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Permis de construire conservés dans les registres plumitifs du Bureau de finances. Balcons et portes cochères à Paris. Permis de construire délivrés par les trésoriers de France (1637-1789)

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Reference codes
Z/1f/192-Z/1f/520
Date
1637-1789
Physical location
Paris

Description

Presentation of content

INTRODUCTION

Avertissement

La publication dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales a conduit à une modification de la présentation de l'inventaire initialement proposé sous forme de tableau par Danielle Gallet-Guerne et Michèle Bimbenet-Privat.

Chaque opération recensée dans le tableau a donné lieu à la création d'une notice. L'ensemble des notices reste classé chronologiquement. Au sein de ce classement chronologique, les notices concernant un même ouvrage sont présentées successivement afin de permettre une appréhension claire des procédures le concernant.

On trouvera en annexes la liste des noms des personnes citées dans l'inventaire ainsi qu'un réertoire topographique des noms de rues, maisons et hôtels concernés.

Voir l'index des noms de personnes citées
Z1f_Index_Personnes
Voir l'index des noms de rues, maison ou hôtels cités
Z1f_Index_Topographique

"La régularité des édifices, la largeur et l'alignement des rues, l'entretien du pavé et le nettoyement contribuent beaucoup à la beauté d'une ville", écrit l'auteur du Traité de la police des villes" [Le Clerc du Brillet, Continuation du Traité de la police, tome IV, Paris, 1738, p. 349.]. Éléments omniprésents du décor des façades dès le second tiers du XVIIe siècle, balcons et portes cochères eurent leur part dans le prestige de Paris sous l'Ancien Régime. À la fin du XVIIIe siècle, Louis Sébastien Mercier raconte comment les premiers lui ménageaient un excellent poste d'observation du va-et-vient incessant de la rue, décrivant du balcon les équipages de la "laide femme de qualité", du "prélat enfoncé dans ses coussins", du "gros financier au col apoplectique..." [L. S. Mercier, Tableau de Paris, nouvelle éd., Amsterdam, 1782-1784, t. IV, p. 337.]. Et son vigoureux sens critique n'épargne pas les secondes, reflets à ses yeux d'un certain snobisme parisien : "Il est presque ignoble de ne pas demeurer en porte cochère ; fût-elle bâtarde, elle a un air de décence que n'obtient jamais une allée" [ Ibidem, p.268.].

Pour ce qu'ils révèlent des goûts et des besoins des Parisiens d'alors, il a paru utile de relever au fil de plus de deux cents registres plumitifs du Bureau des finances, les permis de balcons et de portes cochères délivrés aux habitants de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Histoire du Bureau des finances de Paris.

Mise en place de l'institution.

À l'époque médiévale, deux fonctions étaient nettement distinctes, celle des trésoriers de France, gestionnaires du trésor, et celle des généraux des finances, chargés de la répartition des aides. Trésoriers et généraux furent réunis en 1551 dans un corps unique, celui des trésoriers généraux de France. Répartis, aux termes de l'édit de Poitiers (juillet 1577), dans dix-sept bureaux des finances, ils furent chargés de l'administration et de la juridiction des finances et du domaine au sein de chaque généralité [Soit alors à Paris, Châlons, Amiens, Rouen, Caen, Bourges, Tours, Poitiers, Toulouse, Montpellier, Lyon, Aix, Dijon, Bordeaux, Riom, Orléans, Limoges.].

À Paris, le Bureau des finances siégeait au Palais. Son ressort - la généralité de Paris - comprenait les élections de Beauvais, Compiègne, Coulommiers, Dreux, Étampes, Joigny, Mantes, Meaux, Melun, Montfort-l'Amaury, Montereau, Nemours, Nogent-sur-Seine, Paris, Pontoise, Provins, Rozoy, Senlis, Sens, Saint-Florentin, Tonnerre et Vézelay.

L'histoire des Bureaux des finances et notamment de celui de Paris étant connue [Voir : Vicomte H. de Grimouard, "Les bureaux des finances de l'Ancien Régime", dans Revue de science et de législation financière, juillet 1905, p. 461-524 ; et plus détaillé sur les sources et la bibliographie, G. Delaume, Le Bureau des finances de la généralité de Paris, Paris, 1966, 270 p.], on se contentera d'en rappeler les principales étapes. Ils sont supprimés sous Henri IV [entre décembre 1598 et décembre 1608] vingt ans après leur création, lors de la reprise en main financière de Sully ; ils sont rétablis et leurs attributions s'étendent sous le règne de Louis XIII : en 1626, les offices de grand voyer de France et de grand voyer de la généralité de Paris ayant été supprimés, les affaires de ponts et chaussées sont dévolues aux trésoriers de France. Cette année-là, les trésoriers du Bureau de Paris prennent le titre imposant de présidents trésoriers de France généraux des finances et grands voyers en la généralité de Paris. En mars 1693, un édit de Louis XIV modifie sensiblement l'organisation juridictionnelle des finances du royaume en supprimant la Chambre du domaine (tribunal jusque là chargé de la juridiction contentieuse du domaine) au profit du Bureau des finances de Paris [Z/1F/ 300, fol. 43 ; 9 avril 1693 : apport au Bureau d'un "édit portant suppression de la Chambre du trésor et union de la juridiction d'icelle au Bureau des finances".]. La nouvelle institution, intitulée "Bureau des finances et Chambre du domaine de la généralité de Paris", est alors divisée en deux chambres :

  • la Chambre du domaine, gestionnaire du domaine dans toute la généralité de Paris sous le contrôle de la Chambre des comptes ;
  • la Chambre des finances et de la voirie, héritière des anciennes attributions du Bureau des finances, notamment, comme son nom l'indique, en matière de voirie.

Les compétences.

En résumé [Pour plus de détails, voir G. Delaume, op. cit., 2e partie, p. 51-163.], les trésoriers du Bureau des finances exerçaient, dans leur ressort, des fonctions administratives et juridictionnelles en matière financière, domaniale, de voirie et de travaux publics.

En matière financière, ils surveillaient les agents financiers, les comptabilités et les caisses, les receveurs des décimes ; ils établissaient les impositions directes et indirectes ; ils veillaient au bon recouvrement des impôts ; ils vérifiaient les finances locales ; ils réglaient les contentieux.

En matière domaniale, ils assuraient la vérification du terrier du roi ; l'enregistrement de contrats d'engagement ou de concession du domaine ; l'enregistrement des dons du roi ; l'entretien du domaine, engagé ou non ; le règlement des contentieux.

En matière de voirie et de travaux publics [Voir Delamare, Traité de la police, livre IV, titre XV, "De la voirie", tome IV, Paris, 1738, p. 638-782.], leur responsabilité s'étendait à la gestion et à l'entretien des routes, chemins, carrières, ponts, canaux, quais, adductions d'eau ; ils devaient veiller à la sûreté, à la commodité et à la salubrité des rues ; plus généralement ; ils avaient la haute main sur les ouvrages de pavé, l'urbanisme et la configuration de la capitale (percement de rues, rédaction de plans, état des limites de la ville) ; comme toute juridiction d'Ancien Régime, ils exerçaient leur responsabilité sous la forme administrative (délivrance d'autorisations, perception de droits), réglementaire (enregistrement et application des actes royaux), et judiciaire (sanction des contrevenants, règlement des contentieux).

La petite voirie, qui définissait des affaires et des objets de moindre taille et/ou de caractère provisoire (barres de croisées, échoppes mobiles, enseignes, étalages "qui se peuvent oster et baisser") était l'affaire des commissaires généraux de al voirie, créés en mars 1693 et répartis entre quatre quartiers parisiens : Saint-Honoré, Saint-Antoine, Saint-Victor, Saint-Germain.

La grande voirie, qui rassemblait "tous les objets de la petite voirie dont la saillie excède celle que les commissaires de la voirie peuvent accorder et qui, par leur saillie, deviennent objets de grande voirie" [Guyot, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence..., Paris, 1784, art. Voirie, t. XVII, p. 622.], était placée sous le contrôle des seuls trésoriers généraux.

Les permis de construire balcons et portes cochères, objets du présent instrument de recherche, relevaient donc de l'exercice de la grande voirie, en vertu de l'ordonnance du 23 novembre 1637 qui en instaurait le principe :

"Ordonnance pour assigner tous particuliers qui font faire bastimens".

"A esté expedié ordonnance au premier huissier de ce bureau ou audit sergent royal sur ce requis pour, à la requeste du procureur du roy en icelluy, assigner à certaint jour par devant nous tous et chacuns les particuliers de quelques qualité et condition qu'ils soient, qui font faire bastimens, encoignures, pans de murs ou de bois, devant de maisons, jambes etrieres, portes cocheres, et toutes autres constructions sur les rues, places, marchés, voies publiques et grands chemins de cette ville, faubourgs, banlieue et environs de Paris, comme aussi font mettre barrieres, bornes, sieges, montoirs à cheval, eviers, pas, sousbassements et appuis de boutiques, comptoirs, établis, échoppes, etalages, auvents, enseignes, cages de menuiserie, portes ou fenêtres ouvrant en saillie et autres avancées sur lesdites rues et chemins de ladite étendue, pour exhiber les alignements et permissions en vertu desquels ils font faire lesdites constructions et mettre lesdites avancées, de jusqu'à ce que leur ferez defense, de par Sa Majesté, et à tous maçons, charpentiers, menuisiers, serruriers et autres ouvriers de travailler auxdites constructions ni mettre lesdites avancées, jusqu'à ce que par nous en ait été ordonné, sur les peines portées par les edits, reglements et arrets et vérification d'iceux intervenue sur le fait de la grande voirie de France" [Z/1F/ 192, fol. 232 v°-233 ; 23 novembre 1637.].

Les appels des sentences des trésoriers étaient portés au Conseil du roi [série E des Archives nationales], à l'exception de certaines affaires de contentieux en matière de voirie (assignations, non exécution des ordonnances) qui, en dernier ressort, pouvaient relever de la juridiction du Parlement de Paris [série X des Archives nationales].

Exigeant une compétence technique réelle, justifiées par le bénéfice de droits non négligeables ["Ces droits se paient en reconnaissance de la supériorité et seigneurie par ceux qui font construire ou poser quelque chose de nouveau qui fait saillie ou qui a son issue tant sur les rues que sur les places publiques" ( Continuation du Traité de la police, op. cit., p. 642).], les prérogatives du Bureau en matière de voirie furent constamment exercées et respectées jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. En temps de guerre, elles tendaient même à s'amplifier, en raison des revenus lucratifs qu'elles apportaient au trésor royal. Ainsi, en 1742, apparut une nouvelle taxe sur les appuis de fenêtres, au moment où la guerre de succession d'Autriche commençait à peser sur les finances du royaume [Les registres plumitifs Z/1F/ 443 et suivants en gardent trace. En conséquence de cette innovation, les trésoriers s'assemblèrent au Bureau le 4 septembre 1742 "pour décider sur la forme qu'il convenoit de donner pour la permission des balcons". Une annotation marginale précise : "nota : il ne s'agit que des petits balcons"(Z/1F/ 443, fol. 123).]. Les conflits de compétence, inhérents à l'organisation judiciaire de la monarchie, furent relativement rares en matière de voirie. Le Bureau des finances eut parfois maille à partir avec le Bureau de la Ville [sous-série Z/1H des Archives nationales] pour la juridiction des ponts, quais, boulevards et places ordonnancées de Paris, ou encore avec le lieutenant de police du Châtelet [série Y des Archives nationales] à qui l'on reconnaissait la juridiction des cas de "périls imminents" (effondrements de façades faute d'entretien ou après sinistres). Ces empiètements furent limités.

Décadence du Bureau des finances.

Les attributions domaniales et financières du Bureau des finances, en revanche furent constamment réduites au profit des services de l'intendant de la généralité de Paris. Enfin, la multiplication des offices de trésoriers de France et les rémunérations passables dont ils étaient gratifiés concoururent à l'affaiblissement social et professionnel du corps [Voir F. Bluche, "Les officiers du Bureau des finances de Paris au XVIIIe siècle", dans Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, tome 97, 1970, p. 147-215.]. Après 1750, les offices de trésoriers furent souvent vacants : l' Almanach royal de 1789 fait état de vingt-et-un trésoriers en charge, mais dénombre également onze charges vacantes [ Almanach royal, 1789, p. 344. Signalons que le dernier des trésoriers a été pourvu de son office en 1770, soit près de vingt ans auparavant]. En juin 1771, les réformes de Maupeou ont, en effet, considérablement réduit les effectifs du Bureau. En mai 1788, un édit de Louis XVI enregistré en lit de justice supprime tous les bureaux des finances du royaume. Rétablis par la déclaration royale du 23 septembre 1788, les bureaux furent définitivement fermés par décret de l'Assemblée constituante en septembre 1790, avec les autres tribunaux d'Ancien Régime.

Les plumitifs du Bureau des finances.

Versées en 1847 au Palais Soubise, les archives du "Bureau des finances et Chambre du domaine de la généralité de Paris" (1 071 articles) constituent aujourd'hui la sous-série Z/1F/ des Archives nationales. En 1890, elles furent inventoriées par Élie Berger dans le Répertoire numérique de la série Z/1/. En 1958, elles ont fait l'objet d'une présentation détaillée dans le Guide des recherches dans les fonds judiciaires de l'Ancien Régime conservés aux Archives nationales par M/me/ Suzanne Clémencet, qui a précisément distingué les archives émanées de l'une et de l'autre des deux juridictions unies en 1693. Ce dernier ouvrage constitue donc la meilleure base de recherche dans le fonds.

Deux séries essentielles de registres rendent compte des activités du Bureau des finances : les registres d'audience, où sont consignées les décisions contentieuses prises à l'audience du Bureau tenue les mardis et vendredis [L'état numérique détaillé de ces registres est donné dans le Guide des recherches dans les fonds judiciaires, p. 307] (la forme des actes enregistrés ne varie pas, chaque résumé de sentence étant toujours précédé de la mention "parties ouïes") ; les registres plumitifs, où sont enregistrées les décisions d'ordre administratif prises sur dossier lors de séances de bureau presque quotidiennes.

Présentation des plumitifs.

Les 228 plumitifs [détaillés comme suit : Z/1F/ 192 à 194, 197, 199 à 202, 204 à 207, 209, 210, 212, 213, 215 à 219, 221, 222, 224 à 234, 236 à 243, 245, 246, 249 à 252, 254 à 257, 260 à 263, 266 à 280, 284 à 290, 294 à 303, 307, 310, 311, 314, 315, 318, 319, 322, 323, 328, 329, 333, 336, 337, 342, 343, 346, 347, 350, 351, 356 à 363, 372 à 409, 415 à 428, 433 à 438, 442 à 444, 448 à 452, 455 à 457, 459 à 462, 465 à 477, 481 à 485, 488 à 495, 498, 499, 501, 502, 506 à 508, 511, 513 à 515, 520.] qui ont été dépouillés sont des registres in-folio en papier (papier timbré au XVIIIe siècle) poursuivis selon la masse des affaires traitées, tantôt sur un semestre, tantôt sur une année. On peut y suivre le travail des trésoriers, réparti en séances de bureau et en service dit "extérieur" (tournées d'inspection effectuées dans les élections par chacun des trésoriers). En chaque début d'année, au premier feuillet du plumitif, figure une "liste des chevauchées à faire". Chaque trésorier appose sa signature à la suite du nom de l'élection qu'il aura en charge tout au long de l'année [la liste des élections est donnée ci-dessus]. Ensuite est exposé le programme général des ouvrages que les trésoriers auront à surveiller deux par deux aux ponts, chemins et chaussées de la généralité, à Paris intra muros et dans les faubourgs. Enfin est mentionnée la "distribution" des commissaires de la voirie entre les quatre quartiers de Paris à eux impartis.

Les séances de travail qui, au XVIIIe siècle, ont lieu les lundis, mardis, jeudis et vendredis, sont consacrées à l'examen des dossiers dévolus au Bureau. En tête des séances sont consignés les noms des trésoriers présents (six à dix, selon les années). L'objet de chaque affaire (permission de bâtir, pan de bois, encorbellement, porte cochère, balcon) ainsi que les noms des requérants ou bénéficiaires sont indiqués en marge. L'écriture est cursive, de lecture parfois difficile, mais les formules sont stéréotypées.

Les affaires traitées dans les plumitifs.

La teneur des affaires examinées par le Bureau est extrêmement variée. Les permissions de balcons, de saillies ou de portes cochères systématiquement relevées dans le présent inventaire n'en constituent donc qu'une partie, dont la procédure sera analysée ci-dessous, p. 16. Les autres dossiers méritent néanmoins d'être signalés au lecteur. Ils peuvent utilement compléter les enseignements, voire compenser les lacunes des autres séries des Archives nationales.

L'activité administrative du Bureau, inhérente à toute juridiction d'Ancien Régime, est essentiellement représentée par les mentions d' enregistrement d'actes royaux relatifs aux compétences financières ou au ressort du Bureau : notamment lettres d'anoblissement [complétant les renseignements fournis par les séries JJ, K, M, P, Z/1A/ des Archives nationales. Voir G. Bernard, Guide des recherches sur l'histoire des familles..., Paris, 1981, p. 199] , de légitimation, de naturalité [en cette matière, les plumitifs doublent et peuvent compléter les enregistrements de la Chambre des comptes et de la Cour des aides. Voir J.-F. Dubost, Guide des recherches sur l'histoire des étrangers aux Archives nationales, à paraître en 1993]. On relèvera également les actes de réception des officiers du domaine du roi dans la généralité de Paris. Citons le sinistre exemple de Louis Barbotte, reçu "questionnaire" [Z/1F/ 210, fol. 67 v° ; 28 mars 1650] (bourreau) du Châtelet en 1649. Sont consignés aussi les mandements ou ordres de paiement adressés aux fournisseurs du domaines : chaque semestre sont ainsi rétribués les marchands de bois "pour les exécutés à mort" ou les boulangers chargés de la fabrication du pain distribué aux hôtes des prisons parisiennes. Enfin figurent dans les registres tous les tarifs, taxes ou droits de péage fixés par les trésoriers.

Les affaires de voirie, qui sont au coeur de l'activité du Bureau, sont les plus fréquentes. Elles concernent essentiellement le domaine royal non engagé : châteaux royaux, moulins, auditoires, geôles, halles, boucheries, quais, égouts, ponts et chaussées, pavés du roi (les "chemins royaux"), fossés et remparts. À Paris, l'entretien des voies (réfection, rehaussements, rétablissement de pavé ou simple pavage) fait l'objet d'une attention toute particulière. Colbert lui-même, en 1673, adresse une lettre aux trésoriers afin qu'ils "tiennent la main ce que les ouvrages de pavé soient bien et soigneusement faits" [Z/1F/ 252, fol. 38 ; 24 novembre 1673]. L'hygiène des rues comme leur sécurité incombe au Bureau. C'est à lui que les habitants de la rue de Seine adressent leur requête en 1637, afin d'établir un égout pour leurs maisons [Z/1F/ 192, fol. 248 v° ; 7 décembre 1637], ou que les riverains de la rue des Grands-Chantiers demandent en 1685 la pose de grilles de fer pour clore le cul-de-sac de la rue du Temple infesté, selon leurs termes, de "gueux, filous, vagabonds, tireurs à l'arme blanche" [Z/1F/ 279, fol. 107 ; 7 mai 1685].

Les bâtiments du Domaine sont souvent mentionnés dans les plumitifs, les trésoriers étant responsables de leur entretien : on relèvera donc de pittoresques allusions à la "pissottière de la buvette du Parlement" [Z/1F/ 212, fol. 203 v° ; 6 octobre 1651] aménagée en 1651, ou plus généralement aux travaux réalisés dans les locaux des prisons ou des cours. Ces renseignements, bien qu'épars, peuvent intéresser tous les historiens des juridictions parisiennes dont le fonctionnement au quotidien est souvent mal connu.

Les maisons des particuliers, contrairement aux bâtiments domaniaux, ne font pas l'objet d'une surveillance systématique de la part des trésoriers. Ceux-ci n'interviennent que dans des cas très précis définis au titre de la voirie, lorsque la modification d'une façade ou d'une encoignure a une incidence sur l'espace imparti à la rue : alignements de façades, d'encoignures [Rappelons pour mémoire qu'un fonds complémentaire d'alignements d'encoignures est conservé dans les archives du Châtelet (articles Y 9505/A/ à 9507/B/) et a fait l'objet d'un inventaire analytique : Les alignements d'encoignures à Paris. Permis délivrés par le Châtelet de 1668 à 1789. Inventaire, par D. Gallet-Guerne et H. Gerbaud, Paris, 1979] , de murs et de clôtures ; pose de pans de bois, d'auvents ronds ou cintrés, d'encorbellements, d'étais (pour construire une jambe étrière ou reprendre une mur en sous-oeuvre) ; surélévation de maisons ou de fenêtres ; ravalement de façades ; construction d'"embellissements", tels ouvrages en surplomb, terrasses, chapelles, saillies diverses, galeries, balcons et portes cochères ; démolition de façades en péril imminent. La juridiction du Bureau s'exerce alors sous forme préalable (autorisations accordées sur dossiers de requêtes), informative (assignations à comparaître des particuliers soupçonnés d'être en infraction) ou franchement punitive (ordonnances de démolition d'ouvrages construits au mépris des règlements). Ces documents, il est bon de le rappeler, n'ont pas la précision et le caractère systématique des archives des greffiers des bâtiments de Paris [sous-série Z/1J/ des Archives nationales] où sont conservés de précieuses expertises et de nombreux plans.

Il serait long et fastidieux d'énumérer toutes les notations intéressantes relevées au cours de la rédaction du présent instrument de recherche. Contentons-nous d'en citer quelques-unes. Les plumitifs offrent une foule de renseignements sur le mode de vie des grands : les hôtels aristocratiques lancent les modes, sont les premiers à bénéficier du confort et des embellissements de leur siècle. Les autorisations obtenues par les grands financiers, les membres de l'aristocratie ou les hommes de la cour sont autant de privilèges déguisés. Le tout-puissant Fouquet, en 1659, obtient ainsi le droit de faire creuser une voie souterraine pour faire communiquer ses deux hôtels, situés de part et d'autre de la rue Saint-Honoré [Z/1F/ 224, fol. 226 v° et 271 v° ; 18 et 23 décembre 1659]. À la fin du XVIIe siècle, le marquis de Montmorin fait poser des pieux devant sa maison pour interdire toute la circulation dans la rue Royale, "attendu la maladie dangereuse de (sa) dame" [Z/1F/ 329, fol. 14 v° ; 17 septembre 1700]. Au nom du service du roi, le cardinal d'Estrées va jusqu'à ajouter un avant-corps à son hôtel de la rue des Petits-Champs en 1686, "pour y loger les deux globes célestes qu'il a fait faire pour le roi à Versailles" [Z/1F/ 284, fol. 62 v°-63 ; 17 septembre 1686. Les deux globes, dus à l'artiste italien Coronelli, sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale (voir M. Pelletier, " Des globes pour le Roi-Soleil. Les origines des "globes de Marly", dans Revue de la Bibliothèque nationale, 1ère année, n° 2, décembre 1981, p. 80-86].

Autre intérêt des plumitifs : les fréquentes descriptions qu'ils fournissent des bâtiments religieux de Paris - églises, chapelles, presbytères, abbayes et couvents, dont les dossiers sont communiqués au Bureau à l'occasion de la réfection d'un clocher, du percement d'un portail ou de l'aménagement d'un perron. Ainsi peut-on suivre les étapes de la construction de l'église Saint-Sulpice [Permis pour le portail, rue Saint-Sulpice, 20 juin 1719 (Z/1F/ 390, fol. 99-100 v°) ; alignement sur la rue Férou, 18 mars 1728 (Z/1F/ 408, fol. 53 v°-54) ; alignement pour la construction de chapelles latérales du côté du presbytère, 12 octobre 1728 (Z/1F/ 409, fol. 49-49 v°)], de 1718 à 1728. Les archives rendent justement compte de l'enchevêtrement des étalages sauvages, échoppes mobiles ou autres éventaires qui s'adossent aux murs des églises, s'installent sur les marches des perrons et encombrent perpétuellement les rues. En 1637, le Bureau fait chasser la ribambelle de "fruitiers, charcutiers et savetiers" qui se massaient à l'ombre des murs de Saint-André-des-Arts [Z/1F/ 192, fol. 220 v° ; 27 octobre 1637].

Enfin, on ne s'étonnera pas de trouver au fil des plumitifs des informations sur la vie quotidienne des métiers parisiens. Nombreuses sont les requêtes émanées de marchands souhaitant "enchâsser dans le gros mur du Palais un petit châssis de bois pour exposer des rubans" [Z/1F/ 197, fol. 230 v° ; 17 décembre 1640], obtenir des places dans les foires et marchés de la ville, bénéficier d'étalages ou d'auvents pour améliorer leur commerce. Les maréchaux-ferrants demandent des autorisations d'empiètement pour installer sur rue leur "travail à ferrer les chevaux vicieux" [Z/1F/ 241, fol. 130 ; requête du 18 octobre 1669 d'un maréchal de la rue des Bons-Enfants]. D'autres ont besoin de lignes d'eau, tel François Procope Couteau, le marchand de liqueurs du célèbre café Procope, rue des Fossés-Saint-Germain [Z/1F/ 357, fol. 155 ; 12 octobre 1706]. Les artisans et marchands fournisseurs du roi, en vertu de leurs privilèges, déposent les demandes les plus variées : construction d'entrepôts, transfert d'ateliers, aménagement de maisons... En 1672, Claude Briot, miroitier ordinaire du roi, fait ainsi agrandir sa cave, rue du Faubourg-Saint-Antoine "pour y mettre les glaces de Sa Majesté" [Z/1F/ 249, fol. 224 v° ; 29 juillet 1672]. Tous ces exemples prouveraient, s'il le fallait, combien la voirie est un vaste domaine.

Les permis de balcons et de portes cochères délivrés par le Bureau des finances.

La procédure.

Les étapes de la procédure instaurée en novembre 1637 n'ont pas changé jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Tout propriétaire qui souhaite construire ou reconstruire un ouvrage en surplomb, un balcon ou une porte cochère en formule la requête auprès du Bureau des finances en indiquant l'adresse de sa maison. Plus rarement, cette démarche est faite par un locataire [problablement le principal locataire, personnage typique de l'ancienne société parisienne, qui jusqu'au milieu du XIXe siècle a souvent assuré la gérance d'un immeuble].

Dès lors sont convoqués sur les lieux, en même temps que les voisins ou leurs représentants [les voisins "duement appelés", car susceptibles de faire opposition à la requête peuvent sans se déplacer donner leur consentement sous seing privé], le trésorier qui dresse le procès-verbal de la visite et sera le rapporteur auprès du Bureau, le procureur qui représente l'autorité royale, enfin le commissaire voyer chargé de la vacation [les Almanachs royaux indiquent les noms des quatre commissaires voyers, avec la date de leur entrée en fonction. Leur bureau était rue Beaubourg, au coin de la rue (disparue) des Vieilles-Étuves. Certains portent des noms illustres, Boullée père, Verniquet] : il prend les mesures sur place, lève les plans [Aucun de ces dessins ne nous est parvenu. Ainsi est mentionné le plan établi à l'occasion du projet de l'architecte Delamair pour la grande porte cochère du futur hôtel de Rohan, rue Vieille-du-Temple ; l'emplacement de la porte a été tracée en rouge et en noir par le commissaire voyer François Cosseron-Deschamps, qui a figuré en jaune l'hôtel de Soubise déjà construit (6 juillet 1706, inv. n° 514). Les plans originaux de Delamair ont été repérés d'ailleurs au Minutier central des notaires de Paris et à la Bibliothèque de Münich], établit un rapport dont l'avis sera déterminant. Après l'examen du dossier, le Bureau délivre l'ordonnance qui accorde - ou refuse - le permis posé, en indiquant les normes (matériaux, dimensions, distances) auxquelles le requérant devra se conformer. Les travaux donnent lieu à une "réception" dans la huitaine qui suivra leur achèvement [en revanche, le bénéficiaire d'un permis peut tarder à l'utiliser : en 1724, le marquis Le Lièvre de La Grange obtient un permis de deux balcons pour ses hôtels contigus de la rue de Braque, qui n'ont été construits par l'architecte Victor Thierry Dailly que sept années plus tard (inv. n° 718], sous peine de cinquante livres d'amende. L'ensemble de la procédure exige donc un délai qui varie de quelques jours à plusieurs semaines et oblige à payer des droits [les droits perçus pour une autorisation de balcon ou de porte cochère - le tarif était le même - s'élevaient à la fin de l'Ancien Régime à 17 livres 10 sous, soit 5 livres de droits domaniaux, 5 livres pour les vacations des commissaires de la voirie, 7 livres 10 sous pour le rapporteur de l'affaire (Guyot, Répertoire de jurisprudence, Paris, 1784, article "voirie", p. 622, "tableau des tarifs et droits de grande voirie dus par chaque propriétaire ou locataire".) Un tarif imprimé des droits de voirie, daté de 1781, est conservé dans le registre Z/1F/ 507].

Tel qui tente d'échapper à ces contraintes est assigné par le procureur pour présenter les titres en vertu desquels il bâtit. Il lui est interdit de poursuivre les travaux, sous peine de prison (entre 50 et 300 livres) pour lui et son architecte, et de prison pour les "ouvriers", c'est-à-dire les entrepreneurs. Le propriétaire pris en faute parvient parfois à être déchargé de son assignation par une requête lancée après coup ; parfois il est obligé de démolir ce qu'il a commencé de son autorité privée, et les entrepreneurs sommés de déposer les gravois dans les chantiers du roi. Tel demande un délai pour rechercher une ancienne permission, tel requiert d'être maintenu en jouissance pour un balcon construit depuis longtemps.

Les diverses phases de la procédure établie par le Bureau des finances se reflètent plus ou moins fidèlement dans les plumitifs. L'enregistrement est plus détaillé dans les plus anciens registres, alors que se mettent en place les rouages administratifs. Sous le règne de Louis XV, les greffiers n'ont plus guère consigné que les ordonnances [toujours la plus circonstanciée, l'ordonnance peut indiquer les noms des voisins, la largeur de la rue et celle de la façade, l'état de la construction, le nombre des étages, des ouvertures et des gouttières, et préciser l'adresse de la maison par rapport à la rue et aux bâtiments proches]. À partir de 1773 ne figurent plus le prénom ni les qualités du requérant [pour maintenir l'unité de l'inventaire, nous avons complété les rubriques manquantes grâce à d'autres sources, en particulier les procès-verbaux d'expertises des greffiers de la Chambre des Bâtiments pour la même époque, conservés sous les cotes Z/1J/ 975 à 1219 et 1256 à 1312. Un inventaire méthodique de ces articles a été établi par M/me/ Reynaud (voir Les Archives nationales. État des inventaires, t. I, 1985, p. 266-267)].

En fait, cette procédure est appliquée avec plus ou moins de rigueur selon les vicissitudes du temps, mais aussi selon la personnalité du voyer responsable. Dans les années 1640-1650, alors que se multiplient et sont diffusés auprès du public les règlements contre les particuliers qui bâtissent sans permission, le voyer Jacques Bougault, assisté dans ses visites par deux trésoriers, pourchasse avec une implacable sévérité, jusque dans l'intérieur des cours, les particuliers récalcitrants ; il n'hésite pas à entrer en conflit avec le voyer du chapitre de Notre-Dame [N° 28 de l'inventaire].

La qualité du requérant peut influer sur les décisions du Bureau : à l'automne 1677, le duc de Chaulnes, pair de France, fastueux ambassadeur, gouverneur de Bretagne, qui fait ajouter à son hôtel de la place Royale (des Vosges) un cabinet en surplomb sur l'actuelle rue de Turenne, fait lever toutes défenses portées contre lui, son architecte (Jules Hardouin-Mansart) et son maître maçon (Marc Bourlon), en promettant de rapporter au Bureau sous six semaines des "lettres de la volonté de Sa Majesté sur la construction de ce cabinet", lettres qui seront enregistrées par le Bureau dix-huit mois plus tard [Inv. n° 225. Voir J.-P. Babelon, "L'oeuvre de Jules Hardouin-Mansart à l'hôtel de Chaulnes", dans le Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1968, Paris, 1970, p. 37-46]. Cette sorte de passe-droit peut expliquer le silence des documents sur certaines constructions importantes.

Un propriétaire avisé ajoute à sa requête une double affirmation : non seulement son projet ne saurait mettre en danger ou gêner les voisins et les passants mais, en outre, tout en décorant la maison, il contribue à l'agrément de la rue, à l'embellissement du quartier [Pierre Huart, rue Saint-Jacques, demande un balcon garni d'une "balustrade de fer pour décorer et embellir davantage la rue et donner au public une grande commodité" (1643, inv. n° 8). Bénigne Courtois assure qu'un balcon apporterait " décoration et embellissement "à la rue Saint-Denis (1652, inv. n° 24). Le marquis de Montbrun désire un balcon" pour la décoration de la place Royale (des Vosges), ainsy que plusieurs particuliers ont fait" (1654, inv. n° 36). Le teinturier Claude Le Tellier obtient gain de cause pour son balcon construit sans permission près du Palais, en faisant prévaloir qu'il "décore et embellit ce quartier" (1670, inv. n° 187)]. Tels sont, en effet, les critères permanents qui déterminent les décisions du Bureau dans le contrôle de l'urbanisme parisien.

Pour la "solidité et sécurité publique ", l'ordonnance des trésoriers prévoit, dans sa formulation habituelle, que le balcon sera" document harponné et cramponné dans le mur de face". Au droit des portes-fenêtres, il faut que la plate-forme (ou marche-pied), qui n'excède pas dix pouces de saillie, soit monolithe et engagée sous les jambages, pour que le poids de la construction supérieure l'empêche de basculer. Cette dalle est presque toujours soutenue par une ou plusieurs broches horizontales qui courent d'une console à l'autre. Les potences de fer, apparentes en certains cas, sont le plus souvent dissimulées dans l'épaisseur des consoles. La Continuation du traité de la police [Le Clerc du Brillet, Continuation du traité de la police, livre IV, p. 125-126] prescrit en effet l'emploi du métal pour la fixation de tous les ouvrages en surplomb sur les rues. Les balcons mitoyens sont séparés par des chardons de fer, tel qu'on peut en voir un à l'hôtel Le Charron, 15, quai de Bourbon. Il arrive que la rouille fasse éclater la pierre ; on sait que les Romains, pour conforter la maçonnerie, n'employaient que le bronze.Au regard des nombreux permis consignés dans nos registres depuis 1637, bien peu de ces balcons, ravissants mais fragiles, sont, par miracle, parvenus jusqu'à nous.

L'intérêt du fonds.

Tourelles d'angle, cabinets ou chapelles portés sur des consoles ou sur des trompes, ces ouvrages en surplomb sont un héritage médiéval : ils dérivent des bretèches ou des échauguettes. Il s'en bâtit jusqu'au dernier tiers du XVIIe siècle ; ils sont alors, il est vrai, sévèrement contrôlés [ordre de démolition d'un cabînet en surplomb au maître charpentier Le Vacher, rue Carême-Prenant, 1674 (inv. n° 203)]. Ceux qui existent sont entretenus : en 1664 l'archevêque Gondrin de Pardaillan fait réparer à l'hôtel de Sens une tourelle bâtie par son prédécesseur, Tristan de Salazar [Inv. n° 147]  ; à l'angle des rues Bailleul et Jean Tison, le maréchal de Schomberg fait restaurer la tourelle qui inspirera les aquarellistes romantiques [1647, inv. n° 19]. Bon nombre de ces ouvrages ont disparu dans les démolitions ultérieures.

Malgré son origine germanique, le mot balcon est venu d'Italie, où il représente une réalité quotidienne : de Juliette à Roxane, toutes les scènes de balcon, où s'entrelacent les thèmes de la jeunesse, de la musique et de l'amour, prennent leur source dans le folklore méditerranéen. Les balcons sont d'abord traités comme un agrément, une commodité ou un décor. M. de Guénégaud et la duchesse d'Aiguillon en demandent "pour servir d'oratoire", [le premier rue Saint-Louis-en-l'Ile en 1653 (inv. n° 30), la seconde en son hôtel du Petit-Luxembourg, en 1664 (inv. n° 141)], la comtesse de Boufflers "pour y mettre des bouquets et des oiseaux " [Quai Malaquais, 1695 (inv. n° 342)]. Longtemps de petits balcons d'angle, surmontés de baldaquins, ont abrité des statues de la Vierge [en 1666, inv. n° 158 ; en 1720, inv. n° 682]. Ajoutés aux maisons, les balcons vont progressivement s'intégrer à la façade et devenir un élément important de sa composition architecturale. La mode s'en répand après 1640.

Celle des portes cochères s'était déjà imposée avec l'usage privé de la voiture. Au commencement du XVIIe siècle, les magistrats allaient encore au Palais sur des mules [Le Clerc du Brillet, Continuation du traité de la police, chap. "Des carrosses", p. 436]. Les voitures, apparues sous la Ligue, se sont multipliées sous le règne de Louis XIII [J.-P. Babelon, Demeures parisiennes sous Henri IV et Louis XIII, Paris, 1965, p. 86 et suiv.]. Elles se sont diversifiées par la suite, depuis le carrosse royal d'Henri IV jusqu'à la multitude de voitures qui emplissaient sous Louis XV les remises de certains fermiers généraux [le marquis Fontaine de Cramayel avait dans ses remises rue du Sentier (1759, inv. n° 1154) trois berlines à l'anglaise, une diligence, une calèche, une voiture de campagne, un cabriolet à deux places et une voiture "en diable", c'est-à-dire un phaëton. D'après Y. Durand, Les fermiers généraux au XVIIIe siècle, 1971, p. 499]. Dans l'agglomération parisienne, le statut social d'une maison est défini par sa porte, piétonne ou cochère.

Le présent dépouillement permet de dater à coup sûr des ouvrages majeurs de l'architecture classique à Paris [voir M. Le Moël, L'architecture privée à Paris au Grand Siècle, Paris, 1990] ; parmi d'autres, la façade du Bureau des drapiers, oeuvre de Jacques Bruant, aujourd'hui remontée au musée Carnavalet [1649, inv. n° 21], la trompe de l'hôtel de La Vrillière, de François Mansart [1648, inv. n° 20], le balcon de l'hôtel de Lauzun, de Le Vau [1657, inv. n° 53], le portail triomphal de l'hôtel de Villars, que nous ne connaissons plus que par la gravure de Boffrand [1712, emplacement du 116, rue de Grenelle, inv. n° 595].

Une mise au point peut être faite sur deux constructions de la période mazarine. Jules Cousin, qui le premier écrivit l'histoire de l'hôtel de Beauvais, n'a pas déchiffré correctement la date du permis du balcon, dont l'expédition figurait encore de son temps, parmi les titres du propriétaire [J. Cousin, L'hôtel de Beauvais, rue Saint-Antoine, Paris, 1864, p. 77. Robert W. Berger, Antoine Le Pautre, a French Architect of the Era of Louis XIV, New York, 1969] . Le registre Z/1F/ 218 montre que le permis a été délivré le 23 décembre 1655, sur le rapport technique de Michel Villedo (inv. n° 44). Le second dossier concerne la façade de l'hôtel Carnavalet sur la rue de Sévigné. Il éclaire les circonstances dans lesquelles François Mansart a réalisé ce chef-d'oeuvre pour l'intendant des finances Claude Boislève. Le permis de modifier la façade du XVIe siècle [Inv. n° 94] a été donné le 2 août 1660. On sait que Mansart conserva le portail "comme un précieux joyau qu'il a richement enchâssé dans ce qu'il fait de neuf" [A. Félibien, Entretiens, rééd. 1705]. Le chantier ouvert pour ce propriétaire fastueux et compromis souleva la protestation unanime de ses voisins, les Annonciades célestes ou Filles bleues, M. Lefèvre de Caumartin, M. d'Orgeval et la dame Larcher de Bajacourt. L'administration passa outre à leur opposition, évidemment sous l'effet d'une intervention puissante, celle du surintendant Fouquet dont Boislève était l'ami et qu'il allait suivre dans sa chute.

Au début de l'été 1660, les façades qui bordaient le faubourg et la rue Saint-Antoine, à laquelle appartenait l'actuelle rue François-Miron, se couvrirent d'échafaudages et de balcons de fer [Inv. n° 82 à 120. Par exemple celui de Louis Prieur, procureur au Châtelet, devait être "porté sur consoles et racinaux de fer" sur une longeur de cinq toises et demie et une largeur de trois pieds (inv. n° 88)]. Ils devaient permettre d'assister, le 25 août, à l'entrée solennelle de Louis XIV et de Marie-Thérèse après leur mariage célébré à Saint-Jean de Luz. Ces belvédères provisoires, retenus et loués à l'avance, comme à Sienne pour la course du Palio, devait être démolis au lendemain de la cérémonie. C'est du balcon ovale de l'hôtel de Beauvais, chef-d'oeuvre d'Antoine Le Pautre, que la reine mère vit passer le cortège. Elle y était l'invitée de sa femme de chambre, Catherine Bellier ; les sculptures allégoriques de la façade lui étaient consacrées. Après 1640, le pourtour de l'île Saint-Louis [M. Dumoulin, Études de topographie parisienne, t. I, 1929], où la Seine offre un spectacle permanent, fut garni de balcons de proche en proche. Au midi, le quai Dauphin, aujourd'hui de Béthune, où l'on jouissait de "vues charmantes" [Germain Brice, Description de Paris, 9e éd., t. II, 1752, p. 340], s'appelait aussi le quai des Balcons.

Les places royales ont toujours été protégées. Place des Vosges, seul le balcon du Pavillon du Roi, aux balustres de pierre, fait partie de l'ordonnance primitive. Les autres balcons, autorisés par faveur, reposent légèrement sur des consoles métalliques, avouant leur caractère provisoire ; ils furent constamment réparés jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Celui du Pavillon de la Reine a été concédé au collectionneur Collet d'Hauteville [1763, inv. n° 1190].

La place des Victoires, qui encadrait la statue pédestre de Louis XIV, n'a jamais été tout à fait ronde ; au nord, sa circonférence s'est trouvée entamée par les rues Vide-Gousset et du Petit-Reposoir. Ces deux rues formaient chacune un angle droit avec la rue des Fossés-Montmartre, aujourd'hui rue d'Aboukir ; en ce lieu, le maintien d'une symétrie parfaite importait à l'ensemble harmonieux créé par Jules Hardouin-Mansart. Sous la Régence, l'hôtel de Pomponne, à l'angle de la rue du Petit-Reposoir, fut aménagé par Gilles-Marie Oppenord pour deux propriétaires successifs, Michel Bonnier, trésorier du Languedoc [1714, inv. n° 612], et Charles de Saint-Albin, bâtard du Régent, archevêque de Cambrai. De l'autre côté, à l'angle de la rue Vide-Gousset, quand Pierre Clairambault, généalogiste des ordres du roi, voulut à son tour embellir sa façade, il dut soumettre le dessin du balcon non seulement aux trésoriers de France [1731, inv. n° 810], mais aussi au Bureau de la Ville, dans les papiers duquel il s'est conservé [H/2/ 2127]. À Clairambault succéda la Gourdan [1759, inv. n° 1146], qui tenait là un des bordels les plus huppés de Paris, où la future M/me/ Du Barry apprit son métier. À l'autre coin, l'hôtel de Saint-Albin échut au frère de M/me/ de Pompadour, ancien directeur général des Bâtiments du roi, qui finissait sa carrière sous le nom de marquis de Ménars après avoir porté ceux de Poisson de Vandières et de marquis de Marigny [1778, inv. n° 1438]. Son balcon fut aligné sur celui de la Gourdan, qui seul subsiste aujourd'hui.

Autre création de Jules Hardouin-Mansart, les façades de la place Vendôme n'ont jamais toléré aucune altération. Lors des spéculations de la Régence, aux abords de cette place protégée, les financiers firent assaut d'ostentation. Certaines concentrations de balcons sont significatives ; l'une dans la rue des Petits-Champs (devenue la rue Danielle-Casanova), l'autre rue Saint-Honoré. De ce côté, Robert de Cotte fit poser des balcons à deux maisons qui lui appartenaient [en juin et août 1719, inv. n° 661 (n° 366 et 368, rue Saint-Honoré)]. Ses voisins, les époux Geoffrin, obtinrent un permis le même jour. Devenue veuve, M/me/ Geoffrin, qui tenait salon deux fois par semaine, fit poser une grille de fer en forme de jalousie par crainte des cambriolages [N° 374, rue Saint-Honoré. Inv. n° 665 (1719), n° 1059 (1752), n° 1166/bis/ (1760). La simple pose d'une grille, le remplacement d'un garde-corps donnaient lieu à un permis et à une taxe].

Le balcon droit est le plus courant. L'un des plus longs qui subsistent est celui du café Procope, face à l'ancienne Comédie française [1747, inv. n° 992]. Les balcons angulaires longent deux facades perpendiculaires. Celui de la maison de Servandoni a vue sur la place Saint-Sulpice et la rue des Canettes [1757, inv. n° 1107 ( Les alignements d'encoignure à Paris, op. cit., n° 564)]. Celui de l'immeuble Montholon, bâti par Pierre Desmaisons, épouse l'angle aigu formé par les rues Dauphine et Mazarine ; sa pointe est amortie par un pan coupé très étroit sur le carrefour Buci, de sorte que le balcon ceinture les trois faces au-dessus de l'entresol. Dans ce lieu privilégié, l'un de ceux qui furent envisagés pour la place Louis XV, cet immeuble fut étudié avec un soin particulier ; son ordonnance offre des réminiscences de l'architecture baroque romaine ; son bas-relief, une femme qui sonne de la trompette, a été confié à François-Joseph Duret [1771, inv. n° 1311. III. n° 35. Voir B. Pons, "Un collaborateur de Chalgrin : François-Joseph Duret", dans Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, année 1985, Paris, 1987, p. 149].

Les balcons circulaires ou articulés surplomblent deux rues, parfois trois. Celui de l'entrepreneur Thévenot, à l'angle de la rue qui portait son nom, a disparu ; mais nous connaissons par une photographie ancienne cette oeuvre de Jean-Baptiste Marteau [1716, inv. n° 639]. Celui du crieur de la marée Cotelle, dû à François Debias-Aubry, décrit une courbe élégante au coin des rues Saint-André-des-Arts et des Grands-Augustins [1739, inv. n° 878. La sentence du Châtelet qui l'avait autorisé à bâtir est du 26 juillet 1737 (voir Les alignements d'encoignures à Paris, op. cit., n° 328)]. Le balcon du pavillon bâti par Chevotet pour le maréchal de Richelieu grâce au butin rapporté du Hanovre dominait à la fois la rue de La Michodière, le Boulevard et la rue Louis-le-Grand ; démoli en 1932 pour faire place au Palais Berlitz, il a été remonté dans le parc de Sceaux, où il ferme la perspective de l'Octogone et du canal de Seignelay [1757, inv. n° 1119]. L'hôtel du fermier général Delahaye, bâti en forme de tour par André Aubert, reste l'une des deux maisons qui commandent l'entrée de la rue Caumartin sur le Boulevard. Son balcon circulaire a été détruit par le commerce au XIXe siècle ; les figures féminines qui ornaient les trumeaux ont été sauvagement bûchées pour faire place à des enseignes [1783, inv. n° 1512].

Les supports de balcons les plus intéressants sont ceux de l'époque rocaille [M. Gallet, Paris Domestic Architecture of the XVIII/th/ Century, Londres et Washington, 1972, et de nombreuses monographies d'architectes]. En guise de consoles apparaissent des êtres fabuleux, dérivant du dragon héraldique des Borghèse qui timbre à Rome et en Avignon les monuments du pontificat de Paul V. L'architecte du Régent, Gilles-Marie Oppenord, qui connaissait l'Italie, les a mis à la mode ; son confrère Pierre de Vigny les a adoptés et les faisait exécuter par le sculpteur Paul-Ambroise Slodtz [Fr. Souchal, Les Slodtz, Paris, 1967]. Cette équipe a réalisé en 1732 la cour du Dragon, à l'emplacement du 50, rue de Rennes ; l'animal légendaire, une tarasque inspirée par le voisinage de la rue Sainte-Marguerite et le prénom de la propriétaire, Marguerite Crozat, est aujourd'hui au musée du Louvre [M. Gallet, "Quelques étapes du Rococo dans l'architecture parisienne", dans Gazette des Beaux-Arts, mars 1966. Cette construction a donné lieu à un conflit entre le financier Antoine Crozat et l'administration : le Bureau des finances a eu la main forcée par l'intervention de Robert de Cotte, ce qui explique le silence de nos registres]. Six ans plus tôt, Pierre de Vigny a reconstruit l'hôtel Chenizot, 51, rue Saint-Louis-en-l'Ile, où deux chimères sous le balcon soulèvent leurs ailes frémissantes parmi les coquilles et les bossages vermiculés. Deux chimères plus petites leur répondent, sculptées sur bois dans l'imposte du portail ; une autre, en ferronnerie, tend sa gueule béante au départ de l'escalier [1726, inv. n° 744 et 747]. Exactement contemporain, le balcon de l'hôtel Séguier de Saint-Brisson, 133, rue Saint-Antoine, repose sur quatre créatures hybrides et tourmentées, dont la hure porcine, les ailes de chauve-souris, les crocs menaçants et les seins de femme provoquent les passants [1728, inv. n° 768]. Rue de Beaune, à l'angle de la rue de Lille, quatre lions supportent le balcon conçu par Pierre Mouret pour le marquis d'Estiau [1754, inv. n° 1085 et 1079]. À la même époque, pour sa propre maison de la rue de la Jussienne, l'architecte Denis Quirot a préféré au bestiaire fantastique des visages féminins entourés d'un accompagnement décoratif ; ce motif, plus fréquent dans le décor intérieur, s'appelait une espagnolette. D'autres têtes plus gracieuses ornent les agrafes de l'étage supérieur : leurs coiffures et leurs collerettes évoquent la Commedia dell'arte ; la rue de la Jussienne conduisait en effet au théâtre italien de la rue Mauconseil [1752, inv. n° 1054].

Le plus souvent, les artistes se sont inspirés du règne végétal. Des fleurs de tournesol s'épanouissent sur les consoles qui soutiennent le balcon ondulé de la maison Claustrier, aujourd'hui l'un des hôtels des Archives nationales, 56, rue des Francs-Bourgeois. C'est l'oeuvre de Mansart de Sagonne, avec la collaboration probable de Nicolas Pineau [1752-1753, inv. n° 1053 et 1065].

Les garde-corps, dessinés par les architectes et forgés par les serruriers, sont à Paris, de pair avec les rampes d'escaliers, l'une des expressions les plus brillantes du style rocaille. Leurs entrelacs témoignent d'une inspiration inépuisable, dans laquelle chaque architecte exprime sa personnalité. Souvent, un médaillon central enferme le monogramme du propriétaire. À titre d'exemples, les serruriers Nicolas Viennot, Nicolas Blancheton et Mathieu Debauve ont interprété successivement les dessins de Pierre de Vigny dont nous avons parlé [M. Gallet, "L'architecte Pierre de Vigny (1698-1771), ses constructions, son esthétique", dans Gazette des Beaux-Arts, 1973].

Dans un immeuble ou un hôtel sur rue, l'imposte du portail et le balcon sont souvent traités comme un seul et même ouvrage de stéréotomie. C'est cet effet qu'Antoine Lepautre a réalisé à l'hôtel de Beauvais, où le balcon qui surmonte la porte cochère est porté sur trompe. Ces appareillages savants, ou des armatures dissimulées viennent au secours de la pierre, ont donné lieu à d'ingénieuses variations. Le thème est traité savamment à la maison de l'architecte LepasDubuisson, 151 bis, rue Saint-Jacques [1720, inv. n° 687. L. Hautecoeur, Histoire de l'architecture classique en France, tome III, 1950, p. 48], ou à l'hôtel du président Du Tillet, dit l'hôtel d'Albret, 31, rue des Francs-Bourgeois, où nous savons par une expertise que l'appareilleur Guillaume Fallet tint plusieurs conférences avec l'architecte J.-B. Vautrain [1740, inv. n° 904 ; Z/1J/ 738, 6 juillet et 1er octobre 1744]. Le balcon de la veuve Simonnet, 27 bis, rue Saint-André-des-Arts, d'où la vue s'étend dans la profondeur de la rue Gît-le-Coeur, qui conduit à la Seine, est galbé comme une commode Louis XV, ou ce qu'on appelle en Italie et en Sicile un balcon en poitrine d'oie ( in petto d'oca). Son avancée repose sur les claveaux mêmes de la porte cochère, qui constitue un massif opulent où sont sculptés des miroirs et des enroulements végétaux. Ce balcon, conçu par Claude-Louis Daviler, qui en a posé le permis et a plus tard habité la maison, devait être souvent recopié dans les quartiers de l'Ouest par les architectes éclectiques de la fin du XIXe siècle [c'est l'ancienne maison des Trois-Chapelets ; 1748, inv. n° 1003].

Après 1750, sous l'effet de la réaction néo-classique, le dessin des balcons s'assagit, comme il l'a fait en Italie. Les consoles s'apparentent au motif grec du triglyphe orné de canaux et de gouttes. Une feuille d'acanthe peut recouvrir la volute, une guirlande s'y accrocher. L'entrelacs des garde-corps se simplifie et revient à des formes connues sous Louis XIV. Souvent, la ferronnerie est remplacée par des balustres de pierre. L'un des plus beaux est celui de l'immeuble 12, rue de Tournon, construit pour lui-même par l'architecte Charles Neveu [1778, inv. n° 1376 et 1414. M. Gallet, Demeures parisiennes : l'époque de Louis XVI, Paris, 1964] .

Les portails en tour creuse sont ceux qui s'ouvrent au fond d'un enfoncement circulaire destiné à faciliter la manoeuvre des voitures. On les trouve dans les rues étroites, comme la rue des Marais-Saint-Germain (Visconti) [Inv. n° 1055], mais aussi dans de larges rues noblement habitées, surtout au faubourg Saint-Germain. Parmi les permis de la rue de Varenne figurent ceux de l'hôtel de Matignon [1739, inv. n° 882. Il y eut une tour creuse rue de Babylone, et de l'actuel musée Rodin [Inv. n° 772]. À l'hôtel d'Orrouer, 87, rue de Grenelle, la porte en tour creuse a été majestueusement encadrée de colonnes composites par l'architecte Boscry, à son retour de Rome [1734, inv. n° 818]. Dans la même rue, à l'hôtel de Bérulle, la tour creuse est traitée comme une rotule destinée à rattraper la dissymétrie d'une parcelle irrégulière [au 15, rue de Grenelle, 1775, inv. n° 1339 et 1343].

Le portail est le plus souvent bordé de pilastres sur des piédestaux qui donnent lieu à un permis d'avant-corps. Plus rarement, il s'agit de colonnes. Elles sont ioniques à l'entrée de l'hôtel de Bouillon, quai Malaquais, aujourd'hui l'entrée de l'École des Beaux-Arts, entièrement refait par Debias-Aubry sur les fondations d'un édifice de François Mansart [Inv. n° 926]. Elles sont doriques aux hôtels de Palaiseau et de Nivernais, 4 et 10, rue de Tournon [Inv. n° 1540 et 1261], chez l'architecte Charles de Wailly, rue Neuve-Saint-Charles [Inv. n° 1381], et à l'hôtel de Chalais, rue de l'Université, qui devint l'hôtel Soult et fut détruit au XIXe siècle [Inv. n° 1359]. L'entrée du Palais-Royal est reconstruite par Moreau-Desproux pour le duc d'Orléans comme une colonnade destinée à "servir de décoration à la façade entière, rue Saint-Honoré" [1765, inv. n° 1221]. À l'époque néo-classique, ces ouvrages sont traités par les architectes selon les canons les plus rigoureux qu'enseignent l'Antiquité et la Renaissance. Il n'est pas surprenant qu'ils soient considérés comme un luxe et frappés d'un impôt : portes et colonnes le furent à Rome et dans quelques provinces, au témoignage de Cicéron et de César [Cicéron, à propos du columnarium, dans Lettres à Atticus, 13, 6, 1 ; César, à propos du columnarium et de l' ostiarium, dans Guerre civile, III, 32].

Pour éviter à Paris le sort des grandes villes antiques qui ont "péri sous leur propre poids", le gouvernement du duc de Bourbon voulut endiguer l'expansion de l'agglomération parisienne [Le Clerc du Brillet, Continuation du traité de la police, chap. VI, Déclaration du roi des 18 juillet 1724, 29 janvier 1726, 23 mars et 28 septembre 1728]. Aux confins de la ville et des faubourgs, l'administration distingua les portes cochères des portes charretières, plus modestes, qui s'ouvraient sur des cours, des chantiers, des jardins ; les unes et les autres furent numérotées [J. Pronteau, Le numérotage des maisons de Paris du XVe siècle à nos jours..., Paris, 1966, p. 218 à 222. Dans nos registres, les portes cochères sont numérotées à partir d'août 1730]. Mais le développement urbain était incompressible ; c'est hors des limites fixées en 1724 que se sont bâtis sous Louis XVI les quartiers élégants du faubourg Poissonnière et de la Chaussée d'Antin [P. Étienne, Le faubourg Poissonnière, Paris, 1986. P. Pinon, "Les lotissements spéculatifs" dans Soufflot et l'architecture des Lumières, 1980 ; Brongniart, 1986 ; et "Les lotissements de la rue Taitbout et du couvent des Capucines. La Chaussée d'Antin à la fin du XVIIIe siècle", dans Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1986-1987, Paris, 1988, p. 229-302]. Dès lors, le Bureau des finances a dû gérer avec souplesse l'impossibilité d'appliquer avec rigueur ses propres règlements. Dans cette zone mouvante, nous n'avons pas retenu les portes charretières.

De même que les plus belles portes cochères des règnes de Louis XIV et Louis XV ont été gravées sous la direction de Jean Mariette et commentées par Jacques-François Blondel, celles de la fin de l'Ancien Régime ont été réunies dans un recueil de Krafft. Certaines ont été gravées séparément, comme la porte superbe du collège Louis-le-Grand, composée par l'architecte Le Camus de Mézières, dont le permis figure également dans nos registres [1764, inv. n° 1200. Porte gravée par Poulleau. Voir Mark K. Deming. La halle au blé de Paris (1762-1813), Bruxelles, 1984, p. 42].

Présentation de l'inventaire.

La permanence de l'institution a permis de présenter cet inventaire suivant l'ordre chronologique.

Pour chaque unité de description, après la mention de la cote, la description s’articule en cinq parties. Tout d’abord, l’indication des folios. Vient ensuite l'indication de la nature des travaux précisant qu'il s'agit d'un balcon , d'un ouvrage en surplomb ou d'une porte cochère. Balcons et portes cochères sont parfois seulement mentionnés, non directement concernés, l'indication "mentionné" remplace alors "concerné". Nous avons parfois relevé, lorsqu'elle figure dans les registres, la forme des travaux envisagés : chapelles ou cabinets en saillie, terrasses, galeries, cages de menuiserie, etc. ; pour les portes cochères, décor de pilastres ou de colonnes, tours rondes, tours creuses ou demi-lunes [à partir de l'année 1773, l'enregistrement devenu très succinct ne signale que la forme des travaux envisagés (pilastres, avant-corps, tours creuses...) sans préciser s'il s'agit d'un ouvrage à construire ou à reconstruire].

Puis se trouve l'adresse, telle qu'elle est énoncée dans les actes [la correspondance entre les noms anciens des rues et leurs noms actuels a été établie dans l'index imprimé].

Le propriétaire, plus rarement le locataire, parfois aussi l'architecte, l'entrepreneur ou le maître maçon - termes équivalents, car longtemps indistincts - occupent la rubrique suivante, avec leurs noms, prénoms et qualités .

Suit enfin l’indication de la nature des actes au fil de la procédure : la commission qui ordonne la visite des lieux, l'ordonnance rendue par le Bureau en conclusion du rapport établi ; dans certains cas, l'orde de démolition , l'assignation du propriétaire, l'opposition des voisins. Nous avons regroupé les actes qui concernent un même dossier, mais distingué, pour un même propriétaire, les divers permis qu'il a pu poser. Chaque dossier est classé à la date de son étape finale.

Pour ne pas alourdir cet inventaire, nous avons négligé les noms des voisins et les précisions techniques relatives aux bâtiments, tous renseignements qui figurent plus ou moins dans l'enregistrement, et se trouvent surtout dans les ordonnances. Cet instrument de recherche ne dispense donc pas de recourir aux registres pour une étude plus détaillée.

Toute la hiérarchie sociale est ici représentée (personnes, lieux, hôtels et maisons bourgeoises). Longtemps, en effet, depuis le choc provoqué par les démolitions de Rambuteau et d'Haussmann, l'histoire de l'urbanisme parisien a été traitée comme une chasse aux souvenirs, un choix d'anecdotes le plus souvent galantes, où seuls étaient retenus les lieux hantés par des personnages illustres ou pitttoresques. La méthode actuelle, qui prend en compte l'histoire de l'art et celle des mentalités, nous invite à pratiquer une coupe verticale de la société d'Ancien Régime et à découvrir ainsi un tissu urbain en perpétuelle évolution.

On trouvera en annexes la liste des noms des personnes citées dans l'inventaire ainsi qu'un réertoire topographique des noms de rues, maisons et hôtels concernés.

Voir l'index des noms de personnes citées
Z1f_Index_Personnes
Voir l'index des noms de rues, maison ou hôtels cités
Z1f_Index_Topographique

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