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Fonds d'archives

AG/5(4)/FDG : Archives de François de Grossouvre, chargé de mission auprès du président de la République et président du comité des chasses présidentielles.

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Titre :
AG/5(4)/FDG : Archives de François de Grossouvre, chargé de mission auprès du président de la République et président du comité des chasses présidentielles.
Dates :
1981-1994
Niveau de description :
subfonds

Histoire administrative/notice biographique

Issu d'une famille bourgeoise du Bourbonnais (installée au village de Grossouvre), François Durand de Grossouvre est né le 29 mars 1918 à Vienne (Isère). Il est le fils de Maurice Durand de Grossouvre, directeur de la Banque de Salonique puis de la Société générale de Beyrouth mort en 1923 des séquelles des gazages à l'ypérite de la Grande Guerre. Après avoir été élève chez les jésuites au lycée Saint-Louis de Gonzague à Paris, puis au collège du Mongré et au lycée Champollion de Grenoble, il entame des études à la faculté de médecine de Lyon. Durant l'entre-deux-guerres, il ne fait pas mystère de ses sympathies pour l'Action française. En 1939, à 21 ans, il doit interrompre ses études du fait de la mobilisation générale : il est affecté comme médecin-auxiliaire dans un régiment de tirailleurs marocains, puis rejoint une unité de skieurs éclaireurs dans le Vercors, où il rencontre le capitaine Bousquet, l'un des fondateurs de l'Organisation de la résistance armée (ORA). Démobilisé en 1941, il obtient l'année suivante son diplôme de médecine et se voit affecté à ce qu'il reste du 11e régiment de cuirassiers dans l'armée d'armistice. En 1942, il adhère au Service d'ordre de la Légion (SOL), inflitré comme agent double par l'ORA dont il est devenu un agent de renseignement. Fin 1942, il entre en clandestinité et s'engage dans le maquis de Chartreuse, en liaison avec le Vercors, sous le nom de code "Clober" - inspiré du nom de sa fiancé Claudette Berger, qu'il épouse le 30 avril 1943. Le couple aura six enfants. En 1944-1945, il est engagé volontaire dans l'armée de l'Air (brigade de bombardement B-26). A la libération, il reste officier de réserve et y terminera sa carrière comme médecin chef des Armées (colonel de réserve). Il conserve par la suite des liens étroits avec les associations d'anciens de la Résistance, notamment l'association nationale des combattants volontaires de la Résistance (ANCVR). Surtout, il garde de cette période un goût prononcé pour les affaires de renseignement. Au début de la Guerre froide, il aurait appartenu de manière éphémères au services spéciaux, sous le pseudonyme de "Leduc", au sein du réseau "Arc-en-Ciel", dispositif clandestin de lutte anticommuniste stay-behind. L'adjectif "national" désigne à ses yeux les personnalités dignes de confiance. Après 1945, François de Grossouvre abandonne la médecine, qu'il n'aura jamais exercée, pour se lancer dans les affaires : Antoine Berger, le père de son épouse, l'intègre parmi les cadres dirigeants de sa société Le Bon Sucre, dont il est gérant puis président (1944-1963). Depuis ce poste, il s'impose comme un des principaux acteurs de l'économie sucrière en France, participant à plusieurs sociétés et devenant l'un des fondateurs de la Générale sucrière (1968-1978). Il réalisé au milieu des années 1960 son plus beau succès économique en obtenant une licence d'embouteillage de Coca-Cola en France - une première en France - à travers la société Boissons Rhône-Alpes dont il est le fondateur et président-général de 1965 à 1967. En parallèle de ses participations dans de nombreuses sociétés sucrières, il développe d'autres activités professionnelles complémentaires, occupant les fonctions de conseiller du Commerce extérieur de la France (1952-1967) et de vice-président de la Chambre de Commerce franco-sarroise (1955-1962). François de Grossouvre est connu pour être un cavalier distingué, un chasseur et un expert en armes à feu. Il acquiert une résidence à Lusigny (Allier) où il installe sa famille. En 1953, il investit dans la création de L'Express et se lie d'amitié avec Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber. A l'hiver 1959, Pierre Mendès-France, que Grossouvre a rencontré dans l'armée de l'air en 1944, le présente à François Mitterrand lors d'un déjeuner, en présence de Françoise Giroud qui a décrit la scène dans un article de L'Express signé par Serge Raffy, le 14 avril 1994: "Mitterrand avait l'art de séduire les hommes, il avait un rayonnement de capitaine. Immédiat. [...] Et Grossouvre est séduit." Et Serge Raffy de poursuivre : "François de Grossouvre ne quitte plus Mitterrand. Il devient son conseiller, son intendant, son financier, son aide de camp, son facteur, son chauffeur lors des campagnes électorales, son confident." Les deux hommes se lient d'amitié et François Grossouvre accompagne François Mitterrand dans sa conquête du pouvoir, devenant l'un des principaux financiers des campagnes électorales de 1965, 1974 et 1981. Ils partagent à cette époque beaucoup de choses, tant dans leur passé, leurs valeurs, leur trajectoire politique que leur vie privée. François Mitterrand fait de François de Grossouvre le parrain de Mazarine Pingeot, née le 18 décembre 1974 : ce secret constitue le lien le plus solide entre les deux hommes. En 1983, François de Grossouvre s'installe au deuxième étage de la résidence présidentielle du 11, quai Branly, tandis qu'Anne et Mazarine Pingeot sont installées au premier ; François de Grossouvre veille sur sa filleule avec le concours du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) du commandant Christian Prouteau. Après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle en mai 1981, François de Grossouvre l'accompagne à l'Élysée et obtient une place particulière : chargé de mission auprès du président de la République (un titre créé pour Pierre Juillet auprès de Georges Pompidou) ; il s'installe dans l'aile ouest de l'Élysée, dans le bureau précédemment occupé par Victor Chapot, le conseiller spécial de Valéry Giscard d'Estaing. Il est simultanément nommé président du comité des chasses présidentielles. Le personnage intrigue, comme en témoigne les surnoms qui lui sont attribués : "le Cardinal", "le duc de Guise", "Belphégor" ou encore "Morny". Entre 1981 et 1985, ses attributions de conseiller spécial se concentrent sur le domaine du renseignement notamment avec le SDECE/DGSE (qu'il partage avec le général Saulnier de l'état-major particulier) et la sécurité (avec la création du GSPR du commandant Prouteau), d'une part, et, de l'autre, ses missions de représentation confidentielle et directe auprès de chefs d'État (Gabon, Maroc, Tunisie, Liban, Bruneï, Yougoslavie, Pakistan, Corée du Nord et Corée du Sud, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Barheïn, Koweït, Oman, Qatar, Yémen). Il entretient notamment des relations personnelles avec des chefs d'État tels que le roi du Maroc Hassan II, le président gabonais Omar Bongo (qu'il tutoie) ou le président libanais Amine Gemayel. Chevalier de grâce magistrale de l'Ordre de Malte, il est nommé en 1986 ambassadeur de l'Ordre auprès du royaume du Maroc. Il a successivement pour principal collaborateur Frédéric Laurent (1981-1982) et Pierre d'Alençon (1983-1985). D'autres personnes nouent une relation avec lui dans l'environnement élyséen, à commencer par le capitaine Paul Barril du GIGN. La question de l'influence de François de Grossouvre auprès de François Mitterrand après 1985 se pose : homme de l'ombre en marge de l'organigramme ou conseiller en disgrâce ? Un fossé se creuse entre lui et d'autres conseillers qui contestent de plus en plus sa place. Est-ce parce que Grossouvre brigue une charge d'ambassadeur itinérant ou bien est-ce à cause du différend sur ses compétences en matière de sécurité et de renseignement ? Toujours est-il qu'il quitte officiellement ses fonctions de chargé de mission auprès du président de la République le 12 juin 1985... tout en conservant son bureau à l'Élysée, son domicile dans la résidence présidentielle du 11 quai Branly et ses fonctions de président du comité des chasses présidentielles. Il entend toujours jouer, à sa manière, un rôle de conseiller spécial après 1985. Le 7 avril 1994 au soir vers 19 h 50, peu avant de se rendre à un dîner avec Georges Rawiri et son épouse, François de Grossouvre est retrouvé mort dans son bureau de l'aile ouest de l'Élysée, son revolver Manurhin Magnum 357 à la main. Son garde du corps qui découvre la scène donne aussitôt l'alerte. L'enquête conclut au suicide. Le scandale de la mort de François de Grossouvre est tel qu'il éclipse en partie dans l'opinion le déclenchement du génocide tutsi au Rwanda. Le communiqué officiel de l'Élysée annonce : "François de Grossouvre, président du comité des chasses présidentielles, s'est donné la mort, ce jeudi 7 avril, en fin de journée, dans son bureau. Conformément aux règles habituelles, le parquet de Paris, qui s'est rendu sur les lieux, a prescrit à la police judiciaire de diligenter l'enquête-décès prévue par l'article 74 du Code de procédure pénale." Depuis 1994, sa mort a fait l'objet de deux principales thèses, antinomiques : celle d'Éric Raynaud ("Suicide" à l'Elysée) et celle de Raphaëlle Bacqué (Le dernier mort de François Mitterrand). Le première enquête, parue en 2009, remet en cause les éléments officiels de la thèse du suicide, tandis que la seconde, parue en 2010, souligne les raisons personnelles qui ont conduit François de Grossouvre au suicide. François de Grossouvre était chevalier de la Légion d'honneur et officier de l'Ordre national du Mérite à titre militaire, croix de guerre 1939-1945, croix du combattant volontaire de la Résistance, chevalier de l'Ordre du Mérite social et de l'Ordre du Mérite sportif, grand officier du Mérite de l'Ordre souverain de Malte, grand officier de l'Ordre du Mérite gabonais, commandeur dans l'Ordre de l'Étoile équatoriale, dans l'Ordre d'Issaam Alaoui, dans l'Ordre de la République tunisienne et dans l'Ordre de Saint-Charles, et officier des Veterans of Foreign Wars of the USA. Son corps est inhumé au cimetière de Lusigny.

Historique de la conservation

Dans une note à François Mitterrand datée du 14 juin 1985, Georgette Elgey, conseiller technique pour les études historiques, attire l'attention du président de la République sur le fait que François de Grossouvre "trie" ses archives avant de les remettre au service des archives de la Présidence ; ce à quoi François Mitterrand répond par un laconique "Ne pas intervenir" porté sur le document qu'elle lui a adressé. Des archives ont toutefois été remises par François de Grossouvre au service des archives de la présidence de la République ; ce sont celles qui font l'objet du présent inventaire. Conservé en l'état de son versement aux Archives nationales durant deux décennies, ce sous-fonds a fait l'objet d'une opération de classement au printemps 2017 par les équipes du pôle "chefs de l'État" du Département de l'Exécutif et du Législatif [DEL] (Jean-Pierre Bat, chef de projet, et Maximilien Girard) dans le cadre du projet de classement du fonds Mitterrand. Une opération de reconditionnement intégral a été menée à la faveur de ce classement par l'équipe technique du DEL (Alexandre Rabetllat et Médérik Robert).

En 1993, François Mitterrand aurait demandé à François de Grossouvre de remettre ses "dossiers" à Michel Charasse, ce que Grossouvre aurait catégoriquement refusé (cf. Le dernier mort de Mitterrand). Au lendemain de la mort de François de Grossouvre, les documents qui étaient restés dans son bureau n'ont pu être collectés par le service des archives de la présidence de la République. Selon l'enquête d'Éric Raynaud, le coffre-fort de son bureau de l'aile ouest de l'Élysée aurait disparu et son domicile du 11 quai Branly a été visité (cf. "Suicide" d'Etat à l'Élysée).

Modalités d'entrée

Protocole de remise du 17 janvier 1984, actualisé le 15 février 1995.

Description

Les archives de François de Groussouvre conservées par les Archives nationales se présentent comme le vestige d'un fonds certainement plus important dont une large part a aujourd'hui disparu, qu'elle ait été détruite ou distraite. La figure de François de Grossouvre a suscité de nombreux fantasmes, en premier lieu du fait de ses attributions auprès de François Mitterrand. Nommé chargé de mission auprès du président de la République, fonction qui avait été créée pour Pierre Juillet sous la présidence de Georges Pompidou, il fait figure de conseiller spécial en marge de l'organigramme de l'Élysée, notamment au cours de la période 1981-1985, lorsqu'il suit les affaires de renseignement et assure la liaison avec des chefs d'État africains et arabes. En parallèle président du comité des chasses présidentielles, il est le Grand Veneur de la présidence de François Mitterrand, chargé des domaines de Rambouillet, Marly-le-Roi et Chambord et de l'organisation des saisons de chasses qui donnent lieu à des rencontres informelles. En second lieu, les circonstances de sa mort, le 7 avril 1994 dans son bureau de l'Élysée, ont prêté à de nombreuses et polémiques interprétations. Différentes oeuvres de fiction sont empreintes de cette silhouette de l'homme de l'ombre, dans le sillage sulfureux de la légende noire de Jacques Foccart et de ses héritiers présumés dans les années 1980 : en témoignent le roman L'élu du Serpent rouge :l e Sphinx et le président de Jean-Paul Bourre ou le film Une affaire d'État d'Éric Valette, inspiré du roman Nos fantastiques années fric de Dominique Manotti.

Les archives de François Grossouvre ne doivent pas tromper : il ne s'agit que des documents remis au service des archives de la présidence de la République, épargnés par les éliminations que François de Grossouvre effectuait lui-même au fil des années avant la disparition de ses papiers au lendemain de sa mort. Ces archives recouvrent ses deux principales compétences auprès de François Mitterrand : ses fonctions de conseiller (qui débordent à l'évidence la stricte chronologie de son titre de "chargé de mission auprès du président de la République") et celles de président du comité des chasses présidentielles.

Évaluation, tris et éliminations

Aucune élimination n'a été effectuée aux Archives nationales.

Accroissements

Aucun accroissement.

Mode de classement

Le plan de classement reflète les deux fonctions différentes occupées par François de Grossouvre à l’Élysée : celle de chargé de mission auprès du président de la République et celle de président du comité des chasses présidentielles.

Conditions d'accès

Consultables par dérogation. En tant qu'archives publiques, la communicabilité des archives de la présidence de la République est régie par le livre II du code du patrimoine, en particulier par les articles L213-1 et L213-2. Cependant, les archives de la présidence de la République sous François Mitterrand, à l'instar de celles de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, sont soumises à un délai spécial de communicabilité unique de 60 ans, en vertu du protocole de remise signé par le Président le 15 février 1995.

Ce délai exorbitant du droit commun des archives publiques, qui courait à partir de la date d'émission de chaque document, a été ramené par l'article L213-4 du code du patrimoine à 25 ans révolus à compter de la date du décès de l'ancien président de la République. De ce fait, à partir du 1er janvier 2022, la communication des archives de la présidence de François Mitterrand suivra les dispositions du régime général des archives publiques prévues par l'article L213-2 du code du patrimoine. Avant cette date, les archives de François Mitterrand sont consultables par dérogation, sur autorisation de Madame Dominique Bertinotti, ancien ministre et mandataire du défunt président de la République en vertu d'une décision écrite de celui-ci en date du 15 février 1995.

Conditions d'utilisation

Reproduction interdite sauf autorisation expresse du mandataire.

Langue des documents

Français

Bibliographie

Bacqué (Raphaëlle), Le dernier mort de Mitterrand, Paris, Grasset, 2010.

Barril (Paul), Guerres secrètes à l'Élysée (1981-1995), Paris, Albin Michel, 1996.

Faligot (Roger) et Kauffer (Rémi), Éminences grises, Paris, Fayard, 1992.

Laurent (Frédéric), Le cabinet noir : avec François de Groussouvre au cœur de l'Elysée de Mitterrand, Paris, Albin Michel, 2006.

Le Caro (Alain), avec Hallais (Gilles), Les mousquetaires du Président, Paris, Fayard, 2017.

Montaldo (Jean), Mitterrand et les 40 voleurs, Paris, Albin Michel, 1994.

Pinoteau (Henri), Guide des archives des chasses présidentielles (sous la direction de Jean-Charles Bédague), Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine, 2013.

Prouteau (Christian), La petite demoiselle et autres affaires d'Etat, Paris, Michel Lafon, 2010.

Raynaud (Eric), Suicide d'État à l'Elysée : la mort incroyable de François de Grossouvre, Monaco, Alphée/Jean-Paul Bertrand, 2009.

Vadillo (Floran), "Personnalisation et pratique du pouvoir dans le monde du renseignement et de la sécurité (II) : François de Grossouvre à l'Elysée : un chargé de mission auprès du président de la République", Revue administrative 374, 2010, p. 189-196.

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