891) sont remplis de lettres de renvoi à la publication du Concordat, d'affaires soumises au jugement du cardinal.

De leur côté, le Pape et le cardinal secrétaire d'État s'impatientaient. Mais le Concordat ne fut rendu public que le 15 germinal an X et adopté par le Tribunat et le Corps législatif les 17 et 18 germinal an X (7 et 8 avril 1802). Dès ce moment le cardinal Caprara fut autorisé à exercer officiellement en France ses fonctions de légat, et le décret pris le 18 germinal an X, précisa les règles et usages auxquels devait se soumettre le cardinal. Le jour suivant 19 germinal (9 avril 1802), le cardinal Caprara obtint sa première audience publique de Bonaparte, et cette cérémonie fut entourée d'une certaine solennité qui contrastait avec l'entrée furtive du cardinal légat à Paris, six mois plus tôt.

La Gazette de France du 21 germinal an X, rend compte en ces termes de cette entrevue :

"Le Premier consul, accompagné des deux consuls, des ministres et du Conseil d'État, a reçu le 19 le cardinal Caprara, légat du Pape.

Des voitures du gouvernement étaient allées prendre le légat à son palais. Il se rendit à une heure à celui du gouvernement. Il était précédé d'un détachement des grenadiers de la gendarmerie avec les trompettes, des officiers étaient aux portières de la voiture du légat.

Les voitures du gouvernement étaient précédées par huit autres de la suite du cardinal et accompagnées de deux détachements de cavalerie et de dragons."

Le cardinal Caprara déclara au Premier consul

F/19/1924.

 :

"Vos désirs règleront la durée de mon séjour en France. Je ne m'en éloignerai qu'après avoir remis entre vos mains les monuments de mon importante mission pendant laquelle je ne me permettrai rien de contraire aux droits de la nation." Ensuite le légat prononça et signa un serment conforme à celui que prêtaient anciennement les légats a latere.

Cette entrevue du 9 avril est relatée avec acrimonie par l'abbé Lesurre

Souvenirs de l'abbé Lesurre...

 : " ...Peu de jours avant la publication du Concordat, savoir le 9 avril 1802, fête de la Compassion de la Sainte Vierge, le cardinal légat, accompagné des prélats et secrétaires de la légation, fut conduit aux Tuileries en grande cérémonie pour être présenté au Premier consul. Je me trouvois par hazard à côté de S. E. en montant l'escalier du palais. J'apperçus sur le palier l'abbé Ducci qui portoit la croix du légat, accompagné de deux acolythes. Je lui demandai pourquoi il n'étoit pas entré dans la grande salle, il me répondit qu'il y étoit monté, mais qu'on l'avoit obligé à descendre. Je crus devoir représenter à M. le Cardinal que sa croix de légat a latere devoit le précéder jusques dans l'intérieur du palais. Son Éminence me répondit qu'il ne pouvoit rien contre la force. Arrivé dans la salle où étoit le Premier consul environné de tous les grands officiers, le cardinal prononça le serment d'usage. Portalis lui avoit déjà remis la formule de celui qu'il devoit prêter, selon les intentions du consul, mais il déclara fermement qu'il n'en feroit pas de semblable. Le lendemain de la cérémonie parut dans le Moniteur la formule du serment exigé mais refusé par le légat. On se doutait bien que le cardinal n'oserait pas protester publiquement contre l'insertion de cette formule dans le journal officiel. Le discours du prélat au consul et la réponse très laconique de celui-ci, furent suivis d'une conversation familière en italien entre les deux personnages... ".

Dès lors le cardinal légat put se mettre à l'oeuvre. Celle-ci n'était pas simple ; l'application du Concordat s'avérait difficile, et nombre de questions épineuses laissées dans l'ombre par le texte du traité ne devaient pas faciliter la tâche du légat. Les deux parties contractantes, le Pape et le Premier consul, attachées à conclure, ne tardèrent pas à laisser apparaître des divergences de plus en plus graves.

Installé à Paris, doté de pouvoirs exceptionnels, le cardinal Caprara était comme on a pu l'écrire "un pape à domicile", choisi par Bonaparte et déjà suspecté à Rome dès avant son départ. Le Pape avait pris soin de l'entourer de prélats plus fermes et plus énergiques que lui (Mgr. Sala, Mgr. Mazio) et en outre lui adressait des instructions et des directives sur tous les problèmes importants par l'intermédiaire du cardinal secrétaire d'État. De ces directives le légat ne fut certes pas l'exécutant fidèle et Pie VII pouvait à bon droit se plaindre ; mais, à la décharge du légat, il faut ajouter qu'on ne pouvait juger à Rome comme à Paris ; les difficultés du cardinal Caprara furent grandes, et si les points de vue de la légation et du Saint-Siège divergeaient, si la conduite et les décisions que le légat fut amené à prendre s'écartaient de ce qu'on eût souhaité à Rome, il serait facile et injuste d'accuser le cardinal et de condamner en bloc toutes ses initiatives.

Le Premier consul était évidemment un interlocuteur redoutable ; le cardinal Caprara ne traitait d'ailleurs pas directement avec lui, ne le voyait qu'au cours d'audiences assez rares et pour des problèmes graves. En fait, le cardinal légat collabora étroitement avec deux personnages, Portalis, placé à la tête de la direction des Cultes instituée en octobre 1801, et l'abbé Bernier, négociateur du Concordat, futur évêque d'Orléans.

Les archives de la légation rendent compte de l'importance des problèmes abordés, des difficultés rencontrées et aussi des résultats obtenus. Il ne dépendait pas de la volonté seule du légat que l'oeuvre de restauration de l'Église de France s'accomplît dans de meilleures conditions. Les jugements portés sur l'oeuvre du cardinal Caprara sont souvent sévères et ne tiennent pas compte de l'immense travail réalisé ; mais il n'empêche que le légat fut l'un des artisans de la restauration du culte, de la réconciliation de tous ceux qui, ecclésiastiques ou laïcs, s'étaient écartés des voies de l'Église, et de l'apaisement du conflit qui séparait le clergé resté fidèle du clergé constitutionnel qualifié d'intrus. Si l'on devait dresser un bilan de l'oeuvre accomplie par le légat, ce bilan serait largement positif, en dépit des critiques souvent justifiées qui ont été faites.

3. Le rappel à Rome.

La légation du cardinal Caprara prit fin le 30 mars 1808 à la suite de l'occupation des États pontificaux par les troupes françaises et de la rupture des relations diplomatiques entre les deux puissances ; un communiqué

F/19/1908, dossier 5.

fut rédigé pour rendre publique cette nouvelle et le Pape rappela à Rome son légat. Contre toute attente, le cardinal Caprara ne regagna point Rome ; sa santé, il est vrai, était précaire, mais il semble qu'il ne mit aucun empressement à obéir aux ordres du Pape. Une longue correspondance s'établit entre Rome et Paris pendant quelques mois, puis cessa (ou du moins n'en trouve-t-on plus trace dans les archives de la légation), le Souverain Pontife s'étant peut-être résigné à la désobéissance du légat.

Dès le 4 avril, le cardinal Caprara rendit compte au cardinal secrétaire d'État des décisions prises par l'Empereur relativement aux membres de la légation

F/19/1909, dossier 4, pièces 50-51.

 : comme sujet de l'Empire, le légat pouvait rester à Paris ou aller où bon lui semblerait, pourvu que les personnes attachées à la légation, à l'exception de celles envoyées par le gouvernement pontifical, ne franchissent pas les frontières de l'Empire ou du royaume d'Italie ; le légat, quant à lui, obligé de garder la chambre, s'excusait de ne pouvoir entreprendre un long voyage avant que sa santé fut rétablie et la saison plus favorable.

Nous ne possédons pas la première lettre du cardinal secrétaire d'État

Il manque en F/19/1914, dossier 3 (correspondance adressée par le cardinal secrétaire d'État au cardinal légat en 1808) le dossier du mois d'avril 1808.

transmettant au cardinal Caprara les ordres du Pape de rejoindre Rome, sa mission ayant pris fin. En revanche, nous avons la réponse

F/19/1911, cahier n° 18, lettre sur feuillet, non datée, répondant à deux dépêches des 30 mars et 4 avril 1808 :

" Je me réjouis surtout d'avoir reçu les dépêches et spécialement les deux plus importantes, celles des 30 mars et 4 avril, car elles me font en partie renoncer à certain projet que j'avais imaginé.

Quand les inconvénients assez graves de ma santé me le permettront, je prendrai mes dispositions pour me rendre dans mon diocèse.

Votre Éminence m'invite à suivre les ordres donnés par Sa Sainteté de partir. Si l'exécution d'un tel ordre est destiné à rendre notoire la cessation de la légation apostolique, je puis assurer à Sa Sainteté que cette cessation est d'ores et déjà ouvertement connue, particulièrement par la circulaire émanée de Son Excellence le ministre des Cultes. Si cette même exécution, a pour objet ma venue à Rome, j'observerai en réponse à cet ordre l'impossibilité de le suivre résultant des directives qui m'ont été données par écrit et oralement de la part de Sa Majesté par Son Excellence Aldini, ce dont j'ai rendu compte à Votre Éminence par ma dépêche n° 71 en date du 4 avril. Chacun sait qu'il n'est pas possible de sortir des limites de l'Empire français, ni du royaume d'Italie sans passeport ; et sans celui-ci, des ministres des grandes puissances ne peuvent obtenir les chevaux de poste ni voyager d'autre façon ; finalement quiconque entreprenne un voyage ou tente de sortir des limites de l'Empire, encourt la colère du Souverain au détriment de sa personne qui serait ignominieusement traitée, et (je parle en ma qualité d'archevêque) de son diocèse. Est-il permis d'entreprendre un voyage à la fois physiquement impossible et exposant à de si graves dommages ? A cette réflexion, j'ajouterai qu'aucun ministre des plus grandes puissances n'ose partir sans passeport ".

assez étonnante du cardinal Caprara qui déclare bien vouloir partir pour Milan (et non Rome), lorsque son état de santé le lui permettra. Cette réponse marque un net recul par rapport à la lettre qu'il avait envoyée le 4 avril, et semble manifester une volonté non dissimulée de ne pas rentrer en Italie :

"Godo sopratutto di vedermi rincontrato della ricevuta dei dispacci e specialmente dei due capitali dei 30 marzo e dei quattro aprile, perché tal rincontro mi fa in parte deporre alcune idee che avevo concepito.

Quando la cessazione degli incomodi non leggieri di mia salute me lo permetterà, procurerò di rendermi alla mia chiesa.

Vostra Eminenza mi significa di [eseguire gli ordini già datimi da N.S. di partire]. Se l'esecuzione di tale ordine è diretta a rendere notoria la cessazione dell' apostolica legazione, assicuri S.S. che tal cessazione è già resa palese particolarmente per la circolare emanata da S.E. il ministro per i Culti. Se poi la medesima esecuzione ha per oggetto la mia venuta a Roma, osservo che nel replicarmi tale ordine non si è calcolata l'impossibilità di eseguirla, impossibilità risultante dal l'espresso divieto fattomi fare in scritto ed in voce dalle M.S. per organo di S.E. Aldini, di cui diedi conto a V.E. con mio dispaccio di n° 71 in data dei 4 aprile. Ognuno conosce che non è possibile il partire né dall' Impero francese, né dal Regno d'Italia senza passaporto ; e che senza di questo anche dai ministri delle potenze più grandi non si ottengono i cavalli di posta né si può fare viaggio in altra guisa ; finalmente che chiunque intraprendesse viaggio o tentasse di sortire dai sudetti confini, incorrerebbe l'indignazione sovrana, a danno della persona, la quale sarebbe ignominiosamente respinta, e a detrimento (parlando della mia qualità di arcivescovo) della chiesa che si tiene. E' egli permesso intraprendere un viaggio alla volta di Roma fisicamente reso impossibile ed esponente a danni si gravi ? A queste riflessioni aggiungerò che niun ministro delle più grandi potenze osa di partire senza passaporto. "

Ce prétexte mis en avant du passeport refusé paraît d'autant plus suspect qu'une note de Champagny

F/19/1905, dossier 1.

au ministre des Cultes du 3 avril 1808, laisse supposer au contraire que les passeports ont été immédiatement délivrés au cardinal légat :

" Monsieur, Sa Majesté m'a chargé de vous annoncer que le Saint-Siège ayant retiré ses pouvoirs à M. le cardinal légat, Elle cessait de reconnaître en cette qualité M. le cardinal Caprara. S. E. a demandé ses passeports et je viens de les lui adresser par ordre de l'Empereur... ".

Deux lettres des 11 et 25 mai 1808

F/19/1914, dossier 3.

traduisent l'indignation des milieux romains et le climat d'incompréhension qui s'établit entre Rome et Paris ; dans la première lettre, le Pape s'étonne du silence du cardinal Caprara :

"... Debbo inoltre significare a V. E., che la Santità Sua rammaricata dello stato della di Lei non buona salute, ne attendeva con impazienza i riscontri, e che le ha fatto della meraviglia il non sentirne il più piccolo cenno nei dispacci dei 18 aprile. Questo stesso silenzio le dà la lusinga, che V. ra Eminenza siasi ristabilita, e che se non ha eseguiti al giungere del presente foglio i suoi ordini relativi alla partenza, li eseguisca senza ritardo... "

"...Je dois en outre signifier à Votre Éminence que Sa Sainteté assombrie par votre état de mauvaise santé attendait avec impatience les dépêches, mais de ne voir aucune allusion à sa dépêche du 18 avril lui a causé un grand étonnement. Ce silence l'encourage à croire que Votre Éminence est rétablie, et que si Elle n'a pas encore suivi les ordres au reçu de cette lettre, Elle le fera sans tarder... ".

Le ton s'élève dans la seconde lettre : le cardinal Caprara ne s'inquiète que du versement de ses appointements, et sa conduite est "un scandale universel" :

"Ho ricevuto e posto sotto gli occhi di Sua Santità il foglio di V. E. dei 12 andante, il quale altro non contiene che l'oggetto dei di Lei appuntamenti. Non posso dissimulare a V. E. senza tradire il mio ufficio, che Sua Santità è altamente meravigliata di vedere ineseguiti i suoi ordini, ch' Ella aveva protestato di voler eseguire con fedeltà, come richieggono i propri doveri. Accennò V. E. qualche indisposizione di salute, la quale giustificava il ritardo della di Lei partenza, ma in due consecutivi dispacci non facendone parola, ragione vuole che La creda ristabilita. Dopo il decreto emanato il di 2 aprile decorso, col quale viene la S. Sede spogliata perpetuamente e irrevocabilmente delle sue 4 provincie Urbino, Ancona, Macerata, Fermo e Camerino, e dopo il formale possesso, che se n'è preso crede Sua Santità, che V. E. non possa continuare la sua dimora in Francia senza uno scandalo universale, essendo pubblico il di Lei richiamo annunziato dall'istesso decreto e non vedendosi d'altronde effettuato. Con dolore pertanto il S. Padre vede protratta la esecuzione degli ordini suoi, che aveva luogo ad attendersi impreteribile (sic) dalla di Lei religione. Ella secondo lo stesso decreto ha dichiarata sotto il di 30 marzo la cessazione dei di Lei poteri, e ha chiesto i suoi passaporti ; essendo dunque terminata la di Lei missione Sua Santità in vista degl' incommodi, cui scrisse che soggiaceva la di Lei salute, ordinò che Le si facessero pagare a tutto aprile gli appuntamenti... "

" J'ai reçu et mis sous les yeux de Sa Sainteté la lettre de Votre Éminence du 12 courant laquelle ne traite que de l'objet des appointements. Je ne peux dissimuler à Votre Éminence sans trahir mon devoir que Sa Sainteté est grandement étonnée de voir non exécutés ses ordres et qu'Elle a protesté de sa volonté de les voir exécutés avec loyauté comme l'exige votre devoir. Votre Éminence met en avant quelque indisposition de santé pour justifier le retard apporté à son départ, mais dans deux dépêches consécutives, il n'en est plus question. Depuis le décret du 2 avril courant par lequel le Saint-Siège a été dépouillé pour toujours, irrévocablement de ses quatre provinces d'Urbino, Ancone, Macerata, Fermo et Camerino, et après la prise de possession formelle de celles-ci, Sa Sainteté ne pense pas que Son Éminence puisse prolonger son séjour en France sans un scandale universel, son rappel annoncé par le même décret étant notoire mais non suivi d'effet. Avec douleur cependant le Saint-Père voit remise l'exécution de ses ordres qu'il avait lieu de croire imprescriptibles. Selon ce même décret, le 30 mars, Votre Éminence a signifié la cessation de sa mission et réclamé ses passeports ; sa mission étant terminée, Sa Sainteté en raison de la maladie de Votre Éminence, ordonne qu'Elle fera régler les appointements du mois d'avril... "

.

A cette indignation, le cardinal Caprara répond

F/19/1911, cahier n° 18, lettre du 30 mai 1808.

calmement en remerciant le Saint-Père de sa bonté pour lui avoir versé ses appointements du mois d'avril et en l'assurant que sa santé, loin d'être rétablie, est alarmante

" Votre Éminence m'apprend par sa dépêche du 21 mai les deux nouveaux traits de clémence pontificale à mon égard...

L'un est la compassion accordée à l'état d'infirmité dont je suis affligé ; l'autre d'avoir ordonné que pour le mois d'avril courant, me soient versés les appointements habituels qui seront les derniers, en raison de la note déclarant la fin de la légation. Je supplie Votre Éminence de bien vouloir se faire l'interprète de mon humble reconnaissance envers une si grande marque de bienveillance ; les symptômes allarmants de mon mal se sont grâce à des remèdes puissants (tel un vessicatoire...) en grande partie dissipés. Cependant mes forces ne reviennent que très lentement, et donc les médecins ne me conseillent de me promener et de sortir en carrosse qu'à condition de faire l'un et l'autre exercice avec une extrême prudence et une grande lenteur, sinon la respiration me manque au point de ne pouvoir parler. Je suis obligé de penser aux escaliers et je m'abstiens d'aller dans des demeures fermées et sans accès facile, me contentant de passer à la porte de ceux qui me font le plaisir de me rendre visite, ce que de plus je ne peux faire tous les jours car le mouvement même du carrosse pourtant bien suspendu, dès que le parcours est un peu plus long qu'à l'ordinaire, m'incommode au point de ne pouvoir poursuivre et terminer mes visites... "

 :

" Di due nuovi tratti della clemenza pontificia a mio riguardo, m'istruisce l'E. V. con suo venerato foglio degli 21 maggio...

L'uno si è la degnazione avuta di compatirmi sullo stato d'infermità, dalla quale sono stato afflitto ; l'altro di avere ordinato, che per il decorso mese di aprile mi siano passati i consueti appuntamenti, che saranno gli ultimi, attesa la nota cessazione della legazione. Supplico l'E. V. di volermi porre ai piedi della Santità Sua, e di volersi fare interprete dell' umile mia riconoscenza a tanta benignità, nell' atto di riferirle, che lode a Dio, i sintomi allarmanti della mia infermità si sono a forza di rimedi anche violenti (come lo è un vessicante che tuttora mi si tiene aperto, senza dirmisi dai due professori, che abitualmente mi visitano, quando lo vorranno chiudere) in grandissima parte dileguati. Le forze però non ritornano, che lentissimamente, e per quanto i medici mi consiglino di passeggiare, e di fare moto in carrozza, bene mi accorgo, che l'uno e l'altro esercizio debbo farlo con somma parsimonia, e con estrema lentezza, poiché diversamente la respirazione si rende cosi difficile, che avrei pena a proferire parola. Sono costretto ad evitare di salire le scale, ed è perciò, che mi astengo dall'andare in case serre contentandomi di passare colla carrozza alle porte di chi mi favorisce passare da me, lo che, non tutti i giorni posso fin'ora fare, poiché lo stesso moto sebbene dolce della carrozza, quando si estende a giro un poco più lungo dell' ordinario, m'incomoda al punto di non potere proseguire e terminare le visite... "

Le Pape n'est pas inhumain et le cardinal Gabrielli répond au cardinal Caprara le 11 juin 1808

F/19/1914, dossier 3.

en souhaitant qu'il soit en mesure d'entreprendre rapidement le voyage en question, et en lui donnant des conseils pour voyager plus à l'aise, en chaise à porteur, par exemple

"...Que Votre Éminence soit assurée que le Saint-Père a toujours désiré la conservation de ses jours et la désire encore plus à l'avenir, afin qu'Elle puisse exécuter ses ordres. L'accomplissement de ceux-ci est un sujet d'impatience, et rien ne peut en diminuer le désir. C'est pourquoi Sa Sainteté veut espérer que Votre Éminence puisse le plutôt possible être en état d'entreprendre ce voyage qu'il n'est pas nécessaire de faire avec des chevaux de poste, mais avec des chevaux de voiture et même en chaise à porteurs pour ne souffrir aucune gêne. En vous écrivant tout ceci sur ordre du Saint-Père, je dois ajouter que ne voulant pas obliger Votre Éminence à regagner Rome comme ce serait son devoir, pour ne l'exposer à aucun désagrément, et ne pouvant avoir l'assurance orale de la cessation de la mission, Sa Sainteté désire que Votre Éminence la fasse par écrit... "

 :

"... Egli è certo che il S. Padre ha desiderato sempre la conservazione de di Lei giorni e molto più la desidera adesso, perché ella possa eseguire gli ordini suoi ; l'adempimento de quali lo tiene nella impazienza, e non vi ê né riflesso, né riguardo che glie ne rallenti il desiderio. Vuole perciò lusingarsi, che V. E. possa al più presto essere in istato di porsi in viaggio, quale non è altrimenti necessario di fare coi cavalli di posta, ma con i cavalli di vettura e bisognando ancora in portantina, per non soffrire alcun disagio. Nel dirle tutto ciò per ordine del S. Padre, debbo aggiungerle che non volendo obbligarla a recarsi in Roma, come sarebbe doveroso, per non esporla ad alcun disgusto, e non potendo perciò avere in voce la relazione della di Lei cessata missione, desidera che la faccia per iscritto... ".

À cette lettre, le cardinal Caprara envoie une réponse rassurante ; seule sa santé l'empêche de partir. Mais que le Pape soit assuré que chacun sait que la légation a officiellement pris fin

F/19/1911, cahier n° 18, lettre du 16 juin 1808 :

"...Que Votre Éminence permette avec une loyauté égale à la sincérité avec laquelle Elle s'adresse à moi, que je déclare que mon devoir exige que je parte, et que si je ne suis pas parti c'est en raison de mon impossibilité physique réelle de le faire, car certainement au cours de ces derniers mois, depuis la cessation de ma mission, je n'ai pas été en état de résister à un seul relai de poste. Tout ceci est tellement notoire à Paris qu'on a pu me croire mort et que de telles nouvelles ont été colportées à Milan et à Bologne. En un mot, ma maladie n'est pas une quelconque indisposition, mais un mal très dangereux et comparable à celui qui a entraîné la mort du cardinal de Belloy. Le large vessicatoire que je continue à porter, diminue un peu, il est vrai, l'essoufflement, et le gonflement des jambes, mais il faut reconnaître que la racine du mal subsiste encore et dans une large mesure, car au moindre froid humide, au moindre coup de vent, je tousse, mes jambes gonflent, la respiration me manque au moindre mouvement un peu moins lent, motif pour lequel, à l'exception d'une fois par semaine lorsque je me rends chez Madame Mère parce qu'elle habite au rez-de-chaussée, je reste tous les après-midi chez moi. Ce récit sincère, je l'espère, pourra éloigner toute mauvaise idée relative au retard apporté à mon départ et faire cesser chez le Saint-Père l'amertume et la crainte du scandale causé par la prolongation de mon séjour, car en vérité et sur mon honneur chacun sait réellement soit à Paris, soit dans l'Empire la cessation de ma mission et l'impossibilité pour moi d'entreprendre un voyage à moins d'accepter de rester en route et peut-être de mourir dans une auberge. J'assure en outre Sa Sainteté que sans obstacle à mon départ, je quitterai sans hésitation Paris et la France et j'irai pour les motifs que Votre Éminence connaît à Milan où me précèdent les ordres que j'ai donnés..."

 :

"... Permetta l'E. V. che con lealtà eguale all'ingenuità, con cui mi parla, le dica, che il mio dovere esige che io parta ; e che se non sono partito è stata positiva impotenza fisica perché certamente in qualunque momento dei passati mesi, dall' epoca della cessazione di mia missione, non sarei stato in grado di resistere al moto di una sola posta. É ciò talmente notorio in tutta Parigi, che qualcuno perfino mi ha creduto morto, e tali nuove sono state portate, e a Milano ed a Bologna. In una parola sola, il mio male, non è stato già una qualche indisposizione di salute, ma una pericolosa infermità, e del tutto eguale a quella, che ci ha fatto perdere l'Em. di Belloy. Il largo vessicante, che continuo a portare alleggerisce alcun poco, è vero, l'affanno al petto, e il gonfiore alle gambe, ma bene mi accorgo che la radice del male sussiste ancora, e non in piccola dose, poiché al minimo fresco, umido o colpo di vento, sono costretto a tossire, le gambe si gon fiano, ed il respiro mi manca al minimo moto, che non faccia in piano ; motivo per cui, all' eccezzione di una volta per settimana, che io mi porto da Madame Mère, perché abita al pian terreno, io mi tengo abitualmente tutte le sere in casa. Questo genuino racconto, spero che possa allontanare ogni sinistra idea sul ritardo della mia partenza, e far cessare nel S. Padre il rammarico, che ne prova, ed il timore di scandalo per il prolungamento di mia dimora qui, accertando a V. E., e a chiunque, sull' onore mio, e per la pura verità, che ognuno conosce in autentica forma sia in Parigi, sia nell' Impero, la cessazione di mia missione, e l'impossibilità, in cui sono stato di pormi in viaggio, a meno di non volere restare in mezzo di una strada, o forse morire in una osteria. Assicuri altresi N. S., che non sopraggiungendo cosa, che m' inabiliti, come in passato, a partire, io abbandonerò indubitatamente Parigi e la Francia, e mi trasferirò per i motivi che V. E. conosce e che da me furono ripetuti sotto il giorno 30 maggio, a Milano, ove già ho dato tutte le commissioni e preventivi avvisi...".

Pie VII n'est qu'à moitié rassuré et fait écrire par le cardinal Pacca le 6 juillet 1808

F/19/1914, dossier 3.

"Le Saint-Père m'a ordonné de répondre à Votre Éminence qu'il n'a jamais douté de son obéissance et de son attachement à ses devoirs qu'il a juré de remplir envers le successeur de Pierre, qu'il est persuadé que l'empêchement mis à son départ vient bien de sa mauvaise santé, que pour autant il a raison de s'inquiéter, car ses dépêches ne font aucune allusion à sa santé et à la prolongation de son séjour, non sans d'indécents bruits de qu'en-dira-t-on de ceux qui connaissent l'ordre donné par Sa Sainteté de partir, et la présence de Votre Éminence à Paris..."

 :

"... Il Santo Padre mi ha ordinato risponderle che non ha mai dubitato della di Lei religione e dell' adempimento di quei doveri, che ha giurato di osservare verso il successore di S. Pietro, che quanto è persuaso che l'impedimento alla sua partenza sia nato dalla sua infermità, altrettanto aveva ragione di esserne inquieto, perché ne' suoi dispacci non si faceva parola di sua salute ed Ella continuava la sua dimora costà non senza un indecente ciarlio di tutti i buoni, i quali sapevano l'ordine datole da Sua Santità di partire, e che La sentivano ancora a Parigi, e ciò accresceva la sua afflizione...".

Il manque dans les registres de la correspondance adressée par le cardinal Caprara une lettre du 23 juin qui provoque une nouvelle flambée de colère du Saint-Père

"J'ai reçu et mis sous les yeux de Sa Sainteté la lettre de Votre Éminence du 23 juin courant par laquelle elle justifie le retard apporté à son départ. Il a vivement déplu à Notre Seigneur que Votre Éminence ait écrit que tout retard sera imputé à sa seule faiblesse physique ou morale. Sa Sainteté m'ordonne de dire à Votre Éminence qu'elle ne connaît point du tout et ne fait aucun cas de la faiblesse morale, et qu'elle est affligée de voir Votre Éminence disposée à en faire cas. Elle me charge donc de répéter que ses ordres sont formels et que, à moins de faute grave devant Dieu et d'un scandale dans toute l'Église catholique au détriment de la dignité cardinalice et du titre d'archevêque, Votre Éminence ne peut différer son départ d'autant qu'elle a prononcé l'ultime serment en prévision d'événement hypothétique. Que Votre Éminence mène là-bas la vie d'une simple personne privée, qu'elle s'abstienne de toute relation, le Saint-Père m'ordonne expréssement de lui dire qu'il veut en tant que souverain et chef de l'Église à laquelle Votre Éminence a juré foi et obéissance, qu'elle parte sans envisager aucune considération humaine, car si on s'arrête à cela, on démissionne devant le double devoir sacré de la religion et de la conscience. Sa Sainteté m'ordonne enfin de dire à Votre Éminence que la seule faiblesse physique peut justifier son retard, mais ayant relevé dans les gazettes qu'elle a assisté aux obsèques du défunt archevêque de Paris en tenant les cordons du poêle, le Saint-Père se plaît à penser cette faiblesse physique passée et n'attend plus que l'accomplissement fidèle de ses ordres..."

 :

" Ho ricevuto e posto sotto gli occhi di Sua Santità il foglio di V. E. dei 23 giugno decorso, con cui giustifica il ritardo frapposto alla sua partenza. E' dispiaciuto vivamente a Nostro Signore, che V. E. siasi espressa, che qualunque di Lei procrastinazione sarà attribuita a sola impotenza fisica o morale. Sua Santità mi comanda di dirle che non conosce affatto e non apprezza alcuna impotenza morale, e gli duole assai di sentire, che l'E. V. sia disposta a conoscerla, e ad apprezzarla. M' impone dunque di ripeterle, che gli ordini suoi sono così positivi e decisi, che senza una grave colpa innanzi a Dio ed uno scandalo in tutta la Chiesa cattolica a danno della dignità cardinalizia e della qualità di arcivescovo, non possono procrastinarsi, tantoppiù che ha esternato il supremo suo oracolo anche in previdenza di qualche caso ipotetico. Sia dunque ch'Ella viva costà come semplice privato, sia che ognuno La vegga fuori di ogni relazione caratteristica, Egli il Santo Padre m'impone espressamente di dirle, che vuole, e decisamente lo vuole e come sovrano e come capo della Chiesa cui Ella ha giurato fedeltà ed ubbidienza, che parta onninamente senza farsi carico di alcuna umana considerazione, perché qualunque riguardo cede in faccia a' doveri cotanto sacri di religione e di coscienza, da cui Ella è legata. Mi ordina finalmente Sua Santità di dirle che la sola impotenza fisica poteva giustificare la sua dimora, ma che avendo rilevato dai pubblici fogli, ch' Ella ha assistito alla funzione funebre del defonto arcivescovo di Parigi, sostenendo i fiocchi della coltre, si è compiaciuta di sentir finita questa impotenza ed altro ora non attende, che l'adempimento fedele degli ordini suoi... ".

Résigné, peut-être persuadé de la mauvaise volonté du cardinal à rentrer en Italie, le Pape lui fait demander d'assurer le transfert des archives de la légation à Rome et ne semble plus (du moins d'après la correspondance conservée aux Archives nationales) espérer un improbable retour.

L'avant-dernière lettre

F/19/1911, cahier n° 18, lettre du 4 août 1808 :

"Bien que je n'ose encore me servir de mes yeux depuis l'opération de la cataracte que j'ai subie, après laquelle pour ne pas en perdre le bénéfice, sur les conseils des professeurs, j'ai dû m'abstenir d'user de la vue pendant quarante jours, je ne suis plus, grâce à Dieu qu'à quatre jours de ce terme, et en état de m'occuper des affaires sans inconvénient grave. En cet état par conséquent, je dois accuser réception à Votre Éminence de ses deux dépêches du 6 courant...

Secondement, je me tiens dans l'attente du moment désiré où je pourrai suivre les ordres du Saint-Père... "

adressée par le cardinal Caprara au cardinal secrétaire d'État Pacca fera encore allusion à un éventuel voyage après le rétablissement de sa santé :

" Sebbene non osi a tutt'oggi di fare uso degli occhi dopo l'operazione statami fatta della cataratta, della quale per non perdere il risultato, consigliano i professori di astenersi di adoprare la vista per giorni quaranta, sono però, lode a Dio, da quattro giorni a questa parte, in grado di applicare, e di occuparmi di qualunque affare, senza grave incomodo. In tale stato dunque, non debbo lasciare di riferire all' E. V. che mi sono giunti due venerati suoi fogli dei 6 dello scorso...

...In ordine al secondo, starò attendendo il sospirato momento in cui possano avere effetto gli ordini dati dal S. Padre... ".

La correspondance au sujet du retour de l'ancien légat à Rome s'arrête là.

Le cardinal ne prit jamais le chemin du retour et ne se rendit pas non plus dans son diocèse de Milan, comme il en avait manifesté l'intention ; Pie VII accumula sans doute un grief de plus contre lui.

4. Les dernières années.

Les archives de la légation ne renferment que quelques pièces postérieures au 30 mars 1808, et toutes relatives au règlement d'affaires en cours et à la situation personnelle du cardinal légat. Ce dernier, accablé par la maladie, vécut les deux dernières années de sa vie comme un simple particulier et probablement très solitaire. Dès le 18 avril 1808, le cardinal de Bayane quitte l'hôtel de Biron, et le cardinal Caprara écrit mélancoliquement au cardinal Spina, archevêque de Gênes

F/19/1911, cachier n° 19, lettre du 18 avril 1808 :

" Aujourd'hui le cardinal de Bayane va habiter l'appartement qu'il a loué et je reste avec une suite assez restreinte en comparaison de celle à laquelle j'avais l'honneur de donner l'hospitalité : au prélat déjà cité, à Mgr. della Genga et à toutes les personnes qui les accompagnaient... "

 :

"... A giorni l'Em. di Bayane va ad abitare l'appartamento che ha preso in affitto, ed io rimarrò con una compagnia assai ristretta, in confronto di quando avevo l'onore di dare l'ospitalità, al porporato anzidetto, a Monsignore della Genga ed alle respettive persone che seco avevano... ".

Les dernières lettres au cardinal secrétaire d'État Pacca sont du 4 août et du 25 novembre 1808

F/19/1911, cahier n° 18.

, la première pour confirmer que le légat partira dès qu'il sera remis de l'opération de la cataracte qu'il vient de subir, la seconde pour accuser réception d'une délibération du Sacré Collège sur les lettres de voeux à envoyer aux souverains.

Un autre cahier d'enregistrement

F/19/1911, cahier n° 19.

renferme quelques lettres postérieures à la fin de la légation : à l'évêque de Namur (8 août 1808), à l'évêque de Meaux pour lui faire remettre une relique de saint Charles Borromée ; enfin en 1809

F/19/1911, cahier n° 19, lettres du 3 avril 1809.

, le cardinal Caprara transmet au cardinal Di Pietro des lettres en provenance de Constantinople et informe La Tour Maubourg, chargé d'affaires de France à Constantinople, qu'il a adressé à Rome les documents qu'il lui avait envoyés.

On sait qu'en juillet 1809 le cardinal Caprara adressa au Saint-Père, prisonnier à Savone, une lettre lui prêchant la conciliation dans le conflit qui s'était élevé entre le Pape et l'Empereur à propos des nominations aux évêchés vacants. Il n'y a pas trace de cette dernière manifestation du cardinal Caprara dans les archives de la légation.

Sa santé s'affaiblissait, et lorsqu'en janvier 1810, le cardinal Consalvi arriva à Paris, il note

Mémoires du cardinal Consalvi, Secrétaire d'État du Pape Pie VII, avec une introduction et des notes par J. CRÉTINEAU-JOLY, t. I, p. 417.

 :

"...ce dernier [le cardinal Caprara] était en enfance et se mourait chaque jour... ". Il ne prit donc aucune part au conflit qui opposa les cardinaux dans l'affaire du divorce de Napoléon.

Le cardinal Caprara s'éteignit à Paris en son hôtel de Biron le 21 juin 1810. Son fidèle secrétaire, l'abbé Vadorini, informa immédiatement le ministre des Cultes de la mort de l'ancien légat

F/19/5522, Sépulture du cardinal Caprara.

 :

" Excellence,

La tristesse qui m'accable pour la perte que je viens de faire de Son Eminence Mgr. le cardinal Caprara à grand peine me permet d'en porter l'avis à Votre Excellence. Mais je dois à tout égard et surtout pour m'acquitter des ordres que le defunct m'a réiterement donné de prévenir Votre Excellence aussitôt qu'il auroit cessé de vivre et de la supplier en même tems de vouloir faire part de son decé à Sa Majesté l'Empereur et Roi. Le moment fatal de son decé qui sera gravé en mon coeur tout le long de ma vie a été à une heure précise de cet après-midi... "

À son tour, le ministre faisait parvenir la nouvelle à l'Empereur

F/19/5522, Id.

 :

" Je suis informé que S. E. le cardinal Caprara, archevêque de Milan, vient de succomber à ses longues infirmités ; il est mort, il y a environ une heure, à une heure précise de l'après-midi.

Je m'empresse d'en faire parvenir l'avis sous les yeux de S. M. Je vais m'occuper sur le champ des intentions qu'Elle m'a manifestées relativement à la cérémonie funèbre. "

L'Empereur décida de rendre au cardinal défunt les mêmes honneurs qu'au cardinal de Belloy, archevêque de Paris, mort deux ans auparavant en 1808. Les obsèques furent fixées au 23 juillet en l'église Notre-Dame. Pour la sépulture, l'église des Missions étrangères, paroisse du cardinal, fut écartée comme trop exiguë pour une cérémonie si solennelle. On songea à l'église Saint-Sulpice ; finalement le cardinal ayant de droit, comme archevêque de Milan, le titre de sénateur du royaume d'Italie, on décida de l'inhumer en l'église Sainte-Geneviève rendue au culte en 1806, et qu'un décret fixait comme lieu de sépulture aux sénateurs du royaume d'Italie décédés pendant un séjour à Paris.

Le Moniteur rend compte longuement des obsèques solennelles faites au cardinal Caprara

Le Moniteur universel, n° 206, 25 juillet 1810.

 :

" Les obsèques de Son Eminence M. le cardinal Caprara ont été célébrées hier avec beaucoup de solennité. Des corps de troupe de différentes armes, des membres de plusieurs autorités ont assisté à cette imposante cérémonie, où l'on remarquait un clergé nombreux revêtu des habits de choeur, et chantant processionnellement des hymnes funèbres. M. le curé des Missions étrangères, paroisse de M. le cardinal, précèdait avec son clergé les députations de différentes paroisses de Paris et le chapître métropolitain. M. Lejeas, vicaire général du diocèse, nommé à l'évêché de Liège, présidait à cette cérémonie religieuse. Un corps de dragons fermait le cortège, à la suite duquel venaient un grand nombre de voitures en deuil. Beaucoup de pauvres portant des flambeaux et une pièce de toile destinée à les vêtir, étaient aussi au convoi de M. le cardinal, et rendaient par là un hommage public à cette charité bienfaisante, dont ce vénérable prélat avait toujours été animé.

Le cortège, parti de l'hôtel de Son Eminence à onze heures et demie, est arrivé à midi et demi à Notre-Dame. Cette église avait été disposée pour cette cérémonie. Elle était entièrement tendue de noir avec une bordure blanche en draperie. On avait élevé dans le choeur un catafalque orné des armoiries du cardinal. Aux quatre coins étaient placées des statues de la Religion, la Charité, l'Espérance et la Foi. Le corps de M. le cardinal Caprara a été reçu à la porte de l'église, et conduit processionnellement au choeur, où il a été placé sous le catafalque. On a dit une messe en musique, exécutée par deux orchestres placés à droite et à gauche de la nef. Après l'Évangile, M. l'abbé Nozan est monté en chaire et a prononcé l'oraison funèbre de M. le cardinal. Il a passé successivement en revue tous les genres de mérite qui étaient le partage de Son Eminence, et a payé un juste tribut à ses vertus. La messe terminée, le cercueil de Son Eminence a été reconduit sur le char funèbre et le cortège s'est mis en marche pour l'église Sainte-Geneviève où le corps a été déposé ".

Si l'Empereur fit de solennelles obsèques au cardinal Caprara, il ne poussa pas la générosité jusqu'à régler les frais engagés, ainsi qu'en témoigne une lettre adressée par le ministre des Cultes aux vicaires généraux de Notre-Dame

F/19/5522.

 :

" Je m'empresse de vous informer qu'ayant demandé à Sa Majesté ses ordres sur la dépense des obsèques de S. Em. le cardinal Caprara, Elle m'a répondu que Son Eminence ayant laissé une succession considérable, il ne conviendrait pas que la dépense de ses obsèques fût supportée par le Trésor public.

J'en ai prévenu l'exécuteur testamentaire

Les exécuteurs testamentaires du cardinal Caprara étaient son secrétaire, l'abbé Vadorini, et son intendant, l'abbé Junior.

... ".

Prisonnier à Savone, le Pape y apprit la mort du cardinal Caprara et se départit, à cette occasion, du silence qu'il observait ordinairement

La captivité de Pie VII... par le comte MAYOL DE LUPÉ..., t. II, p. 39.

 :

" Ce fut à l'occasion des obsèques de l'ancien légat Caprara, dont la mort avait ramené dans son esprit le souvenir de cruelles traverses suscitées à l'Église par la complaisance mondaine des prélats courtisans. " Il a parlé du cardinal, disait le Bulletin journalier

Il s'agit du bulletin du comte de Chabrol, chargé de la surveillance du Pape.

, comme d'un ministre malheureux ". Pie VI ne l'aimait point ; " à Vienne, il était mal avec la Cour ". Les débuts de son ambassade en France furent, il est vrai, " assez heureux " ; mais sa trop grande " condescendance " finit par gâter une affaire qui pouvait être également avantageuse au Saint-Siège et à l'Empire. "

Il faut reconnaître au Pape bien des raisons de nourrir des griefs envers son ancien légat, mais croire qu'un autre que Caprara eût obtenu de meilleurs résultats semble relever de l'illusion. Cet état d'esprit était pourtant partagé par le cardinal Consalvi (et sans doute par tous les milieux romains) si l'on se réfère à ce qu'il a écrit dans ses Mémoires

Mémoires du cardinal Consalvi, secrétaire d'État du Pape Pie VII..., t. I, p. 404.

. Son jugement sur le cardinal Caprara est également sévère, et, comme le Pape, l'ancien secrétaire d'État pense qu'une politique plus ferme en face de l'Empereur eût mieux réussi :

" Je ne prétends pas attaquer les intentions de Caprara, que j'ai tout motif de croire pures. Mais il adopta pour maxime, dans le cours de sa légation, que la condescendance seule pouvait sauver Rome d'une ruine entière, tant pour le spirituel que pour le temporel, vu la qualité et le caractère de celui dont la volonté était omnipotente. " Il faut, disait sans cesse Caprara, rester sur ses pieds à tout prix, parce que, si on tombe une fois, on ne se relève plus.

Avec cette maxime, il légitima une infinité de choses qu'on aurait bien souhaité à Rome qu'il ne fît pas. Il agit sans prendre d'abord les ordres du Pape et quelquefois même contre ses ordres, croyant bien faire, par un faux jugement. Les choses consommées n'avaient plus besoin de remède, et les réclamations du Pape furent toujours inutiles ; son rappel ne put jamais s'effectuer, quoiqu'il eût été décidé plus d'une fois. "

Mais en face de l'Empereur, une attitude plus ferme eût sans doute abouti à une détérioration plus rapide des relations entre le Saint-Siège et la France et à une rupture éclatante. L'esprit de conciliation du cardinal légat, [sa] faiblesse permirent une oeuvre de restauration de l'Église de France qu'il ne faut pas sous-estimer. Talleyrand, qui connaissait la situation du légat et le caractère de Napoléon, porte un jugement plus nuancé et, nous semble-t-il, plus juste, que nous ferons nôtre pour terminer :

" Celui-ci [Caprara] connaissant le caractère du Premier consul, mit une grande sagesse et une mesure extrême dans toute sa conduite, sachant attendre, craignant d'irriter, et trop heureux de ce qu'on avait obtenu pour chercher à le compromettre. "

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