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Inventaire - Cotes :

Papiers Jean Guiraud (1660-1953)

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Cotes
362AP/1-362AP/243
Date
1660-1953
Nom du producteur
Audollent, Georges (1867-1944)
Localisation physique
Pierrefitte

Description

Présentation du contenu

Dates extrêmes : 1660-1953.

Importance matérielle : 136 cartons (362 AP 1-243), 15,40 ml.

Modalités d'entrée : dons, 2002, 2003, 2007, 2011.

Conditions d'accès : libre, sauf 362 AP 15, 21, 26, 29, 34, 37, 45-46, 49, 55, 207, 210, 225, 227-228 et 230 sur autorisation du donateur.

Instrument de recherche : répertoire numérique détaillé par Françoise Aujogue, 2003-2008, 452 p.

INTRODUCTION
Vie de Jean Guiraud
L'enfance, les racines, 1866-1876

Jean-Baptiste Hippolyte Guiraud, est né à Quillan, dans le département de l'Aude, le 24 juin 1866. Il est le quatrième et dernier enfant vivant de Guillaume et Adélaïde Guiraud, née Escudié, le couple ayant perdu son premier enfant, une petite fille morte en bas âge. Son père est issu d'une famille de modestes paysans audois, enracinés à Villemagne, un village situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Carcassonne, tandis que sa mère est née de parents ouvriers originaires de Montolieu, distant de quelques kilomètres. Guillaume Guiraud avait, très tôt, montré des dispositions pour les études, et, encouragé par son père, avait réussi le concours d'entrée à l'école normale primaire de Carcassonne. Devenu instituteur, il instruit ses enfants et les stimule à son tour, leur inculquant rigueur, discipline et goût du travail. L'aîné de ses enfants, Paul, né en 1850, est intelligent et travailleur. Guillaume Guiraud l'inscrit au petit séminaire de Revel (Haute-Garonne), puis au lycée de Carcassonne où il multiplie les succès scolaires. Son père décide de l'envoyer à Paris pour y préparer le concours d'entrée à l'École normale supérieure et met tout en œuvre pour lui payer ses études ; il vend la totalité de ses biens et quitte l'enseignement afin de trouver un travail plus rémunérateur. Il devient comptable dans une fabrique de draps, mais ne réussissant pas à subvenir comme il le voudrait aux besoins de sa famille, il trouve un associé et achète une usine. Victime de la crise économique qui frappe l'industrie drappière languedocienne, il doit rapidemment renoncer à cette affaire après y avoir englouti toutes ses économies. Il retrouve un emploi de comptable. Pendant ce temps, son fils concrétise les espoirs mis en lui : en 1870, il est reçu deuxième à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm ; la guerre, puis de très graves ennuis de santé, retardent son entrée à l'École. Adélaïde Guiraud, qui s'était dévouée au chevet de son fils aîné de retour au foyer familial, meurt en 1872, épuisée. Les difficultés ne cessent de s'abattre sur Guillaume Guiraud qui est à nouveau chômeur. Il quitte Carcassonne pour Narbonne et emmène avec lui Jean, son cadet, âgé de sept ans. Marie, l'aînée de ses filles, se fait engager comme répétitrice dans la pension où est entrée sa cadette, Berthe, lui permettant ainsi de suivre des études. Jean Guiraud, déjà animé de profonds sentiments religieux, est admis dans les confréries enfantines narbonnaises des Pénitents bleus de Saint-Just et des Pénitents blancs de Saint-Paul. Il participe activement aux processions qui se déroulent régulièrement dans la ville.

Les années d'études, 1876-1889

En 1876, Jean Guiraud entre comme interne au lycée de Carcassonne, ayant réussi avec succès l'examen qui lui permet de bénéficier d'une bourse de gratuité. Bon élève, il marche sur les traces de son frère ; comme lui, il développe son goût pour l'histoire et sa vocation s'affirme : il sera professeur dans l'enseignement supérieur et pourra se consacrer, parallèlement, à des travaux d'érudition. Devenu bachelier, il fait transférer sa bourse d'internat à Paris et entre au prestigieux lycée Louis-le-Grand où il passera deux années. Auguste Burdeau, professeur à Louis-le-Grand, futur député et président de la Chambre, l'un des meilleurs amis de son frère Paul, est son correspondant. Ses condisciples ont pour nom Victor Bérard, Romain Rolland, Fortunat Strowski. Jean Guiraud travaille avec acharnement ; en juin 1884, il est deuxième au concours général des lycées et collèges de Paris pour la composition d'histoire moderne. L'année suivante, il récidive, et réussit également le concours d'entrée à l'École normale supérieure qu'il passe pour la première fois. Deux mois après la rentrée, il retrouve son frère Paul, fraîchement nommé maître de conférences d'histoire ancienne à l'École alors dirigée par Georges Perrot. Paul Guiraud n'enseignera qu'une année rue d'Ulm avant de rejoindre la faculté des Lettres. Parmi les autres professeurs de Jean Guiraud figurent Gabriel Monod pour l'histoire, Vidal de La Blache pour la géographie, Brunetière pour la langue et la littérature françaises, Ollé Laprune pour la philosophie. Il obtient du directeur l'autorisation de suivre les cours d'histoire ecclésiastique de l'abbé Duchesne à l'Institut catholique ainsi que celui sur les sciences auxiliaires qu'il dispense à l'École des hautes études. Insatiable, Jean Guiraud assiste également aux cours d'histoire de l'art du Moyen Âge et de paléographie dispensés à l'École des Chartes par Robert de Lasteyrie et par Auguste Molinier. Rue d'Ulm, Jean Guiraud retrouve un certain nombre de ses camarades de Louis-le-Grand et sympathise avec des anciens. Il se rapproche des étudiants catholiques qu'il côtoie à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, et en particulier à la conférence Saint-Médard où ils se réunissent chaque dimanche. Comme ses camarades, Jean Guiraud visite des familles nécessiteuses dans le quartier Mouffetard. Les dimanches de carême, il va régulièrement écouter les conférences du père Monsabré à Notre-Dame. L'été, durant les vacances, il donne des leçons de latin au jeune Raoul de Riencourt qu'il accompagne avec ses parents à Gouy-Saint-André dans le Pas-de-Calais et dans leur propriété en Suisse ; il nouera avec eux des relations durables. A l'issue de la première année d'École normale, il réussit l'examen de licence ès lettres et, à la fin de la troisième, décroche son agrégation d'histoire et géographie. En 1888, avec l'appui de Gabriel Monod, il obtient la faveur d'une quatrième année à l'École normale supérieure avec promesse d'un séjour à l'École française de Rome.

L'École française de Rome, 1889-1892

Jean Guiraud s'installe au Palais Farnèse à l'automne 1889, bientôt rejoint par Romain Rolland. Il retrouve les normaliens Stéphane Gsell et Édouard Jordan, ainsi qu'Auguste Audollent, rencontré à Louis-le-Grand ; il fait la connaissance de Camille Enlart et André Baudrillart. Plus tard arriveront Jules Gay, Edmond Courbaud, Jules Toutain, Léon Dorez et Frédéric Soehnée. Le directeur de l'École, Auguste Geffroy, suit avec intérêt les travaux de ses protégés et leur ouvre le cercle de ses relations. Jean Guiraud en bénéficie et rencontre de nombreux prélats et savants italiens, ainsi que quelques diplomates et des ecclésiastiques français. Il se lie avec deux pensionnaires de la Procure de Saint-Sulpice, l'abbé Georges Ardant et l'abbé Georges Audollent, frère d'Auguste, futur évêque de Blois, ainsi qu'avec l'abbé Louis Guérard, l'un des chapelains de Saint-Louis-des-Français. Les trois hommes demeureront des amis fidèles. Jean Guiraud profite de l'ouverture des archives « secrètes » du Vatican décidée par le pape Léon XIII. Il participe à l'édition des registres pontificaux du XIII e siècle par l'École française de Rome et publie, pour sa part, les registres du pape Urbain IV (1251-1264). Il participera également à la publication de ceux de Grégoire X (1272-1276) et de Jean XXI (1276-1277). La fréquentation des archives du Vatican et les rencontres diverses qu'il y fait l'incitent à choisir comme sujet de sa thèse de doctorat L'État pontifical après le grand schisme, études de géographie politique. Outre ses thèses latine et française, il rassemble énormément de matériaux pour ses futures publications scientifiques. Sa rencontre, d'abord épistolaire, avec un dominicain de Lyon, le père François Balme, lui ouvre de nouveaux champs d'investigation historique. Jean Guiraud s'intéresse désormais à saint Dominique et au monastère qu'il avait fondé pour accueillir les jeunes filles hérétiques converties par ses prédications, à Prouille (Aude), non loin de Villemagne. L'illustre archéologue romain, le commandeur Gian Battista de Rossi, le guide dans les catacombes dont il devient bientôt un familier, se plaisant à les faire visiter lui-même aux Français de passage que lui adresse Auguste Geffroy. C'est grâce au savant italien que Jean Guiraud obtient, en 1891, le privilège de rester une année supplémentaire à l'École française de Rome. A la fin de cette troisième année, il aura l'occasion de parcourir, pour ses travaux, de nombreuses régions d'Italie, fouillant les archives et les bibliothèques. Il n'oubliera jamais son séjour romain qu'il décrira toujours comme l'un des meilleurs moments de sa vie. C'est donc avec beaucoup de regrets, qu'il quitte l'Italie en 1892, pour rentrer en France et attendre sa première nomination.

Les années d'enseignement, les engagements politique et associatif, 1892-1916

Jean Guiraud est à Narbonne lorsqu'il reçoit notification de sa nomination de professeur d'histoire au lycée de Sens (Yonne). Il en est plutôt satisfait : le lycée est petit, il ne sera pas accablé de travail et pourra ainsi achever ses thèses de doctorat, profitant de la proximité de Paris pour aller y étudier. Bien que seul professeur d'histoire, ses cours sont effectivement peu chargés et il prend plaisir à enseigner à des élèves qu'il décrit disciplinés et bien élevés. Aux meilleurs, il dispense des conférences sur l'Italie, agrémentées des photographies qu'il en a rapportées et les emmène passer des journées à Fontainebleau. Ses élèves lui en savent gré et ne l'oublieront pas. Il se lie d'amitié avec deux collègues, Arthur Arnal, le professeur de philosophie et Henry Guy, le professeur de rhétorique, et également avec l'aumônier du lycée, l'abbé Pinçon. C'est à Sens qu'il fait la connaissance de l'abbé Chartraire, vicaire de la cathédrale et féru d'histoire. Celui-ci le fait entrer à l'Académie de Sens où il rencontre l'avocat Joseph Perrin. Parmi ses relations figurent Édouard du Basty, cousin de son ami Georges Ardant, conservateur des hypothèques, père de l'un de ses élèves et quelques confrères de la conférence de Saint-Vincent-de-Paul où il s'est inscrit dès son arrivée en Bourgogne. À la fin de l'année 1892, son père vient s'installer chez lui, Jean Guiraud en est très heureux et s'emploie à le distraire. Malheureusement, gagné par la mélancolie, diminué physiquement, Guillaume Guiraud s'éteint, à Sens, le 26 mars 1894, victime d'une congestion pulmonaire.

Quelques mois plus tard, peu après la rentrée scolaire, Jean Guiraud est nommé à Marseille, au lycée Saint-Charles où il se rend, sans enthousiasme. Bien qu'accaparé par ses cours - il a deux fois plus d'heures d'enseignement et plus d'élèves que la totalité du lycée de Sens n'en comptait - il s'inscrit à la société de Saint-Vincent-de-Paul, à la confrérie du Saint-Viatique et s'associe aux activités de l'Association catholique de la jeunesse française animée par Imbart de La Tour. Lorsqu'à l'initiative de celui-ci un congrès de la jeunesse chrétienne est réuni à Marseille sur le thème "l'ignorance religieuse, cause principale de l'indifférence religieuse", Jean Guiraud est nommé rapporteur d'une enquête sur la manière dont la religion est enseignée à la jeunesse dans les collèges catholiques et dans les universités

Manuscrit des mémoires de Jean Guiraud.

. Le rapport de cette enquête menée auprès d'un millier de parents sur l'ensemble du territoire national, assez critique envers l'enseignement libre, suscite de nombreuses protestations mais permet à son auteur de se faire connaître dans le milieu catholique. Ayant soutenu avec succès ses thèses française et latine, Jean Guiraud attend impatiemment une nomination dans l'enseignement supérieur. C'est chose faite à la fin de l'année 1897 : Louis Liard, directeur de l'enseignement supérieur, lui propose de remplacer, par intérim, André E. Sayous, professeur d'histoire et de géographie de l'Antiquité et du Moyen Âge à la faculté de Besançon (Doubs). Jean Guiraud est un homme comblé ; au mois de juin 1895, il a épousé Marguerite Petit de Julleville, rencontrée deux années plus tôt à l'occasion du mariage d'Auguste Audollent, son compagnon de l'École française de Rome, avec Catherine, une sœur de Marguerite. Les deux demoiselles sont les filles de Louis Petit de Julleville, professeur titulaire de la chaire de littérature française du Moyen Âge et d'histoire de la langue française à la Sorbonne. Lorsqu'il quitte la cité phocéenne, Jean Guiraud a trente et un ans, il est père de deux enfants, Élisabeth, née en août 1896 et Étienne, son cadet, nourrisson de huit jours.

Laissant sa famille à Marseille, Jean Guiraud arrive à Besançon à la mi-janvier 1898 et se présente au doyen Colsenet. Il doit donner sa première leçon d'agrégation le 19 janvier et est enthousiaste : « Il me semble que je vis en rentier tant le travail de la faculté est peu de chose. Voilà un joug doux et léger

Lettre à Marguerite Guiraud, Besançon, 20 janvier 1898 (362 AP 25, dossier 1).

», écrit-il à son épouse le lendemain. Il organise la vie future du ménage, trouve une maison et cherche des domestiques. Il fait la connaissance de Léonce Pingaud, professeur d'histoire moderne, condisciple de son beau-père à l'École normale, en retrait de ses confrères du fait de ses convictions religieuses, de l'abbé Panier, de l'abbé Tuaillon, ami ecclésiastique de Rome, désormais professeur au grand séminaire, du père Dagnaud. Mi-février il adresse deux articles à La Libre parole, désireux de rectifier un article de Drumont avançant que toute l'université est avec Zola. Il signe J. G., chargé de cours, et s'explique dans une autre lettre à Marguerite : « J'ai voulu dire tout simplement qu'à côté de cela, il y en a une foule qui se taisent par respect pour l'armée et par mépris pour Zola, Dreyfus et les juifs

Lettre à Marguerite Guiraud, Besançon, 13 février 1898 (362 AP 25, dossier 1).

». Le couple est réuni en avril. Le travail de Jean Guiraud se partage entre ses cours à l'université - il a trois heures de cours par semaine et peu d'élèves - et ses travaux d'érudition. A la fin du mois de septembre 1898, il se rend à Rome pour poursuivre ses travaux d'édition des registres du pape Urbain IV (1251-1264). C'est à présent l'abbé Duchesne qui dirige l'École française. D'Italie, il aide à la préparation du congrès de la Jeunesse catholique française organisé à Besançon au cours duquel doivent intervenir Eugène Duthoit, Brunetière, l'abbé Lemire, Paul Lerolle, Albert de Mun, l'abbé Panier. Cet engagement déplaît à Louis Liard qui souhaiterait qu'il reste à Rome et n'assiste pas à la manifestation. Jean Guiraud passe outre et affiche son militantisme. Le congrès est un succès, Jean Guiraud en publiera le compte rendu. Peu après, l'un de ses anciens camarades, Syveton, lui demande son appui pour créer un comité de la Patrie française en Franche-Comté. Jean Guiraud, qui partage des idées du mouvement, notamment sur la nécessité d'un redressement intellectuel et moral de la France, le soutient de son mieux et le présente aux personnalités catholiques du diocèse. Il se charge ensuite de recueillir les adhésions.

Durant l'été 1899, Jean Guiraud lance une pétition contre la franc-maçonnerie. A la fin de l'année il termine la rédaction d'un ouvrage sur saint Dominique qu'il publie chez Lecoffre et qui a beaucoup de succès. Sa vie familiale est heureuse : une deuxième fille, Antoinette, est née au mois de mai. Parallèlement à ses cours d'histoire, il dispense un cours public sur l'histoire de l'art chrétien, des origines à la Renaissance, auquel assistent un certain nombre d'auditeurs. Il apprécie Besançon mais souffre de la pauvreté de la bibliothèque universitaire ; aussi, et bien que trouvant quelques compensations à la bibliothèque municipale, il est contraint de poursuivre ses recherches à Paris. C'est ainsi que dix-neuf années durant, il consacrera une partie de ses vacances d'été à des séjours studieux dans la capitale, fréquentant avec assiduité les Archives nationales et surtout la salle Labrouste de la Bibliothèque nationale. En 1900, Jean Guiraud est titularisé dans la chaire d'André E. Sayous, et ce, malgré les attaques dont il est l'objet dans le journal bisontin, le Petit Comtois. Le contenu de son enseignement universitaire est contesté. Il lui est reproché d'accorder une place trop importante aux questions religieuses. Jean Guiraud se moque de ces accusations et poursuit ses activités : il projette, avec le père Dagnaud, d'organiser des cours supérieurs pour les jeunes filles sous le patronage de l'archevêque. Dans le même temps il participe activement à la mise sur pied d'un cercle d'études économiques et sociales et préside un certain nombre de réunions d'études sociales dans le cadre de la conférence de Saint-Thomas-d'Aquin. Il prononce fréquemment des conférences à destination de cercles ouvriers et plus tard il inaugurera les conférences faites par les « étrangers, voire même des laïques » au grand séminaire de Besançon

Lettre à Pierre Petit de Julleville, Besançon, 11 juillet 1901 (362 AP 48).

. En mars 1901, naît son quatrième enfant, Marie-Louise. Jean Guiraud en est ravi mais cet événement ne ralentit en rien ses occupations. La question qui le préoccupe alors est celle des congrégations religieuses dont l'existence est menacée par le projet de loi de Waldeck-Rousseau sur les associations. Les catholiques s'organisent : une réunion secrète pour la mise en oeuvre d'une défense des congrégations doit se tenir à Paris au mois de mai, à l'initiative de Piou, de Mun et Veuillot. Elle doit rassembler un délégué de chaque circonscription électorale. Jean Guiraud participe, chez l'archevêque de Besançon, à l'établissement de la liste des délégués du diocèse. Il pense comme certaines personnalités catholiques, que, si la loi sur les associations est votée, la législature en cours n'aura pas le temps de l'appliquer et que les élections à venir seront déterminantes pour l'avenir des congrégations. Il se rapproche de Ch. Oster, délégué de la Patrie française en Franche-Comté et manifeste un intérêt croissant pour l'action politique.

En 1902, il fait la connaissance de Jean Maître, administrateur des forges de Saint-Hippolyte (Doubs), qui se bat contre la circulaire de Combes sur les congrégations, en défendant, sur le terrain, l'école religieuse qu'il a fondée. Au mois d'août les deux hommes sont à l'origine, avec quelques autres, de la création d'un comité départemental de l'Action libérale populaire (A.L.P.), répondant ainsi aux désirs de Jacques Piou, président du mouvement. Ils se préoccupent de trouver des adhérents qu'ils tentent ensuite de rassembler au sein de comités de quartiers. Très rapidement, s'impose l'idée de mettre en route un grand journal populaire ; Jean Guiraud et ses compagnons savent que la propagande est un élément déterminant du processus électoral. En 1903, après des élections sénatoriales décevantes, les deux hommes et leurs amis au nombre desquels l'abbé Dagnaud, lancent un quotidien, L'Éclair comtois. Le financement du journal est difficile car l'entreprise ne doit pas engloutir tous les fonds du comité. Jean Guiraud et Jean Maître font le tour de leurs relations, ils rêvent d'élargir le cercle de leurs lecteurs à l'ensemble de la Franche-Comté. Jean Guiraud, pour sa part, ne ménage pas sa peine : il est membre du conseil d'administration du journal et publie régulièrement des articles sous des pseudonymes, comme Jules Barty ou Jean Maurel. Au mois de juin, il assiste au congrès du Sillon à Belfort et fait la connaissance de Marc Sangnier qu'il décrit comme décevant, illuminé et exclusif

Lettre à Pierre Petit de Julleville, Besançon, 15 juin 1903 (362 AP 48).

. En novembre 1903, tandis qu'il effectue un nouveau séjour à Rome pour poursuivre la préparation de l'édition des registres du pape Urbain IV, il fait parvenir des correspondances hebdomadaires à L'Éclair comtois et également au journal parisien, les Débats. Il assiste, en témoin privilégié, au consistoire réuni après l'élection de Pie X. Il fait la connaissance des nouveaux membres de l'École française, voit beaucoup son beau-frère Pierre Petit-de-Julleville et reçoit de nombreuses invitations. Outre M gr Duchesne, il visite à plusieurs reprises M gr Mourey, auditeur de la Rote ; les discussions avec les ecclésiastiques traitent largement des travaux de l'abbé Loisy qui vient de publier Autour d'un petit livre. Jean Guiraud est également reçu par le cardinal Merry del Val, secrétaire d'État du pape, avec lequel il s'entretient de la question de l'enseignement religieux. Lorsqu'il rentre à Besançon à la fin du mois de janvier 1904, L'Éclair comtois compte 2000 abonnés et s'est enrichi d'une feuille dominicale. Jean Guiraud s'intéresse aux activités du Sillon bisontin, qui a organisé un institut populaire, et y prononce une conférence sur la suppression de l'esclavage par l'Église. Tenant par dessus tout à la conciliation entre catholiques, soucieux de l'image donnée, il prête également son concours à la Jeunesse catholique. Au mois d'avril 1904, il se porte candidat au conseil municipal de Besançon mais ne se fait aucune illusion : « J'ai accepté de figurer sur la liste républicaine progressiste pour accentuer par mon nom sa couleur catholique et la fusion des opportunistes et de l'Action libérale

Lettre à Pierre Petit de Julleville, Besançon, 26 avril 1904 (362 AP 48).

». Effectivement l'élection est un échec.

La famille de Jean Guiraud a déménagé et habite maintenant une grande maison dans les faubourgs de Besançon. Le couple élève désormais six enfants, un petit Jacques est né en 1902, suivi d'une petite Cécile en 1904. Leur éducation est confiée à une institutrice et Marguerite Guiraud peut se consacrer davantage aux travaux de son époux qu'elle aide de son mieux. Jean Guiraud poursuit son travail sur le cartulaire de Prouille et écrit de nombreux articles bibliographiques pour la Revue historique et la Revue des questions historiques. En mars 1905, il publie un tract courageux sur la Séparation qui est diffusé à tous les électeurs de la ville. Les 35 000 exemplaires tirés seront rapidement épuisés, on lui en demande de tous côtés. Sa notoriété dépasse largement les limites de la Franche-Comté. C'est sans doute ce succès qui le décide à publier un ouvrage sur la Séparation et les élections qui paraîtra à la fin de l'année chez l'éditeur parisien Lecoffre. Jean Guiraud est déçu par l'accueil qui lui est réservé, n'obtenant pas les articles qu'il escomptait pour aider à sa diffusion : « Il y a vraiment chez les catholiques une conspiration du silence autour de mon livre

Lettre à Marguerite Guiraud, Paris, 4 janvier 1906 (362 AP 25, dossier 3).

». Jacques Piou se rend à Besançon au mois d'avril pour y parler de l'Action libérale. Il prononce un discours devant 2500 personnes au premier rang desquelles figure Jean Guiraud. Ce dernier est séduit par le personnage avec lequel il s'entretient longuement du mouvement et de la situation politique dans le Doubs. Quelques semaines plus tard, Jean Guiraud devient président du comité de l'A.L.P. du département. Au mois d'octobre 1905, L'Éclair comtois est réorganisé et Jean Guiraud en est le nouveau directeur politique. Par la suite, il sera nommé administrateur du Nouvelliste de Haute-Saône, nouvelle appellation du Nouvelliste de Vesoul, racheté à l'initiative de Jean Maître. Tandis que son frère Paul poursuit sa brillante carrière - en février 1906, il est nommé à l'Institut —, Jean Guiraud est sollicité pour briguer une candidature aux élections législatives. Convaincu de n'avoir aucune chance dans les circonscriptions qui lui sont proposées, Vesoul et Luxeuil, il décline la proposition. Les résultats des élections lui donneront raison et Maître s'interroge : «...nous sortons tous terriblement éclopés de la bagarre électorale. A juger humainement les choses, il semble vraiment que nous ayons dépensé temps, peines et argent, et l'on se demande dans quelles conditions il y a lieu de continuer notre œuvre

Lettre de Jean Maître, Morvillars (Territoire-de-Belfort), 7 mai 1906 (362 AP 156, dossier 2).

». Cette première déception passée, Jean Guiraud décide de poursuivre le combat et, en 1907, se porte candidat de l'Action libérale dans le canton de Pierrefontaine (Doubs). Il se confie à son épouse : «... il me faudra beaucoup lutter, et dépenser de l'argent ! !

Lettre à Marguerite Guiraud, Pierrefontaine (Doubs), 21 juin 1907 (362 AP 25, dossier 3).

... Le curé de Pierrefontaine se décide à marcher, hier il a fait demander une affiche qu'il a fait placarder sous le porche de l'église

Lettre à Marguerite Guiraud, Pierrefontaine (Doubs), 23 juin 1907 (362 AP 25, dossier 3).

». Sa campagne se déroule durant les épreuves du baccalauréat dont il doit corriger les copies. Elle est énergique ; il fait la tournée des villages du canton et croit, un temps, l'emporter. Il arrive en tête à l'issue du premier tour mais sera finalement battu par son rival, Henriet, candidat du parti progressiste soutenu par le marquis de Moustier.

L'année 1907 est une année importante pour Jean Guiraud. En février il perd son frère aîné, Paul, dont la santé fragile depuis toujours, n'avait cessé de se détériorer. A l'automne, remis de son échec électoral, il effectue un séjour dans le midi et, poussé par sa sœur Berthe, achète une propriété viticole à Coursan dans l'Aude, tout près de Narbonne ; « Berthe est dans l'enthousiasme, elle voit l'avenir des enfants assuré

Lettre à Marguerite Guiraud, Narbonne (Aude), 5 novembre 1907 (362 AP 25, dossier 3).

». Jean Guiraud, déjà père de sept enfants, trois garçons et quatre filles, espère se procurer de substantiels revenus qui lui permettront de les doter. Il n'a pas de fortune et son engagement politique est totalement désintéressé : lorsqu'il perçoit une indemnité à l'issue de conférences qu'il prononce, il en reverse toujours le montant au comité départemental de l'Action libérale. A un curé qui lui adressait une petite somme d'argent en remerciement de services offerts, il écrivait : « Je ne puis accepter la somme que vous m'offrez, car je me suis fait un principe de donner gratuitement à la cause catholique mon temps et mes services ne pouvant lui donner une fortune que je n'ai pas. C'est la seule manière que j'ai de pouvoir exercer la charité ; il faut me la laisser ». Comme il l'escomptait, cette « campagne » dans l'Aude lui procurera quelques revenus mais lui occasionnera également beaucoup de soucis de tous ordres. Étant loin de sa propriété, il la visite régulièrement et n'aura de cesse d'améliorer la qualité et le rendement de ses vignes, épuisant plusieurs régisseurs avant de s'en séparer définitivement en 1940.

A Besançon, la gestion de L'Éclair comtois s'avère de plus en plus difficile. Les rédacteurs ne sont pas toujours à la hauteur et des dissensions se font jour. Jean Guiraud est découragé, il songe à démissionner et souhaite également se décharger de ses responsabilités au Nouvelliste. Mais il reprend confiance et se lance sur de nouveaux projets : la mise sur pied d'un comité régional de l'A.L.P. et la constitution d'associations de chefs de famille. Il songe déjà aux prochaines élections municipales et pour cela entreprend une enquête approfondie sur les communes du département du Doubs. En 1908, il est prêt et multiplie les réunions, bien décidé à faire battre les candidats du Bloc là où ils se présentent. Il n'est pas candidat mais s'emploie à faire adopter l'idée d'un essai de représentation proportionnelle. Il se met d'accord avec les chefs des partis progressiste et socialiste mais les représentants du parti radical qui tiennent la mairie de Besançon y sont opposés. L'entente initiale se brise du fait du retrait des socialistes et Jean Guiraud doit renoncer à la représentation proportionnelle. A l'issue des élections il se montre satisfait des résultats : plus de vingt-cinq communes ont été gagnées dans le département. Jamais à court d'idée, il se propose de publier un annuaire libéral du Doubs qui dresserait la liste, commune par commune, de tous les commerçants libéraux et progressistes à l'exclusion des blocards. Pour ce faire, il sollicite ses correspondants, membres d'un réseau qu'il a réussi à constituer et sur lequel il s'appuiera désormais. Il consacre ses dimanches aux conférences qu'il prononce devant des cercles divers, hommes, jeunes gens, membres de la Ligue patriotique des Françaises, etc. Il discourt du rôle des femmes, des associations catholiques de chefs de famille et de la question scolaire. Et lorsqu'il ne peut remplir tous ses engagements, il envoie le secrétaire du comité, Ch. Mangolf, en qui il a placé toute sa confiance.

Jean Guiraud est présent sur tous les fronts. Il n'a pas abandonné ses travaux historiques et a même accepté de prendre la succession de Paul Allard à la tête de la Revue des questions historiques, fondée en 1866 par la famille de Beaucourt. A la différence de la Revue historique, créée postérieurement, la revue de la famille de Beaucourt tend, à travers ses articles savants, à défendre certaines idées politiques et religieuses. Jean Guiraud apprécie cette revue à laquelle il s'est inscrit comme collaborateur dès 1903, ayant par ailleurs beaucoup d'estime pour Paul Allard qui le lui rend bien. C'est pourquoi, en 1908, lorsque ce dernier, malade, se résoud à abandonner son poste, c'est vers Jean Guiraud qu'il se tourne, ayant vu en lui un digne successeur, possédant à la fois l'érudition, les relations et l'énergie nécessaires, capable très certainement de tenir tête à la famille de Beaucourt, trop interventionniste à son goût. Malgré ses occupations militantes en Franche-Comté, le nouveau directeur s'organise pour se rendre à Paris chaque troisième semaine du mois et travailler à la revue. Il restera à la direction de la revue jusqu'en 1933, tout en collaborant également à d'autres revues comme la revue de la société de bibliographie, le Polybiblion, et la revue de la société d'histoire ecclésiastique de la France, la Revue d'histoire de l'Église de France.

En 1909, Jean Guiraud crée un bulletin, mensuel, Dieu, Patrie, Liberté, organe de l'A.L.P. à travers lequel il pense pouvoir s'exprimer plus directement, voire peut-être se dégager de L'Éclair comtois, et surtout apporter des réponses aux questions que se posent les citoyens en leur donnant des moyens d'agir. Dans sa « Déclaration de l'A.L.P. du Doubs » publiée en tête du premier numéro qui paraît au mois d'août, il écrit : « L'A.L.P. a toujours pensé avec l'église catholique, que l'on doit respecter les pouvoirs établis, quitte à discuter librement de leur politique et à s'opposer de toutes ses forces à leurs actes injustes ou tyranniques ». Il espère que, le mouvement se développant, il pourra œuvrer ouvertement en faveur des intérêts religieux

Copie d'une lettre au R. P. Abt, à Belfort, datée du 9 juin 1909 (362 AP 151, 2 ème registre, fol. 105).

 : « Comme l'indique le titre qui, à lui seul est tout un programme, je mets à la disposition des lecteurs toutes les raisons, tous les arguments, toutes les armes qu'ils doivent manier comme chrétiens, comme français, comme libéraux soucieux de défendre leurs droits ». Lorsqu'il ne peut répondre lui-même, il sollicite des juristes et notamment ceux qui travaillent pour le mouvement national. Pour Jean Maître, le bulletin de Jean Guiraud doit rester une revue doctrinale à publication espacée, craignant de la voir concurrencer L'Éclair comtois. La même année Jean Guiraud est nommé président de la fédération diocésaine des associations de pères de famille qui vient d'être créée et qui compte déjà douze associations cantonales. L'essentiel de son combat est orienté vers la question scolaire et la défense de l'enseignement libre. En avril 1910, il consacre un numéro spécial de Dieu, Patrie, Liberté à une réfutation générale des erreurs des manuels d'histoire, et publie cette même étude dans la Revue pratique d'Apologétique. Les réactions sont extrêmement favorables et M gr François-Léon Gauthey, le nouvel archevêque de Besançon, l'encourage à publier un ouvrage sur la question. Jean Guiraud songe alors à rédiger deux ouvrages, « le livre du maître et le livre de l'élève réfutant une à une les erreurs historiques et rétablissant la vérité si outrageusement attaquée ou passée sous silence par les manuels

Copie d'une lettre à l'abbé Georges Ardant datée du 10 juin 1910 (362 AP 151, 2 ème registre, fol. 441).

». Le premier serait destiné aux curés, aux vicaires et catéchistes, aux directeurs des patronages, aux conférenciers, sous forme synthétique et analytique, et le second aux élèves, où les erreurs laïques seraient réfutées sous forme catéchistique. Il consacre l'été à la rédaction et un premier ouvrage, destiné aux adultes, est édité chez Beauchesne, l'éditeur parisien, sous le tire Histoire partiale, histoire vraie. Il traite des origines à Jeanne d'Arc. Ce premier volume connaît un succès immédiat et deux mois après la parution une 5 ème édition est en cours d'impression. L'abbé Camuset, curé doyen de Scey-sur-Saône (Haute-Saône), s'est proposé pour rédiger l'ouvrage destiné aux élèves. Celui-ci ne verra jamais le jour sous cette forme car, entre-temps, Jean Guiraud a été choisi par l'éditeur J. de Gigord pour diriger une nouvelle collection de manuels d'histoire destinés à l'enseignement primaire et secondaire. L'historien s'est, par la suite, beaucoup investi dans cette collection pour laquelle il fait appel à d'autres auteurs, en particulier le chanoine Charles Aimond, et également Humbert et Petitmangin ainsi que sa propre épouse, Marguerite.

Toutes les activités du professeur Guiraud sont loin d'être appréciées de son ministre de tutelle. Fidèle à sa ligne de conduite, Jean Guiraud n'en a cure : « Depuis longtemps j'ai appris à mes chefs qu'en dehors de ma chaire de faculté j'entends jouir de la liberté la plus absolue pour la défense de la cause catholique

Copie d'une lettre à l'abbé Perrenet, à Dijon (Côte-d'Or), datée du 4 novembre 1909 (362 AP 151, 2 ème registre, fol. 140).

». Au mois de juin il attaque le gouvernement pour abus de pouvoir, le ministre de l'Instruction publique, mettant en cause un numéro de Dieu, Patrie, Liberté, ne l'ayant pas fait bénéficier de la promotion d'ancienneté à laquelle il avait droit. Jean Guiraud s'estime victime de ses qualités de président de l'Action libérale du Doubs et de président de la fédération diocésaine des chefs de famille et il exerce un recours auprès du Conseil d'État. Il obtient gain de cause et est rétabli dans ses droits par une décision du 23 juin 1911.

Au début du mois de mars 1911, est fondée une fédération des associations des chefs de famille des départements du Doubs, de la Haute-Saône et du Territoire-de-Belfort dont Jean Guiraud prend la présidence. Il travaille immédiatement à l'organisation d'une Union nationale qui voit le jour au mois de mai suivant, à Paris. Jean Guiraud en est nommé président. L'avocat parisien Challamel, représentant des associations du diocèse d'Annecy, est vice-président et le colonel Hugot-Derville, secrétaire des associations du diocèse de Quimper, devient secrétaire général. Parmi les membres du bureau de l'Union, figurent le général Bonnet, M. de Casson, M e Celier, le chanoine Crosnier, le colonel Keller et M e Manhes. Les buts de l'Union sont ainsi explicités : « L'Union a pour objet de grouper les efforts de toutes les associations de chefs de famille de France afin de : 1°) Inciter les chefs de famille à mettre la formation de la jeunesse au premier rang de leurs obligations sociales ; 2°) Inculquer aux parents la connaissance de leurs droits et de leurs devoirs dans l'oeuvre d'éducation de leurs enfants ; 3°) Développer à l'école le culte de la patrie et veiller à y faire respecter les croyances des parents et des enfants ; 4°) Défendre la liberté d'enseignement contre toute atteinte et l'assurer entière par l'établissement de la répartition proportionnelle scolaire ; 5°) Favoriser tout ce qui peut aider à la formation physique, intellectuelle et morale de l'enfant, tant à l'école qu'en dehors de l'école ». Dans le même temps, Jean Maître, inquiet peut-être de la popularité de Jean Guiraud et du succès croissant de Dieu, Patrie, Liberté qui est devenu un bimensuel et qui compte plus de 4000 abonnés, demande à son ami l'engagement écrit de ne pas concurrencer L'Éclair comtois. Jean Guiraud refuse, démissionne de la présidence du comité et annonce son intention de poursuivre la parution de son bulletin, entièrement réalisé et financé par lui-même. Devant cette situation, le comité de l'A.L.P. en appelle à l'arbitrage de M gr Gauthey qui trouve un compromis. Jean Guiraud revient sur sa démission. En 1912, il se présente aux élections municipales de Besançon, et subit un nouvel échec, en partie dû à ses alliés progressistes, qui n'auraient pas appliqué la discipline de vote attendue à la suite des d'accords passés. Peut-être déçu par ce résultat, mais plus certainement las de toutes ces querelles, il abandonne définitivement la présidence du comité départemental de l'A.L.P. à la fin de l'année. Dieu, Patrie, Liberté n'est plus l'organe du comité mais poursuit son existence sous une forme nouvelle destinée à une diffusion nationale.

Au début de l'année 1912, Jean Guiraud a la satisfaction d'achever le 2 nd volume d' Histoire partiale, histoire vraie. L'ouvrage connaît un succès égal au premier. La bonne marche de l'Union nationale des fédérations de chefs de famille l'occupe à présent beaucoup. Une revue mensuelle a été créée, École et famille, imprimée à Besançon, et dont le premier numéro est paru au mois de juillet 1911. Cette revue est principalement destinée à l'élite dirigeante des catholiques de France. Le comité de l'Union s'était lancé, dès le mois de novembre, dans une campagne en faveur de la répartition proportionnelle scolaire (R.P.S.), le but poursuivi étant de créer en France un vaste mouvement d'opinion en faveur de la répartition du budget de l'Instruction publique entre toutes les écoles, au prorata du nombre des élèves inscrits dans chacune. Tandis que des associations de chefs de famille voient le jour partout dans le pays, Jean Guiraud constate avec amertume que le mouvement régresse en Franche-Comté. Découragé, il se tourne vers l'archevêque de Besançon et lui demande son appui. Au mois de mai 1912 il travaille à l'organisation du premier congrès de l'Union sur le thème de la R.P. scolaire. Il prend contact avec les représentants des associations qui s'intéressent à la question, le député Paul Lerolle, la vicomtesse de Wall, vice-présidente de la Ligue patriotique des Françaises, M gr Gerlier, président de la Jeunesse catholique, le colonel Keller, président de la Société générale d'éducation et d'enseignement ainsi que les présidents de l'Association des amicales des anciens élèves de l'enseignement libre. Un mouvement en faveur de la R.P. scolaire semble se dessiner et Jean Guiraud se dévoue totalement à cette cause. Il est extrêmement sollicité dans la France entière par les responsables d'associations de chefs de famille pour aller parler de la réforme et des droits des parents d'élèves. Son zèle et l'activité qu'il déploie alors ne sont pas sans agacer le ministre de l'Instruction publique. Il est bientôt aux prises à de nouvelles difficultés à la suite d'une circulaire adressée aux présidents des associations de chefs de famille (A.C.F.). Jean Guiraud avait, dans une lettre ouverte, alerté les maires sur le droit qu'ils avaient de « se faire présenter les fournitures, notamment les manuels d'histoire, acquis sur les deniers communaux ». Il est poursuivi par le conseil supérieur de l'université de Besançon, le recteur lui reprochant d'inciter, par des motifs spécieux, les maires à violer les règlements scolaires. L'affaire est portée devant le conseil supérieur de l'Instruction publique qui inflige un blâme à Jean Guiraud en février 1913. Celui-ci ne semble pas marqué par cette sanction : « J'ai plaidé moi-même et j'ai exposé à ces messieurs mes revendications et le programme des A.C.F. J'ai revendiqué ma liberté entière. Cette condamnation me tracasse si peu que demain je ferai une conférence à Lyon contre les projets de défense laïque

Copie d'une lettre à l'abbé Mury, à Autun (Saône-et-Loire), datée du 25 février 1913 (362 AP 151, 4 ème registre, fol. 329).

». Sa conduite lui vaut, une fois de plus, beaucoup de sympathie dans le milieu catholique. En mars 1913, il s'adresse aux évêques, leur demandant leur appui pour susciter la création d'associations catholiques de chefs de famille. À cette date, seuls une vingtaine de diocèses disposent d'une fédération affiliée à l'Union nationale. Cette dernière est de plus en plus active : elle fait imprimer des affiches avec le slogan « Ça ne peut pas durer », et diffuse des tracts. Elle lance également une vaste campagne de pétition contre les projets de défense laïque. Celle-ci est largement relayée par les bureaux diocésains et par certains mouvements comme celui de la Ligue patriotique des Françaises. La pétition est déposée à la chambre au mois de juin. Jean Guiraud a réuni plus de 87 000 signatures dans le diocèse de Besançon. En mai, le congrès de l'Union tenu à Paris connaît un franc succès. Les participants se sont majoritairement montrés hostiles à lancer les A.C.F. dans la bagarre électorale, et, bien que ce ne soit pas tout à fait son avis, Jean Guiraud se range à l'avis de la majorité. En septembre 1913, M gr Gauthey, archevêque de Besançon, le fait nommer dans l'ordre pontifical de Saint-Grégoire-le-Grand. Jean Guiraud, bien que toujours membre de l'A.L.P., s'éloigne de plus en plus de ses anciens amis du comité. Il développe le réseau des associations de pères de famille, essayant de les regrouper par cantons, puis en une fédération diocésaine qui s'affilie à l'Union nationale. C'est ainsi qu'il espère lutter contre l'utilisation des manuels scolaires condamnés par les évêques et la mixité. Il s'intéresse également à la vie morale et religieuse des soldats à la caserne. Il aimerait que les associations réunissent tous les parents catholiques, que leurs enfants aillent à l'école libre ou à l'école laïque. Il transmet les plaintes des administrés au ministre de l'Instruction publique non sans avoir, au préalable, vérifié sur le fond et sur la forme que le recours était recevable. Jean Guiraud souhaite plus que tout l'union des catholiques et est convaincu que seule une organisation solide à la base peut la permettre.

Au printemps 1914 paraît le 3 ème volume de son Histoire partiale, histoire vraie, consacré à la première partie d'une critique de la façon dont est enseignée l'histoire des XVII e et XVIII e siècles. En décembre, Paul Féron-Vrau et lui se mettent d'accord pour la rédaction d'un ouvrage, publié sous les auspices de la Maison de la Bonne Presse, qui relaterait l'action du clergé durant la guerre. Ils envisagent la parution dès la fin du conflit, mais celui-ci s'éternise et Jean Guiraud écrit Clergé et congrégations au service de la France qui paraîtra en 1917. Il maintient son bulletin, Dieu, Patrie, Liberté, au prix de lourds sacrifices financiers car de nombreux lecteurs se désabonnent lorsqu'ils partent au front. Jean Guiraud le modifie quelque peu pour y inclure une chronique de la guerre. La publication d' École et famille est suspendue, de même que celle de la Revue des questions historiques. Il publie dans La Croix un certain nombre d'articles sur les leçons de la guerre et, en particulier, sur la reconstitution de la famille chrétienne française. Il entretient de bons rapports avec Paul Féron-Vrau et le père Bertoye, alias « Franc », corédacteur en chef du journal. En avril 1915, dans une lettre à son épouse

Lettre à Marguerite Guiraud, Neuilly-sur-Seine (Seine), 31 octobre 1915 (362 AP 25, dossier 5).

, Jean Guiraud indique que les Assomptionnistes lui ont proposé toutes sortes de projets de livres et qu'ils aimeraient bien l'avoir définitivement à Paris. Au mois de juin de l'année suivante, Jean Guiraud lance une pétition contre le projet de loi sur les orphelins de guerre, qui prévoit que le placement des orphelins de guerre et des pupilles de la Nation devra être effectué, sur autorisation de l'Office national ou des offices départementaux, auprès d'associations qui auraient reçu un agrément de l'État. Jean Guiraud voit dans cette loi, qui, selon lui, touche plus de deux millions d'enfants, une manoeuvre qui vise à les soustraire à une éducation religieuse : « Il s'agit de créer le monopole de la formation morale et politique de millions d'orphelins qui, pénétrés de l'esprit laïque dans des œuvres hostiles à la foi chrétienne, soient pour les luttes politiques de demain, la grande armée anticléricale qui maintiendra à jamais la mainmise de l'irréligion en France

Article de Jean Guiraud dans La Croix, 4-5 juin 1916.

». Au mois de juin il a déjà adressé plus de 74 000 feuilles de pétition à travers toute la France. Au mois d'octobre 1916, Jean Guiraud est reçu par le père Bertoye et le père Ambroise, représentant du père Bailly, au nom de la congrégation des Assomptionnistes. Tous deux souhaitent le voir accepter les fonctions de rédacteur en chef du journal La Croix : « Voici une offre qui pourrait singulièrement modifier notre genre de vie et l'avenir moral de nos enfants ! Je me demande si la providence ne nous donne pas la prospérité matérielle pour me permettre de mener à Paris le genre de vie qui répond le plus à mes goûts et à mon genre d'action », confie-t-il dans une lettre à son épouse

Lettre à Marguerite Guiraud, Paris, 6 octobre 1916 (362 AP 25, dossier 5).

. Jean Guiraud accepte et, au début du mois de décembre, un article du journal annonce son arrivée dans les fonctions de corédacteur en chef aux côtés de « Franc » ; il remplace un autre laïc, J. Bouvattier.

Jean Guiraud journaliste à La Croix, 1917-1939

Jean Guiraud est acquis aux idéaux que défend le journal : l'union des catholiques, la défense des intérêts religieux. Plus encore, il est totalement dans le droit fil de ses convictions lorsque s'engage la bataille contre les lois laïques sur le terrain scolaire. Il trouve à La Croix une tribune et une audience nationale à une période de l'histoire où le journal connaît l'un de ses plus forts tirages. Dès le départ il avait été convenu que Jean Guiraud serait chargé de la politique intérieure avec la faculté de traiter aussi des questions religieuses qui relèveraient cependant plutôt de « Franc ». Il était également entendu qu'il devrait représenter le journal à l'extérieur, c'est-à-dire voir et recevoir toutes les personnalités laïques ou ecclésiastiques ayant à faire avec le journal. Jean Guiraud est ravi : la possibilité d'élargir ainsi le cercle de ses relations n'est pas pour lui déplaire et sa situation matérielle est grandement améliorée. Son travail au journal requiert sa présence chaque matin, dimanche excepté ; il assure également trois séances de permanence l'après-midi, et peut consacrer le reste de son temps à ses multiples autres activités et notamment la rédaction de la revue École et famille.

Heureux de ses nouvelles responsabilités, Jean Guiraud est un homme épanoui, tant sur le plan professionnel que familial. Son foyer compte désormais dix enfants, après les naissances de Thérèse en 1909, Colette en 1911 et Paul, le benjamin, en 1913. Malheureusement, l'année 1918 est une année bien sombre pour le journaliste qui a la douleur de perdre Étienne, l'aîné de ses garçons. Celui-ci est porté disparu au mois de mars, après un an de préparation militaire et quatre jours de combat. La famille espère, des mois durant, qu'il a été fait prisonnier, avant d'apprendre qu'il a été tué le 29 mars dans un combat près de Montdidier dans la Somme. La guerre avait contraint Jean Guiraud à interrompre la publication de Dieu, Patrie, Liberté. En 1919, il est dans l'impossibilité de la relancer et demande à ses abonnés de reporter leur sympathie sur sa revue École et famille. Il n'abandonne pas la collection des manuels scolaires et supervise les travaux de trois autres auteurs, son épouse, le chanoine Aimond et l'abbé Deveille.

A l'automne 1921 apparaissent les pages littéraires de La Croix, publiées dans le numéro du dimanche. C'est Jean Guiraud qui se charge de les rédiger aidé de Charles Baussan et de José Vincent. Parmi les chroniqueurs qui alimentent régulièrement ces pages, René Johannet et son épouse, Henriette Charasson. Lucien Guissard a très bien exposé de quelle manière le journal traitait de la chose littéraire, « beaucoup de livres, au total, et peu de littérature dans les rubriques bibliographiques

La Croix et la littérature, communication au colloque Cent ans d'histoire de La Croix, mars 1987. Le Centurion, 1988, p. 408-426.

», de même lorsqu'il énonce les objectifs : « initiation..., vulgarisation..., réfutation..., moralisation..., édification..., distraction, mais saine ». Jean Guiraud recommande ou déconseille telle ou telle lecture et se montre particulièrement habile dans l'exercice de la réfutation. Il peut se montrer extrêmement virulent, ainsi en mai 1925, lorsqu'il se déchaîne contre le livre de Joseph Delteil, Jeanne d'Arc, qu'il qualifie de sacrilège et contre lequel il publiera l'année suivante La critique en face d'un mauvais livre.

Le 2 mai 1922, Jean Guiraud écrit un article qui suscitera de nombreuses réactions de la part de ses lecteurs : « Une économie qui s'impose ». Suivant Xavier Vallat, député de l'Ardèche, et Jacques Poitou-Duplessy, député de la Charente, il conteste les dépenses de l'État en faveur des écoles publiques primaires. Nombre d'entre elles fonctionnent avec une poignée d'élèves et les frais engagés lui semblent disproportionnés et, par là même, injustifiés. Comme dans tous ses articles, le ton est volontiers polémique : « Si les représentants du haut commerce ignorent ces gaspillages, les populations agricoles les connaissent bien ; car elles savent, elles, que l'école qui se dresse majestueusement au milieu de leurs demeures est vide, et que, tandis qu'elles peinent tout le jour, faisant au temps de la moisson des journées qui vont de 4 heures du matin à 9 heures du soir (car il n'y a pas les huit heures dans l'agriculture), le maître, lui, se promène, va à la ville, fait la sieste ou pêche à la ligne avec un traitement de 7 à 10 000 francs. » Selon son habitude, il fait appel à ses lecteurs, les invitant à lui signaler toutes les écoles primaires publiques ayant moins de dix élèves.

A la fin du mois de septembre 1926, Jean Guiraud écourte son séjour dans le midi pour rentrer à Paris, appelé par les affaires de l'Action française. La Croix doit se positionner plus nettement après l'approbation officielle par Pie XI de la contestation des théories de l'Action française clairement exprimée par le cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux, dans une lettre datée du 25 août, écrite en réponse à un groupe de jeunes catholiques qui l'interrogeaient sur les doctrines du mouvement. « Il est urgent d'arrêter les polémiques à commencer par celles de La Croix, si nous ne voulons pas voir tomber l'Union des catholiques et la Fédération Castelnau

Lettre à Marguerite Guiraud, Narbonne (Aude), 29 septembre 1926 (362 AP 25, dossier 6).

», explique Jean Guiraud à son épouse. La crise de l'Action française lui vaudra un courrier extrêmement abondant et beaucoup de désabonnements. Le journaliste n'est pas au bout de ses soucis, sa famille traverse une terrible épreuve, la santé de Marguerite Guiraud décline. Malade depuis de nombreuses années, elle s'éteint, entourée des siens, le 12 novembre 1927. Sa mort est un véritable drame pour Jean Guiraud qui est anéanti. Pour ses enfants, il surmonte sa peine et se jette à corps perdu dans le travail. Quelques semaines plus tard, le père Merklen est nommé par Pie XI, rédacteur en chef de La Croix en remplacement du père Bertoye. La condamnation de l'Action française a laissé des traces.

En février 1928, Jean Guiraud publie dans la collection « Leurs raisons », aux éditions de France à Paris, un petit ouvrage intitulé Pourquoi je suis catholique. C'est un livre de commande, dans lequel il relate son expérience religieuse, décrivant le rôle que la foi catholique a joué dans sa vie et les raisons qui l'ont de plus en plus profondément ancrée dans son âme

Voir l'introduction de son ouvrage.

. Il continue plus que jamais sa croisade en faveur des associations catholiques de pères de famille et parcourt la France dans tous les sens. En juin 1928, il songe, si l'on en croit une révélation du père Guy Finaert

Lettre du père Guy Finaert à Jean Guiraud, Nîmes (Gard), 5 décembre 1939. (362 AP 92, dossier 1).

, à démissionner de La Croix, sans doute en désaccord avec la ligne éditoriale du journal. Le père Merklen observe la conduite imposée par le souverain pontife ; après une entrevue avec celui-ci en avril 1929, il rend compte à Jean Guiraud : « ... à la secrétairerie d'État comme à l'ambassade on attache une extrême importance à la nouvelle attitude de quelques ministres du gouvernement à l'égard du Saint-Siège et l'on exige de La Croix, considérée par le public comme l'organe officiel des catholiques, une attitude qui ne soit pas en divergence avec celle du Vatican

Lettre du père Merklen à Jean Guiraud, Paris, 10 avril 1929. (362 AP 92, dossier 1).

».

A la fin de l'année 1930, Francisque Gay attaque Jean Guiraud dans la Vie catholique lui reprochant une certaine sympathie pour l'Action française. Jean Guiraud se défend arguant des injures dont il fait lui-même l'objet de la part du mouvement et de la polémique entamée contre lui dans L'Éclair de Montpellier

Lettre à Pierre Petit de Julleville, s. l., 2 décembre 1930 (362 AP 48).

. Il poursuit ses tournées de conférences et, au mois de juin 1932, il participe au congrès de Dublin. Durant l'été l'historien entame la rédaction du premier volume de son Histoire générale de l'inquisition, quatre ans après la publication d'un premier ouvrage, plus général, consacré à l'inquisition médiévale. Il s'agit cette fois-ci, d'une étude d'ensemble, portant sur les hérésies et leur répression dans tous les pays de l'Europe occidentale jusqu'à la fin du XV e siècle. En 1933, un article de Jean Guiraud sur l'immoralité grandissante des plages connaît une certaine répercussion. Une fois encore ses lecteurs réagissent et confortent le journaliste dans ses prises de positions. Lorsqu'il vivait à Besançon, Jean Guiraud était membre de la section bisontine de la Ligue française pour le relèvement de la moralité publique.

En septembre 1934, le destin frappe à nouveau : Jean Guiraud a la douleur de perdre un deuxième fils, l'abbé Jacques Guiraud, décédé accidentellement à l'âge de 32 ans. Accablé, il surmonte difficilement cette nouvelle épreuve. Jean Guiraud reste à La Croix jusqu'en octobre 1939, date à laquelle il présente sa démission, invoquant son désir de se consacrer à la gestion de sa propriété de Coursan et à ses travaux historiques. En réalité il est vraisemblable que le journaliste ne soit plus en total accord avec la ligne politique du journal qu'il préférerait plus engagée et plus tranchée. Il quitte également la présidence des association catholiques de chefs de famille, mais revient sur sa décision pour s'occuper d' École et famille dont le dernier numéro sera daté de mars-avril 1940.

Les dernières années, 1940-1953

En 1940, veuf, ayant déjà perdu ses deux fils aînés, Jean Guiraud apprend avec chagrin la perte de son troisième fils, Xavier, administrateur-adjoint des Colonies en Côte d'Ivoire. Il vend sa propriété viticole et décide de s'installer en zone libre, à Narbonne (Aude), où il entreprend de nouvelles recherches archivistiques. C'est ainsi que durant la Seconde Guerre mondiale, il séjourne successivement à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), chez les Dominicaines à Blagnac (Haute-Garonne), à Toulouse (Haute-Garonne), à Albi (Tarn), à Rodez (Aveyron). En juillet 1941, le général Wateau le convoque à Riom (Puy-de-Dôme), afin de l'entendre dans le cadre de l'instruction du procès ouvert devant la Cour suprême de justice instituée pour juger les anciens ministres accusés d'avoir trahi « les devoirs de leur charge dans les actes qui ont concouru au passage de l'état de paix à l'état de guerre ». Jean Guiraud lui communique des informations sur les questions liées à l'enseignement et à l'éducation de la jeunesse avant la guerre. Il collabore à la revue mensuelle, Les Documents maçonniques, dirigée par Bernard Faÿ et donne plusieurs articles. Il avait reçu du capitaine Dulac, l'un des délégués régionaux du service des sociétés secrètes du ministère de l'Intérieur, l'autorisation de consulter les archives maçonniques saisies par le gouvernement et entreposées à Toulouse, à Vichy et à Paris, à la Bibliothèque nationale. Jean Guiraud travaille à démontrer la responsabilité de la franc-maçonnerie dans la Révolution française dans le cadre, plus général, d'un ouvrage consacré aux origines de la Révolution. L'année 1944 le trouve en convalescence à Lyon, chez les religieuses de l'avenue Rockefeller, soigné à la suite d'un accident qu'il avait eu à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) au moment des funérailles de son beau-frère, Auguste Audollent. Toujours actif, il se lance dans la rédaction de ses souvenirs et fait appel, pour se remémorer son séjour romain, à son vieil ami, le chanoine Georges Ardant. A Noël, il a déjà achevé le 1 er volume qui va de sa naissance à l'agrégation (1866-1889) et a rédigé près de la moitié du second qui doit relater son séjour à Rome, ses premières années d'enseignement et son mariage en 1895. Ses souvenirs, malheureusement, ne seront jamais publiés.

Jean Guiraud ne compte plus beaucoup d'amis en vie lorsque s'achève la Seconde Guerre mondiale. Il est à Lyon lorsqu'il apprend l'arrestation de son fils cadet, Paul, âgé de 32 ans, rédacteur en chef du Franciste, journal du parti fondé par Marcel Bucard. Jean Guiraud et sa famille mettront tout en œuvre pour défendre l'accusé, le soutenir et adoucir sa captivité. Paul Guiraud est lourdement condamné à la suite de deux jugements intervenus en 1946 et 1947. Sa libération anticipée en juillet 1951, sera une grande joie pour son père.

Jean Guiraud meurt le 11 décembre 1953 à Saint-Martin-de-Bréthencourt (Yvelines), près de Dourdan (Essonne), chez l'une de ses filles où il s'était retiré pour travailler à la rédaction d'ouvrages consacrés au Jansénisme et à la Révolution.

Les archives de Jean Guiraud nous laissent le souvenir d'un homme d'action, d'un militant courageux, infatigable, totalement dévoué à la cause catholique, droit, entier, désintéressé. Peu enclin à faire des concessions, Jean Guiraud est peut-être passé à côté d'une carrière politique à laquelle il aurait pu prétendre, ayant sacrifié à son idéal beaucoup de sa vie de famille et nombre de travaux scientifiques. « Parfois je me sens fatigué et j'ai hâte d'avoir un peu de répit ; mais quand sera-ce ? et comme le disait le grand Arnauld, ne faudra-t-il pas attendre l'éternité pour se reposer un peu. Demandons à Dieu qu'au moins ces agitations servent à quelque chose ! »,

Lettre de vœux à Pierre Petit de Julleville, s. l., 31 décembre 1909 (362 AP 48).

écrivait-il en 1909 à son beau-frère, Pierre Petit de Julleville.

LES MEMBRES DE LA FAMILLE DE JEAN GUIRAUD
Paul Guiraud (1850-1907), son frère

Paul Guiraud est né le 15 janvier 1850 à Cenne-Monestiès dans le département de l'Aude. Normalien, agrégé d'histoire, il débute sa carrière de professeur à Saint-Étienne (Loire) en 1874, puis poursuit aux lycées d'Angoulême (1875) et de Carcassonne (1878). En 1879, il soutient brillamment ses thèses sur le « Différend entre César et le Sénat » et « De Lagidarum cum Romanis societate », puis est nommé maître de conférence d'histoire à la faculté de Douai (Nord). L'année suivante, il devient maître de conférence d'histoire ancienne à la faculté des Lettres de Toulouse. En 1886, il rejoint l'École normale supérieure, rue d'Ulm, à la demande de Georges Perrot, pour occuper la chaire d'histoire de son maître, Fustel de Coulanges. Il y reste deux années au cours desquelles il enseigne à son jeune frère, avant d'intégrer la Sorbonne, comme chargé de cours. Il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques le 17 février 1906. Paul Guiraud a écrit de nombreux ouvrages sur l'Antiquité grecque et romaine. Il meurt à Paris à 57 ans, le 25 février 1907.

Marguerite Petit de Julleville, son épouse et leurs enfants

Marguerite Petit de Julleville est née le 12 août 1871. Elle est la fille du professeur Louis Petit de Julleville (1841-1900), et la petite-fille de Charles Marty-Laveaux, archiviste paléographe, secrétaire archiviste et professeur suppléant à l'École des Chartes. Jeune fille instruite et accomplie, elle épouse Jean Guiraud en juin 1895, elle a presque vingt-quatre ans, et son époux vingt-neuf. A Besançon, elle s'occupe d'un patronage, assure des visites de charité et essaie d'organiser deux ou trois syndicats de femmes sur lesquels seront greffés des cours professionnels, des sociétés de secours mutuels et des caisses de loyer, à l'image des syndicats créés à Lyon par Marie-Louise Rochebillard. En 1910, elle publie un roman, Les grandes tristesses d'Alice. Elle écrit, à la demande de son mari, des articles et des histoires qui sont publiés dans Dieu, Patrie, Liberté ainsi que des articles critiques pour les pages littéraires de La Croix. Elle est véritablement la seule personne avec laquelle Jean Guiraud collabore en toute confiance. Il lui commande la rédaction de plusieurs manuels scolaires et lui confie systématiquement tous ses travaux de relecture pour ses ouvrages historiques. Il lui demande même de lui préparer des sujets pour le baccalauréat. Plus prudente et diplomate que son époux, elle le met souvent en garde contre des actes impulsifs qui pourraient compromettre son avenir et celui de leur famille. Dès les débuts de leur mariage, elle avait contribué à modifier le jugement de son époux sur la femme et la condition féminine. Dans une lettre à son beau-frère, Jean Guiraud confesse, à propos des cours publics qu'il dispensait à des jeunes filles de Besançon : « Cette œuvre nouvelle m'intéresse beaucoup ; car je suis de plus en plus partisan de l'instruction chez les femmes. Marguerite m'a converti à cette idée qui m'était jadis bien désagréable

Lettre à Pierre Petit de Julleville, Besançon, 1 er décembre 1900 (362 AP 48).

». Marguerite Guiraud disparaît prématurément en 1927 des suites d'une longue maladie.

Jean et Marguerite Guiraud ont eu dix enfants. Chacun d'entre eux mériterait une notice biographique mais un choix a été effectué et seule la vie des quatre fils du couple sera évoquée.

Né le 3 janvier 1898, Étienne Guiraud est l'aîné des garçons du couple. En janvier 1913, il est élève de l'institution Notre-Dame-de-Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Au début de l'année 1916, malade, il doit quitter l'école diocésaine de Neuilly pour une retraite forcée à Vattetot-sur-Mer (Seine-Maritime), auprès de sa grand-mère. L'année précédente, il avait informé ses parents de sa vocation religieuse. Il retrouve l'école de Sainte-Croix à l'automne. Au printemps 1917, il est incorporé dans le 25 ème bataillon de chasseurs à pied basé à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). En octobre, il part au « demi-front » dans les Vosges, et continue à donner de ses nouvelles à sa famille. Il est tué quelques jours à peine après son baptême du feu, le 29 mars 1918, lors d'un assaut sur les pentes d'une colline près de Montdidier dans la Somme.

Second fils de Jean Guiraud, Jacques Guiraud (1902-1934) dévoile à ses proches sa vocation religieuse en 1918 ; il a seize ans et apprend officiellement la disparition de son frère aîné sur le front. Il entre au séminaire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) à l'automne 1922 et prononce ses vœux cléricaux en 1924. L'année suivante, il effectue son service militaire et donne des conférences aux jeunes soldats. D'abord affecté à la 506 ème compagnie d'infanterie, il est ensuite muté à l'État-major du général Paquette. Son service militaire terminé, son état de santé le contraint à se reposer. Il séjourne dans une maison de repos à Chamalières (Puy-de-Dôme), puis au couvent des Fontenelles (Doubs). En octobre 1926, sur les conseils du médecin, il entre au séminaires d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il est ordonné sous-diacre en 1928, puis prêtre en 1929. Plus tard, il enseigne la philosophie au petit et au grand séminaires d'Aix-en-Provence. Il est également aumônier d'un couvent de sœurs de Saint-Vincent-de-Paul et prédicateur, à travers le diocèse, de l'Oeuvre des vocations. Durant les vacances, il alterne les retraites spirituelles et l'encadrement de colonies de vacances. C'est au cours de l'une d'elles, à Chenaud, en Dordogne, qu'il se noie accidentellement dans la Dronne le 4 septembre 1934.

Xavier Guiraud (1906-1940) est le 3 ème fils de Jean Guiraud. Comme ses frères il effectue sa scolarité à l'École Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Après avoir suivi des études de droit, il se décide pour une carrière aux colonies et s'embarque pour l'Afrique. A la fin de l'année 1928, il arrive à Lomé, au Togo, où il a été envoyé auprès du secrétaire général du gouverneur pour s'occuper des questions économiques. Un mois plus tard il est nommé adjoint au commandant de cercle de Lomé. A la fin de l'année 1929, il est à nouveau muté et devient adjoint au commandant de cercle de Sokodé, toujours au Togo. Au mois d'août 1930, il réussit le concours de l'École coloniale, il rentre en France et épouse Antoinette Burty durant l'été 1931. Les jeunes mariés s'embarquent ensuite pour le Togo où Xavier a été nommé adjoint au commandant de cercle de Lomé. Antoinette supporte difficilement le climat et son mari aimerait se faire muter au Maroc ou en Algérie. Mais c'est au Sénégal que se poursuit sa carrière : en 1934, il est nommé chef-adjoint de cabinet du gouverneur, puis chef de cabinet. Quatre ans plus tard, il découvre la Côte d'Ivoire, où il est envoyé diriger la subdivison de Dedougou. Il meurt le 4 septembre 1940 à Ouagadougou, seul, - son épouse et leur quatre enfants étaient rentrés en France -, terrassé par les fièvres.

Le cadet des enfants Guiraud, Paul (1913-1977), a longtemps cherché sa voie. Élève à l'école Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), il poursuit ses études à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), puis à l'Institut catholique de Lyon, enfin à Strasbourg. Il a à peine plus de vingt et un an lorsqu'il adhère au parti franciste de Marcel Bucard, au début de l'année 1935. En 1936, il est arrêté et jugé à Colmar pour atteinte au crédit de l'État par suite de la publication d'un article dirigé contre la politique financière du Front populaire. Durant la Seconde Guerre mondiale, il dirige la rédaction du Franciste et s'occupe également de propagande en zone occupée. Il assure, un temps, l'intérim du rédacteur en chef du quotidien hâvrais, Le Petit Hâvre. Paul Guiraud est arrêté en juin 1945 pour appartenance au parti franciste et emprisonné à Marseille (Bouches-du-Rhône), avant d'être transféré à Paris à l'automne. Il sera jugé une première fois à Rouen (Seine-Maritime), en juillet 1946, puis à Paris, en avril 1947. Il est, par deux fois, lourdement condamné, avant d'être transféré à la prison centrale de Clairvaux (Aube) où il demeurera quatre ans avant d'être libéré. Il meurt en 1977.

PRESENTATION DU FONDS
Modalités d'entrée

Un premier dépôt des archives de Jean Guiraud a été fait aux Archives nationales en juin 1954, six mois après le décès de l'historien, par Paul Macé, son gendre. Les archives entrées alors concernaient principalement les activités professionnelles et militantes de Jean Guiraud. Bien que connues, ces archives non classées, ont été peu exploitées par les chercheurs. Au mois de juillet 2002, M. Didier Ozanam, petit-fils de Jean Guiraud, décide de transformer le dépôt en don et accompagne ce geste généreux d'un don supplémentaire d'archives familiales partiellement classé par ses soins. Cet ensemble d'archives familiales est très important pour la connaissance de l'homme qu'était Jean Guiraud dans la mesure ou figurent les lettres qu'il avait adressées à des membres de sa famille, lettres qu'il avait ensuite récupérées à leur mort.

Traitement opéré

Il a été difficile de retrouver les traces d'un traitement opéré sur ces archives entre 1954 et 1994. Mis à part un travail de reconditionnement manifeste, les archives du service ne font pas état de classement ou de tentative de classement des documents. En 1996, un vacataire recruté pour inventorier le fonds livre un premier instrument de recherche, sommaire, mais néanmoins très utile. Le véritable travail de classement est entamé au cours de l'été 1999. Après une identification par grands thèmes des correspondances qui constituent la plus grande partie du fonds, un plan de classement a été établi. L'essentiel du travail a consisté ensuite en une reprise des correspondances, pièce à pièce, visant à l'identification des scripteurs, puis à un classement alphabétique, géographique ou chronologique en fonction de la thématique retenue. Dès le départ, il a été entendu qu'il fallait respecter les classements déjà opérés du vivant de Jean Guiraud et les laisser tels quels. C'est le cas des messages de félicitations reçus à l'occasion de sa nomination dans l'ordre de Grégoire-le-Grand (362 AP 4, dossier 2), des lettres reçues à la suite de la publication de ses volumes Histoire partiale, histoire vraie (362 AP 137, dossier 1), ou encore de la correspondance reçue des évêques (362 AP 145-146). Ces exceptions mises à part, il a été choisi de rassembler les correspondances émanant d'un même personnage, en fonction du lien qui unissait celui-ci à Jean Guiraud, qu'il soit familial, amical, ou professionnel. Des choix ont été opérés pour les scripteurs amis de Jean Guiraud également unis à lui dans l'action militante. Le lien affectif a toujours été privilégié, car la correspondance adressée était très générale, et intéressait tous les aspects de la vie de Jean Guiraud. Les correspondants ont ensuite été regroupés par cercles, en tenant compte des circonstances dans lesquelles ils ont été conduits à le rencontrer. C'est ainsi que les lettres adressées à Jean Guiraud par ses camarades du lycée de Carcassonne ont été rassemblées par auteurs et classées dans la partie consacrée aux années de formation de Jean Guiraud ; de même, pour ce qui concerne la correspondance des normaliens. Par ailleurs, concernant la correspondance familiale, il a été décidé de classer la correspondance de Jean Guiraud à ses proches, avec la correspondance reçue d'eux. On trouvera donc la correspondance de Guillaume Guiraud (1823-1894) à son fils suivie de la correspondance de Jean Guiraud à son père (362 AP 12 et 13). L'intérêt de cette correspondance croisée est tel que cette présentation s'est imposée d'elle-même. La correspondance active de Jean Guiraud est malheureusement peu abondante.

Présentation du contenu et structure du fonds

Le fonds actuel est riche de plusieurs dizaines de milliers de correspondances et d'un ensemble de notes historiques, le tout représentant 16 mètres linéaires. Il se divise en deux sous-fonds, le premier, le plus important quantitativement, est composé des papiers de Jean Guiraud, à savoir des documents qu'il a écrits ou reçus directement. Un second sous-fonds rassemble les documents reçus par des membres de sa famille, et notamment par son épouse et ses enfants décédés avant lui.

Le premier sous-fonds (362 AP 1-187) qui correspond aux papiers de Jean Guiraud, est composé de trois parties distinctes, la première qui concerne la vie privée et familiale (362 AP 1-79), la deuxième (362 AP 80-144) qui concerne la carrière professionnelle et la troisième qui concerne son activité de militant chrétien (362 AP 145-187).

Les archives qui illustrent le volet "Vie privée et familiale" sont très riches (362 AP 1-79). Outre les papiers et documents personnels, l'on y trouve de la correspondance échangée avec les membres de sa famille et de la correspondance échangée avec des amis et relations. Parmi les papiers et documents personnels (362 AP 1-4), on peut signaler des papiers d'identité, un carnet d'adresses, des souvenirs et en particulier des photographies, des travaux scolaires et la correspondance ayant trait à sa nomination dans l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 1913. Vient ensuite un ensemble de documents intéressants à exploiter pour qui veut se pencher sur le train de vie de Jean Guiraud, à savoir de la correspondance avec ses employés de maison, avec des fournisseurs et autres prestataires, des factures, des documents comptables (362 AP 5-11). Parmi ces documents, les archives se rapportant à l'exploitation viticole d'Arminis à Coursan (Aude) sont extrêmement complètes. Les régisseurs qui se succèdent sur le domaine entretiennent une correspondance suivie avec Jean Guiraud qui se passionne par goût, autant que par intérêt, pour la marche de son exploitation.

La correspondance familiale (362 AP 12-55) est, par sa quantité, une mine de renseignements extraordinaire sur tous les aspects de la vie de Jean Guiraud, depuis sa première année de lycée, jusqu'à sa mort en 1953. On y trouvera d'abord rassemblée la correspondance échangée entre Jean Guiraud et les membres de sa famille, son père Guillaume (362 AP 12-13), son frère Paul (362 AP 14-15), ses sœurs Marie et Berthe et les membres de leurs cellules familiales respectives (362 AP 16-20), puis les tantes et cousins Guiraud (362 AP 21), et enfin, les membres de sa famille maternelle, la branche Escudié (362 AP 22). A été classée à la suite la correspondance échangée avec son épouse, Marguerite, née Petit de Julleville, plus de 1800 lettres au total (362 AP 23-25), et les lettres échangées avec chacun de ses dix enfants, gendres, belle-fille et petits-enfants (362 AP 26-38). Les courriers échangés avec des membres de sa belle-famille, Petit de Julleville, sont également très nombreux (362 AP 39-53). Parmi eux, on relève le grammairien Charles Marty-Laveaux (1823-1899), grand-père de son épouse, l'universitaire Auguste Audollent (1864-1943) et le cardinal Pierre Petit de Julleville (1876-1847), ses beaux-frères. Enfin, ont été classées après des correspondances familiales, des lettres émanant de tiers mais concernant des affaires strictement familiales, questions notariales (mariages, successions), transactions diverses et affaires intéressant personnellement un membre de la famille (362 AP 54-55).

Pour conclure cette première partie consacrée à la vie privée de Jean Guiraud, le lecteur trouvera une série importante de correspondances émanant d'amis et de relations de Jean Guiraud (362 AP 56-79). Ce sont d'abord les lettres touchantes de ses parents nourriciers, Jean et Marie Fons (362 AP 56), puis les lettres d'amis d'enfance et de relations de son père (362 AP 57), viennent ensuite les lettres de personnes rencontrées à la suite de ses années d'études, d'abord les camarades et professeurs du lycée de Carcassonne (362 AP 58), ceux des classes préparatoires de Louis-le-Grand à Paris (362 AP 59), et enfin les personnes côtoyées entre 1885 et 1889, à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, à la Sorbonne et à l'École pratique des hautes études (362 AP 60-63). Le classement de ces lettres suit le déroulement de la vie de Jean Guiraud. Un grand nombre émane de personnalités rencontrées à Rome, au cours de son séjour à l'École française, entre 1889 et 1891 (362 AP 64 à 66), d'autres émanent de personnes rencontrées au cours de sa carrière de professeur, puis de journaliste (362 AP 67-71). Les lettres privées à caractère plus mondain, faire-part, invitations, sollicitations, remerciements ont été regroupées à la suite et closent cette première partie des papiers de Jean Guiraud (362 AP 72-79).

La seconde partie des papiers de Jean Guiraud est consacrée à la "Carrière professionnelle" du personnage (362 AP 80-144).

En premier lieu, ont été classés les documents se rapportant à sa carrière d'enseignant exercée entre 1892 et 1916 (362 AP 80 à 88). Les premiers documents concernent la carrière administrative de Jean Guiraud et illustrent en partie les rapports souvent conflictuels entretenus avec le Ministère de l'Instruction publique au travers des incidents qui ont émaillé sa carrière (362 AP 80-81). La correspondance reçue par le professeur Jean Guiraud est abondante ; elle est adressée par des collègues (362 AP 83), des confrères d'autres établissements (362 AP 84), des élèves et des anciens élèves (362 AP 85) ou par des parents et des protecteurs (362 AP 86). Le métier d'enseignant se dessine assez bien au travers de cette correspondance. On pourra lire avec un certain amusement les lettres d'interventions adressées à l'examinateur avant les épreuves du baccalauréat qu'il faisait passer chaque année. Un certain nombre de courriers ont été traités à part ; ils se rapportent à l'activité de Jean Guiraud en marge de l'université (362 AP 87). De même, ont été rassemblés à la fin de cet ensemble, les notes manuscrites de Jean Guiraud se rapportant aux cours dispensés, à savoir des cours et plans de cours et des commentaires sur des travaux d'élèves (362 AP 88).

En second lieu, et c'est sans doute l'activité la plus connue de Jean Guiraud, ont été classés les documents relatifs à sa carrière de journaliste de 1917 à 1939 (362 AP 89-111). Sont d'abord présentées les correspondances liées à l'exercice de sa profession, ses relations avec les syndicats de journalistes (362 AP 89), puis un ensemble de correspondance échangée avec des confrères (362 AP 90). Les correspondances et quelques documents contemporains de son passage à la rédaction de La Croix forment l'essentiel de cette partie (362 AP 91-111). Outre les lettres de félicitations, puis celles de démission de son poste de rédacteur en chef, les lettres reçues des rédacteurs et collaborateurs du journal, de l'édition parisienne mais également des éditions de province, ainsi que de personnalités de la Maison de la Bonne Presse sont extrêmement intéressantes (362 AP 91-92) ; parmi les correspondants de Jean Guiraud, on remarque le père Bertoye, alias « Franc », Paul Féron-Vrau, le père Léon Merklen ou encore Alfred Michelin, tous, à titres divers, des figures du journal. Parmi les rares documents à avoir été régulièrement consultés depuis l954, date du premier dépôt du fonds aux Archives nationales, les milliers de lettres adressées par les lecteurs de La Croix. Ces lettres ont fait l'objet d'une partition entre le courrier des lecteurs de la partie politique et le courrier des lecteurs de la rubrique consacrée à la critique littéraire et historique. Le courrier des lecteurs à caractère politique a été classé chronologiquement (362 AP 94-105), exception faite du courrier se rapportant à l'Action française, qui se présentait déjà classé à part (362 AP 106), tandis que celui concernant la critique littéraire et historique a été classé alphabétiquement par scripteurs (362 AP 107-110). Parmi les correspondants de Jean Guiraud, de nombreux auteurs, connus et inconnus, le sollicitent afin d'obtenir une critique de leur ouvrage dans sa rubrique hebdomadaire. Une lettre de François Mauriac se défendant par avance à propos du Nœud de vipères est particulièrement émouvante. Une cote est composée des courriers reçus par Jean Guiraud en réaction à son ouvrage La critique en face d'un mauvais livre, publié en réponse au livre de Delteil sur Jeanne d'Arc (362 AP 111).

En dernière partie de ce deuxième volet des papiers Jean Guiraud consacrés à sa carrière professionnelle, ont été classés les documents concernant son activité d'historien. Ce métier d'historien, Jean Guiraud n'a jamais cessé de l'exercer, depuis ses premiers travaux romains jusqu'à sa mort. La lecture des lettres de Jean Guiraud à son épouse montre que ses publications étaient pour le ménage une source de revenus non négligeable, et en particulier durant la période où il était enseignant. Les documents se rapportant à son activité consistent principalement en documentation rassemblée pour ses travaux personnels et en correspondance reçue. Une première distinction a été établie entre les travaux personnels menés à titre individuel et les travaux menés en collaboration, en écartant les documents reçus au titre de La Revue des questions historiques dont il fut le rédacteur à partir de 1908. Jean Guiraud a fréquenté avec beaucoup d'assiduité de nombreuses bibliothèques et dépôts d'archives. Il a réuni quantité de notes, rédigé nombre de chapitres et essais dont il n'a pas toujours été facile de distinguer s'ils étaient des préalables à des cours ou à des ouvrages. Tous les matériaux engrangés par l'historien ont été présentés soit de manière thématique, soit en fonction de la source d'origine (362 AP 112-132). C'est ainsi que l'on retrouve des notes d'érudition sur saint Dominique et le monastère de Prouille, sur l'hérésie cathare et l'inquisition, sur l'histoire de la papauté, sur le jansénisme, sur la franc-maçonnerie ou encore sur la Révolution française. Toutes les notes manuscrites ne sont pas de la main de Jean Guiraud. Celui-ci a bénéficié de l'aide de certaines personnes qui ont recopié ou effectué des transcriptions pour lui, ou lui ont communiqué leurs propres notes comme le père Balme. Quelques documents originaux vraisemblablement achetés ou prêtés à Jean Guiraud figurent également parmi ces matériaux. Les rares articles et texte de conférence historique de Jean Guiraud ont été joints à la suite (362 AP 133). Dans une copie de lettre à l'abbé Mougeot, curé-doyen d'Ornans (Doubs), Jean Guiraud confessait : « Je n'écris jamais mes conférences, c'est-à-dire que je ne me rappelle plus au bout de quelque temps ce que j'ai pu dire dans telle occasion. Comme d'ailleurs je parle assez souvent, je risque de mêler une conférence avec une autre ». La correspondance reçue par l'historien a été classée en fonction de sa nature. Il a été distingué la correspondance ayant trait aux travaux réalisés (362 AP 134-137), qu'elle émane de collaborateurs, d'éditeurs, d'imprimeurs ou de lecteurs, de celle concernant ses projets de publication (362 AP 138). Vient ensuite la correspondance relative aux contributions (362 AP 139), suivie de la correspondance plus générale, adressée à l'historien par des confrères et des admirateurs (362 AP 140-141). Tous les documents ayant trait à La Revue des questions historiques sont rassemblés sous les cotes 362 AP 142 à 144. Les chercheurs qui s'intéressent à la gestion du périodique liront avec intérêt les lettres reçues des membres de la famille de Beaucourt, propriétaire de la revue, ainsi que celles de Paul Allard qui avait précédé Jean Guiraud à la rédaction. Il est à signaler également que deux registres de copies de lettres adressées par Jean Guiraud, concernant la rédaction de la revue, sont conservés pour la période 1908-1915 (362 AP 142). Les correspondances émanant des auteurs, abonnés et lecteurs précèdent un ensemble d'études et articles historiques, qui, pour la plupart semblent avoir été adressés à Jean Guiraud en vue d'une publication dans La Revue des questions historiques (362 AP 143-144).

La dernière partie des papiers de Jean Guiraud se rapporte à son activité de militant chrétien et en particulier à ses engagements politiques et associatifs (362 AP 145-187). Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que l'examen des correspondances classées dans les deux parties précédentes, qu'il s'agisse de vie privée ou de carrière professionnelle, s'avère indispensable à la compréhension de l'action militante.

Les relations de Jean Guiraud avec l'épiscopat, se traduisent par les correspondances reçues des évêques (362 AP 145-146). Suit une série de correspondances reçues de personnalités du monde politique et religieux, associatif, intellectuel, notamment d'organisations et mouvements associatifs d'obédience catholique (362 AP 147-150). A signaler, à la suite de ces correspondances reçues, cinq registres de copies de lettres expédiées par Jean Guiraud entre 1907 et 1915 (362 AP 151).

Les archives qui ont trait plus directement à l'action personnellement engagée par Jean Guiraud sur le terrain constituent l'essentiel de cette partie consacrée au militant (362 AP 152-187). Les articles de presse concernant ou évoquant Jean Guiraud et ses combats ont été rassemblés sous la cote 362 AP 152. Les documents et correspondances relatifs à ses premières années d'engagement, à ses activités au sein de mouvements tels la Ligue de la Patrie française et au sein d'associations et de cercles d'études catholiques ont été regroupés sous la cote 362 AP 153. On y découvrira les tracts rédigés par Jean Guiraud pour l'Union régionale de Franche-Comté de l'Association catholique de la jeunesse française. Jean Guiraud est également actif dans un certain nombre de journaux : la correspondance émanant de rédacteurs ou directeurs de publication, et même de lecteurs, a été réunie sous la cote 362 AP 154.

Une partie importante de l'activité militante de Jean Guiraud se traduit par son engagement politique sous la bannière de l'Action libérale populaire (A.L.P.) (362 AP 155-164). Cet engagement est illustré par une abondante correspondance avec les cadres du mouvement national, Jacques Piou en tête (362 AP 155), puis, à l'échelon local, avec ses amis, délégués et sympathisants du Comité départemental du Doubs, et de l'Union des catholiques de Franche-Comté (362 AP 156-159). Les archives conservées renseignent très précisemment sur la manière dont la propagande de l'A.L.P. est conduite sur le terrain lors des élections législatives de 1905, des élections au conseil d'arrondissement de 1907 et des élections municipales de 1908. Les journaux tels que L'Éclair comtois et Le Nouvelliste de Haute-Saône constituent un outil de propagande de première importance ; Jean Guiraud est étroitement associé à leur ligne éditoriale (362 AP 160-161). En 1909 il crée son propre bulletin Dieu, Patrie, Liberté qui aura beaucoup de succès si l'on en juge par la correspondance reçue (362 AP 162-163).

Un autre aspect de l'activité militante de Jean Guiraud se manifeste à travers les associations catholiques de chefs de famille (A.C.C.F.) (362 AP 165-174). Initiée à Besançon, l'action de Guiraud vise d'abord le diocèse (362 AP 165-166). L'homme est très sollicité pour mettre sur pied des associations paroissiales ; il est régulièrement invité dans toute la Franche-Comté. Il poursuit son action à Paris où il est à l'origine de l'Union nationale des A.C.C.F. (362 AP 167-169) et multiplie les opérations de propagande, d'abord en diffusant sa revue École et Famille, en lançant des tracts et en organisant des pétitions et des enquêtes (362 AP 170-172). Son action reçoit un large écho, comme en témoignent les nombreuses correspondances classées par diocèses (362 AP 173-174). Parallèlement, il organise son combat pour la défense de l'enseignement libre et profite de sa tribune au journal La Croix. Il reçoit de nombreuses correspondances de personnalités sans que l'on sache vraiment à quel titre il est sollicité (362 AP 175). La question scolaire intéresse nombre de ses concitoyens (362 AP 176). La documentation rassemblée sur la question a été regroupée sous les cotes 32 AP 177 et 178. La correspondance liée à l'élaboration de manuels scolaires aux éditions De Gigord a été classée à la suite (362 AP 179), précédant celle relative aux aides apportées aux maîtres et maîtresses de l'enseignement libre dans le besoin (362 AP 180-181). Les lettres reçues de ces instituteurs et institutrices sont riches d'informations de toutes sortes sur leurs conditions de vie ; certaines sont poignantes. Pour clore cette dernière partie consacrée au militant, ont été jointes des lettres de sollicitations à titres divers, demandes de conférences, de causeries, demandes de participation à des commissions, invitations à des manifestations, demandes de secours, de souscriptions, de rendez-vous, de conseils, qui s'adressent à la personnalité catholique, tout à la fois journaliste, historien et responsable d'association (362 AP 182-186).

Le deuxième sous-fonds (362 AP 188-237) réunit les archives de membres de la famille de Jean Guiraud, à savoir, pour l'essentiel, des archives qu'il a récupérées à la suite de leur décès. C'est le cas des quelques lettres héritées de son père Guillaume décédé en 1894 (362 AP 188), des lettres, peu nombreuses, mais fort intéressantes, recueillies de son frère Paul décédé en 1907 (362 AP 189-190), de l'abondante correspondance de sa femme Marguerite, décédée en 1927 (362 AP 192-222) et des archives de son fils, l'abbé Jacques Guiraud, décédé accidentellement en 1934 (362 AP 228-234). Concernant les autres enfants Guiraud, la plupart des archives conservées consistent en travaux scolaires et en correspondances familiales.

Des correspondances non adressées à Jean Guiraud ou à un membre de sa famille clairement identifié ont été placées à la suite (362 AP 238), tandis qu'un ensemble de documentation, études, revues et articles de presse a été constitué (362 AP 240-241).

Intérêt du fonds

La masse des documents conservés, et notamment l'extraordinaire accumulation de correspondance, constitue l'un des intérêts majeurs du fonds. Cette abondance de correspondance de tous ordres s'explique en premier lieu par l'activité débordante de Jean Guiraud qui a, sa vie durant, multiplié les échanges épistolaires de toute nature. On devine à travers ses lettres à son épouse qu'il y attachait une grande importance. Dès lors, nul ne peut s'étonner, lorsqu'une telle énergie est mise au service d'une longue carrière, - Jean Guiraud meurt à 87 ans - , de la quantité de lettres amassée. En second lieu, il faut souligner que les archives de Jean Guiraud ont été préservées, d'abord par lui-même, puis par ses descendants. Peu de destructions sont à déplorer, même si l'on peut s'interroger sur l'absence de registres de copies de lettres pour la période postérieure à 1915 ou sur la faible quantité de correspondance reçue au cours des dix dernières années de sa vie.

Déjà signalées en 1975 dans l'ouvrage dirigé par Jean-Marie Mayeur sur la méthodologie de la recherche en histoire religieuse de la France aux XIX e et XX e siècles

L'Histoire religieuse de la France, 19 e - 20 e siècle : problèmes et méthodes, sous la direction de Jean-Marie Mayeur. Paris, Beauchesne, 1975, 290 p.

, les archives Jean Guiraud sont pour les chercheurs qui s'intéressent aux catholiques français durant la première moitié du XX e siècle, une source de tout premier ordre. La plupart des courants de la pensée catholique s'expriment, et notamment à travers le courrier des lecteurs du journal La Croix. La diversité des scripteurs, qu'ils soient responsables politiques ou ecclésiastiques, journalistes ou simples citoyens, prêtres, pères de famille, issus de milieux socio-professionnels extrêmement variés, établis sur l'ensemble de l'hexagone, apporte au fonds une richesse incontestable. Celui-ci est incontournable dès lors qu'il s'agit de se documenter sur les questions de l'enseignement libre, ou sur le sujet des associations catholiques de chefs de famille.

Bien qu'ayant publié de nombreux ouvrages historiques, Jean Guiraud n'a pas, à proprement parler, marqué la discipline. Cependant, sa formation de normalien, ses années passées à Rome, les responsabilités qu'il a exercées à la tête de La Revue des questions historiques, l'ont placé au cœur des débats sur l'écriture de l'histoire. Les chercheurs auront très largement matière à travailler à partir des correspondances conservées.

Plus globalement ces archives pourront être consultées dans le cadre d'études menées sur les mentalités. La famille de Jean Guiraud est une famille bourgeoise, catholique, exemplaire à plus d'un titre. Le volume de correspondance conservé, qu'il s'agisse d'échanges entre parents et enfants, entre époux, entre membres d'une même fratrie, est suffisamment important et homogène pour être significatif. De nombreux sujets sont abordés : l'éducation des enfants, des soins apportés au nourrisson aux lectures des jeunes filles, la tenue d'une maison, les habitudes alimentaires, les vêtements, les loisirs, du cinéma au concert en passant par le théâtre et tant d'autres encore. Les archives des autres membres de la famille Guiraud, et en particulier celles de Marguerite Petit de Julleville sont, sur ce plan, particulièrement passionnantes.

Comme on peut le constater, l'intérêt des archives de Jean Guiraud et de sa famille ne fait aucun doute : les chercheurs trouveront dans ces papiers une source de référence, une photographie d'une certaine société française entre 1890 et 1950 et l'utiliseront comme telle. Quant à Jean Guiraud, qui fut une personnalité très connue en son temps, un modèle pour de nombreux catholiques, il est injustement tombé dans l'oubli. Il faut espérer que la mise à disposition de ses archives incite un historien à entreprendre sa biographie.

Sources et références

Sources complémentaires

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

La liste qui suit n'est pas exhaustive mais donne des indications sur les pistes les plus intéressantes repérées dans les archives françaises.

Centre historique des Archives nationales (Paris)

. Série F. Versements des ministères et des administrations qui en dépendent.

- Sous-série F 17, Instruction publique

dont F17 4130 sur les travaux scientifiques de Jean Guiraud, pensionnaire à l'École française de Rome.

Le dossier de personnel du professeur Jean Guiraud n'est pas conservé, de même, toutes les recherches effectuées pour retrouver sa lettre de candidature à la chaire d'André E. Sayous, le rapport de soutenance de ses thèses, ou la correspondance ayant trait aux sanctions disciplinaires dont il a fait l'objet se sont avérées infructueuses.

. Série W. Juridictions extraordinaires.

- Sous-série 2 W, Cour suprême de justice, procès de Riom

dont 2 W 66, déposition de Jean Guiraud, professeur honoraire de faculté, dans le cadre de la procédure c/x instruite par le cabinet du général Wateau, 30 juillet 1941 (Xc 34).

. Série AJ. Fonds divers remis aux Archives nationales.

- 61 AJ, fonds de l' École normale supérieure (rue d'Ulm) dont : 61 AJ*12, registres des promotions d'élèves, années 1882-1890

61 AJ 205, annuaires de l'association amicale de secours des anciens élèves, 1857-1904

61 AJ 217, dossier individuel de Jean Guiraud, promotion "Lettres" 1885.

. Série AP. Archives privées.

- 142 AP, fonds Xavier de La Rochefoucauld dont 142 AP 14 et 15 (mouvement de l'Action libérale populaire).

- 305 AP, fonds Auguste Boucher et Léon Lavedan dont 305 AP 9, dossier 1, l.a.s. de Jean Guiraud, Rome, 10 février [1890-1892].

- 333 AP, fonds Étienne Lamy dont 333 AP 5, l.a.s. de Jean Guiraud, Paris, 19 juin 1918.

Éventuellement :

- 378 AP, fonds Albert de Mun.

- 576 AP, fonds Charles Maurras non classé, beaucoup de correspondance privée.

- 615 AP, fonds Jean Brunhes non classé, de la correspondance privée.

Archives départementales de l'Aude (Carcassonne)

. Série 5 E, archives de l'état civil

- 5 E 89, commune de Cenne-Monestiès

- 5 E 253, commune de Montolieu

- 5 E 428, commune de Villemagne

- 5 E 439, commune de Villespy

A signaler également les archives des dominicaines de Prouille, étudiées par Jean Guiraud dans le cadre de ses travaux sur la communauté et sur saint Dominique (Série H, H 317-420, 462-545, 619).

Archives départementales de la Savoie (Chambéry)

. 73 F. Fonds Henry Bordeaux dont 6889 et 6890, 2 lettres de Jean Guiraud à Henry Bordeaux, 1917 et 1925.

Archives historiques de l'Archevêché de Paris

On conseillera aux chercheurs qui s'intéressent à Jean Guiraud et à son œuvre d'examiner les cotes suivantes :

. Papiers du cardinal Amette (1908-1920)

dont : 1 D 11, 4, sous-dossier « Union sacrée scolaire »

1 D 11, 30, sous-dossier « Union des catholiques français, Paul Gay »

. Papiers du cardinal Dubois (1920-1929)

dont : 1 D 12, 84, 1 l.a.s. de Jean Guiraud du 22/07/1923

La correspondance personnelle du cardinal serait à dépouiller, cotes 1 D 12, 61, 62-68 et 72.

Les instruments de recherche concernant les papiers des cardinaux autres que M gr Amette et M gr Dubois n'ont pas permis de mettre en évidence des documents intéressant Jean Guiraud.

. Série 3 K 1, Œuvres sociales et charitables

dont : 3 K 1, 3c, un volumineux dossier consacré aux associations catholiques de chefs de famille, il concerne essentiellement la Fédération de la Seine.

Archives de l'Institut catholique de Paris

. Papiers du cardinal Alfred Baudrillart

dont deux lettres de Jean Guiraud datées des 11 janvier et 8 octobre 1935, la première relative à la copie du manuscrit du journal de M gr Darboy, la seconde étant une lettre de remerciements à la suite de la sympathie témoignée à l'occasion du premier anniversaire de la mort de son fils, l'abbé Jacques Guiraud.

Archives diocésaines de Besançon

Les informations concernant les archives diocésaines de Besançon ont aimablement été communiquées par l'archiviste, Joseph Lemaire.

. Fonds de M gr Fulbert Petit

dont : XXI/432, une pétition signée par Jean Guiraud pour que l'évêque revienne sur la nomination en 1910, à la paroisse Saint-Lin de M. Simonnin, fondateur du secrétariat social et 5 lettres, datées de 1911, mettant en évidence les rapports tendus existant alors entre Jean Guiraud, président du comité départemental de l'A.L.P. et Saillard, membre du conseil d'administration de L'Éclair comtois.

Archives diocésaines de Blois

Les archives de M gr Georges Audollent, évêque de Blois, ami de Jean Guiraud ont été conservées mais sont réparties entre plusieurs séries. L'archiviste du diocèse, le père Dominique Ougazeau conseille de dépouiller les sous-séries suivantes :

. 1 D 14 g : Courrier de famille et d'amis de M gr Georges Audollent.

. 1 D 14 j2 : Réactions à la parution de la brochure sur l'histoire de l'archevêché de Paris.

Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits (Paris)

. N.a.fr. 15688-15751 - Papiers d'Albert Houtin

dont : 15710, f. 367, article de Jean Guiraud dans La Croix des 30-31 mai 1926, à la suite du décès de Lucien Herr, bibliothécaire de l'École normale supérieure et du musée pédagogique.

. N.a.fr. 17248-17268 2 - Papiers de M gr Louis Duchesne

dont : 17261, ff. 525-531, 3 lettres de Jean Guiraud, 1890 et 1912.

. N.a.fr. 24401-24406 - Papiers de M gr Lacroix

dont : 24406, ff.289-290, un tract de Jean Guiraud sur « Concordat et séparation », S. d.

. N.a.fr. 25027-25066 - Papiers de Ferdinand Brunetière

dont : 25039, ff. 593-594, 2 lettres de Jean Guiraud, 1904, 1906.

. N.a.fr. Papiers Georges Goyau (en cours de classement) dont : volume relié XVII, ff. 452-506, 32 cartes et lettres de Jean Guiraud, 1890-1923

A. 24377, 5 lettres de Jean Guiraud non foliotées, 1891-1939.

. N.a.fr. Papiers Romain Rolland (en cours de classement)

dont 2 lettres de Romain Rolland à Jean Guiraud

Bibliothèque nationale de France, département des imprimés (Paris)

. JO 60210. Dieu, Patrie, Liberté, bulletin mensuel de l'Action libérale populaire pour la défense des intérêts religieux, patriotiques et sociaux. Besançon, 1909-1917.

. 8 R 26253. École et famille, bulletin mensuel de l'Union des associations catholiques des chefs de famille, Paris, 1911-1940.

Bibliothèque de l'Institut de France (Paris)

Le fonds manuscrit de la bibliothèque n'est pas à négliger. On y retrouve des papiers de correspondants de Jean Guiraud. A l'exception des papiers d'Émile Mâle, les instruments de recherche n'ont pas permis de repérer de la correspondance de Jean Guiraud dans les papiers Charles Marty-Laveaux (1823-1899), grand-père de Marguerite Guiraud, ms 2060-2064, Pierre Imbart de La Tour (1860-1925), ms 4138-4169, Charles Benoist (1861-1936), ms 4525-4557, Camille Jullian (1859-1933), ms 5748-5768, Charles Samaran, ms 7462-7562, ni dans la correspondance de Jérôme Carcopino, ms 7133-7171.

. Ms 7576-7663, 7696-7697 - Papiers d'Émile Mâle

dont : ms 7654, une lettre de Jean Guiraud à Émile Mâle, décembre 1929.

Bibliographie

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

Cette bibliographie n'a pas pour but d'être exhaustive. Elle recense les principaux écrits de Jean Guiraud ainsi que les ouvrages et articles consultés le concernant ou faisant état de son activité.

1. Écrits de Jean Guiraud.

La liste ci-dessous rappelle, dans l'ordre chronologique, les œuvres les plus importantes de Jean Guiraud, y compris les articles historiques et politiques qui ont fait l'objet de publication sous forme de tirés à part, en omettant ses tracts, ses conférences, ses préfaces et ses très nombreux articles historiques, notamment ceux publiés dans la Revue des questions historiques.

Jean-Baptiste de Rossi, sa personne et son oeuvre. Extrait de la Revue historique, tome LVIII, année 1895, Paris, [s.n.s. d.], 26 p.

L'État pontifical après le grand schisme, étude de géographie politique. Paris, A. Fontemoing, 1896, 251 p. et cartes.

De prulianensi monasterio ordinis Praedicatorum incunabulis (1206-1340). Paris, A. Fontemoing, 1896, 181 p.

Saint Dominique et la fondation du monastère de Prouille. Extrait de la Revue historique, tome LXIV, année 1897, Paris, [s.n.], 1897, 33 p.

Les registres de Grégoire X (1272-1276), recueil des bulles de ce pape, publiées ou analysées, d'après les manuscrits originaux des archives du Vatican. Troisième fascicule, Paris, A. Fontemoing, 1898, feuilles 28 à 37, p. 217 à 286.

Saint Dominique. Paris, V. Lecoffre, 1899, 212 p.

Étude sur les principaux orateurs du Congrès de Besançon, dans Congrès de Besançon les 17, 18, 19 et 20 novembre 1899... Association catholique de la jeunesse française, Besançon, 1899.

Le protestantisme à Montbéliard d'après M. le pasteur Viénot. Besançon, impr. Jacquin, 1901, 8 p.

L'Église et les origines de la Renaissance. Paris, V. Lecoffre, 1902, 339 p.

Le "Consolamentum cathare". Extrait de la Revue des questions historiques, janvier 1904, Paris, Bureaux de la Revue des questions historiques, 1904, 39 p.

La famille laïque, 2 fasc. I. Mariage et union libre, II. La Dépopulation. Besançon, Association catholique de la jeunesse française, Union régionale de Franche-Comté, 1905.

Questions d'histoire et d'archéologie chrétienne. La Répression de l'hérésie au Moyen Âge, la morale des Albigeois, le "Consolamentum" ou initiation cathare, saint Dominique a-t-il copié saint François ?, Jean-Baptiste de Rossi (1822-1894), la venue de saint Pierre à Rome, les reliques romaines au IX e siècle, l'esprit de la liturgie. Paris, V. Lecoffre, 1906, 304 p.

La Séparation et les élections. Paris, V. Lecoffre, 1906, VIII-436 p.

Cartulaire de Notre-Dame de Prouille, précédé d'une étude sur l'albigéisme languedocien aux XII e et XIII e siècles. Paris, A. Picard et fils, 1907, 2 vol. in-fol, CCCLI-286 p. et 355 p.

L'abbaye de Faverney en 1608. Besançon, Impr. Jacquin, 1909, 12 p.

Histoire partiale, histoire vraie. Paris, G. Beauchesne, 1911-1917. Tome I. Des origines à Jeanne d'Arc. XXIV-416 p. ; Tome II. Moyen Âge, Renaissance. Réforme. XVI-467 p. ; Tome III. L'Ancien Régime (XVII e- XVIII e siècles. 1 ère partie) ; Tome IV. L'Ancien Régime (XVII e- XVIII e siècles. 2 ème partie), 395 p.

Clergé et congrégations au service de la France. Paris, Éditions des Questions actuelles, 1917, XXVI-553 p.

L'école unique. Paris, Union des Associations catholiques des chefs de famille, 1925, 8 p.

La critique en face d'un mauvais livre [ Jeanne d'Arc de Joseph Delteil.]. Paris, Impr. Guillemot et De Lamothe, 1926, IV-134 p.

Les Jésuites. Ce qu'ils sont. Ce qu'ils font. Paris, Spes, 1926, 32 p.

L'inquisition médiévale. Paris, B. Grasset, 1928, 251 p.

Pourquoi je suis catholique. Paris, Éditions de France, 1928, 104 p.

Les registres d'Urbain IV (1261-1264), recueil des bulles de ce pape publiées ou analysées d'après les manuscrits originaux du Vatican. Fascicule 10. Tome 4. Paris, E. de Boccard, 1929, feuilles 11 à 38, p. 82 à 303

1. A revoir, 5 volumes à la bibliothèque, publiés entre 1901 et 1929 avec une table publiée en 1958.

.

Monseigneur Freppel. [Paris], E. Flammarion, 1933, 249 p.

Histoire de l'inquisition au Moyen Âge. Paris, Auguste Picard, 1935-1938. Tome I. Origines de l'inquisition dans le midi de la France. Cathares et Vaudois, XLVIII-429 p., pl. ; Tome II.

L'inquisition au XIII e siècle en France, en Espagne et en Italie. VIII-601 p., pl., portraits et fac-similés hors texte.

2. Notices biographiques, écrits sur Jean Guiraud.

Qui êtes-Vous ? Annuaire des contemporains français et étrangers, 1909-1910, Paris : Librairie Ch. Delagrave, [1909].

DOSSAT (Yves), Centenaire de la naissance de Jean Guiraud, historien du XIII e siècle religieux en Languedoc, Commémoration lors du séminaire organisé à Carcassonne le 27 juillet 1967, extrait des Cahiers de Fanjeaux 2, p. 273-289.

FRANÇOIS (Michel), "Jean Guiraud", dans Revue d'histoire de l'Église de France, t. 41, 1955, p. 175-177.

GIROU (D r), "L'Audois Jean Guiraud", dans Mémoires de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne, année 1954, 4 ème série, t. 1, Carcassonne, 1957, p. 121-122.

LEDEUR (Étienne), chanoine, In Memoriam Jean Guiraud 1866-1953, extrait des procès-verbaux et mémoires de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon, 1964-1966, 1966, vol. 176, p. 301-303.

LEDEUR (Étienne), Supérieur au grand séminaire de Besançon, Un universitaire engagé, Jean Guiraud, professeur à l'université de Besançon (1898-1917), extrait des procès-verbaux et mémoires de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon, 1966, p. 151-183.

OZANAM (Charles), notice biographique sur Jean Guiraud, inédite. S.d., 17 p. dact.

TOUTAIN (Jules), "Jean Guiraud (1866-1953)", dans Mélanges de l'École française de Rome, t. 67, 1955, p. 341-344.

TRIBOUT DE MOREMBERT, Notice biographique de Jean Guiraud, dans Dictionnaire de biographie française, sous la dir. de Roman d'Amat, M. Prévost, H. Tribout de Morembert, Paris, Letouzey-Ané, 1987, col. 312-314.

3. Ouvrages évoquant la personnalité de Jean Guiraud, son oeuvre.

Cent ans d'histoire de La Croix, 1883-1983. Actes du colloque sous la direction de René Rémond et d'Émile Poulat, mars 1987. Paris, Le Centurion, 1988, 471 p.

BAUDRILLART (Alfred), Les carnets du cardinal Baudrillart (1914-1942), texte présenté, établi et annoté par Paul Christophe, 9 vol. Paris, Éditions du cerf, 1994-2003.

ROLLAND (Romain), Printemps romain, Choix de lettres de Romain Rolland à sa mère (1889-1890), vol. VI des Cahiers de Romain Rolland. Paris, Albin Michel, 1954, 356 p.

ROLLAND (Romain), Retour au Palais Farnèse, Choix de lettres de Romain Rolland à sa mère (1890-1891), vol. VIII des Cahiers de Romain Rolland. Paris, Albin Michel, 1956, 366 p.

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