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Dossiers individuels du personnel des Chantiers de la Jeunesse française (1940-1989)

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Reference codes
20110001/1-20110001/210
Date
1940-1989
Name of creator
Chantiers de la jeunesse française (1940-1944)
Material importance
and support
70 mètres linéaires (210 articles).
Physical location
Pierrefitte-sur-Seine
Access conditions

Communicables selon les articles L.213-1 à 213-8 du Code du patrimoine, sous réserve des restrictions imposées par l’état matériel des documents.

Conditions of use

Reproduction et réutilisation selon le règlement des salles de consultation en vigueur aux Archives nationales.

Description

Presentation of content

Ce versement concerne un fonds d’archives de la direction de l’administration relatif aux personnels ayant travaillé au sein des Chantiers de la Jeunesse Française (CJF) entre 1940 et 1944.

On y trouve essentiellement des dossiers nominatifs regroupant des documents liés à l'inscription, au travail et à la liquidation de pension des personnels ainsi qu’à la reconstitution de dossiers pour la validation de droits à pension.

Une partie de ces documents (pendant la guerre) a donc été produite par l’administration de Vichy (commissariat général des Chantiers de la Jeunesse puis direction générale des Chantiers de la Jeunesse), l’autre (après la guerre) par l’administration de la République française, via le service liquidateur des Chantiers de Jeunesse du ministère de l’Éducation nationale.

À l'exception de dossiers médicaux qui font l'objet d'un classement à part, ce fonds est essentiellement constitué de dossiers nominatifs regroupant des documents relatifs à l'inscription et au travail des personnels des CJF, à la liquidation des pensions du personnel et à la reconstitution de dossiers pour la validation de droits aux allocations retraites.

Ce fonds ne concerne que les personnels bénéficiant d'un statut et des personnels recrutés sur contrat (c'est-à-dire tous les personnels hormis les stagiaires). Toutes les catégories de ces personnels y sont représentées (sauf le commissaire général et le commissaire général adjoint).

Dans la « Chemise-bordereau », qui identifie et suit le membre du personnel, est noté : l'état civil, le signalement, la situation familiale, la situation militaire, la date d’arrivée, l'affectation, l'évolution (position, grade), les évaluations (« notes particulières et successives »), les condamnations et les punitions.

On trouve par ailleurs les documents suivants :

- Pièces justificatives :

Acte de naissance, extrait du casier judiciaire, extrait du registre des actes de mariage, fiche de démobilisation, copies de diplômes, déclaration de nationalité, déclaration relative aux israélites, déclaration relative aux sociétés-secrètes, serment de fidélité au Chef de l’Etat.

- Renseignements individuels :

Cartes d’identité (avec photographie) des CJF, formulaire d'inscription, fiche de requis, fiche du personnel (avec photographie), feuillet matriculaire (avec photographie), autorisation de mariage.

- Suivi de carrière :

Certificat d’aptitude au service dans les CJF, arrêté de nomination, contrat avec l’Etat, dossier médical, questionnaire, fiche signalétique, notes d'évaluation du chef de groupement, du commissariat régional, du commissariat général et du médecin-commissaire, avertissement, ordre de révocation, arrêté portant radiation, documents de l’école des cadres, correspondance, notes, tableau récapitulatif des permissions.

- Eléments financiers :

Cartes de certification de traitement-procuration (pour percevoir les allocations), attestation de solde, certificat de cessation de paiement, relevé des traitements de base, relevé des indemnités de licenciement, relevé des retenues (pour constitution des droits à pension), décompte des indemnités différentielles.

- Liquidations et pensions:

Attestation d’appartenance à un mouvement de résistance, dossier de liquidation, dossier de réintégration dans l’armée, dossier de reclassement dans l’administration publique, dossier de remboursement des retenues pour pension, documents pour la reconstitution et la validation d’état de service.

Classification method

Le fonds se divise en 4 parties :

Les 3 premières (général, contingent algérien, infirmières/assistantes sociales) concernent les dossiers individuels du personnel, qui ont été listés nominativement. Le détail se trouve dans les

3 fichiers joints.

11518 dossiers nominatifs sont versés dans ce fonds.

Chaque dossier nominatif comporte 5 entrées, inégalement renseignées :

- Nom,

- Prénoms,

- Date de naissance,

- Lieu de naissance,

- Fonction dans les CJF (dernière en date selon les documents).

La séparation entre fichier général, fichier du contingent algérien, fichier des infirmières et dossiers médicaux découle de l’organisation du versement par l’administration liquidatrice et n’est pas exhaustive. Certains dossiers d’infirmières, de même que certains dossiers du contingent algérien, peuvent donc se trouver dans la première partie.

Il y également de grandes disparités quantitatives entre les dossiers individuels : certains ne contiennent qu’un document (note, carte d’identité par exemple), d’autres se composent de nombreux papiers administratifs depuis 1940 jusqu’aux années 1980.

La 4ème et dernière partie de ce fonds est constitué des dossiers médicaux nominatifs qui ont été classés alphabétiquement.

Language of documents

Français

Institution responsible for intellectual access

Archives nationales de France

Creator history

Histoire administrative

Juillet 1940-janvier 1941 Groupements de jeunesses françaises, direction de la Jeunesse, ministère de la Jeunesse et de la Famille.

Janvier 1941-janvier 1944 Commissariat général des Chantiers de la Jeunesse, secrétariat général à la Jeunesse, secrétariat d’Etat puis ministère de l’Éducation nationale.

Janvier 1944-juin 1944 Direction générale des Chantiers de la Jeunesse, secrétariat d’Etat au Travail, ministère de la Production industrielle.

Juin 1944-1989 Direction de l’Administration générale, ministère de l’Éducation nationale.

Présentation des Chantiers de la Jeunesse Française

Création et objectifs

En avril 1940, le gouvernement français procède à l'appel du 3e contingent de la classe 1939 et du 1er contingent de la classe 1940. Cependant, en application de la Convention d'armistice entrée en vigueur le 25 juin 1940, l'armée française est dissoute le 1er juillet 1940. Ces appelés immédiatement démobilisés, dispersés dans un pays en complète désorganisation, posent un problème : n'étant pas rendus à la vie civile, ils restent à la disposition des autorités.

Le général de La Porte du Theuil reçoit l’ordre du ministre de la Défense nationale de s’occuper du sort de ces quelques 90 000 jeunes. Par décret du 31 juillet 1940, des « Groupements de jeunesses françaises » sont alors créés pour les reprendre en charge. Une instruction interministérielle fixe la constitution et l’organisation de ces groupements qui sont rattachés à la direction de la Jeunesse du ministère de la Jeunesse et de la Famille. Le 8 janvier 1941, le secrétariat général à la Jeunesse est lui-même rattaché au secrétariat d’État à l’Instruction publique.

Dans l’esprit du général de La Porte du Theuil, la future institution doit essentiellement assumer une mission d’éducation par la vie en commun de jeunes de vingt ans qui, sans poursuivre d’instruction militaire, recevront une formation physique, morale et professionnelle, et se rendront utiles.

Il fixe donc trois principes :

- Unités ne dépassant pas les 2000 hommes,

- Vie de plein air loin des villes,

- Travaux d’intérêt général (en général au bénéfice d’une commune).

La main d’œuvre est mise à la disposition du ministère de l’Agriculture qui en fixe l’emploi : fenaison, moisson, vendanges, bois de chauffage et charbon de bois, remise en culture des terres abandonnées mais aussi extraction de lignite et de tourbe, terrassement, drainage, ouverture de routes, plantation de conifères, aménagement de chemins forestiers, construction de baraquements…

L’encadrement est assuré par des officiers d'active et de réserve démobilisés, ainsi que par des aspirants formés pendant la guerre de 1939-1940.

Deux lois du 18 janvier 1941 consacrent la nouvelle institution :

- La première établit un stage obligatoire de huit mois, remplaçant le service militaire, dans les « Chantiers de la jeunesse » pour tous les citoyens français de la zone libre et de l'Afrique du Nord âgés de 20 ans.

- La seconde porte création d’un commissariat général des Chantiers de la jeunesse et fixe les différentes catégories de personnel et les effectifs des chefs.

Le commissariat général est réorganisé ultérieurement par la loi du 10 juillet 1943 qui abroge et remplace celle du 18 janvier 1941.

Le 24 août 1941 est créée l’Association des Anciens des Chantiers (ADAC) en Métropole et en Afrique du Nord, sensée conserver les liens établis pendant le stage et diffuser dans la société « l’esprit » des Chantiers. Au travers de cérémonies et de réunions d’information, elle cherche aussi à vanter les Chantiers aux futurs mobilisés. Le statut d’association loi 1901 permet aux autorités françaises d’éviter une demande d’autorisation à la Commission allemande d’Armistice.

En 1943 on dénombre 123 000 membres répartis dans plus de 3600 sections sur l’ensemble du territoire de la zone « libre ». L’ADAC est dissoute le 14 mars 1944 à la demande des Allemands.

L’organisation des CJF s’inscrit dans le cadre d’une politique globale et activiste du gouvernement de Vichy à l’égard de la jeunesse. Lui sont assignés différents objectifs : objectifs politiques et idéologiques dans la mesure où la jeunesse doit porter et diffuser les idées de la Révolution nationale, objectifs économiques car elle est utilisée comme main d’œuvre palliant l’absence des prisonniers de guerre, objectifs éducatifs puisque jugée décadente, la jeunesse doit être contrôlée et « redressée » physiquement autant que moralement.

Jeunesse et Montagne - Chantiers de la Marine

La direction de l’Aéronautique civile crée les Chantiers de l’Air, devenus « Jeunesse et Montagne » après la défaite en août 1940. Cette organisation vise à conserver une activité aux cadres et aux engagés volontaires de l'Armée de l'Air dans un esprit proche de sections d’éclaireurs skieurs. Cependant, comme dans les groupements CJF, le quotidien mélange activités sportives et activités utilitaires (coupe de bois, construction et réhabilitation de chalets, construction de refuges en altitude et de sentiers, aide aux travaux agricoles). Le recrutement ne comporte que des volontaires. Par la suite, Jeunesse et Montagne est regroupé avec les Chantiers, qui prennent en main l’organisation et le budget sans rien changer aux activités ni à l’esprit. Au total, plus de 12 000 jeunes passent par Jeunesse et Montagne de 1940 à 1944.

Un arrêté interministériel du 9 février 1941 crée les Chantiers de la Marine qui ont pour but de former et d'entraîner des jeunes dont la vie civile est orientée vers la mer (pêcheurs, marins de commerce, futur marins de la Marine Nationale). Ils sont dirigés par le Commandant en chef Jacques Traub (capitaine de corvette) et administrés par le service de la Marine marchande. Les centres sont composés de divisions, par spécialité, partagés en sections de quatre équipes.

La loi du 5 mars 1943 place les Chantiers sous l’autorité directe du chef du gouvernement et met sous les ordres du commissaire général l’ensemble créé en application de la loi du 18 janvier 1941, à savoir les Chantiers de la Jeunesse, les Chantiers de la Marine et « Jeunesse et Montagne ».

Statut des juifs et des étrangers

Le recrutement de jeunes et de chefs dans les CJF n’est pas immédiatement affecté par la loi du 22 juillet 1940 qui limite la fonction publique aux citoyens nés d’un père français et révise toutes les naturalisations postérieures à 1927. Cependant, en vue de l’application de la loi 3 octobre 1940 sur le statut des juifs, les personnes d’origine juive présentes dans les chantiers sont dans l’obligation de remplir une déclaration attestant de leur ascendance juive.

Par la suite, la loi du 3 avril 1941 relative à l’accès aux emplois dans l’administration publique aux naturalisés depuis moins de dix ans exclut des CJF des chefs, majoritairement d’origine espagnole et italienne. En 1942, 46 seront radiés en raison de leur nationalité et ce, malgré des évaluations élogieuses.

La loi du 15 juillet 1942 modifie le 1er article de la loi du 18 janvier 1941 et interdit définitivement les CJF aux juifs français. À partir de cette date, les juifs en train de faire leur stage sont expulsés (« libérés » dans le langage de Vichy).

Suspicions allemandes et service du Travail obligatoire (STO)

En novembre 1942, à la suite du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, les Allemands envahissent la zone « libre » et suppriment l'Armée d'Armistice mais, divisés sur le sujet, choisissent de maintenir les Chantiers. Toutefois, ils modifient profondément leur implantation à partir de mars 1943 : les groupements de Provence, des Pyrénées, et des Alpes sont respectivement délocalisés dans le Massif Central, dans le département de la Dordogne et dans les Landes. L'occupant craint en effet leur concours à un débarquement allié par la Méditerranée (groupements de Provence), le concours ou la participation à des évasions par l'Espagne (groupements des Pyrénées), et l'aide aux maquis (groupements des Alpes).

D’autre part, dans le cadre de la loi sur le Service du travail obligatoire (16 février 1943) qui concerne les jeunes garçons nés en 1920, 1921 et 1922, les Chantiers mobilisent la classe appelée sous leurs drapeaux en novembre 1942, au nombre de 32 000 jeunes Français et dont le stage s’achève fin mars 1943. 16 000 d'entre eux sont effectivement envoyés en Allemagne. Sur les 16 000 autres jeunes des Chantiers non partis en Allemagne, 7 000 s'évanouissent dans la nature, parfois avec le concours des chefs de groupement (notamment dans la Province Alpes-Jura) et 9 000 sont astreints au travail obligatoire en France.

À partir de septembre 1943, le général La Porte du Theil, devant de nouvelles exigences allemandes qui équivalent à l'envoi en Allemagne de la quasi-totalité des effectifs restant des Chantiers, tente de limiter toute mise à disposition supplémentaire au bénéfice de l'occupant. Il décline également les invitations de la Résistance à passer à la dissidence et à gagner Alger.

À la mi-septembre 1943, une série de contrôles musclés et de rafles sont opérés par la Wehrmacht et la Gestapo dans les trois quarts des groupements des Chantiers. En novembre 1943, les autorités allemandes imposent une modification complète des Chantiers. Les effectifs sont limités à 30 000 à partir du 1er décembre ; les jeunes en excédent sont « libérés » et requis par le ministère de la Production industrielle pour former en usine des détachements encadrés par des chefs venant des Chantiers. En uniforme bleu, ils forment le secteur de la Production industrielle dit « secteur bleu ». En conséquence de ces mesures, 13 groupements et 2 écoles sont dissous le 30 novembre 1943.

De 1943 à 1944, désertions (pour les jeunes) et démissions (pour les chefs) se font de plus en plus nombreuses, parfois avec le concours des chefs, des familles ou de la population civile. De manière isolée ou non certains réfractaires alimentent ainsi les mouvements de la Résistance (FFI, Corps Franc Pommiès entre autres). Les magasins des Chantiers deviennent également l’objet de pillages par le maquis qui y trouve des ressources en vivres et en matériel.

Averti d'une arrestation imminente à la fin de décembre 1943, le commissaire général refuse de s'enfuir. Destitué, arrêté le 4 janvier 1944 à son bureau de Châtelguyon, il est assigné à résidence en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre.

Son départ accentue le déclin des Chantiers. La loi n°3 du 4 janvier 1944 transforme le commissariat général en direction générale ; le colonel Bernon, commissaire du pouvoir, est nommé directeur général par intérim. La loi n°32 du 19 janvier rattache les Chantiers au secrétariat d’État au Travail, qui dépend alors du ministre de la Production industrielle, Jean Bichelonne, responsable de la mise en œuvre du Service du travail obligatoire. Ce changement accentue leur transformation en un vivier de main-d'œuvre au service de l'occupant, en France comme en Allemagne. Par décret du 21 février, un industriel, M. Loubet, succède au colonel Bernon, puis quitte son poste le 10 juin. Le commissaire Tartarin, ancien chef de l’ADAC en Tunisie et officier de la Légion des Volontaires Français, assume alors les fonctions de délégué général et s’efforce sans succès d’organiser les « Centuries de France » groupant toute la main-d’œuvre passée sous le contrôle de l’Organisation Todt à compter du 16 juin.

Dissolution et liquidation

La loi n°314 du 10 juin 1944 a en effet ordonné la dissolution des Chantiers à dater du 15 juin 1944, ceci en exécution d’une note de la Commission allemande d’Armistice du 12 mai portant que les formations des Chantiers de la Jeunesse seraient incorporées dans les industries privées et d’État en territoire français. Un délégué général est donc chargé d’assurer la gestion du matériel et l’exécution de toutes les mesures de liquidation. Mais celle-ci a en fait commencé dès le début de 1944.

Avant cette date, il existait déjà, dans le cadre du commissariat général aux Chantiers de Jeunesse, un service dit « organe liquidateur des groupements », qui s’occupait de régler la situation des groupements transférés ou dissous.

Les Chantiers eux, sont, en réalité, dissous trois fois : par la loi du 10 juin 1944 (gouvernement de Vichy), par l’ordonnance du 5 juillet 1944 (gouvernement d’Alger), par l’ordonnance du 13 décembre 1944 portant application de celle du 5 juillet (Gouvernement provisoire de la République française - GPRF).

En juillet 1945 également, le ministère de la Guerre délivre une instruction relative à l’incorporation dans l’armée des cadres des ex-Chantiers de Jeunesse et leur assimilation pour ceux qui ne sont pas d’anciens militaires.

Par ordonnance du 1er octobre 1945 le GPRF constate la part active prise dans la libération du territoire par les chefs et jeunes formés dans les Chantiers de Jeunesse, dont la dissolution a été imposée par l'ennemi, et décide que le service accompli dans les Chantiers de Jeunesse est validé comme temps de service militaire actif.

La liquidation est confiée au ministère de l’Éducation nationale pour toutes les questions de personnel, de locaux et de matériel, alors que la liquidation financière est régie par l’Intendance militaire jusqu’au 1er novembre 1945, puis est transférée elle aussi au ministère de l’Éducation nationale, direction de l’Administration générale. Le service, d’abord installé à Châtelguyon dans les locaux du commissariat général, est transféré à Paris en décembre 1945.

Les opérations ne se termineront qu’au début de 1950. On trouvera dans la sous-série AJ39 des Archives nationales, les papiers proprement dits de l’organe liquidateur ainsi qu’une partie des archives des différents services des Chantiers de Jeunesse.

Un service liquidateur des Chantiers de Jeunesse a été conservé au ministère de l’Éducation nationale, bureau du personnel et de l’administration centrale, jusqu’au début des années 1970. Il détenait les dossiers de « personnel-cadres » dont une partie a été versée aux Archives Nationales site de Fontainebleau en 1977 (F17bis 7858à7916) puis a fait l’objet d’une sortie définitive pour être transférée aux Archives nationales site de Paris en 1991 et intégrée dans la sous-série AJ39. On trouvera dans le fonds ici présent une autre partie des dossiers individuels du personnel.

Les dossiers de « personnels-jeunes » ont été gardés par les différents bureaux de recrutement et versés aux Archives départementales dans les états signalétiques et de service.

Les dossiers d’épuration sont conservés aux Archives nationales avec tous les dossiers de la Commission d’épuration du ministère de l’Éducation nationale (F17-16724 à 16726).

On estime le nombre de personnes (stagiaires et chefs) passées par les Chantiers de la Jeunesse entre 300 000 et 500 000.

Organisation des Chantiers de la Jeunesse Française

La structure administrative

L’expression « Commissariat général des Chantiers » s’applique à la fois à l’ensemble de l’institution et à l’organe central de direction en particulier.

L’organigramme des Chantiers de la Jeunesse se développe suivant une logique pyramidale proche de l’organisation de l’armée et du scoutisme :

Le commissariat général

Le commissariat régional

Le groupement

Le groupe

L’équipe

Le « Jeune de France »

Le Commissariat général, installé à Châtelguyon, se compose comme suit :

- Le Commissaire général,

dont dépend directement l’aumônerie et qui dispose d’un secrétariat particulier auquel est rattaché le service social des Chantiers. Il est assisté d’une part par un commissaire général adjoint, disposant de la direction du cabinet, des différentes sections constituant le Commissariat général et du groupement 42, d’autre part par un contrôleur général chef d’un groupe de contrôle, chargé de missions d’études et de contrôle.

- La direction du Cabinet ,

- La Section Administration,

- La Section du Personnel,

- La Section Éducation,

- La Section Santé,

- La Section Travaux des camps et bâtiments,

- La Section Transports et Remonte,

- Le bureau de liaison de Vichy,

- Le bureau de liaison de Paris,

- La sous-section du Service intérieur.

L’établissement hippique des Chantiers et le magasin général sanitaire sont rattachés au Commissariat général.

Les Commissariats régionaux.

Ils sont placés sous l’autorité de commissaires en chef-commissaires régionaux (dont dépendent des services régionaux, des écoles régionales de chefs, des ateliers de réparation et des entrepôts régionaux) et sont répartis en 6 régions :

- Alpes-Jura (Lyon),

- Auvergne (Clermont-Ferrand),

- Languedoc (Montpellier),

- Pyrénées-Gascogne (Toulouse),

- Provence (Marseille),

- Afrique du Nord (jusqu'au 7 novembre 1942).

En Afrique du Nord sont fondés pour les citoyens français des groupements de jeunesse à l’image de ceux de la Métropole. Ces groupements sont eux aussi placés sous l’autorité du commissariat général.

Une première tentative de création de chantiers indigènes a lieu en Tunisie en application du décret beylical du 20 décembre 1941 pour les jeunes gens désignés pour former le contingent musulman de la classe 1940.

En Algérie, un décret du gouverneur général du 13 avril 1942 étend les dispositions de la loi du 18 janvier 1941 aux indigènes musulmans non citoyens français. À titre transitoire, le recrutement n’a lieu que sur engagement volontaire. Un nouveau décret du 28 septembre 1942 décide que le recrutement s’opère par voie d’appel d’après le résultat d’un tirage au sort. L’incorporation est en cours lors des évènements de novembre 1942.

À la suite du débarquement allié en Algérie et du « ralliement » de Darlan, les jeunes des Chantiers d’Afrique du Nord sont militarisés le 12 novembre 1942 ; les Anciens des Chantiers de l’Afrique du Nord sont mobilisés le 14 novembre. Entrainés, ils sont ensuite répartis dans l’armée d’Afrique et forment notamment le 7e régiment des chasseurs d’Afrique qui participe à la campagne d’Italie, au débarquement de Provence et aux combats de la Libération.

Un septième commissariat est créé dans les Landes à l’automne 1943 pour la récupération des pins brûlés l’été précédent.

Les Groupements.

Le groupement (1500 à 2000 hommes) : 8 à 10 par région.

Le groupe (environ 150 hommes) : 7 à 12 par groupement, il constitue « l’unité de camp ».

L’équipe (environ 14 hommes) : environ 11 par groupe.

Les chefs de groupe étant jeunes (22 à 28 ans), les services administratifs sont situés à l’échelon du groupement dirigé par un commissaire. Par ailleurs, imitant la tradition des organisations scoutes, chaque groupement porte un nom de « baptême ».

Dans chaque groupement, les jeunes classés physiquement « faible » (jeunes malades et déficients physiques) à l’issue de leur incorporation, sont versés dans un même groupe appelé « les jeunes à entrainement spécial ». Ils sont soumis à des exercices physiques individuels et adaptés visant leur rééducation corporelle.

Par ailleurs le groupement n°40 constitue une exception en tant que camp disciplinaire. En 1941, environ 800 hommes y sont répartis en 5 groupes dont 4 sont disciplinaires : le groupe I pour les appelés issus de maisons centrales, le groupe II pour les appelés condamnés pour des délits (vol, braquages), le groupe III pour les appelés insoumis dans leur groupement d'origine (indiscipline, rixes, etc.) et le groupe IV composé de réfractaires et de politiques (communistes, anarchistes, syndicalistes, etc.).

En 1941, le contingent des CJF était de l’ordre de 100 000 jeunes, divisés en 52 groupements dont

46 en France non occupée et 6 en Afrique du Nord.

Le personnel

Le personnel des Chantiers de la Jeunesse se divise en trois catégories :

– Personnel bénéficiant d’un statut.

– Personnel recruté sur contrat.

– Personnel à salaire journalier.

Les chiffres de la répartition des effectifs de personnel présentés ci-dessous sont ceux prévus par la loi du 18 janvier 1941.

Personnel bénéficiant d’un statut.

Le personnel encadrant :

- Commissaire général (1).

- Commissaire général adjoint (1).

- Commissaires (115).

- Commissaires adjoints (340).

- Commissaires assistants (500).

- Chefs de groupe (575).

- Commis (900).

- Chefs ouvriers (500).

Le personnel médical :

- Médecin commissaire en chef (1).

- Médecins commissaires de 1ère classe (12).

- Médecins commissaires de 2ème classe (70).

- Médecins commissaires adjoints (150).

- Pharmaciens commissaires (4).

- Pharmaciens commissaires adjoints (4).

- Vétérinaires commissaires (6).

- Vétérinaires commissaires adjoints (14).

- Dentistes (60).

Le Commissaire général est nommé par décret, les commissaires, commissaires adjoints, commissaires assistants, chefs de groupe, commis et chefs ouvriers le sont par arrêtés du secrétaire général de la jeunesse.

Si, officiellement, le personnel encadrant est composé de civils volontaires, dans les faits, il l’est essentiellement d’anciens militaires. Il existe souvent bien des équivalences entre la hiérarchie de l’armée et celle des CJF : Ainsi, le commissaire chef de groupement est en principe un ex-commandant ou ex-chef de bataillon d'active, assisté de commissaires adjoints (ex-capitaines), de chefs de groupe (ex-lieutenants) et d'assistants (ex-sous-lieutenants).

Cherchant à dégager dans la masse des jeunes des élites pour le nouveau régime, le recrutement des chefs aux CJF passe par une formation qui se veut stricte et rigoureuse. Obéissance inconditionnelle envers le régime, exemplarité et sacrifice personnel en sont les piliers.

L’instruction dans les écoles de cadres mêle activités physiques et conférences autour des grands thèmes de la Révolution Nationale. Des stages d’instruction politique sont par exemple réservés aux chefs de groupe. « Servir et obéir » sont les maîtres mots de cette conception de l’encadrement qui s’inscrit dans une vision syncrétique de la nation : à tous les niveaux la culture du chef en particulier doit répondre au culte du Maréchal en général.

Personnel recruté sur contrat

- Aumôniers (150).

- Assistants de groupe (1800).

- Chefs d’atelier (1800).

- Moniteurs d’éducation physique et d’initiation professionnelle (2500).

- Infirmiers et infirmières (dont 110 infirmières d’assistance sociale diplômées) (420).

- Apprentis commis (500).

Les chefs d’atelier, assistants de groupe, chefs de groupe et moniteurs, sont recrutés parmi les élèves des écoles de cadre (régionales) prévues à cet effet. Un centre d’éducation physique est également créé à Boulouris (Var) afin de former les futurs moniteurs d’éducation physique des Chantiers.

Le secrétaire général de la jeunesse est en outre autorisé à embaucher des employés auxiliaires rémunérés sur la base des salaires régionaux.

Personnel à salaire journalier

- Chef d’équipe.

- Second.

- Jeune équipier (ou « Jeune de France »).

Les obligations de stage satisfaites, une partie de ce personnel peut être conservée dans les chantiers de la jeunesse au titre d’assistants de groupe, de chefs d’atelier, de chefs d’équipe, d’apprentis commis ou de moniteurs.

L’effectif total des membres du personnel (hors personnel à salaire journalier qui sont les stagiaires) est de 10 113 personnes selon les chiffres de la loi du 18 janvier 1941.

Les conditions de vie et les activités

Les conditions de vie et les activités des CJF se caractérisent par la valorisation de l’éducation corporelle et de l’effort physique. Dureté du climat, travail de la terre et pratiques physiques sont envisagés comme les moyens d’endurcir et de discipliner la jeunesse tout en lui inculquant les valeurs de la Révolution nationale (goût de l’effort, obéissance, ordre, fidélité, amour de la patrie…).

Dans un esprit proche du scoutisme, l’unité de base est le camp (lié à un groupe) implanté en général dans des régions montagneuses et forestières, à l'écart des cités, où les premiers appelés commencent par camper en plein air, avant de construire leurs propres cantonnements. Les conditions de vie, surtout au début, sont très rudimentaires voire même insalubres. Bien que des campagnes d’hygiène soient engagées pour remédier à cette situation, ces conditions difficiles sont vécues par beaucoup de chef comme un efficace moyen de forger les caractères.

Autre influence pédagogique, la « Méthode naturelle » de Georges Herbert, déclarée doctrine nationale par le régime de Vichy. Elle repose sur l’utilisation des grandes familles motrices (nager, marcher, courir, sauter, s’équilibrer, quadrupédie, lancer, lever-porter, grimper, attaque-défense…). Pratiques collectives, pratiques en plein air, rôle de la nature sur le corps, retour à la terre, ont eux aussi pour but de viriliser les corps et de développer la valeur morale.

Plus généralement la conception de la formation de la jeunesse qui prime aux CJF s’inscrit dans le prolongement intellectuel des écrits de Lyautet et de ces émules qui, pendant l’entre deux guerres réclament une place plus importante au sein du système éducatif. Ces officiers-éducateurs reprochent justement aux instituteurs de la République leurs orientations pacifiques et anti-patriotiques tenues pour responsables du déclin de la France. Les CJF sont l’occasion de mettre en application leur projet de redressement moral et physique de la jeunesse française.

Bien que n’étant pas à proprement parler une organisation paramilitaire, les CJF présentent néanmoins de nombreuses caractéristiques militaires du point de vue de l’administration et des activités : Hiérarchie, discipline, régime de sanctions, uniformes, insignes, défilés, levers de drapeau, exercices d’ordres serrés, marches au pas cadencé, marche longues, raids…

L’isolement géographique des campements se justifie doublement : Il permet d’échapper aux influences de la ville jugée corruptrice tout en facilitant l’emprise éducative. A l’intérieur des Chantiers (on n’y rentre et on n’en sort pas librement) les débats politiques ne sont pas autorisés et l’accès à des informations de l’extérieur sont soumis au contrôle du Commissariat général. Au contraire, presse interne et prise de parole des chefs sont l’occasion de diffuser un discours politique et idéologique qui glorifie le régime et diabolise ces ennemis : les gaullistes, les communistes, les anglais. Découverte du folklore et des particularismes régionaux sont également enseignés et valorisés dans l’optique du retour à cette terre qui « ne ment pas ».

D’autre part, afin de contrôler au mieux l’activité des jeunes stagiaires, la journée est découpée de manière très précise par la mise en place d’un emploi du temps dans lequel toute oisiveté est bannie.

Voici à titre d'exemple l'emploi du temps quotidien des jeunes du contingent cantonnés à Murat (Auvergne) en 1941 :

- 7h : réveil.

- 7h à 7h30 : hébertisme et toilette en plein air dans le ruisseau (« décrassage matinal »).

- 7h30 : petit déjeuner.

- 8h15 : salut aux couleurs en tenue réglementaire.

- 8h30 à 12h : travail de terrassement et construction des baraques.

- 12h à 14h : déjeuner.

- 14h à 18h : travail.

- 19h : dîner.

- 21h : couvre feu.

Des veillées de camp sont souvent organisées sous l’autorité de l’aumônier et du chef de groupe.

Le dimanche, jour de repos, sont organisés des marches, des promenades, des concours, des grands jeux de plein air ou des rencontres sportives. L’obsession de l’inactivité pousse parfois certains chefs à continuer de faire travailler leurs jeunes ce jour-là.

La fréquentation des cinémas et des cafés est interdite.

Enfin, autres évènements qui émaillent la vie des camps, les grandes célébrations du régime et les cérémonies, auxquelles participent systématiquement les Chantiers : Fête du Travail, Quinzaine Impériale, Fête de Jeanne d’Arc, semaine du Maréchal, rencontres avec des corps de l’Armée d’armistice, défilés avec la Légion des Volontaires Français, inspections du Commissariat général...

Entry and conservation

Mode of entry

Versé aux Archives nationales en 2011.

Sources and references

Other finding aids

Fonds conservés aux Archives nationales :

Série AJ39 art. 1-276 - Organisation, fonctionnement et liquidation des Chantiers de la jeunesse (1940-1944).

Fonds conservés au Service Historique de la Défense (SHD) :

1 K 31 -Papiers récoltés par l’Association nationale des anciens des CJF.

1K 421 -Papiers du général Laporte du Theil, commissaire général des CJF.

1 P 133 -Notes diverses concernant le recrutement de l’armée de transition et la relève du personnel en Afrique du Nord : projet de statut des cadres musulmans des chantiers de la jeunesse (1940-1942) (dossier 1).

1 P 215 -Organisation, effectifs et contrôle des organismes paramilitaires : chantiers de jeunesse, compagnons de France, scouts, groupements de travailleurs, camps d’internés (1940-1942).

2 P 56 -Propagande en faveur des chantiers de la Jeunesse et des engagements dans l’armée (1941-1942) (dossier 2).

2 P 61 -Documentation diverse concernant la jeunesse et les chantiers de la jeunesse (1941-1943).

3 P 53 -Organisation des chantiers de jeunesse (mai 1940-février 1943) (dossier3).

3 P 91 -Notes de base concernant l’encadrement des chantiers de jeunesse et le statut des jeunes gens qui y sont incorporés (octobre 1940-juillet 1944) (dossier 1).

3 P 124 -Participation des chantiers de jeunesse au maintien de l’ordre (1940-1942).

7 P 76 -Notes d’organisation des chantiers de jeunesse en métropole et en Afrique du Nord ; notes concernant l’incorporation dans l’armée des cadres des chantiers de jeunesse : création, organisation et fonctionnement des centres d’instruction (novembre 1942-décembre 1945) (dossier 1).

9 P 33 -Liquidation des chantiers de jeunesse (octobre 1944-décembre 1945).

Bibliography

Sources imprimées

La Porte du Theil Joseph, Un an de commandement, Paris, Sequana, 1941, et Les Chantiers ont deux ans, Paris, Sequana, 1942. (Ces deux ouvrages regroupent tous les Bulletins périodiques officiels des Chantiers entre août 1940 et août 1942).

Bibliographie

Douillet Joëlle, Les Chantiers de la jeunesse dans les Alpes (juillet 1940-mars 1944), Paris, Mémoire ou thèse (sous la dir. de René Girault et Mr Kupferman), 1986.

Edmond Paul, Images des Chantiers de la jeunesse français e, Fontenay-sous-Bois : Éditions de l'Orme rond, 1982.

Foissy Gérard, L’échec d’une expérience institutionnelle singulière : Les Chantiers de la jeunesse (1940-1944), Mémoire ou thèse (sous ladirection de Claude Leclerc), 1996.

Giolitto Pierre, Histoire de la jeunesse sous Vichy, Perrin, 1991

Huan Antoine, Chantepie F. et Oheix J. R., Les Chantiers de la jeunesse : 1940-1944, une expérience de service civil, Nantes, Centre de recherche en histoire contemporaine, Université de Nantes, Éditions Opéra, 1998.

Labatut Philippe, Etre jeune en 1940 : les Chantiers de la jeunesse, une idée originale de service national, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1985.

Martin Pierre, La mission des chantiers de jeunesse en Allemagne (1943-1945), Paris, L'Harmattan, 2001.

Paxton Robert, La France de Vichy, Paris, Seuil, 1973.

Pécout Christophe, L’éducation physique dans les chantiers de la jeunesse (1940-1944) : exemple de trois initiatives originales, Guerres mondiales et conflits contemporains 2/2005 (n° 218).

Pécout Christophe, Une entreprise de formation morale et physique de la jeunesse française : Les Chantiers de la Jeunesse (1940-1944), Les Cahiers de Psychologie politique [En ligne], numéro 10, Janvier 2007.

Pécout Christophe, Les chantiers de la jeunesse et la revitalisation physique et morale de la jeunesse française (1940-1944), Paris, L'Harmattan, 2007.

Pécout Christophe, Les jeunes et la politique de Vichy. Le cas des Chantiers de la Jeunesse, Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°4, janvier-avril 2008.

Rousso Henry, Le syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours, Paris, Le Seuil, Point, 1987.

Service historique de l’armée de terre, Histoire des Chantiers racontée par des témoins, Vincennes, Actes du colloque de Vincennes, 1992.

Stemler Laurent, Monographie historique du Groupement 17 des Chantiers de la jeunesse française, Paris, Mémoire Institut d’Etudes Politiques, section CRH, 1992-1993.

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