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Guerre de 1939-1945. Archives du Réseau du Souvenir

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Reference codes
72AJ/2141-72AJ/2170
Date
1950-1992
Physical location
Pierrefitte-sur-Seine

Description

Presentation of content

Le Réseau du Souvenir, Historia Testis, 1952-1993 (historique du Réseau, par le général Pierre Saint-Macary)

Le Réseau du Souvenir est né d'une double intuition de Paul Arrighi : créer une structure exclusivement vouée au souvenir des déportés, disparus, morts pour la liberté ; articuler cette structure comme un réseau, sur le modèle des réseaux de résistants, voués au renseignement ou à l'action entre 1940 et 1944.

Défini par son but, le Réseau s'étend de proche en proche par parrainage à partir d'un noyau initial comprenant Paul Arrighi, avocat à la Cour, dirigeant du mouvement "Ceux de la Résistance", déporté à Mauthausen (Melk et Ebensee), le RP Michel Riquet, figure emblématique de la Résistance et de la Déportation (Mauthausen et Dachau), et aussi Mmes Christian Lazard et Robert Aylé, le professeur Gilbert Dreyfus, MM. Maurice Azoulay, Henri Michel, Jean Cassou, qui appartiendront au premier conseil d'administration.

En quelques mois le cercle des fondateurs s'élargit et, dès la fin de 1953, le Réseau compte 789 membres ; des groupes s'ébauchent en province : Charente, Ille-et-Vilaine, Rhône, Var, Haute-Garonne, Maine-et-Loire, Finistère et Île-de-France.

À la suite de la première assemblée générale, le 1er décembre 1953, un bureau est élu qui devient la cheville ouvrière d'une action durable.

Il comprend : Paul Arrighi, président ; Annette Christian Lazard, le RP Riquet, M. Azoulay, vice-présidents ; Henri Michel (puis Max Gonfreville à partir de 1956), secrétaire général ; Germaine Aylé, secrétaire générale adjointe ; J. Bochory, trésorier.

Les actions s'articulent initialement autour de quatre commissions, qui lancent des études, multiplient les consultations et élaborent des projets :

- une commission historique (Julien Cain, Henri Michel, Germaine Tillion, Olga Wormser),

- une commission artistique (Jean Cassou, M. Chausson, R. Schmitt),

- une commission spirituelle (RP Riquet, Pasteur Westphal, Rabbin Bauer, Edmond Michelet, J. Stourdzé),

- une commission de presse et de propagande (Annette Christian Lazard, R. Denoyer).

Dès 1954-1955, plusieurs de ces projets prennent corps :

- la promulgation de la loi créant la Journée nationale du Souvenir de la Déportation (19 avril 1954),

- la publication du recueil La Tragédie de la Déportation, établi par Olga Wormser et Henri Michel (juillet 1954),

- la sortie du film Nuit et Brouillard, d'Alain Resnais (prix Jean Vigo 1955), avec un commentaire de Jean Cayrol,

- la soirée d'hommage de l'intelligence française à la Déportation, le 22 avril 1955 à la Sorbonne,

- la Veillée du Souvenir, le 30 novembre 1955 au Palais de Chaillot, avec la première audition du Château de Feu de Darius Milhaud sur un poème de M. Laffont.

Dans le même temps, en province, de nombreuses manifestations (expositions, conférences et célébrations) sont organisées, notamment à Rennes (1957), à Lyon (1957), ou à Auxerre (1959).

Dès 1952-1953, ce qui va devenir le grand projet du Réseau est déjà présent : selon la formule de Jean Cassou, l'association se donne pour tâche de "transformer le souvenir en monument, la mémoire en mémorial".

En juin 1954, le Conseil municipal de Paris est saisi, car il ne peut s'agir de marquer un témoignage national ailleurs que dans la capitale.

De 1954 à 1956, de longues et difficiles négociations sont menées sans relâche par le préfet Richard Pouzet, lui-même ancien déporté, en appui de Georges-Henri Pingusson à qui a été confiée la conception d'ensemble puis l'exécution de l'ouvrage. Le site de la pointe de la Cité est retenu en 1956 seulement ; il impose de nombreuses contraintes techniques, esthétiques et, peut-on dire, historiques. Paul Arrighi peut enfin écrire : "Ainsi naîtra bientôt à la proue de la double galère que Péguy a chantée, la Crypte du Souvenir".

Restait à construire et d'abord à financer. Les ressources de l'association, de ses membres actifs et bienfaiteurs, ne sont pas à la mesure des besoins, elles couvrent à peine un cinquième de la somme requise. Et si fin 1958, fort de l'approbation explicite du général de Gaulle lui-même ("je forme les meilleurs vœux pour la réalisation de votre projet"), le président est toujours optimiste, la route sera encore longue.

Il faut modifier les statuts pour obtenir la reconnaissance d'utilité publique (acquise le 5 septembre 1960), puis mettre sur pied un "Comité national pour l'édification du monument", comité habilité à lancer une souscription nationale (décembre 1961-janvier 1962).

Si le comité est un véritable Who's who de l'année 1960, le comité exécutif, désigné par le même arrêté, est en fait le bureau du Réseau auquel se joignent trois personnalités du ministère des Anciens combattants et des Victimes de guerre.

Au total, la collecte de fonds a rapporté 580 000 francs, dont, détail touchant, 210 000 auront été collectés par les enfants des écoles, les collégiens et les lycéens de la France entière ; 50 000 francs viennent des Français de l'étranger.

Les travaux engagés en août 1960 sont rondement menés et moins de deux ans plus tard, c'est l'inauguration, le 12 avril 1962. Le général de Gaulle en personne préside la cérémonie, d'une sobriété absolue, sans discours, dans le silence, sur le parvis puis dans la crypte elle-même où tous découvrent le chef d'œuvre de Georges-Henri Pingusson. "Ils allèrent au bout de la terre et ils ne sont pas revenus", la phrase naïve d'un enfant donne son sens au monument et à la cérémonie.

Le "grand-œuvre" de l'association était-il accompli dès 1962 ?

Pas complètement puisque, à peu près au même moment, le Réseau du Souvenir et la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance (FNDIR) se joignent à l'initiative prise auparavant par la Confédération nationale des Combattants de la Résistance d'André Jarrot et Henri Bailly : l'organisation dans les lycées et les collèges, à l'image du Concours général, d'un concours de la Résistance et de la Déportation.

Grâce à la compréhension de Lucien Paye initialement, puis des autres ministres de l'Éducation nationale, le concours est officialisé en 1961, codifié en 1977, puis en 1987 et 1991. Au niveau départemental et au niveau national, il a maintenant trente ans de vie et de succès, avec 44 000 participants en 1992.

En mars 1970, Paul Arrighi décide de s'effacer et le RP Riquet lui succède pour "maintenir" le Réseau.

Tout n'est pas fait mais les tâches seront moins exaltantes : combats incessants pour le titre de déporté sans cesse menacé de banalisation par les STO ; procès aux profanateurs, à la maison de disques de ceux-ci, aux négateurs du fait concentrationnaire qui peu à peu conquièrent une douteuse audience.

L'achèvement de la crypte, sa remise à l'État décidée en 1964, son gardiennage, sa mise en valeur par des brochures en trois langues donnent encore bien des soucis. Devenu nécropole, le mémorial est donc placé sous l'entière responsabilité du ministre des Anciens combattants et Victimes de guerre (NB : c'est en 1992 qu'a été définitivement réglée l'affectation au ministère des Anciens combattants du domaine appartenant à l'État). Mais l'équipement de la galerie supérieure, grâce à l'action en 1974 du colonel Debord qui succède à Max Gonfreville, secrétaire général, décédé, même après son inauguration par le président Giscard d'Estaing et son épouse (fille d'un déporté de Mauthausen), ne marque pas la fin de l'entreprise. Des questions de sécurité rendant la visite de la crypte limitée pour ne pas dire confidentielle, des travaux menés de 1984 à 1990 ont amélioré la situation (issues de secours), mais il reste à définir le parti muséographique et à l'exécuter. Par ailleurs, les barrages d'écrêtement des crues de la Seine n'ayant pas été exécutés selon les assurances données en 1960, la vulnérabilité aux inondations demeure.

Dans ces incessantes escarmouches, le Réseau a fait face, mais il faut bien constater, sans porter de jugement, que petit à petit il s'étiole (en 1981 il n'a plus que 350 cotisants fidèles) : non par désaffection pour les missions qu'il s'était fixées, mais par "attrition", litote convenue pour nommer la longue suite des décès qui frappent les animateurs, les bienfaiteurs, les correspondants provinciaux, les responsables d'administration bienveillants, les hautes personnalités qui formaient un réseau d'influence jamais en défaut.

Il est tout de même une bataille perdue qu'il faut signaler : le musée national de la Résistance et de la Déportation. Les bulletins en font état depuis l'origine, proposent des formules, esquissent même des "dates-objectifs" : 1955, 1975, 1985 ou le troisième millénaire.

En 1981, le RP Riquet fait admettre au conseil d'administration puis au bureau deux "jeunes" (nés en 1920) vice-présidents, mais la relance n'aura pas lieu. Même si un nouveau bureau est mis en place en 1983, même si près de 200 personnes participent à une dernière assemblée générale ordinaire en 1984.

Ce n'est ni incapacité, ni indifférence. Les animateurs potentiels sont déjà impliqués dans d'autres structures, nationales ou locales, et surtout ils ont conscience que le relais a été pris par d'autres voies. Essentiellement par la puissance publique : la mission pour la mémoire historique du ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre agit en profondeur et avec opiniâtreté depuis 1982 ; le ministère de l'Éducation nationale, on l'a déjà écrit, a donné au concours de la Résistance et de la Déportation une forme réglementaire définitive qui assure sa durée.

Enfin, créées à peu près simultanément fin 1990, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et la Fondation de la Résistance sortent progressivement des limbes (1991-1993) ; le RP Riquet, président d'honneur, et le bureau prennent acte de ce que les buts du Réseau sont repris par des structures assurées de la pérennité que ne peut avoir une association. Une assemblée générale extraordinaire est convoquée, 90 personnes y participent directement ou par délégation, la dissolution prévue dans les statuts est décidée le 14 janvier 1993. La dévolution des actifs de l'association est prévue au bénéfice de la Fondation de la Résistance. La liquidation est lancée, les archives, triées et alloties, sont déposées aux Archives nationales en juillet 1993.

Voilà rapidement tracée la chronique d'une initiative généreuse et intelligente, conduite par des personnalités d'exception et qui est allée au bout de ses projets majeurs : une loi, un concours, un mémorial de qualité exceptionnelle dans un des hauts lieux de la capitale.

D'autres idées, d'autres projets n'ont pu se concrétiser, l'esprit d'entreprise et le dévouement n'ont pas failli, mais l'usure du temps, la légitime fatigue des hommes et des femmes, l'indifférence de beaucoup d'autres et la lassitude qui naît des tâches toujours recommencées en ont empêché l'aboutissement. Il reste à faire, d'autres le feront. Souhaitons-le.

Un dernier voeu à formuler : que chaque année, quand la marche silencieuse de la Journée de la Déportation, partie de la rue Geoffroy l'Asnier arrivera à la Pointe de la Cité, il se trouve un participant, au moins, pour se souvenir... du Réseau du Souvenir.

Général Pierre Saint-Macary, président du Réseau du Souvenir de 1984 à 1996 (décret approuvant la dissolution de l'association)

Until further notice, the reservation of a place in the reading room is compulsory for any consultation of documents.

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