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Inventaire - Cotes :

Services de l'Information à Alger (novembre 1942-août 1944)

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Cotes
F/41/801-F/41/828
Date
novembre 1942-août 1944
Localisation physique
Pierrefitte

Description

Présentation du contenu

Pour présenter ces quelques cartons F 41 801-828 il était possible de renvoyer simplement à la préface très documentée de cette série, préface consacrée à l'histoire des services de l'Information en France de 1939 à 1947, rédigée par Mademoiselle Chabord.

Mais en page 14, elle signale que le Commissariat à l'Information du Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.) n'offre que des épaves. Ces vingts-huit cartons comblent en partie cette lacune.

Le Commissariat à l'Information a été créé par un décret du 3 juin 1943 en même temps que les neuf autres. Un deuxième décret de la même date nomme Henri Bonnet, commissaire à l'Information. Ces décrets ont paru au Journal Officiel n°1 de la République française du 10 juin 1943, qui proclame l'entente Giraud-de Gaulle, l'union des pouvoirs d'Alger et de Londres au sein du C.F.L.N.

En fait, les paquets intitulés "Commissariat à l'Information" retrouvés dans une cave des Services du Premier Ministre concernent la période du 8 novembre 1942 à la fin de septembre 1944.

Si des archives des Commissariats d'Alger sont parvenues aux Archives nationales et ont été classées avec celles des Ministères correspondants, il n'y en a guère concernant les sept mois qui s'étendent du débarquement allié en Afrique du Nord jusqu'à l'arrivée à Alger du Général de Gaulle le 3 juin 1943.

Ces documents inédits offrent un intérêt particulier qu'il a paru utile de souligner. Il s'agit de la mise en place, d'une administration et de sa continuité sous trois légalités successives pendant une période troublée.

La période troublée :

Le débarquement allié du 8 novembre 1942 s'effectue dans une Afrique du Nord largement fidèle au Maréchal Pétain bien qu'il existe de petits groupes anti-allemands, formés de civils et de militaires dont certains jouent un rôle dans l'opération Torch

Nom de code du débarquement.

.

Les américains, ignorants ce contexte, pensent débarquer sans combat. Ils comptent sur l'arrivée du Général Giraud, évadé d'Allemagne, qu'ils amèneront de Gibraltar, pour entraîner d'un seul élan l'armée et l'Afrique du Nord dans la lutte contre les allemands. En fait, à Alger, ils trouvent d'abord l'amiral Darlan, dauphin du Maréchal, venu au chevet de son fils mourant. Les forces françaises reçoivent l'ordre de défendre l'Empire contre les agresseurs.

Les légalités successives :

Dans la confusion qui règne, sous la pression des événements, Darlan

Une étude aussi complète que possible de toutes les archives concernant l'amiral Darlan du 8 novembre 1942 au 24 décembre, quand elles seront accessibles à l'historien, permettront sûrement de mieux apprécier son rôle et son action.

est acculé par les Américains à prendre vite en main la situation pour faire cesser les combats. Le Général Giraud accepte de se placer sous ses ordres en qualité de Commandant en chef.

Darlan organise et dirige le Haut Commissariaten Afrique Française

Voir en annexe la pièce justificative n°1. Le communiqué de presse annonçant l'organisation du Haut Commissariat en F 41 802. Il y a donc trois gouvernements de la France : celui du Maréchal à Vichy, celui du Général de Gaulle à Londres, celui de l'Amiral Darlan à Alger et trois journaux officiels.

dans la fidèlité au Maréchal et avec son accord intime car, explique-t-il, les Allemands ont rompu l'armistice en franchissant la ligne de démarcation le 11 novembre, le Maréchal n'est plus libre. L'Afrique Occidentale Française se rallie à lui. Mais en Tunisie, l'Amiral Esteva suit Vichy et les Allemands débarquent à Bizerte. La guerre de Tunisie commence.

La présence de Darlan à la tête de l'Afrique française est contestée

Voir en annexe la pièce justificative n°2, lettre adressée par Darlan au Général américain pour protester contre l'appréciation portée par Roosevelt sur son rôle.

à Alger même où règne une atmosphère de complots, à Londres bien sûr par de Gaulle, aux Etats-Unis par une partie de l'opinion publique. Dans ce climat, Darlan est assassiné le 24 décembre 1942.

Les organes de gouvernement mis en place permettent au général Giraud de devenir Haut Commissaire sans heurts

Par délibération du Conseil Impérial le 26 décembre 1942.

.

A l'entrevue d'Anfa, le 23 janvier 1943, sous la pression des Américains et des Anglais, Giraud et de Gaulle se serrent la main sans réaliser pour autant l'union d'Alger et de Londres, souhaitée par les puissances alliées.

Au contraire, Giraud affirme ses positions en créant le Commandement en chef français civil et militaire, le 5 février 1943

Voir en annexe la pièce justificative n°3, texte de l'ordonnance fixant la répartition des attributions entre le Commandant en chef français civil et militaire et les autorités locales.

qu'il organise par l'ordonnance du 2o février. Mais il rompt avec le régime de Vichy dans un discours

Le texte du discours se trouve en F 41 819, Divers 24. On y lit "en l'absence du fondement légitime, que seulement peut donner la volonté du peuple français, la législation postérieure au 22 juin 1940... est dénuée de valeur légale. Elle ne peut être considérée que comme nulle, élaborée et promulguée sans le peuple français... Dès maintenant des mesures sont prises, les assemblées municipales, les conseils généraux et les délégations financières vont reprendre leur rôle traditionnel...

adressé aux Alsaciens Lorrains le 14 mars et annonce le retour aux lois de la République.

L'union avec de Gaulle est enfin réalisée au début de juin au sein du Comité Français de Libération Nationale. S'organise alors un véritable gouvernement de toutes les forces vives françaises de l'Empire et de la Résistance en France. Les Commissariats succèdent aux Secrétariats. Une Assemblée Nationale provisoire se met en place. Tout est préparé pour constituer le 29 août 1944 le Gouvernement provisoire de la République Française.

La mise en place d'une administration :

Les services de l'Information à Alger ont été organisés par trois textes principaux, correspondants aux trois légalités successives. Il a paru utile d'en donner des photocopies

Voir en annexe les pièces justificatives n°s 4, 5 et 6.

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- l'ordonnance n°38 du 7 décembre 1942

Les ordonnances de Darlan n'ont été publiées dans le n°1 du J.O. du Haut Commissariat qu'en janvier après sa mort et d'après un choix. Le texte pub de l'ordonnance du 16 novembre 1942, organisant le Haut Commissariat exist dans la collection originale du Secrétariat général du Gouvernement sous la forme d'une coupure du J.O. avec la mention "l'original n'est jamais parvenu". Par contre, l'ordonnance du 7 décembre s'y trouve bien, c'est pourquoi nous l'avons choisie comme authentique.

- l'ordonnance du 20 février 1943, paru au J.O. du 25, portant organisation et répartition des attributions civiles du Commandement en Chef français civil et militaire

- le décret du 26 août 1943, paru au J.O. du 4 septembre, fixant les attributions du Commissaire à l'Information.

Le premier service d'Information, mis sur pied par Louis Joxe existe au sein du Secrétariat aux Affaires politiques de novembre 1942 au 20 février 1943.

Un Secrétariat à l'Information autonome est confié par le Général Giraud à son ami le Général Chambe

René Chambe, né en 1889, général d'aviation, sous les ordres de Giraud pendant la guerre 1939-40, appelé à Alger par Giraud pour diriger l'information, devient, à partir de mai, son directeur de cabinet.

qui dirige fermement la propagande de guerre de la fin de février au début de mai 1943, puis à André Labarthe

André Labarthe, né en 1902, scientifique, quitte la France pour l'Angleterre en juin 1940, nommé directeur de l'Armement à l'Etat-Major du général de Gaulle en juillet 1940. Fondateur et éditeur de la revue mensuelle "La France libre" en novembre 1940. Il se brouille avec le général de Gaulle et vient à Alger.

, républicain, anti gaulliste, en mai. Ce Secrétariat devient Commissariat à partir de juin 1943 avec Henri Bonnet

Henri Bonnet, né en 1888, professeur d'histoire, journaliste, a des activités internationales multiples, se réfugie à New-York pendant l'occupation allemande, s'efforce de rassembler les énergies françaises exilées aux Etats Unis, membre du Comité exécutif de "France Forever". Son activité connue d_ général de Gaulle lui vaut d'être appelé à Alger.

à sa tête.

Il y a succession de dirigeants pour des raisons politiques, par contre, les services d'information se construisent et durent grâce à des hommes de bonne volonté, militaires et civils, qui se trouvaient sur place

Le fils de l'amiral Darlan note dans son livre sur son père, p. 328, "Toujours en raison du fait que l'opération alliée fut entreprise et exécut sans que les autorités françaises légitimes et responsables en fussent avis il ne put s'entourer à Alger d'aucune équipe gouvernementale administrative économique, ni même militaire". Alain Darlan, l'amiral Darlan parle, Paris, Arniot-Dumont, 1952, 313 p. in-8°.

lors du débarquement.

Voici quelques noms qui apparaissent peu à peu dans le dossier du personnel de l'Information en novembre-décembre 1942

Voir en F 41 801.

.

Des noms de militaires :

Albert de Bailliencourt-Courcol, officier en congé d'armistice, appelé dès le 18 novembre, chef des services techniques, restera dans les services de l'Information au-delà de son retour en France en 1944.

Le Capitaine Gateau, contrôleur des Affaires musulmanes en service à la Résidence générale de Rabat, recruté le 1er décembre.

Le Capitaine de frégate Barjot, adjoint à la propagande, le 24 décembre.

Des noms d'universitaires :

Louis Joxe, agrégé, Secrétaire général du Centre d'études politiques et administratives de l'Université d'Alger. Son détachement est réclamé au recteur d'Alger le 12 décembre. Il crée le Service de l'Information. Ecarté d'Alger pour ses opinions gaullistes par le général Giraud, il est mobilisé et envoyé en mission en Tunisie le 15 janvier 1943. Sur l'intervention de Jean Monnet, il revient à Alger en mars, puis il travaille avec Monnet. Il devient ensuite Secrétaire général du C.F.L.N. La suite de sa carrière est connue.

René Rodière, professeur de droit, directeur suppléant de Joxe jusqu'à la fin de février.

Christian Courtois, Georges Paques, agrégés de l'Université.

Pierre Maheu, enseignant au lycée de Fez, qui devient directeur de l'Agence Télé-Afrique, puis su Service de la Presse.

Des noms d'Alsaciens-Lorrains :

Marcel Koch, Secrétaire général du Comité d'études et d'information (Strasbourg), réfugié à Alger, travaille comme collaborateur du service économique de la Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie. Il met sur pied la documentation et ne quittera plus cette activité jusqu'à sa retraîte en 1969

Il sera Directeur de la Documentation française à Paris, au Ministère de l'Information et, à la suppression de ce ministère, au sein des Services du Premier Ministre.

.

Frédéric Billmann, appelé par Marcel Koch, rédacteur en chef du bulletin d'études et d'informations (Strasbourg), réfugié à Alger, travaille comme Secrétaire du Comité Central du Commerce d'exportation des vins d'Algérie.

Henri Ferber, chef de service au Comité d'organisation des Travaux publics et du Bâtiment. Il se consacre à la documentation aux côtés de Marcel Koch.

Enfin, bien sûr, des noms de professionnels de la radio, du cinéma, du journalisme : Gilbert Conte, Philippe Soupault, Ichac, etc...

Au début de ce dossier, concernant le personnel, se trouve une "liste par ordre alphabétique des fonctionnaires des lycées d'Alger" et une "liste des personnes aptes à rendre des services à la Section information, actuellement présentes en Afrique du Nord et qui sont en partie disponibles", ce qui atteste éloquemment des conditions auxquelles Darlan devait faire face.

Louis Joxe groupe autour de lui une douzaine de personnes ; le général Chambe dresse le 10 mars l'état de son personnel ; il y a 33 noms. La liste du personnel du Commissariat à l'Information comporte plus de 150 noms le 28 août 1944.

Ces chiffres traduisent l'importance prise par les services de l'Information qui vont constituer en France un grand ministère dont l'existence sera éphémère, 23 octobre 1944-6 février 1947.

Le plus simple et le plus logique était de respecter le classement en deux parties, effectué par le service.

1) La période du Haut Commissariat, amiral Darlan, puis général Giraud, car le service de l'Information est inclus dans le Secrétariat aux Affaires politiques, 8 novembre 1942-19 février 1943.

2) A partir du 20 février 1943, date de la nouvelle organisation du général Giraud, il existe un Secrétariat à l'Information autonome qui devient le Commissariat à l'Information. Le classement est donc continu du 20 février 1943 à fin septembre 1944, en dépit des changements de titulaires du Service : général Chambe, 20 février-9 mai 1943, André Labarthe, mai 1943, Henri Bonnet à partir du 3 juin 1943.

Le directeur de cabinet, Philippe Roland, assure la continuité, ce qui explique sans doute la persistance d'un même système de codification de documents. Ces documents sont essentiellement le courrier départ, classé chronologiquement en 12 cartons, classé méthodiquement dans les 10 cartons suivants.

La période du Haut Commissariat représente deux cartons de documents dont la lecture est passionnante.

Sont rassemblés dans le troisième carton des documents épars concernant le gouvernement du général Giraud, parmi lesquels il faut signaler les procès-verbaux des réunions des Secrétaires qui correspondent à des Ministres.

Viennent ensuite les 12 cartons de minutes du courrier départ. Le premier, celui du général Chambe, permet de suivre au jour le jour l'action menée par le service : la propagande de guerre, le virage politique.

A la suite, un carton consacré à la série Personnel et à la série Ordres de mission.

La série intitulée Divers représente cinq cartons. Elle donne un aperçu de tous les problèmes, politiques notamment, qui se sont posés en Afrique du Nord. Les titres font illusion sur le contenu des chemises ; il y a cependant quelques surprises heureuses qu'on s'est efforcé de noter au fur et à mesure.

Les séries Presse, Radio, Cinéma, sont réduites à 4 cartons, c'est dire à quel point manquent les archives

Ces archives ont été rapatriées, utilisées par les services en France, déménagées à travers Paris...

de ces services.

Le carton suivant intitulé Propagande comporte deux dossiers : l'un concerne l'iconographie, tracts, affiches, etc... l'autre, un concours de composition d'un chant de guerre (paroles et musique) en vue d'exalter l'armée d'Afrique.

Sont rassemblés dans les deux derniers cartons des comptes-rendus d'écoutes et d'interceptions reçus par le service, collection très lacunaire.

L'étude de ce fonds doit être complétée par l'examen des documents déjà versés en F 41, notamment les articles F 41 336 et suivants qui concernent le C.F.L.N. Les archives concernant l'épuration de la presse en Afrique du Nord sont en cours de classement.

Dans chaque série F des Ministères se trouvent des archives des Commissariats d'Alger.

Dans la série F 60, archives de la Présidence du Conseil, devenues celles du Premier Ministre, on retrouve dans un ordre impeccable, continu, en volumes reliés, les minutes du courrier départ et arrivée du Secrétariat

Ce secrétariat a été assuré par le lieutenant de vaisseau Cagger, de novembre 1942 à juillet 1943 ; il était assisté du quartier-maître Lepagne qui est resté jusqu'à la fin. Cette continuité a sûrement contribué à sauvces documents.

des trois gouvernements successifs d'Alger avec les Secrétariats puis Commissariats F 60 110-146.

Pour essayer de comprendre les événements d'Afrique du Nord durant cette période, il faut se plonger dans les procès de la Haute Cour où figurent les grands personnages du régime de Vichy qui ont effectué avec Darlan et Giraud le virage politique de l'Afrique française, mais dont le départ est exigé par de Gaulle pour établir sa légitimité sans aucune compromission avec l'Etat français du maréchal.

- Le général Bergeret, Haut Commissaire adjoint de Darlan puis Secrétaire général de Giraud.

- Boisson, Gouverneur général de l'A.O.F.

- Chatel, Gouverneur général de l'Algérie.

- L'amiral Estéva, Résident général en Tunisie.

- Le général Noguès, Résident général du Maroc.

- L'ambassadeur Peyrouton, Gouverneur général de l'Algérie, après Chatel, du 17 janvier au 3 juin 1943.

Les Services d'archives des Ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de la Marine et de l'Air possèdent sûrement des documents sur cette période.

J. IRIGOIN

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