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Fonds d'archives

AG/5(4)/GM : Archives de Gilles Ménage, conseiller technique, directeur adjoint puis directeur de cabinet du président de la République

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Titre :
AG/5(4)/GM : Archives de Gilles Ménage, conseiller technique, directeur adjoint puis directeur de cabinet du président de la République
Dates :
1981-1992
Niveau de description :
subfonds

Histoire administrative/notice biographique

Né le 5 juillet 1943 à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), Gilles Ménage est le fils Georges Ménage, fonctionnaire, et de son épouse Jeanne Paillotet. Après des études aux lycées Lakanal de Sceaux et Berthollet d'Annecy, puis à Sciences-Po Paris, il rentre à l'École nationale d'administration (promotion Jean Jaurès, 1967-1969). À sa sortie de l'ÉNA, il devient administrateur civil au ministère de l'Intérieur et occupe par la suite, de 1969 à 1981, différents postes en province, puis à Paris : sous-préfet, directeur de cabinet du préfet du Tarn-et-Garonne, puis du préfet de la région Limousin, préfet de Haute-Vienne, conseiller technique au cabinet du secrétaire d'État aux PTT, chef de cabinet au même ministère, sous-préfet chargé de mission au cabinet du préfet de Paris et enfin directeur de cabinet du préfet secrétaire général de la préfecture de Paris. En 1981, sa carrière prend une dimension nouvelle lorsqu'il rejoint François Mitterrand à la présidence de la République en qualité de conseiller technique auprès d'André Rousselet, premier directeur de cabinet du président socialiste. Dès juillet 1982, le départ de l'Élysée d'André Rousselet et la promotion de son adjoint Jean-Claude Colliard à son poste permettent à Gilles Ménage d'obtenir celui de directeur de cabinet adjoint. Colliard et Ménage entretiennent de bons rapports mais travaillent chacun de son côté. Lorsque Jean-Claude Colliard quitte ses fonctions élyséennes en juin 1988, Gilles Ménage prend sa place, à laquelle il reste jusqu'en juillet 1992. Au fil de toutes ces années, les attributions de Gilles Ménage sont nombreuses : intendance, logistique et entretien des résidences présidentielles, questions religieuses, relations avec les principautés d'Andorre et de Monaco, le comte de Paris et la Papauté, audiovisuel et presse écrite, police et ordre public, renseignement, terrorisme, mouvements préfectoraux, outre-mer, entre autres. Après son départ de l'Élysée, Gilles Ménage accepte la présidence du conseil d'administration d'Électricité de France (EDF) et est chargé d'une mission sur l'énergie par le ministère de l'Industrie de 1996 à 1997. Préfet hors cadre la même année, il devient consultant international et président d'International Consortiums (1998), puis président de Genev Bioénergies à partir de 2009. Il est chevalier de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du mérite et membre actif, au moins dans les années 1980, de l'association des anciens élèves de l'ÉNA. Mis en cause dans l'affaire des écoutes de l'Élysée, réalisées entre 1983 et 1986 à la demande de François Mitterrand, Gilles Ménage est condamné en 2005, au terme de 12 ans d'enquête judiciaire, à six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende pour "atteinte à l'intimité de la vie privée", peines confirmées par la Cour de cassation en 2008. De 2003 à son décès survenu le 5 juillet 2017, il assume les fonctions de secrétaire général de l'Institut François-Mitterrand.

Historique de la conservation

Conservée en l'état de son versement aux Archives nationales durant deux décennies, la partie dite "privée" de ce sous-fonds (16 mètres linéaires) a fait l'objet d'une opération de classement à l'été 2017 par l'équipe du pôle "Chefs de l'État" du département de l'Exécutif et du Législatif [DEL], dans le cadre du projet de classement du fonds de la présidence de la République sous François Mitterrand. Cette intervention s'est accompagnée d'une opération de reconditionnement intégral par l'équipe technique du DEL.

Le second ensemble représentant 79 mètres linéaires d'archives, que l'on a pris le parti de désigner "fonds public" par opposition aux archives dites "privées" ou "perso" (pour reprendre les termes employés par le service des archives de la présidence de la République), reste à ce jour à classer (septembre 2017).

Modalités d'entrée

Protocole de remise du 17 janvier 1984, actualisé le 15 février 1995.

Description

Les archives conservées de Gilles Ménage sont constituées depuis leur origine par deux ensembles distincts et néanmoins apparentés : des archives dites "privées" ou "perso", pour reprendre les adjectifs employés par le service des archives de la présidence de la République, décrites par un inventaire papier extrait d'une base de données informatique élyséenne et qui ont tous les caractères d'archives publiques produites dans l'exercice de fonctions officielles (16 mètres linéaires) ; des archives que l'on qualifiera de "publiques" par opposition à ces archives dites "privées" et elles aussi produites par Gilles Ménage dans le cadre de son travail à l'Élysée, qui forment la majeure partie de son fonds d'archives (79 mètres linéaires) et sont décrites dans une autre base de données dénommée POMPIDOU.

Entre ce fonds "privé" et ce fonds "public", point de différences apparentes. Dans un cas comme dans l'autre, les dossiers sont souvent riches et reflètent les larges attributions confiées à Gilles Ménage : renseignement, contre-espionnage (qui passe alors de l'état-major particulier du Président à son cabinet), ordre public, police, terrorisme, en lien avec le ministère de l'Intérieur, otages, outre-mer, immigration, religions de France et notamment islam, suivi d'"affaires" et scandales en tous genres, entretien des résidences présidentielles, suivi de la presse et de l'audiovisuel, préparation des mouvements préfectoraux, suivi des élections. Le fait qu'une dénomination "privée"/"perso" ait eu cours à l'Élysée pour une partie des dossiers Ménage et que ceux-ci aient été enregistrés dans une base informatique distincte laisse à penser que Gilles Ménage a voulu les garder à portée de main et/ou qu'il leur accordait une importance particulière.

Néanmoins, l'ensemble des archives Ménage, véritable "œil du pouvoir", sensibles, secrètes ou confidentielles selon le qualificatif que l'on souhaite retenir, sont riches, malgré leurs manques manifestes. De par leur volume mais surtout de par leur qualité intrinsèque. Elles documentent les activités d'un haut fonctionnaire habitué à l'action et au travail sur les dossiers politiques les plus délicats de la République. Elles portent aussi la trace d'une transmission écrite quotidienne de l'information entre l'homme de confiance et le Président rarement disponible pour une conversation mais averti par notes de toute question sur laquelle il semble utile de recueillir son avis. Et cela, sans passer par le filtre du secrétariat général de l'Élysée, par lequel transitent les notes des conseillers techniques et des chargés de mission. De ce fait, les archives de Gilles Ménage, à l'instar de celles de Michel Charasse, l'un des autres conseillers du cercle rapproché de François Mitterrand, forment un ensemble particulièrement étanche et inédit. Les dossiers du directeur de cabinet du président de la République "se baladent" peu dans les couloirs de l'Élysée, pour reprendre l'expression de Gilles Ménage lui-même (entretien du 22 juin 2017) ; ils ne sont pas inventoriés dans la base de données générale répertoriant les archives des conseillers sectoriels mais, comme on l'a vu, dans au moins deux bases ad hoc . Et les notes de Gilles Ménage reviennent très vite du bureau du Président, parfois en seulement vingt-quatre heures.

Outre les documents qu'il a lui-même émis ou reçus, les archives de Gilles Ménage englobent les dossiers de Marcel Coullerez, conseiller technique à titre officieux au cabinet du président de la République. Cet ancien officier des Renseignements Généraux à la retraite, chargé de mission pour la sécurité des centrales nucléaires chez EDF, est appelé à l'Élysée au printemps 1984 à la demande de François Mitterrand qui le connaît depuis longtemps. Il y suivra diverses questions en lien avec la police. Le fonds "privé" contient également un dossier ayant appartenu au colonel Jean-Louis Esquivié, collaborateur de Christian Prouteau à la cellule antiterroriste de la Présidence, que Gilles Ménage a de toute évidence récupéré à la dissolution de celle-ci en 1988. Les dossiers du commandant Prouteau, créateur du Groupe de sécurité de la présidence de la République [GSPR], avec qui Gilles Ménage collaborait sur les questions de terrorisme, sont en revanche absents de ses archives. Ils ont été retrouvés par la DST en février 1997 dans un box de Plaisir (Yvelines), où Christian Prouteau les avait entreposés.

En tout état de cause, le volume imposant du sous-fonds de Gilles Ménage au sein du fonds de la présidence de la République sous François Mitterrand parle de lui-même. Il témoigne de l'importance politique des missions remplies par ce collaborateur du Président, dont il a choisi de rendre compte dans ses mémoires, L'Œil du pouvoir , publiés entre 1999 et 2001 dans le contexte de l'affaire des écoutes de l'Élysée.

Évaluation, tris et éliminations

Aucune élimination n'a été effectuée aux Archives nationales.

Accroissements

Aucun accroissement.

Mode de classement

Au moment de commencer leur travail de classement, les archivistes ont jugé impératif de conserver la césure originelle existant entre les archives dites "privées" de Gilles Ménage et les autres décrites dans la base de données POMPIDOU. Le lecteur la retrouvera donc dans l'architecture du plan de classement du sous-fond de Gilles Ménage, subdivisé entre un "fonds privé" et un "fonds public". Seule une étude attentive de ces deux ensembles permettra de déceler la logique de cette partition des dossiers de Gilles Ménage qui, de prime abord, se ressemblent et se répondent d'un fonds à l'autre.

Le "fonds privé" est classé par grands ensembles typologiques (notes de Gilles Ménage, interventions, dossiers de travail, affaires) qui en forment la "substantifique moelle". S'y ajoutent les papiers de Marcel Coullerez, collaborateur officieux du cabinet du président de la République, archivés parmi ceux de Gilles Ménage, le "dossier du colonel Esquivié" et l'inventaire annoté et caviardé des archives dites "perso" de Gilles Ménage. Les dossiers de travail sont organisés de manière thématique, épousant ainsi les domaines de compétence ou d'intervention du conseiller technique, directeur adjoint puis directeur de cabinet du Président. Quant aux dossiers d'affaires, le choix a été fait de conserver dans la description archivistique les typologies du secret énoncées par Gilles Ménage lui-même : "affaires réservées", "affaires sensibles", "enquêtes réservées", "affaires diverses" notamment.

Conditions d'accès

Consultables par dérogation. En tant qu'archives publiques, la communicabilité des archives de la présidence de la République est régie par le livre II du code du patrimoine, en particulier par les articles L213-1 et L213-2. Cependant, les archives de la présidence de la République sous François Mitterrand, à l'instar de celles de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, sont soumises à un délai spécial de communicabilité unique de 60 ans, en vertu du protocole de remise signé par le Président le 15 février 1995.

Ce délai exorbitant du droit commun des archives publiques, qui courait à partir de la date d'émission de chaque document, a été ramené par l'article L213-4 du code du patrimoine à 25 ans révolus à compter de la date du décès de l'ancien président de la République. De ce fait, à partir du 1er janvier 2022, la communication des archives de la présidence de François Mitterrand suivra les dispositions du régime général des archives publiques prévues par l'article L213-2 du code du patrimoine. Avant cette date, les archives de François Mitterrand sont consultables par dérogation, sur autorisation de Madame Dominique Bertinotti, ancien ministre et mandataire du défunt président de la République en vertu d'une décision écrite de celui-ci en date du 15 février 1995.

Conditions d'utilisation

Reproduction interdite sauf autorisation expresse du mandataire.

Langue des documents

Français

Sources complémentaires

Archives nationales – Site de Pierrefitte-sur-Seine

Archives de la présidence de la République sous François Mitterrand – AG/5(4)

Archives des directeurs et directeurs adjoints de cabinet du président de la République et de leurs collaborateurs.

  • André Rousselet, directeur de cabinet de mai 1981 à juillet 1982
  • Jean-Claude Colliard, directeur adjoint de cabinet de mai 1981 à juillet 1982, puis directeur de cabinet de juillet 1982 à juin 1988
  • Pierre Chassigneux, directeur de cabinet de juillet 1992 à mai 1995
  • Josiane Gonthier, collaboratrice officieuse de Gilles Ménage et Pierre Chassigneux

Archives des chefs de cabinet du président de la République.

  • Jean Glavany, chef de cabinet de juin 1981 à juin 1988
  • Béatrice Marre, chef de cabinet de juin 1988 à mai 1995

Archives des secrétaires généraux de la présidence de la République

  • Pierre Bérégovoy, secrétaire général de mai 1981 à juin 1982
  • Jean-Louis Bianco, secrétaire général de juillet 1982 à mai 1991
  • Hubert Védrine, secrétaire général de mai 1991 à mai 1995

Archives du "Conseiller auprès du président de la République"

  • Michel Charasse

Archives de conseillers techniques et chargés de mission.

Organisation, Andorre, courrier

  • Cyrille Schott, conseiller technique d’octobre 1984 à novembre 1987
  • Béatrice Marre, chargée de mission de novembre 1987 à juin 1988
  • Michel Jau, chargé de mission de juillet 1988 à janvier 1991
  • Jean-Yves Caullet, chargé de mission de janvier 1991 à février 1992, puis conseiller technique de février 1992 à mai 1995
  • Gaëtan Gorce, chargé de mission d’avril 1994 à mai 1995

Intérieur, Outre-mer

  • Jean Daubigny, conseiller technique de juillet 1988 à janvier 1991
  • Michel Jau, conseiller technique de janvier 1991 à février 1992
  • Jean-Yves Caullet, conseiller technique de février 1992 à mai 1995

Archives du Sénat

  • Fonds d’archives publiques déposé par Michel Charasse

Bibliographie

Barril (Paul), Guerres secrètes à l'Élysée, Paris, Albin Michel, 1996.

Bonnet (Yves), Les Grandes oreilles du président, Paris, Presses de la Cité, 2004.

Bonnet (Yves), Contre-espionnage. Mémoires d'un patron de la DST, Paris, Calmann-Levy, 1998.

Bonnet (Yves), Liban, les otages du mensonge, Paris, Michel Lafon, 2008.

Lorentz (Dominique), Secret atomique, la bombe iranienne ou la véritable histoire des otages français au Liban, Paris, Les Arènes, 2002.

Ménage (Gilles), L'Œil du Pouvoir , t. 1, Les Affaires de l'État (1981-1986), t. 2, Face aux terrorisme s internes (1981-1986), t. 3 Face au terrorisme moyen-oriental (1981-1986), Paris, Fayard, 1999-2001.

Pontaut (Jean-Marie) et Dupuis (Jérôme), Les Oreilles du président (suivi de la liste des 2000 personnes "écoutées" par François Mitterrand), Paris, Fayard, 1996.

Razoux (Pierre), La Guerre Iran-Irak, première guerre du Golfe 1980-1988, Paris, Perrin, 2013.

Vadillo (Floran), L'Élysée et l’exercice du pouvoir sous la Ve République : le cas de la politique de lutte antiterroriste (1974-1997), thèse de doctorat en sciences politiques de l'université Bordeaux 4 sous la direction de Pierre Sadran, Bordeaux, 2012.

Vadillo (Floran), "Pour une sociologie qualitative de l’entourage présidentiel. Fragments d’études élyséennes (1974-2002)", [chapitre 13], sous la direction d'Eymeri-Douzan (Jean-Michel), Bioy (Xavier) et Mouton (Stéphane), dans Le Règne des entourages, cabinets et conseillers de l'exécutif, Paris, Sciences Po, 2015, p. 409-428.

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