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Inventaire - Cotes :

Fonds Robert Mandrou (1870-1997).

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Cotes
AB/XIX/4420-AB/XIX/4478
Date
1870-1997
Localisation physique
Pierrefitte

Description

Présentation du contenu

INTRODUCTION

[Nous reprenons ici, légèrement modifié, le texte introductif à l'inventaire sommaire des papiers de Robert Mandrou : " Les archives de Robert Mandrou, une totalité vivante par la multiplicité ordonnée des plans et des abords", Cahiers du Centre de recherches historiques, n°18-19, 1997, pp. 11-24].

Les papiers de Robert Mandrou présentent, après leur regroupement géographique et l'organisation du fonds, un ordonnancement naturel qui, à l'échelle de l'individu, évoque à son tour cette " totalité vivante " décrite par Jean Starobinski à propos de l' Introduction à la France moderne. [" Ce qui dans votre livre m'a paru admirable, c'est la façon dont il fait pressentir une totalité vivante - par la multiplicité ordonnée des plans et des "abords". D'où le sentiment qu'éprouve le lecteur, de cohérence organique, mais aussi de richesse et d'ouverture " : lettre du 21 avril 1961 de Jean Starobinski à Robert Mandrou (AB XIX 4474) à propos de la publication de Introduction à la France moderne (1500-1640) : essai de psychologie historique, Paris, A. Michel, 1961. Nous remercions Jean Starobinski de son autorisation de publication]. Robert Mandrou appliquait à la gestion de ses propres papiers la même rigueur ordonnée qu'il utilisait dans sa démarche d'historien et dans son engagement de pédagogue. Héritier d'un penseur de l'histoire qui a bouleversé les études historiques, Robert Mandrou ne fut pas, comme son maître Lucien Febvre, un chef d'école, mais il a appliqué et illustré magistralement les voies ouvertes par le fondateur des Annales. [Dans le sens spirituel et matériel du terme, puisqu'il fut choisi par Lucien Febvre pour collaborer à l'un de ses derniers projets et qu'il fut, à notre connaissance, le destinataire de ses dernières lettres. Par la suite, Suzanne Febvre a effectué elle-même auprès de Robert Mandrou le dépôt d'un grand nombre de dossiers et de fichiers de son époux ( cf. lettre de Suzanne Febvre du 26 juillet 1963, AB XIX 4425)]. Dans une période qui annonçait un bouleversement des méthodes historiques par l'organisation de vastes enquêtes collectives et l'introduction de l'usage de l'ordinateur, Robert Mandrou se présentait comme un " historien artisanal " (Robert Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, une analyse de psychologie historique, Paris, Plon, 1968, p. 9). De son métier d'historien ainsi conçu, il a laissé intact l'ensemble de ses outils. À l'exception de quelques documents dont nous signalerons les lacunes dans le fonds, il semble avoir presque tout conservé : ses fichiers, ses manuscrits, ses notes de cours et de conférences, ses plans divers, ses agendas, son courrier. Ce fonds d'archives est, dans son intégralité, un témoignage exceptionnel d'un homme de science à la charnière des traditions.

Le fonds d'archives

La décision de Christiane Mandrou de faire don des papiers de Robert Mandrou aux Archives nationales, par l'intermédiaire du Centre de recherches historiques de l'École des hautes études en sciences sociales, n'a pas été prise sans hésitations. Elle s'en explique dans le témoignage qu'elle a joint au fonds d'archives (Christiane Mandrou fait allusion à la rupture de Robert Mandrou avec Fernand Braudel évoquée plus haut). Philippe Joutard voit dans son choix " un geste d'apaisement et [...] de réconciliation, au-delà d'un passé douloureux et qui le reste " (Philippe Joutard, Cahiers du Centre de recherches historiques, n°18-19, 1997, p. 155). Jean-François Mandrou, fils aîné de l'historien, qui conservait à son domicile un certain nombre de documents, a également décidé de donner les dossiers en sa possession. Cette remise s'est faite en deux temps, l'une au début du travail d'archivage, l'autre en août 1998, lorsque Jean-François a retrouvé dans sa maison de vacances une dernière caisse d'archives qui contenait des manuscrits dactylographiés, des textes de conférences ainsi que des notes et documents de Lucien Febvre. Le texte introductif et l'inventaire sommaire publiés dans les Cahiers du Centre de recherches historiques en 1997 n'ont pas pu tenir compte de cet apport ultérieur.

Les papiers constituant le fonds proviennent de trois lieux différents : la grande masse se trouvait au domicile parisien de Robert et Christiane Mandrou, rue Méchain. Il y avait là l'ensemble de ses papiers personnels, ses cours et conférences, ses notes de lecture, ses fichiers de travail, le dossier intitulé " la crise - F.B. " et la correspondance reçue postérieurement à 1972. Ces documents ont été classés par Marie-Annick Morisson pendant deux ans au domicile de Mme Christiane Mandrou, bénéficiant ainsi de ses conseils et de ses souvenirs. Jean-François Mandrou avait pour sa part soigneusement conservé, malgré deux déménagements, les documents laissés par son père à son domicile de Montgeron ou apportés par lui, par manque de place, vers 1972 : il s'agit des manuscrits d'ouvrages, des carnets et agendas, de sa correspondance (de 1954 à 1972), des dossiers du secrétariat de rédaction des Annales ainsi que des lettres reçues de Lucien Febvre. Ces documents ont été pris en charge par Brigitte Mazon qui a bénéficié de l'aide de Laurence Lesieur pour le travail de classement de la correspondance. Un troisième ensemble, d'un volume moindre, a été remis par Jean Lecuir : il comporte les dossiers laissés par Robert Mandrou dans son bureau de Nanterre ainsi que des notes de cours collectées auprès d'anciens étudiants de Nanterre.

Avant notre prise en charge du fonds, il existait, nous l'avons signalé, un ensemble de dossiers de Lucien Febvre, confiés par Suzanne Febvre à Robert Mandrou. Ces dossiers ont été remis par Jean-François Mandrou à Lucile Febvre-Richard et ont rejoint le fonds Lucien Febvre, conservé aux Archives nationales. Il est à noter cependant que quelques éléments (des fiches et un petit dossier sur " la patrie ") provenant du fichier de Lucien Febvre intitulé " introduction au XVIe siècle ", qui a été utilisé par Robert Mandrou pour la rédaction de l' Introduction à la France Moderne, sont restés dans ses propres fichiers et ont été restitués par Christiane Mandrou à Henri Febvre. La réédition de l'ouvrage de Robert Mandrou, Paris, A. Michel, 1998, a fait le point sur cette question.

L'ensemble du fonds des papiers de Robert Mandrou, réorganisé et agencé dans son unité intrinsèque, révèle, à côté d'une impressionnante capacité de travail, une méthode ordonnée d'organisation des dossiers. Robert Mandrou portait toujours un intitulé sur la chemise cartonnée constituant un dossier. Nous en avons repris le titre entre guillemets, et ajouté entre crochets carrés un autre titre, plus adapté au contenu du dossier complété ultérieurement. Nous avons dans certains cas opéré des regroupements nécessaires. Le contenu de quelques dossiers semble avoir été détruit par Robert Mandrou, lorsqu'il ne semblait plus présenter d'intérêt à ses yeux : en témoignent quelques intitulés de dossiers sur des chemises de réemploi. Si nous avons articulé le fonds en huit grandes catégories (documents personnels, responsabilités éditoriales et d'enseignement, activités institutionnelles, activités d'enseignement et de recherche, communications scientifiques, publications, correspondance, témoignages), chacun des dossiers regroupés sous ces différentes rubriques, à l'exception évidente de la dernière, préexistait dans une unité organique.

Nous ne commentons dans le cadre de cette introduction que quelques aspects des différentes rubriques du fonds d'archives.

1. Documents personnels

Dans ses papiers personnels, rien d'important ne semble faire défaut depuis 1942 (la correspondance avec ses parents, à l'époque du STO, a été conservée par Jean-François Mandrou ; le dossier médical a été conservé par Christiane Mandrou). On y trouve ses pièces d'état civil, des notes biographiques, des documents concernant ses études et sa carrière. Dans ses agendas, Robert Mandrou notait non seulement ses rendez-vous et les différentes tâches à effectuer, mais aussi, exceptionnellement, une argumentation avant ou après une entrevue qui nécessitait une mise en ordre de ses idées. Cette mise en ordre, on la rencontre fréquemment sous forme de nombreux plans rigoureux, précédant un texte et parfois une lettre qui semblent ensuite écrits d'un seul jet.

2. Documents émanant des responsabilités d'édition et d'enseignement

Robert Mandrou a été nommé secrétaire de rédaction des Annales à partir de la préparation du n° 3 de 1954. De ses fonctions de secrétaire, Robert Mandrou a conservé sa correspondance de novembre 1957 à juillet 1959. On y trouve environ 800 pelures de lettres envoyées par Robert Mandrou et approximativement autant de lettres de correspondants. Il est à noter que quelques lettres antérieures à cette période et relatives aux Annales, figurent dans le fonds de correspondance générale (lettres de Paul Leuilliot, Georges Friedmann, Fernand Braudel). Pour la période 1954-1956, le seul dossier consacré spécifiquement aux Annales (intitulé " Annales - L.F. ", AB/XIX/4425) comprend la correspondance entre Robert Mandrou et Lucien Febvre de 1953 à 1956, dossier dans lequel il a ajouté par la suite un projet de " réforme des Annales pour 1961 ", ainsi qu'un certain nombre de lettres de Fernand Braudel. À partir de 1957, installé chez Armand Colin pour y exercer ses fonctions de secrétaire, il conserve la correspondance de la revue dans un dossier spécifique comportant les lettres reçues et les pelures dactylographiées de ses réponses, ainsi que quelques brèves notes de Fernand Braudel. Si le dossier s'interrompt en juillet 1959, c'est à la suite de l'installation du secrétariat de la revue, avec la présidence de la VIe section, au 20 rue de la Baume (dans l'immeuble cédé par la Fondation Rockefeller à la Caisse des dépôts et consignations avec le souhait des Américains d'y voir hébergée la VIe section jusqu'à la construction de la Maison des sciences de l'homme). Voir Brigitte Mazon, Aux origines de la VIe section de l'EPHE, Paris, Éd. du Cerf, 1988. Robert Mandrou a dû emporter à son domicile de Montgeron ce dossier de correspondance, au cours de l'été 1959, période de transition et de déménagement. Il y est resté, sans doute parce que le besoin ne s'est pas fait sentir de le rapporter à la rentrée de 1959. On trouve dans ce dossier quelques lettres relatives à des missions spécifiques dont le charge alors Fernand Braudel. Un autre dossier, conservé à son domicile parisien, s'intitule " la crise - F. B. " et comprend des lettres de F. Braudel de 1960 à 1964, ainsi qu'un certain nombre de lettres adressées à Robert Mandrou en 1962, à la suite de son éviction des Annales.

Les responsabilités éditoriales de Robert Mandrou se poursuivent aux éditions Plon où il dirige, de 1962 à 1967, la collection " Histoire des mentalités " qui devient " Civilisation et mentalités " en 1968 dans sa fusion avec la collection dirigée par Philippe Ariès. Le fonds conserve sa correspondance avec les auteurs, de 1962 à 1974, et les dossiers administratifs de la collection.

Aussi bien pour ses responsabilités d'enseignant exercées à la VIe section de l'EPHE, que pour celles poursuivies à l'université Paris X-Nanterre ou au Canada, Robert Mandrou a conservé les cahiers d'émargement, les fiches d'étudiants, ses notes et rapports de direction de travaux, les fiches récapitulatives du déroulement de ses séminaires, ses notes de réunion, les dossiers de ses étudiants. Les documents émanant de ses responsabilités administratives sont largement annotés.

Pour toutes ces activités institutionnelles, l'inventaire donne une idée du soin que Robert Mandrou avait mis à classer méthodiquement tous ses papiers. Signalons que les circulaires administratives, comptes rendus de réunions ou commissions, n'ont été conservés que lorsqu'ils portaient des annotations de la main de Robert Mandrou.

3. Activités associatives et institutionnelles

Membre de la commission française pour l'UNESCO (collège éducation), membre du Club Jean Moulin (groupe éducation), intervenant à l'Institut national de recherche et de documentation pédagogiques (INRDP), Robert Mandrou s'est engagé dans la réflexion sur l'enseignement et ses réformes. Il est à noter qu'il avait regroupé dans son dossier personnel intitulé " réforme de l'enseignement " (AB/XIX/4432) des dossiers réunis par Lucien Febvre autour du même sujet (annotations et projets de Marc Bloch sur les réformes de l'enseignement 1939-1943, et documents sur l'enseignement de 1940 à 1951). Ces dossiers, ainsi que des textes manuscrits de Lucien Febvre, remis en août 1998 par J. -F. Mandrou, ont rejoint les archives de Lucien Febvre.

Robert Mandrou a participé à un certain nombre d'émissions de radio et de télévision. Ses dossiers " ORTF ", " INA " ainsi que les nombreux rendez-vous notés dans ses agendas avec Pierre Sipriot font état de l'intérêt qu'il portait à ce nouvel outil de diffusion des connaissances historiques (voir l'annexe à l'inventaire).

4. Activités d'enseignement et de recherche

Des dix années d'activité de recherche consacrées à ses deux thèses ( Magistrats et sorciers, Les Fugger), Robert Mandrou a conservé toute sa correspondance avec les services d'archives et les bibliothèques ainsi que le courrier reçu au moment de la soutenance. Il a aussi naturellement conservé les exemplaires manuscrits de ses thèses.

Les notes de cours constituent un ensemble particulièrement remarquable. Ces notes préparatoires se présentent, matériellement et intellectuellement, de façon très différente suivant qu'il s'agit des séminaires de l'EPHE ou des cours professés à l'université. Les séminaires sont préparés sur des feuillets in 4°, repliés, contenant souvent des fiches bibliographiques. Le contenu de chaque séance était précisément développé sur quatre pages. Le plan du cours est très rigoureux dans ses parties et sous-parties. À titre d'exemple, le cours sur la formation des mythes nationaux en France, XVIe-XVIIIe siècle qui s'étend sur cinq années universitaires (commencé en mars 1968, il s'achève en juin 1973), est réparti en quatre grandes parties et 86 leçons, ce qui représente pas moins de 369 pages manuscrites, auxquelles s'ajoutent les fiches qui complètent chaque leçon. En vingt ans d'enseignement à la VIe section de l'EPHE (1957-1977), Robert Mandrou a animé une douzaine de grandes séries de séminaires de recherche, ce qui se traduit par quelque 1300 feuillets manuscrits. Une lacune importante est cependant à déplorer : il s'agit du cours sur l'histoire des mentalités (1958-1960). L'état des notes de cours antérieurs et immédiatement postérieurs, abîmées par l'eau, peut faire penser à une destruction opérée par Robert Mandrou à l'issue d'une inondation.

De ses cours à Paris X-Nanterre, il reste près de 900 feuillets de notes aussi précisément articulées que celles de l'EPHE. Mais les cours de l'université s'adressaient à un public différent des séminaires de l'EPHE : ils sont préparés en général sur un seul feuillet de format 21x27, utilisé recto-verso, et organisés en leçons de type universitaire. Les leçons de licence sont réparties en enseignement général (les cours de méthodologie présentent un ensemble assez remarquable) et en enseignement spécialisé. Ce dernier s'organise en général autour de publications récentes qui ont marqué Robert Mandrou (Boris Porchnev, Lucien Goldmann, Max Weber ou Charles Carrière). Les cours d'agrégation, qui lui laissent moins de liberté, sont l'occasion de cours magistraux qui lui valent de nombreuses lettres de remerciements, qu'il conserve toutes.

Les séminaires, cours et conférences tenus au Canada, reprennent parfois, en les adaptant, les recherches déjà exposées dans les séminaires de l'EPHE. Robert Mandrou y intègre à l'occasion une ou deux leçons déjà préparées, mais il renouvelle en général l'articulation de son exposé.

Historien de formation classique, Robert Mandrou a alimenté ses fichiers de travail tout au long de sa vie active. Il semble en avoir commencé la constitution dès le début des années cinquante, au plus tard lors du choix de son sujet de thèse (en 1953). Ces fichiers, au nombre d'une quinzaine, représentent cinq mètres linéaires de fiches manuscrites de dépouillement d'archives ainsi que de références bibliographiques de sources imprimées. Cet ensemble de quelque 26000 fiches est organisé en entrées thématiques.

Robert Mandrou a laissé en outre la trace de ses lectures méthodiques dans les livres eux-mêmes : on a retrouvé dans plus de deux cents ouvrages de sa bibliothèque des notes rédigées ou semi-rédigées, simples fiches de lectures, ou comptes rendus en projet ou dactylographiés (voir les titres de ces ouvrages dans l'annexe à l'inventaire).

5. Communication scientifique : congrès et colloques

Les premières missions d'études de Robert Mandrou le conduisent vers l'Allemagne. À la suite de chaque mission, il rédige un rapport circonstancié qu'il joint à ses fiches. Mais, très rapidement, il est invité à faire des conférences dans le monde entier et à participer à des colloques internationaux. Il conserve ses notes manuscrites et ses textes de communication.

6. Publications
Manuscrits

Le fonds contient six manuscrits autographes de Robert Mandrou. Ceux-ci semblent avoir été rédigés d'un seul trait après l'élaboration rigoureuse du plan. Il veillait particulièrement à l'équilibre des parties et à l'homogénéité de la longueur des paragraphes. Selon ses proches, Robert Mandrou ne faisait que de manière exceptionnelle un brouillon, tant pour ses lettres que pour ses livres. Ses manuscrits, à la calligraphie très régulière, présentent très peu de ratures. Le fonds contient en outre quelques articles inédits et un projet de livre.

Relations avec les éditeurs et lecteurs

Outre les contrats et comptes rendus de presse que comprennent ses dossiers d'édition d'ouvrages, l'intérêt de cette rubrique réside aussi dans les nombreuses lettres (près de 700) de remerciements et de commentaires des livres que l'on y trouve.

7. La correspondance

Robert Mandrou a conservé, semble-t-il, la quasi totalité des lettres qu'il a reçues. Lorsque ces lettres ne rejoignaient pas des dossiers spécifiques (concernant l'édition, les étudiants, les Annales, Lucien Febvre ou Fernand Braudel pour la période 1960-1964), Robert Mandrou les conservait dans des chemises classées dans l'ordre chronologique. Très souvent, il y portait la lettre " R " indiquant qu'il avait répondu, et il semble être rarement retourné à cette correspondance dont l'ordre chronologique n'a guère été dérangé. Ce fonds de correspondance générale représente environ 2300 lettres. Celles-ci, pour une meilleure exploitation, ont été reclassées par ordre alphabétique des correspondants, au nombre de 799. À l'exception de quelques lettres de ses enfants, remises à sa famille, il s'agit d'une correspondance exclusivement scientifique, dont le ton est amical, mais reste en général professionnel.

8. Témoignages, notices nécrologiques, correspondance

Nous avons placé dans cette rubrique tous les documents concernant Robert Mandrou après sa disparition : témoignages et allocutions, lettres de condoléances, notices nécrologiques. Mme Christiane Mandrou a fait don de deux albums de photos. Par ailleurs, certains correspondants ont remis des lettres reçues de Robert Mandrou qui enrichissent le fonds d'archives.

Bibliothèque

La bibliothèque de Robert Mandrou a été versée à la Mission historique française en Allemagne, à Göttingen.

Historique du producteur

L'essentiel de la biographie de Robert Mandrou a été donné par Philippe Joutard et Jean Lecuir dans leur introduction aux Mélanges Robert Mandrou (Philippe Joutard et Jean Lecuir, " Robert Mandrou, l'itinéraire d'un historien européen du XXe siècle ", Histoire sociale, sensibilités collectives et mentalités, mélanges Robert Mandrou, Paris, Presses universitaires de France, 1985, p. 9-20). Nous y renvoyons les lecteurs qui trouveront en outre des analyses qui dépassent le cadre de cette présentation. Nous ne rappellerons ici que les principaux faits, en ajoutant toutefois quelques précisions fournies par les documents d'archives, avant d'exposer et de commenter l'organisation même du fonds.

Né à Paris le 31 janvier 1921, Robert Mandrou y décède le 25 mars 1984. Fils d'un cheminot parisien, boursier de l'enseignement public, il fait ses études secondaires à Saint-Étienne. Ses proches évoquent la fierté qu'il avait de ses origines et sa fidélité morale aux engagements sociaux de son père, dont témoigne la conservation qu'il a faite de ses cartes de syndicaliste ou de membre de multiples associations.

De ses études secondaires, Robert Mandrou a gardé des listes d'inscription au " tableau d'honneur " et des coupures de presse concernant le palmarès du Concours général, dont il est deux fois lauréat (accessit de géographie). En 1939 Robert Mandrou obtient son baccalauréat de philosophie (il a conservé les sujets des épreuves). La guerre interrompt sa préparation au concours de l'École normale supérieure, effectuée à Lyon. En novembre 1942, il est contraint de participer aux Chantiers de la jeunesse, puis, à la suite de la loi de Vichy du 16 février 1943 concernant les jeunes gens nés entre 1920 et 1922, il est envoyé en Allemagne par le Service du travail obligatoire, en août 1943. Il y restera jusqu'en mai 1945. De cette période, il n'a conservé que les diverses attestations officielles et ses cartes de déporté du travail. Ses nombreuses lettres à ses parents, conservées par son fils Jean-François, donneraient certainement des précisions sur cette expérience sur laquelle il ne s'est exprimé que dans l'intimité familiale. Il lui en est resté, en tout état de cause, une excellente connaissance de l'allemand et une familiarité avec la forêt du Harz où il travailla comme bûcheron.

De retour en France en mai 1945, il reprend ses études d'histoire à Lyon tout en occupant les fonctions de maître d'internat, de répétiteur, puis de professeur - adjoint. Il se présente cinq fois au concours de l'agrégation (il note avec précision la progression de ses résultats d'année en année) ; il est reçu premier à l'écrit et troisième à l'oral lors du concours de 1950, où il est remarqué par Fernand Braudel et Maurice Crouzet, respectivement président et membre du jury. Son destin d'historien se joue alors. Il est présenté à Lucien Febvre, avec lequel il échange, de 1953 à 1956, une correspondance qui témoigne de l'intérêt du maître pour le jeune historien auquel il songe très vite pour une collaboration à un livre sur le XVIIe siècle (Lettre de Lucien Febvre du 9 mai 1953, AB/XIX/4425).

À la rentrée de 1954, Robert Mandrou quitte Clermont-Ferrand, où il enseignait comme professeur agrégé, pour prendre ses fonctions au lycée Voltaire à Paris. Il est alors à même d'exercer les fonctions de secrétaire de rédaction des Annales que vient de lui confier Lucien Febvre et qu'il remplira jusqu'en juin 1962. De 1954 à septembre 1956, il gère directement avec Lucien Febvre le calendrier de la revue, la relecture des articles, la répartition et la relance des comptes rendus. Fernand Braudel lui transmet de courtes notes d'organisation. Paul Leuilliot, secrétaire du comité de direction, ne partage guère la tâche même s'il lui envoie quelques lettres amicales que Robert Mandrou classe avec sa correspondance générale.

Le décès de Lucien Febvre, le 27 septembre 1956, l'affecte profondément alors qu'il est affaibli par une tuberculose pulmonaire qui, de juillet 1956 à la rentrée 1957, l'éloigne de l'enseignement secondaire mais guère des Annales. Il est à peine guéri lorsque Fernand Braudel lui propose un poste à la VIe section de l'École pratique des hautes études (EPHE). Robert Mandrou, qui a consigné ses réflexions sur une fiche de notes personnelles (AB/XIX/4427), hésite à accepter une direction d'études. L'offre de Fernand Braudel lui semble prématurée : elle contrarie son propre plan de carrière qu'il veut fonder sur de solides publications, telles que l'ouvrage en cours rédigé en collaboration avec Georges Duby, Histoire de la civilisation française (Paris, A. Colin, 1958, 2 vol.), et d'importants projets d'articles. Il n'a que 36 ans, sa thèse est à peine entamée. Il craint à la fois l'effet de " passe-droit " et les " besognes " que l'on attend de lui au Centre de recherches historiques, où il semblerait devoir reprendre les tâches de Marc Bouloiseau, affecté à la rédaction de multiples comptes rendus et à la gestion des publications du centre en pleine expansion. Il note aussi que renoncer à l'enseignement serait pour lui un " crèvecœur ". [Il pense à ce moment à son enseignement dans le cycle secondaire, auquel il prouvera toujours son attachement par ses activités et sa réflexion sur l'enseignement de l'histoire, dont nous trouvons de nombreuses traces dans les archives : voir en particulier sa participation, dès 1950, à des colloques sur l'enseignement de l'histoire, ses prises de position sur les réformes successives (Fontanet - Haby), son soutien au groupe " Enseignement 70 ", sa participation aux commissions de l'OCDE et de l'UNESCO]. Il ne montre donc aucun empressement à accepter l'offre du nouveau président de la VIe section. Mais le poste de directeur d'études est créé en 1957, à la suite d'une proposition de nomination dans laquelle Fernand Braudel précise la " spécificité de la chaire confiée à M. Mandrou " : " Monsieur Mandrou succède à Lucien Febvre dans la chaire d'histoire générale et d'histoire sociale du XVIIe siècle, sans que la mention XVIIe siècle enferme M. Mandrou dans des limites chronologiques trop nettes (lettre de Louis Velay pour le président de la VIe section de l'École pratique des hautes études (EPHE) au ministre de l'éducation nationale du 23 octobre 1957, dossier Robert Mandrou, archives de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)). " Le décret officiel de nomination ne reprendra cependant pas les termes choisis par la proposition : en effet une direction d'études n'est pas liée à une chaire préexistante. Celle-ci pouvait d'autant moins être laissée vacante par Lucien Febvre, lui-même à la retraite depuis 1949 tout en exerçant la présidence de la VIe section. Le fait mérite seulement d'être souligné comme marque immédiate de la reconnaissance par Fernand Braudel des liens qui avaient attaché Lucien Febvre à Robert Mandrou.

Robert Mandrou commence ainsi son enseignement en séminaire de recherche à la sixième section de l'EPHE, où il propose, dès la première année, une réflexion sur l'" histoire des mentalités ", dont il vient, après Lucien Febvre, de reformuler la notion avec Georges Duby [Georges Duby, " La rencontre avec Robert Mandrou et l'élaboration de la notion d'histoire des mentalités ", Mélanges Robert Mandrou, op. cit., p. 33-35. Lucien Febvre, pour sa part, avait choisi la notion d'" outillage mental " : " Avertissement au lecteur ", dans : Encyclopédie française. T. 1 : L'outillage mental, Paris, Société de gestion de l'Encyclopédie française, 1937, fasc. 4, p. 3]. Il s'investit de près dans la vie de la section, ainsi qu'en témoigne la lecture de ses agendas, participant aux réunions, rédigeant de nombreux comptes rendus tout en continuant à exercer des responsabilités au secrétariat de rédaction des Annales.

C'est en 1962 que Robert Mandrou est brusquement écarté des Annales. Le prétexte en est la publication d'un article, intitulé " Mathématiques et histoire ", dans la revue italienne Critica storica (Robert Mandrou, " Mathématiques et histoire ", Critica storica, année 1, fasc. 1, 31 janvier 1962, p. 39-48). Robert Mandrou conserve de cette rupture un dossier intitulé " La crise - FB ". Depuis l'annonce, en 1960, de la publication de l'Introduction à la France moderne, les relations avec Fernand Braudel s'étaient en effet tendues (les conditions de la genèse et de la publication de l'ouvrage sont examinées par Philippe Joutard et Jean Lecuir dans la réédition de l'ouvrage, Paris, Albin Michel, 1998, 650 p.). Robert Mandrou a conservé dans ce dossier les lettres de Fernand Braudel, de Suzanne Febvre, ainsi que celles d'amis et de proches qui le soutiennent et l'encouragent dans cette épreuve dont il gardera toute sa vie un souvenir douloureux. Philippe Joutard en témoigne : " Je suis un de ceux, plus rares, qui, avec Jean-Pierre Peter, peuvent témoigner combien la rupture avec Fernand Braudel et les Annales fut pour Robert Mandrou un drame et pas seulement intellectuel. En effet, pour lui, disciple fervent de Lucien Febvre, les Annales étaient sa famille et il eut le sentiment d'en être injustement rejeté. Il ne comprit pas et ne s'en est jamais complètement remis (" Un inspirateur ", Philippe Joutard, Cahiers du Centre de recherches historiques, n°18-19, 1997, p. 156.)."

De 1953 à 1962, Robert Mandrou avait donné presque exclusivement (exception faite de deux comptes rendus dans la Revue historique et d'une nécrologie de Lucien Febvre dans la Revue universitaire) aux Annales ses premiers travaux d'historien : il rédigea 37 comptes rendus et 15 articles tout en exerçant son rôle de secrétaire de la revue. Après 1962, il n'y publia plus rien et ses ouvrages n'y ont que très exceptionnellement bénéficié de comptes rendus. Sur douze ouvrages publiés par Robert Mandrou, quatre ont été recensés : La civilisation française par R. Barthes, De la culture populaire par C. Beutler, Magistrats et sorciers par P. Chaunu, Les sept jours de Prague, par M. Bernard. Robert Mandrou ne parla plus ensuite que des Annales " première manière " ( Magistrats et sorciers, op. cit., p.11.) qu'il jugeait plus fidèles à l'esprit de Lucien Febvre.

À partir de 1962, libéré de la charge du secrétariat des Annales, Robert Mandrou se consacre à son enseignement et à la rédaction de ses thèses et de ses autres travaux.

Son séminaire de la sixième section de l'EPHE (Robert Mandrou a conservé tous les cahiers de présence de son séminaire, AB/XIX/4426) est fréquenté par un petit nombre de fidèles qui y reçoivent une véritable formation à la recherche, ainsi que l'évoque Arlette Farge : " Je fus donc formée par le séminaire de Robert Mandrou, par la rencontre quotidienne avec les archives judiciaires, et au dessus de tout cela, par la philosophie, l'esprit et l'éthique d'un professeur à la fois rigoureux, mordant, attentif et passionné. Du séminaire, j'ai retenu le découpage horaire du samedi matin où la première heure était consacrée à la critique d'un livre qui venait de sortir et où la seconde était l'exposé minutieux de ses travaux personnels". [ cf le témoignage d'Arlette Farge, AB/XIX/4477. Jacques Revel se souvient pour sa part d'un découpage du séminaire en trois parties : la première étant régulièrement consacrée à l'actualité de la vie universitaire et sociale, aux nouvelles de l'École, et aux commentaires de ses orientations scientifiques. Sur la couverture des dossiers de préparation des séminaires, Robert Mandrou a en effet consigné l'ordre du jour de chaque séance, qui, selon les périodes, était réparti en trois ou quatre points, AB XIX 4427.

Robert Mandrou se fait du séminaire une idée très proche du rôle des laboratoires de l'École pratique des hautes études tel qu'il avait été défini par Victor Duruy lors de la création de l'institution : on devait y proposer la " pratique " - dans le sens explicite du mot - du savoir par la transmission directe de l'érudition du maître à un petit effectif de jeunes chercheurs, tout en lui permettant de tester ses hypothèses de travail. Ce séminaire, du latin semen (" semence ") et de seminarium (" pépinière "), est pour Robert Mandrou un véritable terreau de fermentation. [Les sessions de bilan de fin d'année, organisées par Robert Mandrou entre 1966 et 1977 à Cerisy-la-Salle, Azay-le-Ferron ou Troyes, étaient articulées autour des conclusions et débats méthodologiques des cours. Elles étaient particulièrement fructueuses et marquées, en outre, selon le souvenir de Jean Lecuir, " par la convivialité, la proximité et la détente "]. Si l'on compare la chronologie des enseignements de Robert Mandrou à l'EPHE-VIe et celle de ses publications et communications scientifiques, on constate la fécondité directe de la pratique du séminaire : chaque cycle de cours semble être le point de départ ou l'accompagnement de la gestation d'un ouvrage. Ainsi, pendant les deux années universitaires 1958-1960 où il traite des " recherches sur les mentalités françaises du premier XVIIe siècle ", Robert Mandrou alimente le grand fichier qu'il consacre depuis quelques années à la France et publie, en 1961, l' Introduction à la France moderne. Le cycle suivant (1960-1963) est la matrice de son livre De la culture populaire en France aux XVIIe et XVIIIe siècles (Paris, Stock, 1964, 222 p.), dont subsiste tout le fichier de travail. Il est aisé de le constater, les annexes à l'inventaire, établies par Marie-Annick Morisson, permettent de reconstituer ce parcours : le mouvement fécond qui commence avec la constitution des fichiers de travail à partir des dépouillements d'archives, passe par l'expérimentation et la maturation de son sujet dans les séminaires et conférences et aboutit régulièrement à la publication d'un ouvrage ou d'un article. [Une exception est à mentionner pour l'important cycle de cours de 1968 à 1973, comptant 86 leçons et portant sur " la formation des mythes nationaux en France ", en projet dès 1959 (cf. Annuaire de l'EPHE-VIe 1969-1970, p. 170). Les notes de cours représentent 369 feuillets manuscrits et s'accompagnent d'un fichier thématique, AB XIX 4437. L'ensemble de la réflexion, pour la première fois, n'a pas abouti dans un livre].

La période qui va de 1962 à 1968 est aussi celle de la rédaction de ses thèses de doctorat qu'il soutient en Sorbonne en novembre 1968. La soutenance a dû être reportée du mois de mai à novembre 1968, en raison des événements. Fait rare, et qui lui posa quelques problèmes administratifs : le livre avait été imprimé avant même la soutenance. L'idée de sa thèse sur les procès de sorcellerie, Robert Mandrou la conçoit probablement en lisant Lucien Febvre (Lucien Febvre, " Sorcellerie, sottise ou révolution mentale ? ", AESC, t. 3, n°1, 1948, p. 9-15) mais il la précise au cours de l'été 1953, en travaillant au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Son hypothèse naît en effet au contact direct de ces dossiers manuscrits et il la soumet à Lucien Febvre (ettres de Robert Mandrou à Lucien Febvre du 31 août 1953 et du 18 octobre 1953, AB/XIX/4425). Ce dernier semble penser qu'il perd son temps avec la sorcellerie (lettre de Robert Mandrou à Lucien Febvre du 30 janvier 1954 : " Thèse : je suis fort bien votre argumentation, et comprends votre préférence pour le sujet circonscrit et rapidement traité. Je n'ai pas d'arguments à vous opposer, si ce n'est qu'il me faut changer mes batteries. Vous avez dit à M. Braudel que je perdais mon temps avec la sorcellerie. Vais-je me replier sur les relations diplomatiques du Grand Électeur et du Grand Turc ? "). Lucien Febvre, qui venait de confier à Robert Mandrou, dans la collection d'Henri Berr " Évolution de l'humanité ", un volume sur la vie économique et les transformations sociales au XVIIe siècle, semble réticent à voir son jeune collègue et futur associé des Annales s'attacher pour de longues années à la rédaction d'une thèse. Il lui écrit à ce propos, sans intervenir sur le fond du sujet : " Je vous en prie, ne vous classez pas dans la catégorie des historiens à retardement. Une thèse qui s'étale sur 10 ans est une médiocre thèse - pour la raison que, commencée disons en 1950 sur des idées de 1950, par un homme qui dispose d'un bagage 1950 - elle est démodée en 1960. Même quand elle reste juste dans les faits. Car le climat a changé. C'était déjà vrai pour nous autres. Mais le rythme des changements était beaucoup plus lent. Maintenant, les sautes de vent sont annuelles. Alors s'éterniser, c'est se créer à soi-même des tas de difficultés de réajustements et se préparer de grands maux de tête, puisqu'il s'agira de concilier un homme de 1950 et un homme de 1960, souvent inconciliables. Conclusion : Thèse : un sujet bien circonscrit. Creusé. Mais qui ne suppose pas toute une vie. C'est périmé. On ne peut plus, on ne doit plus. L'exemple de tous ces gens qui s'épuisent pour faire un chef d'œuvre artisanal et qui, l'ayant fait, restent écrasés pour des années, est affreux, songez-y (lettre de Lucien Febvre du 12 janvier 1954, ibid.). " Robert Mandrou n'hésite cependant pas à faire part de son obstination à son maître quant au sujet : " Je m'entête à croire valable l'étude de la répression et de la disparition des procès de sorcellerie au XVIIe siècle, en tant que processus du développement d'une mentalité rationaliste nouvelle ", écrit-il en octobre 1954 (lettre du 24 octobre 1954, ibid.). C'est à partir de 1958 que Robert Mandrou commence à s'investir dans les recherches préparatoires à ses thèses : en témoignent la correspondance avec les archivistes départementaux ainsi que les premières missions et séjours d'été en Allemagne. Mais ce n'est qu'à partir de 1962 que Robert Mandrou a pu se consacrer plus intensément à ses thèses et en 1968 l'ensemble était achevé. Il intitula sa thèse principale Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle : une analyse de psychologie historique. La thèse complémentaire portait sur Les Fugger, propriétaires fonciers en Souabe. 1560-1618 (Paris, Plon, 1968, 253 p).

De 1950 à 1977, le travail en archives occupait tout son temps libre. Ainsi Christiane Mandrou évoque-t-elle les " vacances studieuses consacrées aux archives françaises lors des petits congés scolaires, ou aux archives allemandes pendant les mois d'été. De Rennes à Besançon, de Bordeaux à Carpentras, d'Auch à Troyes, par exemple. [...] Robert dépouillait et je rédigeais les fiches lorsque le texte à conserver avait une certaine longueur. Ces fiches sont toujours là, nettes et précises jusque dans leur classement [...]. J'ai gardé dans ma mémoire, en partie à cause de son inconfort, ce long été pluvieux et froid passé dans le grenier des archives des Fugger à Dillingen an der Donau, amicalement prêté par Maria Gräfin von Preysing, l'archiviste, et consacré à la petite thèse [...]. Pour nous, vacances et archives étaient confondues" (" Le 27 juin 1995 ", Christiane Mandrou, Cahiers du Centre de recherches historiques, n°18-19, 1997, p. 152).

Pendant la période de la thèse, Robert Mandrou, toujours rattaché au Centre de recherches historiques de l'EPHE-VIe (CRH), participe à l'une de ces enquêtes collectives qui firent du CRH un lieu d'expérimentation de nouvelles méthodes historiques : l'enquête pluridisciplinaire de Plozévet. Il dirige aux côtés d'Ernest Labrousse l'équipe des historiens et en introduit le sujet dans son séminaire de 1965-1966 sous le titre " Histoire socio-culturelle d'un village breton aux XIXe et XXe siècles ". En 1970, il rédige un article de synthèse destiné à la Revue historique, mais non publié, où il rend compte du travail d'équipe des jeunes historiens (le fonds d'archives conserve les placards, annotés de cet article AB/XIX/4441).

Sa thèse avait ouvert à Robert Mandrou la voie de l'université, où il est élu maître de conférences à l'université de Paris X-Nanterre en 1969. Il ne quitte pas pour autant son séminaire de la VIe section, à laquelle il reste attaché comme directeur d'études cumulant. Son élection à Nanterre, d'où était parti le mouvement contestataire du printemps 1968, était due à un choix délibéré. Il avait activement participé aux réflexions des commissions de la VIe section de l'EPHE et était présent dans les principaux lieux d'expression du mouvement étudiant (Nanterre, la Sorbonne). Ainsi que l'explique Jean Lecuir, à l'époque assistant à Paris X-Nanterre : " Nanterre n'était pas pour lui un exil ou une sanction [...]. C'était un choix assumé pour son intérêt social, parce qu'il fallait "aller au feu", au devant de vastes auditoires, de ces foules étudiantes passionnées et passionnantes (" À Nanterre-Paris X ", Jean Lecuir Cahiers du Centre de recherches historiques, n°18-19, 1997, p.167). Nommé professeur titulaire en histoire moderne en octobre 1970, il n'envisage pas à cette époque de carrière universitaire plus prestigieuse même s'il semble avoir été pressenti par des représentants de l'ancienne Sorbonne (selon les souvenirs de Christiane Mandrou). À Nanterre il assure un enseignement universitaire d'un tout autre type que celui qu'il donne à la VIe section de l'EPHE. Il innove en inaugurant, dès 1970, un enseignement de " méthodologie historique ". Il s'engage dans les instances de l'université (conseil scientifique, vice-présidence) et n'hésite pas à assumer de lourdes responsabilités lorsque, en 1976, l'unité d'enseignement et de recherche (UER) de sciences juridiques est menacée de disparition. Nommé administrateur provisoire, il se bat avec succès pour préserver la pluridisciplinarité de l'université.

Son activité d'enseignement, Robert Mandrou l'avait aussi placée, dès 1958, sur un plan international. Tous les deux ans, avec une parfaite régularité jusqu'en 1975, entre la période de l'été consacrée aux recherches en archives et la rentrée universitaire du mois de novembre, il partait de longues semaines pour le Canada où il proposait conférences et séminaires. Il y exposait ses recherches en cours, débattait de la situation universitaire française, informait des courants de l'historiographie en France, parlait du métier d'historien, de Lucien Febvre et des Annales. Il a laissé chez les universitaires du Québec une marque profonde, dont témoigne l'abondante correspondance qu'il en reçut durant toute sa vie.

L'Europe de l'Est retenait aussi toute son attention. Homme de gauche, mais non marxiste, il fit traduire et éditer le livre de l'historien soviétique Boris Porchnev ( Les Soulèvements populaires en France de 1623 à 1648. Paris, SEVPEN, 1963, 679 p) qu'il accompagna d'un avant-propos de critique historique. Il fit des conférences en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et en URSS. Mais c'est surtout à Prague et en Bohême occidentale qu'il rencontrait, avec Christiane Mandrou, un de leurs grands amis, l'historien tchèque Joseph Macek contraint, après l'échec du " Printemps de Prague ", à une inactivité douloureuse ; Christiane Mandrou suggéra alors de lui confier la rédaction d'une Histoire de la Bohême (Paris, Fayard, 1984, 370 p). Il fut passionné par le " Printemps de Prague " et bouleversé par l'entrée des troupes soviétiques. En 1969, il fit publier en français et préfaça Les sept jours de Prague, 21-27 août 1968. Première documentation historique complète, de l'entrée des troupes aux accords de Moscou (Paris, Anthropos, 1969, 416 p).

Son dernier engagement pour l'histoire, Robert Mandrou le consacra à l'Allemagne. Pendant vingt ans, il avait passé quatre à six semaines, l'été, dans les archives et bibliothèques allemandes. Il connaissait bien la difficulté des rencontres entre chercheurs français et allemands. À partir de 1974, il réfléchit à la création d'un centre français de recherche historique en Allemagne. " Son dernier combat - alors qu'il était déjà atteint par la maladie qui allait l'emporter - fut en faveur de la création de la Mission historique à Göttingen ; c'est lui qui, à force d'énergie et d'obstination, sut donner forme à un projet dont il était question depuis une trentaine d'années mais qui jusque là n'avait jamais abouti, c'est lui qui fit les choix décisifs pour l'avenir de la Mission (implantation à Göttingen, liens structurels avec l'Institut Max-Planck) ", rappelle son successeur à la tête de cette institution, Étienne François (témoignage d'Étienne François, AB/XIX/4477). Mais la maladie qui le minait déjà depuis quelques années l'obligea à quitter Göttingen en 1979.

En 1980 Robert Mandrou interrompait son séminaire à l'EHESS, laissant à peine ébauché un projet ancien, celui de faire l'histoire d'une autre mutation mentale, " Port Royal : la logique ou l'art de penser ". En juin 1981, il fit prématurément ses adieux à l'université dans une séance d'une grande intensité (voir le témoignage de Jean Lecuir, Cahiers du Centre de recherches historiques, n°18-19, 1997, p.172). Il s'éteignit deux ans et demi plus tard.

Pour impressionnantes et fécondes que furent ses activités d'enseignant et de chercheur (voir en annexe de l'inventaire la liste de ses cours, conférences, communications et la bibliographie de ses travaux), il ne faut pas oublier que la carrière scientifique de Robert Mandrou a été assez brève : elle ne s'étend que sur un quart de siècle, si on la fait débuter en 1950 avec l'obtention de l'agrégation et ses premières participations à des colloques, les premières atteintes graves de la maladie, en 1976, l'obligeant à diminuer considérablement ses activités. Le fonds d'archives, reflet de l'importance de ses activités, est donc tout à fait considérable et on ne saurait trop souligner la nécessité d'y recourir, car il témoigne de l'étonnante cohérence et continuité entre l'homme et l'œuvre.

Sources et références

Bibliographie

CONCERNANT LA VIE ET L'ŒUVRE DE ROBERT MANDROU

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DUBY, Georges et JOUTARD, Philippe, "La rencontre avec Robert Mandrou et l'élaboration de la notion d'histoire des mentalités : entretien avec Georges DUBY", Histoire sociale, sensibilités collectives et mentalités : mélanges Robert Mandrou, Paris, Presses Universitaires de France, 1985, p. 33-35.

FRANÇOIS, Étienne, Bulletin d'information de la Mission historique française en Allemagne, n° 8, mai, 1984, p. 2-4.

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JOUTARD, Philippe, "Robert Mandrou", Historiens et géographes, n° 300, 1984, p. 1155-1157.

JOUTARD, Philippe, préface à La Culture populaire en France aux XVIIe et XVIIIe siècles : la Bibliothèque bleue, 3e éd., 4e éd., Paris, Imago, 1985, 1999, p. I-XII.

JOUTARD, Philippe et LECUIR, Jean, "Robert Mandrou, l'itinéraire d'un historien européen du XXe siècle", Histoire sociale, sensibilités collectives et mentalités : mélanges Robert Mandrou, Paris, Presses Universitaires de France, 1985, p. 9-20.

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LEBRUN, François, "Hommage à Robert Mandrou", Historiens et géographes, n° 299, 1984, p. 903-904.

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Le Figaro, 30 mars 1984.

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